samedi 16 mai 2009

Sans plus attendre




Alors qu’il ne leur reste que quelques mois à vivre Edward Cole et Carter Chambers, deux hommes atteints d’un cancer, partent à l’aventure après avoir dressé une liste de leurs rêves inaccomplis.





7,6 sur l'échelle de IMDB! Autant dire que "Sans plus attendre" est un grand film. Ou pas.
Oui parce qu'avec un casting réunissant deux monstres sacrés du cinéma, Morgan Freeman et Jack Nicholson, on était en droit d'attendre d'eux autre chose que ces cabotinages lourdingues et ce manque de crédibilité.
Si leur face à face réserve quelques surprises, ils ne parviennent jamais à se faire oublier derrière leur personnage. Tout au long du film, on ne voit que les interprètes et non les interprétations...

Pourtant, leur personnalité respective leur donnait du grain à moudre et chacun avait de quoi faire pour modeler son personnage. Mais non.
Nicholson en fait des tonnes en excentrique acariatre et Freeman joue, comme toujours, le côté posé du duo et ne parvient même pas à utiliser les connaissances de Chambers (un vrai puit de science!) à bon escient.
Si ce n'est à deux trois reprises pour critiquer le goût d'un café ou pour parler de la montagne, il se contente de suivre la version américaine des "Chiffres et des Lettres" en pompant la scène de "Un jour sans fin".

Bref, on avance en terrain connu et on attend fébrilement qu'une zeste d'originalité pointe le bout de son nez.
Après tout, on se dit qu'une fois sortis de cette chambre d'hôpital, filmée aussi platement qu'un épisode des "Feux de l'amour", le film va enfin démarrer et qu'on va prendre plaisir à voir ces deux légendes s'éclater comme en 40 en faisant les choses les plus délirantes possibles. Ou pas.

Tatouages, tour du monde, saut en parachute, c'est bien joli tout ça mais le scénario tourne rapidement en rond faute de ne pas savoir donner aux scènes une ampleur suffisante et surtout de ne pas savoir s'en servir pour faire avancer le schmilblic.
On y parle de rites égyptiens, de palais construits par amour, de familles brisées, de boîtes de conserve, de l'Hymalaya mais au fond le film ne parvient jamais à sortir du lot.

Mais si le scénario tombe aussi à plat c'est certainement dù au relâchement excessif du réalisateur Rob Reiner. Où diable est passé sa faculté à saisir la moindre parcelle de dialogue savoureux ("Quand Harry rencontre Sally")?
Pourquoi ne parvient-il jamais à cerner ses personnages aussi bien qu'avant ("Stand by Me")?
Pourquoi sa mise en scène manque autant de fantaisie ("Princess Bride") et ne ressemble plus qu'à un vulgaire téléfilm?
Des questions qui resteront sans réponse mais qui gâchent le film à coup sûr...

Le film aligne les plus beaux clichés du cinéma américain : l'éternelle scène où les deux personnages sont mis en comparaison (chancun dans son milieu quotidien) fait dans la facilité en alternant couleurs chaudes et repas copieux pour la famille recomposée et couleurs froides pour le pauvre type, enfermé dans sa solitude, qui pleure en regardant la rue... Une idée vieille comme le monde qui, à force de ne pas se renouveler, fait plus rire qu'autre chose.


Le tour du monde se résume en une série de plans-carte postale dont l'ambiance sonore est à pleurer de rire.
Que l'on entende "The lion sleeps tonight" pour illustrer leur safari en Afrique passe encore mais que, en 2007, Rob Reiner ose encore représenter la France par des joueurs de pétanque sur un air d'Edith Piaf, ça en devient ridicule!
Quant à la fameuse scène de la course automobile, si les couleurs sont éclatantes, elle n'en reste pas moins molassone et, au final, complètement inutile.

Pourtant, on ne peut pas dire que le film soit si insupportable que ça.
Si les acteurs jouent de manière convenue, ça reste un plaisir que de voir ces 2 stars se donner la réplique. Et si le scénario est au mieux conventionnel, au pire d'une platitude effarante, il comporte quelques (rares) bons moments.


Un film très classique, pas spécialement mauvais mais avec Nicholson et Freeman devant la caméra et Rob Reiner derrière, "Sans plus attendre" aurait pu être largement plus réussi.

Note : *

Natural City



2080. Commando d'une unité d'élite chargée d'éliminer les cyborgs défectueux ou rebelles, R tombe amoureux de l'une d'entre eux, la belle Ria. Si sous trois jours, R ne peut pas greffer la puce mémoire de Ria dans un nouveau corps, elle mourra.
Il fait alors appel au Dr Giro, qui prétend connaître le moyen de prolonger la vie au-delà de ses limites. Mais, dans son ombre, se profile la silouhette de Cype, un cyborg de combat en quête d'immortalité...





Si le synopsis vous semble familier, rien de plus normal. « Natural City » est en effet un condensé des chefs d'oeuvre de la science fiction moderne, en même temps qu'un hommage à ces derniers.
Le film fourmille de références dont, en autres, une introduction mettant en scène une femme nue (« Ghost in the Shell »), un héros taciturne, une histoire d'amour entre un humain et une androïde, des voitures de police volantes et une ville futuriste constamment sous la pluie (« Blade Runner ») et des combats câblés filmés au ralenti (« Matrix »). Sans oublier une esthétique manga très prononcée.

