dimanche 1 février 2009

D War




Selon une légende coréenne, des créatures inconnues vont réapparaître à la surface de la planète et la dévaster. Ethan, reporter, enquête et découvre qu'une jeune fille atteinte d'une mystérieuse maladie, Sarah pourra l'aider. Un serpent géant, l'Imoogi se dirige vers LA, promettant chaos et destruction.


Scénario prétexte, affiches et visuels publicitaires attrayants, une nomination pour les effets spéciaux, tout était réuni pour faire de ce film de monstres une série B où le grand spectacle serait le coeur du film, un pop corn movie où on laisse son cerveau à l'entrée.

Le "Godzilla" de Roland Emmerich par exemple était une honte monstrueuse comparé aux Gojira originaux mais n'en restait pas moins un film marrant porté par des effets spéciaux convaincants et des explosions en veux tu en voilà.
Alors "D War" pouvait tout aussi bien valoir son pesant de cacahuètes...

Et bien, tout dépend de l'âge que vous avez. Parce que 13 ans passés, vous pouvez laisser tomber sans regrets!

Tout d'abord le scénario est prétexte, ok, mais la narration ne fait aucun effort pour maintenir l'attention. Pire, elle accumule les clichés les plus éculés au monde pour tenter de créer un semblant de suspense.
La scène où Ethan se met à la recherche de Sarah est un vrai bonheur pour les masochistes du cinéma : ceux qui prennent plaisir à voir les films les plus nuls.

A partir d'un simple prénom et d'une moyenne d'âge, le jeune reporter parvient à mettre la main sur elle sans le moindre problème. Par un curieux "hasard", il entend parler d'elle par un collègue (il ne l'a jamais vu mais il sait que c'est elle!) et va la voir à l'hôpital.
A l'entrée, on lui dit que les heures de visite sont fermées mais par un curieux "hasard" (et oui encore!), il rencontre un membre du personnel qui le conduit à elle.

Et pendant ce temps, l'heure tourne. Et toujours pas le moindre combat épique à l'horizon dans un Los Angeles dévasté.

Quand le film dure à peine une heure vingt, ce qui est déjà assez risible pour un long métrage, mais qu'en plus au lieu des bastons tant attendues il se permet d'aligner les situations les plus téléphonées et des dialogues aussi pathétiques qu'inutiles, c'est vraiment du foutage de gueule!
Je me suis surpris à plusieurs reprises à crier sur l'écran tant mon impression d'être pris pour un con était forte!

Quand enfin le dragon décide de prendre les deux tourteraux en chasse, on apprécie les effets spéciaux aussi réussis que mal utilisés mais pas une seconde on se met à avoir peur pour les héros. Du haut de ses 10 mètres de long, le dragon est en fait un serpent géant qui se contente de siffler sa haine à la caméra et de faire des trous dans les murs avec sa tête. Absolument ridicule!

D'un autre côté les acteurs font tout pour que l'on sait pitié d'eux...

Impossible d'oublier le monolithique Jason Behr tant celui ci est convaincant et charismatique.
Alors que la ville brûle, ravagée par des hordes de créatures venues d'un autre monde il s'enfuit en voiture avec l'air effrayé du type qui se demande s'il a oublié de fermer le gaz... On a rarement vu une tête à claque pareille.

Heureusement pour lui, les autres personnages sont tout aussi mauvais.
Entre Sarah qui, déçue, dit à Ethan qu'il aurait pu penser à son anniversaire alors qu'ils sont poursuivis par plusieurs dragons cracheurs de feu (le surréalisme de la scène m'échappe encore!), la psy qui est prête à enfermer quelqu'un parce qu'il dit qu'il a vu le serpent et le black du début qui vide un chargeur sur le bouclier du méchant alors qu'il aurait pu lui tirer dans la jambe... on a droit à une brochette d'abrutis aussi consternants les uns que les autres.

Parlons en du méchant justement. On dit que plus le méchant d'un film est réussi, plus on s'intéresse au héros.
Pas de risque cette fois. Je n'en avais pas vu un aussi caricatural depuis les épisodes des Power Rangers. Tout en noir, il remue inutilement les bras pour motiver ses troupes lors de son grand discours et son armée de décérébrés est aussi peu effrayante que risible.