En revanche, contrairement à ses prédecesseurs, « Natural City » n'a rien d'un grand classique de la SF et ce pour plusieurs raisons.

Scénaristiques, avant tout.
Complexe, le scénario n'en est pas moins original et captivant et repousse, une fois de plus, les limites entre l'homme et la machine.
Mais si l'intrigue se révèle travaillée et riche en rebondissements, elle n'empêche pas l'ennui de poindre au delà de la première demi heure. « Natural City » met en scène des personnages tristes et torturés mais parvient rarement à les rendre intéressants d'autant que les performances des acteurs ne sont pas transcendantes...
Hormis le héros, volontairement antipathique, les protagonistes demeurent de simples silouhettes sur lesquelles on ne sait pas grand chose.

On a parfois l'impression qu'à force de nous balader à droite à gauche sans faire avancer le scénario, le réalisateur a voulu rallonger son film artificiellement. C'est d'ailleurs dommage vu qu'en étant plus concis, il aurait gagné en clarté et donc en intérêt.


La seconde raison, elle, est purement visuelle. « Natural City » bénéficie d'effets spéciaux exemplaires ( et récompensés au cours de nombreux festivals) mais peine à les mettre en valeur.
Si les vaisseaux spatiaux et autres paysages de synthèse étonnent par leur crédibilité, les scènes d'action décoivent par leur manque de précision.
Le film multiplie les combats matrixiens, usant et abusant de ralentis qui se veulent esthétiques. Malheureusement la rapidité du montage empêche constamment de voir ce qui se passe à l'écran : les plans défilent à une vitesse fulgurante et seuls les effets sonores nous permettent de décortiquer les affrontements.

Dès lors, la surenchère dans les mouvements acrobatiques et les effets de destruction laissent de marbre puisque on n'a même pas le temps d'en profiter.
Sans oublier que la plupart des personnages portent une armure, semblable à celles de « Final Fantasy » qui ne permet pas de les distinguer (ils enlèvent d'ailleurs leur casque dans les moments importants...) et que le filtre bleuté du film les laisse souvent dans la pénombre.

Pire, malgré leur effet stroboscopique désagréable, les scènes d'action brillent par leur rareté. Passé l'introduction, il faudra attendre facilement une bonne heure pour que les personnages ressortent leur pétoire.
Les deux heures semblent alors parfois s'éterniser même si la fin rattrape le coup.


« Natural City » aurait pu être un nouveau fleuron du cinéma sud-corréen, au même titre que « Old Boy » ou « Memories of Murder ». Ce n'est pas le cas.
Il n'en reste pas moins un film de SF spectaculaire, bourré d'effets spéciaux, même si paradoxalement son scénario reste plus accrocheur que sa mise en scène.

Note : **

Butch Cassidy et le Kid



Deux pilleurs de train, dont les exploits mettent à fleur de peau les nerfs de leurs victimes, s'enfuient en Bolivie. Après une courte tentative de vie sédentaire, ils reprennent leurs activités.






En 1969, le trio gagnant de "l'Arnaque" (Robert Redford, Paul Newman et le réalisateur George Roy Hill) faisait déjà des merveilles dans ce western semi parodique.

Soleil de plomb, chevauchées épiques dans des étendues sauvages, prostituées au grand coeur, attaques de train, poursuites entre les bandits et les forces de l'ordre, fusillades...le film n'a rien à envier aux westerns de la grande époque mais ce qui fait sa particularité c'est la manière dont l'histoire est tournée.

Pour mieux le comprendre, un petit résumé historique s'impose...
Dans les années 40, l'entrée en guerre des Etats Unis correspond à une période de récession des westerns. Dans ce monde ravagé, le manichéisme typique des westerns américains n'est pas à sa place et le beau cow boy sans reproche ne convient plus.
Le public demande des héros ambigus, de plus en plus proches des méchants du film.

La guerre du Vietnam n'arrangera pas les choses. Les réflexions grandissantes sur la toute puissance des Etats Unis remettent en cause l'idéologie Hollywoodienne et le peuple refuse de suivre aveuglement les idées toutes faites du gouvernement.
Les erreurs du passé commencent à refaire surface, notamment le sort réservé aux indiens.
L'esthétique entière du Western s'en retrouve alors bouleversée et toute une série de films sera tournée pour réhabiliter les indiens, dont le point culminant sera "Little Big Man" d'Arthur Penn en 1970 (et bien sûr "Danse avec les loups" de Kevin Costner, mais pas avant les années 90...).

A la fin des années 60, le western tel qu'on le connaissait s'est donc éteint.


Bref, conscient des enjeux politiques et sociaux de son pays au moment où il tourne son film, George Roy Hill choisit judicieusement de ne pas tourner un western classique et se permet même d'innover en la matière.
Ainsi, le film sera bourré de clins d'oeil au genre. Dès les premières images, le ton est donné :

Le générique d'introduction du film est un petit court métrage tourné comme au temps du muet, faisant directement référence au premier western jamais réalisé : un film d'une dizaine de minutes dantant de 1903 nommé "The Great Train Robbery".
De plus, le réalisateur s'amuse parfois à intercaler de vrais photos d'époque au cours du film et va même jusqu'à filmer la première scène entièrement en sépia, ce qui lui permet de vieillir artificiellement le film.
Le sépia rappelle evidemment les premières photographies de l'époque où les procédés de coloration n'étaient pas encore inventés. Cette première scène met donc tout de suite dans le bain.

Heureusement malgré tout (le sépia ça lasse...), le réalisateur revient vite à nos vieilles bonnes couleurs traditionnelles et les exploite avec panache. La photographie remportera d'ailleurs un oscar.
Autant dire que les paysages sont magnifiques, rendus avec talent par une palette de couleurs éclatantes et des plans de toute beauté. On sent l'influence des plus grands (John Ford, Howard Hawks) mais pourtant Hill ajoute ce petit plus qui fait toute la différence.

S'il choisit de donner au film un aspect un peu vieillot, il décide aussi de le faire entrer dans la modernité. Combiner les deux n'était pas chose facile mais le réalisateur a relevé le défi avec brio. Aux couleurs jaunies et aux références westerniennes classiques évidentes, il ajoute des travellings avant ou arrière impressionnants qui lui permettent de suivre à la fois les poursuivants et les poursuivis, une musique contemporaine et surtout il soigne la qualité de la narration.

Si le film est aussi réussi, c'est avant tout pour le talent de conteur de Hill.
Primo, il n'utilise jamais la musique à outrance pour prévenir d'un danger imminent et on est souvent pris hors garde, secundo on n'en sait jamais plus que les personnages (la longue scène de la milice qui les poursuit est un grand moment de suspense) et tercio, il fait tout pour qu'on s'attache à eux.
Car plus qu'un western "Butch Cassidy et le Kid" est, comme son nom l'indique, un "buddy movie" et se concentre sur les aventures du célèbre duo.

Le problème majeur est justement lié à l'intérêt du duo car si la mayonnaise ne prend pas entre les acteurs, c'est tout le film qui part en fumée...
Heureusement le réalisateur a plus d'un tour dans son sac et si l'histoire est plutôt sérieuse, voire dramatique, l'ambiance, elle, est à la déconnade : des deux malfrats, pilleurs de banques et de trains à leurs heures perdues, le film en fait des compères chamailleurs qui prêtent plus à sourire qu'à frémir.

Le Butch Cassidy de Paul Newman est un gentleman charmeur et plutôt grande gueule et qui n'a "jamais tiré sur quelqu'un" et Redford, qui joue son premier grand rôle à l'écran, est sidérant de tension contrôlée.
Le Kid qu'il interprète est un as de la gachette, prêt à affronter n'importe qui, mais qui au fond est aussi râleur que son copain.
Leurs caractères totalement opposés se font évidemment complémentaires et leur amitié se ressent à chaque instant.

Le duo "Newman-Redford" fonctionne à merveille!
La complicité des deux acteurs transparait dans chaque scène et on n'a aucun mal à voir qu'il s'amusent comme des fous.
Quoi qu'il arrive, ils jouent avec plaisir les types décontractés et leur numéro sera repris comme modèle par de nombreux "buddy movie" qui suivront.

Sans oublier qu'ils effectuent eux-mêmes leurs propres cascades (pour la plupart bien sûr) ce qui donne au film une vraie crédibilité : voir Redford de face sur le toît d'un train en plan rapproché reste nettement plus impressionnant que de voir une "vulgaire" doublure de dos, en plan large...
On a vraiment envie d'être en leur compagnie et c'est ce qui fait grande force du film.

De son côté le réalisateur ne chôme pas.
Non content de filmer l'une des explosions les plus saisissantes de l'histoire du cinéma(!), il se permet d'alterner de pures scènes de comédie (la scène du vélo) avec des séquences d'une gravité palpable et grace au travail effectué sur le son et le montage, ses fusillades n'ont rien à envier à celles de Peckimpah ("La Horde Sauvage").
Quant au dernier plan du film, il est entré dans la légende...


Seul petit regret : la musique.
Se voulant moderne à l'époque, Hill a utilisé des chansons des années 70. Aujourd'hui, la bande son remet malheureusement le film dans son époque et le vieillit (dans le mauvais sens du terme cette fois). La chanson "Raindrops keep falling on my head", bien que récompensée par un oscar, n'a plus autant d'impact à l'heure actuelle et la musique de Burt Bacharach, dont la mélodie se réfère parfois aux films muets, elle aussi détentrice d'un oscar, donne au film un coup de vieux considérable.
Néanmoins, le film comportant moins de vingt minutes de musique, ce léger défaut s'oublie très vite et ne fait aucun tort au film lui même.


Pour les puristes et les historiens, le scénario s'avère parfois inexact (la fin notamment) mais honnêtement on s'en fiche...
Classé sur IMDB parmi les 150 meilleurs films de tous les temps, "Butch Cassidy et le Kid" reste une référence, tant en matière de western, que de comédie.

La réalisation (nominée aux oscars) recherchée de George Roy Hill apporte dynamisme et vitalité à la mise en scène, le scénario (oscarisé) passionnant fait la part belle à des dialogues savoureux et les acteurs sont tout simplement parfaits.
Que dire de plus?