Rien ne pouvait sauver le film du naufrage excepté des scènes de bataille réussie. Malheureusement, c'est loin d'être gagné.

On ne peut être qu'impressionnés par les images de synthèse mais les plans, qui empruntent autant du côté de "La Menace Fantôme" que du "Seigneur des Anneaux", sont montés n'importe comment et donnent un aspect confus et brouillon à l'action.
Quant à la fin on se tordrait de rire si on n'était pas aussi déçu, car comment accepter que le héros qui n'a servi à rien de tout le film se débarasse se toute une armée en un seul coup, simplement parce que son pendentif est magique???

Tout n'est pas noir et le film donne l'occasion d'admirer un beau dragon d'inspiration asiatique à la fin et le plan du serpent géant qui s'enroule autour de l'immeuble est un joli clin d'oeil aux vieux films du genre.

Ennuyeux, moche, peu inspiré. "D War" n'est pas loin d'être une bouse monumentale. Des effets spéciaux très réussis le sauvent de justesse du naufrage. Mais ça ne suffit pas à faire un bon film...
Une * pour les crises de rires occasionnelles que le film engendre malgré lui!

Note : *

Smiley Face




Il est 9h du mat et Jane reste vautrée dans son canapé. Affamée, elle mange les gâteaux de son colocataire sans savoir qu'ils contiennent du cannabis...
Elle part alors pour un périple surréaliste pour rembourser son dealer, passer une audition et remplacer les fameux gâteaux.


"Smiley Face" est le film à idée unique du mois qui tente désespéremment de nous tenir éveillés jusqu'à la fin par tous les moyens possibles.

Gregg Araki vient de terminer "Mysterious Skin", un drame dur et choquant, et il a besoin de s'aérer l'esprit avec une comédie légère.
C'est ainsi que "Smiley Face" vint au monde.

Pour incarner Jane, une actrice paumée de 20 ans accro à la beuh qui considère son lit comme son bien le plus précieux, il voulait absolument Anna Faris.

Anna Faris, c'est bien sûr la star des "Scary Movie", comédies parodiques déjantées, mais c'est aussi une actrice sérieuse qui peut se targuer d'avoir joué dans "Le secret de Brokeback Mountain" et "Lost in Translation".
Bref, une valeur plus ou moins sûre pour un premier rôle...

Voilà, on a un réalisateur, une actrice et un semblant de scénario...le film peut commencer!

Les films sur la drogue, c'est pas ça qui manque.
De "Las Vegas Parano" à "Trainspotting" en passant par "Harvard Story", l'état second dans lequel on se trouve après avoir absorbé des substances pas très catholiques a déjà été représenté maintes fois à l'écran sous les formes les plus variées (hallucinations, déformations de la vision, flou artistique...).

Mais Araki a plus d'un tour dans son sac et se débrouille pour donner à son film un caractère hautement psychédélique. Les couleurs fluos nous éclatent littéralement au visage, les effets de caméra (ralentis, zooms soudains, accélérés, retours en arrière, fondu enchaînés) sont légion et les rares effets spéciaux (le smiley dans le ciel) apportent une jolie touche de poésie.
Le film développe même un côté conte de fée assez agréable par moments.

Le film ne se veut jamais aussi sombre que ses prédécesseurs. Le monde vu à travers le regard de Jane, est un univers coloré et enchanteur où les animaux se mettent à parler.
Mais il reste néanmoins le même quotidien pourri aux yeux de tous les autres.

C'est sur le décalage entre les différentes perceptions de réalité que joue le film.

Le réalisateur projette son héroine, naïve et innocente, dans un monde cruel et sans pitié. Tout au long du film, elle se fait aggresser par des personnages furieux et visiblement mal lunés et la pauvre ne sait jamais comment réagir.

Le problème c'est que nous on sait pourquoi ils réagissent ainsi envers elle : à enchaîner les bourdes sans même s'en rendre compte (forcément vu son état...) elle devient l'origine d'un grand nombre de catastrophes.

Doit on se marrer ou éprouver de la compassion envers elle?
Difficile de savoir, d'autant qu'il est dur de s'accrocher à cette feignasse qui ne sait rien faire d'autre que d'aller du canapé au frigo.