Note : ****














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samedi 9 mai 2009

L' Emprise des Ténèbres





Un anthropologue de l'université de Harvard est envoyé à Haïti pour récupérer une poudre étrange qui aurait le pouvoir de ressusciter les morts.




A première vue, on pourrait se dire : « oh non, encore un film de zombies! » et on aurait tort. « L'emprise des ténèbres » n'est pas un film de zombies, c'est un film sur le vaudou. Et le « sur » est important car le film se focalise réellement sur les procédés mystérieux et les rituels sanglants de cette pratique ancestrale.

Comparés à la déferlante zombiesque que l'on connait, rares sont les films qui abordent le thème du mort-vivant sous l'angle de la magie vaudou et encore plus rares sont ceux qui le mettent en scène de manière si réaliste.
En effet, bien loin du film d'horreur hollywoodien classique, « L'emprise des ténèbres » surprend par son approche quasi-documentaire.
Tiré du roman « The Serpent and the Rainbow » de Wade Davis, il s'inspire des faits réels vécus par l'auteur et tente de les retranscrire à l'écran de façon la plus authentique possible.

De ce fait, le film reste captivant et réussit à nous prendre souvent au dépourvu, nous plongeant dans une terreur sans nom, d'autant plus prenante qu'elle reste crédible.
« L'emprise des ténèbres » conserve toujours un pied dans le pragmatisme tout en s'enfonçant toujours plus dans le surnaturel.
Cette lutte acharnée entre science et magie, symbolisée par le héros, un Bill Pullman (« Casper », « Independence Day ») à deux doigts de la syncope, évite au film de sombrer dans le n'importe quoi, trop rapidement.
Aussi, si le film parle de zombie, on n'en verra pas plus de deux ou trois à l'écran, à contrario on en apprendra davantage sur le procédé de « zombification », ce qui est plutôt rare, il faut le reconnaître.


Le personnage de Bill Pullman oscille constamment entre le rêve et la réalité et aucun de ces domaines ne lui semble bienveillant. En ce qui concerne le « monde réel », il doit faire face à la forte oppression instaurée par le dictateur au pouvoir, sans oublier qu'il est le seul blanc dans une contrée où la peau d'ébène est de rigueur...

En rapport au monde onirique maintenant ; au cours de ses perégrinations, il devient rapidement victime de violentes crises d'hallucinations : les meubles se mettent à bouger, les morts se lèvent de leur tombe...
Mais est ce vraiment un rêve?
Souvent on est en droit de se le demander vu la manière réaliste dont ils sont mis en scène. Pas étonnant quand on sait que c'est Wes Craven qui tient la caméra.

Wes Craven ; le maître du slasher (la trilogie « Scream », « La colline a des yeux...) et le papa de Freddy Krueger.
Or comme avec l'homme au pull over le plus célèbre du cinéma fantastique, Craven prend un malin plaisir à ne pas montrer de différences, qu'il s'agisse de la réalité ou du rêve (ou plutôt du cauchemar). Ainsi, on ne se rend compte que l'on s'est fait avoir seulement au moment où le personnage se réveille en sueur.
Il est trop fort ce Wes!

Oui mais, le problème c'est que les deux, trois premières fois on marche, on tombe dans le panneau, mais au bout de la cinquième, ce n'est plus un cri que l'on pousse, c'est un baillement...
Mais à partir de là, le scénario prend une autre tournure et les cauchemars deviennent un élément clé du scénario. L'occasion de les découvrir sous un autre angle.

Comme toujours chez Craven, les effets spéciaux sont assez réussis et remarquablement bien employés, même si plus de 20 ans plus tard -1987- on distingue parfois un peu trop les masques en caoutchouc.
En revanche, on peut regretter une fin typiquement américaine qui sombre malheureusement dans la surenchère.


Pour autant, « L'emprise des ténèbres » demeure un film effrayant.
La réalisation joue sur l'authenticité et la bande son utilise à merveille les battements de coeur et les rythmes obsédants de Brad Fiedel (« Terminator »!).
Le mélange « géo-politique, magie noire et carthésianisme convaincu » crée une ambiance particulière et surtout inattendue pour un film de ce genre.


Certains films de Wes Craven ont installé la réputation du maître au détriment d'autres de ses oeuvres dont personne n'a entendu parler.
« L'emprise des ténèbres » est l'un de ces films méconnus mais qui méritent une seconde chance.
En dépit d'un rythme en dents de scie et d'une fin ringarde, le film passionne par son approche réaliste de la magie vaudou et par la qualité de sa mise en scène. Perturbant mais prenant!

Note : **

Pour un garçon




Séduisant trentenaire, Will est un dragueur oisif et heureux de l'être. Adepte des aventures sans lendemain, il trouve un nouveau moyen de multiplier ses conquêtes : fréquenter les réunions de mères célibataires en s'inventant un fils imaginaire. Ce qui va l'amener à rencontrer Marcus, un gamin de 12 ans un peu spécial...





Encore une comédie romantique avec Hugh Grant dans le rôle principal...

Chris et Paul Weitz, les réalisateurs et scénaristes du film, sont responsable de la comédie à succès American Pie.
Entre eux et l'acteur, la relation semble assez inquiétante aux premiers abords.
Que vont ils bien pouvoir nous concocter?
Entre un film drôle mais délibéremment terre à terre composé de blagues lourdingues et d'allusions sexuelles à tout bout de champ et un tombeur spécialisé dans les rôles de dragueur sans foi ni loi, le résultat est à craindre. Les deux univers ne semblent pas si évidents à relier...

Avec autant d'appréhension, on ne peut être que soulagé en voyant le résultat. Car non seulement, le film est réussi mais il s'embarque sur des sentiers battus dont on n' attendait rien.


Son succès vient avant tout d'un scénario aussi surprenant qu'intelligent. Le film est tiré du best seller de Nick Hornby qui raconte l'histoire de ce fringuant jeune coq londonien qui collectionne les conquêtes et qui, le reste du temps, ne glande rien.
On attendait Hugh Grant dans le rôle qui le suit depuis le début de sa carrière ( "4 marriages et 1 enterrement", "Le journal de Bridget Jones", "Coup de foudre à Notting Hill"...) : playboy de ses dames, irrésistible et narcissique.
Pourtant, il décide de casser le moule pour s'aventurer dans un genre qu'on ne lui connaissait pas : le type superficiel, l'enveloppe vide qui ne se soucie que de son petit confort personnel.
Bien évidemment il reste toujours aussi macho et séduisant, mais à son personnage de charmeur invétéré, il ajoute un air décontracté et des attitudes je-m'en-foutiste qui le rendent génialement détestable.

De plus, le ton profond de sa voix off « so british » nous accompagne tout le long du film reflétant ses pensées ironiques (il dit oui alors qu'il pense non), ses commentaires déplacés qu'il préfère garder pour lui et un cynisme à l'épreuve des balles.
De même pour la voix de Marcus, joué par le débutant Nicholas Hoult.

C'est toujours risqué de confier un premier rôle à un enfant surtout vu que le public doit le supporter jusqu'à la fin du film. Ni insupportable par ses gamineries, ni mauvais acteur, Hoult se révèle un excellent choix de casting. Il est totalement crédible dans la peau de ce pauvre gosse martyrisé à l'école, élevé seul par sa mère, sorte de hippie dépressive constamment au bord de la crise de nerfs (Toni Colette, remarquable).

Et si le titre s'appelle« Pour un garçon », il y a bien deux garçons dans le film.
En célibataire endurci et fier de l'être, Will n'est pas plus mature que Marcus, il n'a aucun sens des responsabilités.
N'ayant nul besoin de travailler, il passe son temps vautré sur le canapé à regarder « Des chiffres et des lettres », à jouer au billard et à mater des films en fumant un joint.
Ironiquement, c'est d'ailleurs en regardant "Frankenstein", qu'il va se rendre à quel point sa vie est plate et qu'il aurait bien besoin d'une épaule sur laquelle s'appuyer. C'est alors que Marcus débarque dans sa vie...

Il y a des gens qui adorent les gosses. Quand ils voient un petit bout de chou, ils accourent vers lui et lui font faire l'avion ou lui font des grimaces. Will, non.
Alors que faire quand Marcus décide inopinément de s'installer chez lui?
Sans trop en dire, les relations que ces deux là entretiennent sont du genre plutôt excentriques et tous deux vont mener un sacré numéro d'acteur.



Il n'y a qu'à observer la jaquette du DVD pour se rendre compte que le film a été vendu comme une énième comédie romantique, légère et sans prétention.
C'est le grand réalisateur/acteur comique Mel Brooks qui disait : « Les meilleures comédies sont toujours celles qui traitent des sujets les plus graves ». Et dans ce film, c'est le cas.
Bien que l'on rigole souvent, le scénario traite malgré tout de sujets très sérieux, comme le rejet social, la pauvreté, l'indifférence ou encore le suicide.
Chaque personnage dans le film traverse une mauvaise passe.

Ce genre de film est très difficile à réaliser car il faut constamment jongler entre la drôlerie et le pathétique. Le danger est justement d'en faire et trop et de tomber d'un coté ou de l'autre de la barrière.
Mais les frères Weitz s'en sortent avec une élégance dont on ne les savait pas capables. Le film est donc sincère et émouvant et certains moments sont réellement poignants. On peut même affirmer que la tristesse nous relie plus facilement aux personnages et permet de faire ressortir la comédie.

Moments de comédie, qui jouent autant sur les dialogues que sur la réalisation elle même. En tant que metteurs en scène expérimentés, les frères Weitz s'autorisent des arrêts sur images (pile aux moments opportuns) et des mouvements de caméra inattendus (renversés, tête en bas).


On pourra reprocher quelques longueurs ici et là mais le scénario réussit à fusionner des scènes d'un humour détonnant à une sensiblité touchante sans jamais sombrer dans l'excès.
Un regard nouveau, tendre et lucide sur la vie des célibataires.
Une belle surprise.


Note : ***

Teeth



Dawn est une adolescente qui essaie tant bien que mal de contenir sa sexualité naissante en étant une des membres les plus actives du club de chasteté de son lycée. Etrangère à son propre corps, la prude découvre que son vagin a la particularité d'avoir des dents...