Au final, on compatit plus pour les pauvres hères qui ont le malheur de croiser sa route : son ami se fait piquer son portefeuille, son coloc se retrouve sans gâteaux et sans électricité, un professeur perd sa thèse d'économie (qui a du lui prendre des années!). Non honnêtement, les situations sont trop amères pour en rire et le ton léger employé par le réalisateur ne convient pas dans ce genre de scènes.
Ou alors c'est juste moi...

Anna Faris donne tout ce qu'elle a pour rendre l'héroine sympathique. Sans peur de se rendre ridicule, elle fait de Jane un vrai personnage de dessin animé qui déforme son visage et multiplie les expressions ahuries.
Elle se défonce (c'est le cas de le dire) et elle est sincère dans ce qu'elle fait mais elle n'arrive jamais à nous faire oublier la minceur du scénario.

Une idée unique, c'est bien joli, encore faut-t'il savoir la développer.
D'une maigreur abyssale, le script aligne les gags lourdingues, les situations pas drôles et les rebondissements incohérents.

Le film repose donc essentiellement sur une mise en scène élaborée et la performance (planante) de l'actrice en roue libre.


Peut être que je n'ai pas compris le message (la société est méchante et la drogue c'est pas bien), peut être que le film est plus complexe qu'il n'y parait (on y parle de Marxisme et de la politique Reagan), peut être qu'il faut être soi même complètement shooté pour apprécier les tentatives d'humour d'un scénario minimaliste...Peut être.

"Have a fun ride" comme dirait le type qui s'occupe de la grande roue.
"Smiley Face" est un pur produit de détente, une explosion d'images pop sans autre but que de faire passer un bon moment.
Il y en a qui apprécieront et d'autres comme moi qui auraient voulu aimer le film mais qui resteront hermétiques au scénario minimaliste qui fait la part belle à un humour ras les paquerettes.
Et les grimaces de Anna Faris n'y changeront rien.

Allez soyons beau joueur, une * pour le jeu de piste en alphabet et parce que ça fait toujours plaisir de revoir Danny Trejo, et puis faut avouer que l'allusion à Garfield est bien trippante!

Note : *

samedi 17 janvier 2009

The Big Lebowski




Jeffrey Lebowski, dit le « Duc » est un glandeur fini qui fume de l'herbe et boit de la vodka-lait.
Il passe sa vie au bowling avec ses deux potes. Un jour, deux malfrats viennent chez lui et en le prenant pour un autre, le tabassent. L'un d'eux urine sur son tapis..
Le Duc part alors en chasse pour qu'on le dédommage.


J'ai du mal à définir l'humour dans les films des frères Cohen.
Leurs films se suivent et ne se ressemblent pas. De même, on peut aimer certains de leurs films et en détester d'autres.

J'ai beaucoup aimé "Arizona Junior" et "Blood Simple" mais j'ai rapidement décroché sur "Miller's Crossing". Quant à "Fargo" (leur triomphe), autant j'ai apprécié les qualités techniques du film autant les subtilités parodiques du scénario m'ont complètement échappé...

Je ne suis donc pas le mieux placé pour parler de leur cinéma si particulier.
En revanche, j'ai appris une chose sur les dialogues : ils ne valent rien en français!

Je me souviens parfaitement de la première fois que j'ai vu "The Big Lebowski".

Mes parents avaient loué le film en français ( le dvd n'existait pas encore).
Donc le film commence, et une voix off nous présente le personnage du Duc.
Au bout d'un moment, deux voyous entrent chez lui et l'un deux urine sur son tapis.
De tout le film, c'était la seule scène dont je me souvenais, parce qu'après le scénario tourne en rond et multiplie des dialogues sans aucun sens qui essaient d'être originaux.
Au bout de 20 vingt minutes, j'étais parti...

A l'époque je devais avoir 12 ans, pas étonnant que je n'ai rien compris.
En fait le film m'était passé complètement au dessus de la tête!
L'humour, adulte, est décalé au possible et réside majoritairement au niveau des dialogues.
Quant au scénario, il est en béton! D'une simplicité effarante mais en même temps tellement surprenant. C'est que ce qui compte dans le film ce n'est pas le scénario mais les personnages eux mêmes.

Et c'est là que je dis que la version française est nulle.
Non pas qu'elle soit baclée ou que les doubleurs ne soient pas convaincants mais elle est incomparable à la VO.

D'abord le « Duc », ca veut dire quoi « Duc »? C'est quelqu'un de haut placé, un aristo qui a la belle vie? Quand on voit le Duc s'acheter une brique de lait habillé en pyjamas, le titre ne colle pas une seconde.

En fait, « Duc » en français c'est juste le meilleur mot que la société de doublage a du trouvé pour que la synchronisation labiale (les mouvements des lèvres) entre les deux langues puisse se faire facilement. Le mot d'origine étant : Dude.
Et là, ça change tout parce Dude dans la langue de Shakespeare, c'est le mec coooooool, qui se prend pas la tête, relaaax quoi. T'as un problème, tu vas le voir et il te fait « T'inquiète pas man, tiens prends une taffe ».
Voilà, là déjà on colle plus au personnage!

Ce ridicule mot de 4 lettres résume pourtant à lui seul tout le film : l'attitude du Dude façe à ce qui lui arrive. Car être Le Dude, c'est pas juster s'affubler d'un sobriquet ridicule, c'est avoir la classe! Mais la classe dans la déchéance...
Les cheveux longs pas coiffés, l'air du type qui vient de sortir du lit, c'est le parfait glandeur.


Le Dude, c'est Jeff Bridges et le rôle lui colle littéralement à la peau.

Le Dude ne s'assoie pas, il se vautre. Pas besoin de sermonner le Dude, il n'écoute pas.
Et quand le Dude se sent menacé, il met ses lunettes de soleil.
Honnêtement, il faut voir Bridges mettre ses lunettes alors qu'un policier se moque de lui. Il reste là, bien caché derrière ses oeillères avec la parfaite tête du mec qui se dit «  Cause toujours toquard, j'écoute même pas! »

Le Dude passe sa vie au bowling avec ses potes Walter (John Goodman), un ancien du Vietnam un poil lunatique, et Donny, un simplet avec une tête à claque (Steve Buscemi).

Le Dude a une petite vie pépère et il y tient. Alors quand on vient souiller son tapis, c'est tout son petit monde qui s'écroule.

A partir de là le scénario part dans tous les sens et le Dude fera la connaissance de personnalités assez dérangées.
On y croise un vieux grincheux en fauteuil roulant, une peintre nymphomane, une bande de kidnappeurs au fort accent germanique, un joueur de bowling exhibitionniste qui s'appelle Jésus, un cow boy qui s'adresse à la caméra et un commissaire de police qui se croit dans "Full Metal Jacket". Et j'en oublie...

Le scénario tourne en rond sans vraiment avancer. Et pourtant c'est ce qui fait sa richesse car il permet d'enchaîner des dialogues truculents comme on en n'avait pas vu depuis Tarantino et ses "Pulp Fiction" et autres "Reservoir Dogs".

Ridicules en français, les dialogues originaux sont extraordinaires.
Les frères Cohen utilisent à merveille les différences subtiles de tons et d'accentuation propres à la langue anglaise, qui même avec les meilleurs efforts du monde sont impossible à reproduire dans notre langue.

Difficile de décrire ce que l'on ressent mais les acteurs font tous un formidable travail d'élocution. Chaque mot, chaque phrase est dite d'une telle façon que les conversations les plus banales deviennent jubilatoires.

Les Cohen jouent d'ailleurs habilement sur le comique de répétition : il n'est pas rare qu'un personnage répète la même phrase plusieurs fois. Mais chaque fois, la phrase a un sens légèrement différent et c'est ce qui fait le sel de ces têtes à têtes.

Le film bénéficie d'un casting en or!

Hormis Jeff Bridges dans le rôle principal on retrouve des habitués des Cohen notamment -le toujours formidable- Steve Buscemi et Peter Stormare (le duo vedette de "Fargo") et John Goodman ("O Brother", "Miller's Crossing", "Arizona Junior").
Ce dernier est le parfait compagnon du Dude.
Contrairement à lui, c'est une boule de nerfs permanente qui menace à tout moment d'exploser.

Dans le cinéma américain, on représente souvent les anciens du Vietnam comme des personnes solitaires, dans l'impossibilité de s'adapter au mode de vie qu'ils ont su préserver. Ici les frères Cohen se lancent dans la caricature puisque ce vétéran considère carrément une partie de bowling comme une question de vie ou de mort.
Il y a des règles à suivre! Le bowling n'est plus un loisir, c'est une raison de vivre...
Goodman est absolument parfait dans ce rôle, probablement le meilleur de sa carrière.