-Bonjour je m'appelle Dawn et je suis contre le sexe pré-marital.
Hier j'ai été tenté par un garçon mais j'ai résisté car je suis pure.
-BONJOUR DAWN.
-On applaudi Dawn qui vient de nous rejoindre. N'oubliez pas : la pureté avant tout!


J'avais lu d'assez bonnes critiques du film et le sujet ne m'a pas laissé indifférent.
Ouvertement sexué et sexuel, le scénario osé avait largement de quoi proposer un film intelligent et mordant (c'est le cas de le dire) sur l'abstinence et les relations sexuelles dans le monde des ados.
Les films de vampire ont toujours été reconnus comme des métaphores sur les maladies sanguines ou le Sida. Les vampires symbolisent avant tout la débaucherie et la luxure réprimées par la société et ses valeurs conservatrices. Il est donc normal, qu'ils soient présentés comme des monstres sanguinaires et pervers et dont seule la foi en Dieu peut en venir à bout.

De même, ce vagin muni de canines représente à la fois la peur de perdre sa virginité pour les filles, et l'angoisse de la castration pour les garçons.
Le film fait souvent référence à la mythologie et aux divinités antiques, comme la gorgone, sans oublier les nombreuses allusions à la religion catholique et au puritanisme.
Autrement dit, le film partait avec un grand de nombre de notions qu'il aurait été passionnant d'exploiter.

Je parle au conditionnel car dans la pratique, ces idées ne sont que jetées à droite à gauche sans lien logique et ne sont jamais mises en relation de manière convaincante.
A propos du scénario lui même, on passe son temps à se demander où le réalisateur veut en venir.


8 minutes 33 secondes! C'est le temps que j'ai tenu (générique compris) avant d'être sûr à 100% de la note que j'allais mettre au film. J'aurais pu arrêter là, je n'aurais rien manqué et je me serais éviter un paquet de crises de nerf!
Mais quand je regarde un film, quoi qu'il arrive, je fais l'effort de le « regarder » jusqu'au bout. Au pire je m'endors.
J'ai survécu à « Camping » et à « D War », ce n'est pas ce film qui va me faire peur.
Je dois être un peu maso sur les bords...

« Teeth » est donc un film d'horreur. Ou pas.
Ah oui, ça commence mal je ne vous le fais pas dire...
Imaginez un film de monstre où on ne voit JAMAIS le monstre et vous aurez déjà une vague idée de la mise en scène.

Rappelez vous « The Big Lebowski » et la tirade de Julianne Moore sur le vagin : il paraît que la plupart des hommes n'osent même pas prononcer le mot.
Le film le confirme lors de la scène où le professeur d'éducation sexuelle se met à bafouiller lorsqu'il s'agit de dire le mot.
Mais le réalisateur, fait encore mieux : il n'ose même pas le montrer!
Voir un gros plan d'un vagin avec des dents en plastique ou en images de synthèse n'a en soit aucun intérêt, certes, mais vu que le film repose essentiellement sur la « créature », si elle n'apparait pas à l'écran comment voulez vous qu'on ait peur, même un minimum?

Ingénieux le réalisateur a une idée géniale. Il va suggérer les attaques du « monstre » par la musique. Audacieux, en effet. Il est évident que le TATATAAAAN crispant qui retentit au cours de chaque séquence choc (si on peut aller jusqu'à les appeler comme ça) nous fera bondir d'effroi à coup sûr...
Mais le pire dans tout ça c'est la cruelle absence de suspense du début à la fin.
Le monstre n'attaque que lorsqu'il se sent menacé. Ou plutôt quand Dawn se sent menacée : pendant la pénétration, quoi.

Pour un film qui se veut subversif et choquant, le réalisateur n'ose même pas montrer les organes (reproducteurs) pendant l'acte. On assiste donc à des scènes de sexe digne du film érotique du dimanche soir, où absolument RIEN n'est visible à l'écran (une paire de sein en tout et pour tout!). Tout d'un coup l'insoutenable TATATAAN se fait entendre et les acteurs de pousser des cris hystériques jusqu'à ce qu'un morceau de pénis ensanglanté tombe sur le sol.
Une fois, ça nous la coupe, trois fois ça nous les casse!

Au passage, je n'ai jamais eu l'occasion de vérifier mais je me dis que si on coupe le pénis d'un homme pendant qu'il est en érection, il doit certainement se vider d'un minimum de sang.
Ma théorie n'est pas fondée mais impossible de croire une seconde à ces demeurés qui restent là à s'apitoyer sur leur triste sort, grimaçant à peine de douleur...

Bref aucune originalité dans la mise en scène et pas le moindre suspense à l'horizon. On sait que le type va avoir la queue coupée au bout du compte mais on nous oblige malgré tout à supporter les amourettes ridicules des personnages, les premiers émois et l'acte lui même.

Ah, vous pouvez aller passer faire le repassage, aller boire un coup, fumer une clope sans mettre le film en pause, vous ne raterez rien. En 1h, le-scénario-n'avance-pas-d'un-iota!
S'il est censé faire peur c'est complètement raté. Même les effets de castration sont plus glauques qu'effrayants.


« Teeth » est sans conteste un film pour ados. S'il ne rempli pas son rôle de film d'horreur, peut être s'en sort-il mieux dans la genre de la comédie romantique.

- Comédie? Certainement pas. Si le film est (TRES rarement) drôle, c'est malgré lui.
- Romantique? Alors là, oui et pas qu'un peu. L'amour et le sexe sont évidemment le sujet principal du film. On s'embrasse goûlument, on se dit des mots doux, on s'enlace tendrement à la lumière des bougies...
Non romantique, n'est pas le mot exact. Mièvre! Ca, ça colle déjà plus à l'ambiance. Et débile aussi.

L'héroine, nunuche et crétine, milite fermement contre le sexe pré-marital.
Ca on le sait. Mais alors pourquoi elle se tape 3 mecs au cours du film?
Elle a beau prévenir ses partenaires de sa dentition particulière, c'est pas grave, ils rentrent leur engin sans se soucier du reste.
Au passage, magnifique représentation des fidèles adhérents à la lutte de Dawn, tout droit sortis d'une secte...

Quant aux personnages eux mêmes, ils font les frais des plus beaux clichés du moment.
Les mecs c'est tous des salauds c'est bien connu. Et puis on sait tous qu'ils ne pensent qu'à une chose...
Dans le film du moins c'est le cas. Entre tentative de viol, chandelles et verre de champagne ou carrément inceste, tous les moyens sont bons pour profiter du corps de Dawn.
Mais le plus beau, c'est quand même le frère de Dawn, caricature Hénorme du métalleux de base.
Les personnes qui écoutent du métal sont tous des pauvres cons violents et misogynes, bien entendu. On n'hésite pas à lâcher son molosse sur son père et à faire ch...enquiquiner sa soeur sous pretexte qu'elle refuse de céder à nos avances.
C'est peut être écrit dans la Bible et tout le monde y croit, allez savoir...

Si la mise en scène est plate, que dis-je, molassonne, le réalisateur filme en utilisant une lumière crue et fade à la fois qui donne litéralement envie de vomir.
Et s'il paraît que les jeux vidéos rendent violents, je peux vous assurer en tout cas que les acteurs, insupportables dès les premières secondes, donnent des envies de meurtre!


J'ai déjà vu des mauvais films mais « Teeth » est une surprise à part entière .
Le film réussit l'exploit d'ennuyer ET d'énerver. Sans scénario, sans talent et sans intérêt il permet en plus « d'apprécier » de superbes clichés de société et possède certains des morceaux de musique les plus exaspérants qu'il m'a été donné d'écouter dans un film. Chapeau!

Peut être que le film s'adresse plus aux filles et qu'elles se reconnaitront dans le personnage de Dawn. Peut être pas. Plus de 15 ans, passez votre chemin.

« Pegguy, Tu sais ce que c'est qu'un sexe d'homme. Ne t'en approche pas! » ( dialogue tiré de "Pegguy Sue s'est mariée")
Vous aussi, restez loin de cette...chose!

Note : 0

Metal Hurlant




Loch-Nar, l'esprit du mal, sème la peur, la destruction et la mort chez les hommes assoiffés de pouvoir...




« Metal Hurlant » (« Heavy Metal » en anglais) est avant tout un magazine de comic books apparu au début des années 80, mélangeant avidement les tendances anti-conformistes de l'époque, « Sex, drugs et rock n' roll », dans un univers allant de la fantasy à la science fiction.
Les rédacteurs et illustrateurs du magazine faisaient partie du baby boom, la génération d'après guerre. Avides de nouveautés et de sensations fortes, ils se sentaient prêts à aller plus loin que la normale, à transgresser les limites : violence, gore, érotisme le tout baignant dans un humour absurde et cynique.

Dans une certaine mesure, on peut comparer la revue «Heavy Metal » à notre « Hara Kiri » national, qui aura fait couler lui aussi beaucoup d'encre.
Le dessin animé « Métal Hurlant » est donc un concentré de cette culture iconoclaste et fière de l'être.


Dans le monde de l'animation gouverné alors par la toute puissante firme Disney, « Metal Hurlant » fait figure d'ovni. Une oeuvre on ne peut plus audacieuse pour son époque.
Son scénario minimaliste est en fait divisé en une série d'histoires courtes qui n'ont de relation entre elles que le Loch-Nar : une grosse boule verte censée représenter l'incarnation du mal.
Chacune de ces histoires est une oeuvre unique, tant au niveau des graphismes que de l'animation elle même.
La grande qualité de « Metal Hurlant » c'est qu'on ne sait jamais ce qui va se passer, quelle sera la prochaine histoire et à quoi elle ressemblera.
C'est l'occasion de vivre une expérience totalement différente à chaque fois.

Parmi les 6 histoires que composent le film, chacun aura sa favorite mais toutes rivalisent de style et d'imagination : chacune possède son ambiance et son idendité propre.
« Harry Canyon », l'histoire d'un chauffeur de taxi dans un New York futuriste, fait penser à la fois aux vieux polars et aux films de science fiction d'anticipation.
« Taarna «  est un « Nausicaa » sous acide, quant à « Den », c'est la représentation par excellence du fantasme masculin (un jeune geek se retrouve projeté dans une autre dimension dans la peau d'un éphèbe courtisé par les plus belles femmes et devient le sauveur du monde).