Du côté des nouveaux on trouve entre autre un Phillip Seymour Hoffman qui redouble d'autodérisison dans le rire forcé et une Julianne Moore aussi obsène que troublante.

Je pourrais aussi parler des scènes de rêve surréalistes où le Dude vole au dessus de la cité de Los Angeles tel un Superman en peignoir ou se fait poursuivre par une boule de bowling géante.
Ou encore de la narration elle même qui mèle les images d'une botte de foin emportée par le vent à la voix rocailleuse de Sam Elliot, sorti tout droit d'un western.
Ou encore de la bande son étonnante qui rivalise avec celle de "Pulp Fiction".

Bref, "The Big Lebowski" est beaucoup plus complet et travaillé qu'il n'y paraît aux premiers abords. Cette histoire ridicule d'un type à côté de ses pompes qui cherche juste à récupérer son tapis va au final se transformer en quête épique et intelligente.

Servi par des dialogues percutants et interprété avec brio par des acteurs au meilleur de leur forme, le film est une comédie loufoque, enjouée et réjouissante.
Les frères Cohen y sont au sommet de leur art!

A partir d'un scénario où un homme sans histoire se retrouve mêlé à une intrigue qui le dépasse à la suite d'un quiproquo, Hitchcock avait créé un chef d'oeuvre.
Dans des circonstances différentes, les frères Cohen en créent un autre...

Note : ****

Hollow Man




Que ce soit à travers la littérature ou le cinéma, le mythe de l'homme invisible a fait part à de nombreuses interprétations et représentations.
Même, John Carpenter, le maître du cinéma fantastique a essayé d'imposer sa vision.

L'An 2000 marque le retour du scientifique et de ses expériences extraordinaires sur les écrans. Et qui de mieux qu'un savant fou pour en diriger un autre?

Le cinéaste Paul Verhoven est connu de tous les amateurs de science fiction.
De "Starship Troopers" à "Total Recall", en passant par le légendaire "Robocop", il a donné vie à certains des meilleurs films du genre.

Mais Verhoven n'est pas n'importe quel réalisateur de commande. Le « Hollandais Violent » sature ses films d'ultraviolence sanglante et de sexualité crue.
Chacun de ses films, sujet à controverse, est une mine d'or pour la censure Hollywoodienne bien pensante!

Pour ce film il retrouve ses vieux copains, à savoir : le monteur Marc Goldblatt, le compositeur Jerry Goldsmith et le responsable de la photographie Jost Vacano.
Autant dire qu'avec un tel palmarès à leur actif, chacun connait le mode de fonctionnement de chacun. Autrement dit, rien à redire sur la musique, la lumière ou le montage. Un excellent travail.

Dans ce genre de film, les héros ne sont pas les acteurs mais les effets spéciaux.
Les images de synthèse modernes nous permettent d'aller bien au delà de la chemise qui flotte dans les airs et de la tasse à café qui se soulève suspendue à un fil de pêche.

Pour ceux qui suivent des cours d'anatomie, vous allez être ravis!
Voir Kevin Bacon disparaître progressivement suite à l'injection du sérum d'invisibilité donne lieu à des séquences extraordinaires de réalisme.
Elaborées au départ pour le film "La Momie" de Stephen Sommers, la technique de re création d'un corps humain étapes par étapes prend ici toute son ampleur.
La peau, les tissus, les organes, les nerfs, les os... tout est montré à l'image sans aucune retenue. S'en est presque écoeurant...

Comprenant que la technologie moderne lui autorise tous ses excès les plus fous, Verhoven n'hésite pas à mettre en scène sa créature à travers le plus d'éléments possibles (eau, fumée, sang, feu, vapeur...).
Et nous de prendre une claque visuelle à chaque fois!

Cependant, Verhoven ne se laisse pas aller dans le tout numérique sans faire l'effort de le mettre un minimum en valeur.

Il a très bien compris qu'un effet spécial n'est que plus crédible s'il est ajouté sans plan de coupe. Un plan on voit l'acteur, hop un autre on voit l'effet. Non, ça ne marche pas comme ça ici.
Les images de synthèses sont parfaitement intégrées dans la mise en scène.
Elles prennent la place de l'acteur sans que l'on s'en aperçoive réellement.