La séquence d'introduction est un émerveillement tant les graphismes sont bluffants et chaque histoire, mise en scène avec une imagination folle, possède son lot de références évidents.
Certaines jouent uniquement sur un humour débridé et absurde : « So beautiful, so dangerous » et son vaisseau spatial en forme de smiley géant ou « Captain Stern » et sa course effrénée dans une station orbitale.
D'autres sont plus atmosphériques comme « B-17 », digne d'un épisode des « Histoires Fantastiques ».
Les paysages désertiques de « Tarnaa » sortent tout droit d'une oeuvre de Miyazaki ou de Moebius et les gros plans sur les visages rappellent les westerns spaghetti de Sergio Leone.

Quand au New York de « Harry Canyon » si l'on pensera tout de suite à « Blade Runner » et sa ville-poubelle, il faut savoir que « Blade Runner » n'est sorti qu'en 1982, après « Metal Hurlant » (1981) donc.
On peut se demander si Ridley Scott n'était pas lui même un grand fan du magazine « Heavy Metal »...


Techniquement, c'est du grand art. Si certains illustrateurs font dans le dessin classique, d'autres choisissent une esthétique plus fouillée et laissent délibéremment apparaître leurs traits. On a parfois réellement l'impression de voir une BD prendre vie sous nos yeux.
L'utilisation de la caméra multiplane permet de créer des images avec une profondeur de champ saisissante et si le dessin occupe la majorité de l'écran, les rares effets spéciaux qui interviennent sont absolument magnifiques.
Pas étonnant quand on sait que l'un des responsables est John Bruno, qui travaillera par la suite sur plusieurs films de James Cameron.





Question : Quel est le point commun entre «Ghostbusters » et « Heavy Metal »?

Réponse : Ivan Reitman, réalisateur du premier et producteur du second.
Non seulement, il a réuni l'argent pour que le film se fasse mais il a fait entrer quelques connaissances sur le projet.
A l'époque de la création du film, Ivan Reitman n'a pas encore connu le succès de « Ghostbusters ». Il est en train de tourner « Stripes », une gentille comédie sur l'armée avec le déjà irremplaçable Bill Murray.

Travailler sur les deux films à la fois lui permet de trouver des doubleurs plus facilement.
Il récupère donc Harold Ramis et John Candy de « Stripes » et utilise leur voix dans « Metal Hurlant ».
Les acteurs sont parfaitement convaincants.
Si les voix françaises sombrent parfois dans la caricature facile, les doubleurs originaux insufflent une vraie passion à leurs personnages.

Reitman qui travaille déjà sur « Stripes » avec le célèbre compositeur Elmer Bernstein, l'engage pour s'occuper de la musique de « Metal Hurlant ».
Conscient de l'importance de son rôle, Bernstein ne se repose pas sur ses lauriers (plusieurs nominations aux oscars) et crée une bande son exceptionnelle dont les envolées héroiques frolent parfois la caricature (le thème de Den, volontairement exagéré), parfois le génie (la musique du segment de Tarnaa s'approche autant de « Dark Crystal » que de « Conan le barbare »).


Mais « Heavy Metal », comme son nom l'indique, c'est aussi l'un des rassemblements les plus importants des groupes de hard rock/métal des années 70, chacun composant un morceau inédit pour le dessin animé. Black Sabbath, Blue Oyster Cult, Trust, Nazareth...les amateurs seront aux anges!
Musique contestataire par excellence, non seulement le rock sied à merveille à l'ambiance outrageusement décalée de l'oeuvre mais réussit à augmenter l'impact de la vision des dessinateurs.

Portées par les morceaux endiablés, le dessin animé semble devenir un immense concert illustré par les plus grands illustrateurs de science fiction de l'époque.
On se laisse transporter avec plaisir dans ces mondes parallèles, ces contes de fée pour adultes.
Tant et si bien que quand Loch Nar annonce que la dernière histoire approche, on a le même sentiment que quand un groupe qu'on apprécie nous dit qu'il va chanter sa dernière chanson : on n'a pas vu le temps passer et on aimerait que ça dure encore longtemps...




A tenir éloigné des enfants, « Metal Hurlant » n'est pas un dessin animé comme les autres, c'est le reflet d'une époque désireuse de briser ses chaînes. Déjà vieux de plus de 20 ans, « Metal Hurlant » a ses défauts mais on ne pourra pas reprocher à ses créateurs d'avoir fait preuve de sincérité.
Chacun est resté fidèle à ses convictions sans chercher à plaire au plus grand nombre.

Une oeuvre culte mais qui divise forcément. Certains lui reprocheront ses graphismes d'un autre âge et son scénario ringard, d'autres découvriront une oeuvre fabuleuse et dépaysante comme jamais.

A une époque où les films animés par ordinateur se multiplient, c'est l'occasion d'admirer le travail à l'ancienne et le talent d'une équipe peu ordinaire qui a su capter l'essence même des comic books.
Presque 30 ans après sa sortie, le film surprend encore par ses qualités visuelles et sonores, son humour irrévérencieux et surtout sa liberté de ton.
Une superbe réussite!

Note : ****