Un grand nombre de scènes montre Kevin Bacon sans visage recouvert d'un simple drap, ce qui lui donne une apparence fantomatique très esthétique.
En parlant d'esthétique, difficile de surpasser la scène où le latex liquide qu'on lui verse sur la tête prend peu à peu la forme de son visage...



L'effet pour l'effet n'a pas cours ici. Si le film contient plus de 500 plans avec effets spéciaux, ils sont tous utilisés pour le bien de l'histoire.

Le personnage joué par Kevin Bacon, Sebastian, est un génie de la génétique légèrement égocentrique.
Lorsque il dit « You're not God...I am », il s'amuse mais enivré par ses nouvelles facultés, il va vite découvrir que jouer à Dieu peut être au final très agréable...

« Que feriez vous si vous étiez invisibles? »
Chaque personnage à sa propre théorie, Sebastian, lui, est bien tenté de profiter des jolies filles sans défense.

Sa découverte des pouvoirs s'accompagne d'une montée en puissance de sa perversité latente. Et à partir de ce moment, on retrouve le Paul Verhoven des beaux jours.
Sexe, gore et violence forment un mélange délirant allant parfois jusqu'au malaise.

Le viol (suggéré) de la voisine (ravissante Rhona Mitra) sur laquelle Sebastian fantasme depuis toujours sera suivi de scènes de meutres plus terrifiantes les unes que les autres.

Le style éblouissant de Verhoven se conjugue parfaitement avec une bande son métal et la musique atmosphérique de Goldsmith. Lors de certaines scènes la caméra bouge comme s'il s'agissait du personnage et la musique suit ses mouvements comme pour exprimer ses pensées.

Mais si le film ne lésine pas sur le rouge, tout n'est pas rose au niveau du scénario.

Les effets spéciaux sont au top, en revanche le niveau des acteurs n'est pas aussi élevé.
Hormis un Kevin Bacon inquiétant à souhait, le reste du casting fait pâle figure.
Le duo de tête, composé de Elisabeth Shue (Jennifer dans "Retour vers le futur") et du body buildé Josh Brolin, ne parvient pas à réellement retenir l'attention.

Non pas que les acteurs soient mauvais mais leurs personnages manquent de personnalité.
Pareil pour le reste de l'équipe, réduits à quelques stéréotypes qui débitent des dialogues sans saveur.

Je regrette que le scénario n'est pas accordé plus d'attention à la crédibilité de certaines scènes. Comment ça se fait que les personnages principaux soient toujours aussi résistants quand la situation l'exige?
Qu'ils se prennent un coup de pied de biche dans l'estomac ou qu'ils se fassent déchirer l'épaule par un ascenseur, ils ne semblent jamais ressentir la douleur plus longtemps que le suspense le demande...

Ces incohérences ne gâchent heureusement pas un final typiquement Hollywoodien hautement spectaculaire. L'inévitable explosion finale est une des plus belles jamais vu au cinéma!

Après comparaison, les anciens films de Verhoven vont beaucoup plus loin en terme de violence ("Total Recall") et de sexe ("La chair et le sang", "Basic Instinct") mais les effets spéciaux valent à eux seuls le détour.

Avec des personnages et des dialogues plus fouillés, le film n'en aurait été que meilleur mais il contient son lot de scènes choc.

Hollow Man s'affirme comme une série B à gros budget et l'on prend plaisir à admirer cet étalage d'érotisme et de gore.
Un plaisir coupable...

Note : **

Affliction



Wade Whitehouse est un officier de police dans une petite ville du New Hampshire.
Un jour un de ses amis est engagé pour emmener à la chasse un leader syndical.
Lorsqu'on apprend que ce dernier s'est tué accidentellement, les soupçons se mettent à germer dans l'esprit de Wade, qui décide de mener sa propre enquête.



En voyant la jaquette du film, j'ai tout de suite pensé au "Fargo" des frères Coehn et à "Un Plan Simple" de Sam Raimi.

Les polars qui se passent sous la neige sont souvent parodiques, empreints d'humour noir mais ici j'ai fait fausse route : le film est on ne peut plus sérieux.
Affliction : synonyme de misère et de désespoir.
Avec un titre pareil, on ne risque pas de rigoler beaucoup...

Le réalisateur, Paul Schrader, est connu pour son film "Hardcore" où un père entre dans un réseau de prostitution à la recherche de sa fille. Il est également responsable des scénario de "Taxi Driver" et "Raging Bull" de Scorsese. Autant dire que ce type n'est pas le mieux placé pour raconter une histoire où le soleil brille et où tout le monde il est gentil.

Le film n'est pas un film policier classique : pas de héros, pas de méchant, que des salauds...
Schrader s'intéresse plus au côté obscur des personnages qu'à l'action et s'acharne à montrer les tréfonds de l'âme humaine.

Ses héros sont des hommes ordinaires dont la vie se met soudainement à basculer.
Tout comme DeNiro dans "Taxi Driver", Wade est un homme bon par nature mais son passé tourmenté l'empêche de mener la vie qu'il souhaite.

Wade est joué par un Nick Nolte ("48 heures", "Clean") remarquable.
Ce père de famille divorcé et à côté de la plaque n'est pas une mauvaise personne.
Il a des problèmes comme l'on en a tous et n'aspire qu'à mener une vie simple et être heureux.
Mais on se rend compte qu'il vit dans l'illusion.
En la personne de Maggie (Sissy Spacek, inoubliable "Carrie") il pense avoir trouvé une femme avec qui se remarier et cherche désespéremment à faire réviser son divorce pour récupérer sa fille, sans comprendre qu'elle ne veut pas de lui...

L'acteur donne le meilleur de lui même (nomination à l'oscar). Le rôle du vieux grincheux au grand coeur lui va comme un gant mais il arrive à nous angoisser lorsque son personnage sombre peu à peu dans la folie.

Le pauvre homme est vraiment accablé mais ce n'est que la partie visible de l'iceberg.
On apprend qu'enfant il se faisait battre par son père, alcoolique et pervers, et chaque coup dur le plonge un peu plus dans la peur de marcher sur ses traces.
Lorsque ce père indigne ressurgi dans sa vie c'est le début de la descente aux enfers pour cet homme en quête de rédemption...

Le personnage du père est joué par James Coburn.
Durant sa longue carrière, Coburn a excellé dans les rôles des brutes hargneuses et des soldats anarchistes ( "les 7 Mercenaires", "Croix de fer", "Il était une fois la révolution"...). Malheureusement, depuis que le western et le film de guerre sont tombés en désuétude, il est resté cantonné aux petits rôles ("Professeur Foldingue", "Hudson Hawk", "Sister Act 2"...).

Je l'ai toujours admiré et dans ce film il me bluffe une fois de plus.
Son personnage est détestable dès le premier plan. Vieil homme sadique élevé à la dure, il n'a de respect pour personne et se noie corps et âme dans l'alcool.


Pourtant aussi abominable qu'il soit on ne peux s'empêcher de se sentir triste pour lui. S'il est devenu comme ça, ce n'est pas sa faute mais c'est du à l'éducation sévère qu'il a du recevoir.
Bien qu'il n'apparaisse pas souvent à l'écran, sa présence est magnétique.
Lors des flash back maladroitement filmés à la caméra super 8 (comme s'il s'agissait d'un film de vacances), il se révèle aussi odieux qu'effrayant.

Une des plus belles interprétations qu'il n'ait jamais donné (oscar meilleur second rôle).

Si le film est avant tout une enquête policière, avec ses indices disséminés à droite à gauche, c'est cette relation père/fils qui est au coeur du film.
La violence à la fois omniprésente et implicite passe par les rapports qu'entretiennent Coburn et Nolte. Ils se détestent mais ils ont quelque chose en commun : les liens du sang.

Le premier regrette et rejette ce que son fils est devenu et ce dernier n'a que trop peur de finir comme lui. Le seul qui s'en sort bien dans l'affaire c'est le second fils joué par Willem Dafoe.

Remarqué dans "Platoon" ou "Mississippi Burning", il est révélé au grand public dans le "Spiderman" de Sam Raimi.
Très bon acteur, dans le film il est à la fois la voix de la raison (la voix off qui explique les événements qui se déroulent) et l'allumette qui mettra le feu aux poudres...

Paul Schrader réalise un film mélancolique et dur où la blancheur immaculée des paysages contraste avec la noirceur de l'âme des personnages.

Note : ***

La chèvre




La malchance ça existe. Il y a des gens qui sont nés avec comme d'autres viennent au monde avec les yeux bleus. Marie Bens compte parmi ces individus.
Lorsqu'elle disparaît en Amérique du Sud son père engage, sur les conseils d'un psychologue d'entreprise, un type aussi malchanceux qu'elle, François Perrin, et un détective privé, Campana, pour lui servir d'ange gardien.

Francis Veber est un des scénaristes/réalisateurs les plus connus du cinéma français.
Dans ses films, on retrouve toujours un personnage récurrent : François Pignon. Pignon c'est le pauvre type, héros malgré lui d'une situation qui le dépasse complètement.
Il aura été tour à tour emmerdeur, con, dépressif, suicidaire et homosexuel.
Mais en marge de Pignon, il y a eu le personnage de Perrin : malchanceux noitoire et porte-poisse permanant.

C'est autour de ce personnage que tourne le film ou plutôt autour des situations qui se créent à travers lui et des relations qu'il entretient avec Campana.

Si Perrin est un imbécile heureux qui ne s'étonne de rien, Campana lui c'est le sceptique à l'esprit cartésien, résolument convaincu que « ça n'existe pas la malchance! ».

Si les plus grandes comédies françaises (voire les comédies en général) reposent sur un duo complémentaire, aux personnalités diamétralement opposées, le couple Perrin/Campana rejoint fièrement les indétronables Bourvil/De Funès et autres Blier/Ventura.

Mais le plus dur reste de dénicher des acteurs dignes de ce nom pour les incarner.
A l'époque Pierre Richard vient de tourner son premier film avec Veber « Le Jouet » et il est engagé pour jouer Perrin. Quant à Ventura, désigné au départ pour jouer Campana il sera remplacé par Depardieu qui fait ses premiers pas dans la comédie.

L'alchimie entre les deux acteurs est totale et leur complicité à l'écran fonctionne à merveille.
Le scénario fonctionne sur le principe éculé mais toujours efficace de deux personnages contrastés qui ne s'entendent pas mais qui doivent se supporter pour résoudre une problématique.

On se retrouve donc avec un fil de fer roux qui se prend pour un dur à cuire et une armoire à glace au grand coeur obligés de faire équipe pour le meilleur et surtout pour le pire.

Le pire parce que non seulement la malchance ça existe mais en plus ça se transmet, selon le principe des vases communicants! Si au départ Campana s'amuse à faire des tests sur Perrin à ses dépends pour vérifier sa théorie, son esprit rationnel va être confronté à l'inexplicable quand il va lui même se retrouver victime d'un effrayant manque de bol.

La performance de Depardieu est jouissive. Face aux évènements, il ne sait pas comment réagir et ne peut s'empêcher de jeter un regard incrédule chaque fois qu'un pépin pointe le bout de son nez.

Alors que Perrin demeure enthousiaste en toute circonstance (à force de prendre une tuile sur le coin de la figure il n'y fait même plus attention), lui va basculer petit à petit dans la quatrième dimension où les lois de la nature ne sont plus régies par des règles qu'il peut concevoir.
Depardieu joue très bien la peur. A son visage terrorisé on sent tout de suite que Campana n'est pas dans son élément et quand il casse son lacet, c'est comme s'il sentait sa fin prochaine arriver.



Quant à Pierre Richard, il se sert de son physique particulier et de son sens du comique impeccable pour créer ce personnage rêveur et constamment hors du coup. De ce pauvre bougre, il émane une véritable poésie et une chaleur humaine qui le rendent si attachant. Rien qu'en le voyant apparaître à l'écran on sourit d'avance à ce qui va lui arriver.

Ce côté loufoque malgré lui le suivra dans la suite de sa carrière. Il deviendra entre autres le fameux « grand blond avec une chaussure noire » et refera équipe avec Depardieu dans plusieurs films dont « Les Fugitifs » et « les Compères », tous deux de Veber.

Son personnage a vraiment marqué les mémoires si bien que « Pierre Richard » est pratiquement devenu synonyme de maladroit ou de malchanceux. Si, si...

Les acteurs sont donc fabuleux, voilà c'est dit.

Le scénario ne cherche pas à être profond. Même si on n'échappe pas à l'éternelle scène où le pauvre type se rend compte qu'il a été manipulé, ici tout est fait pour rigoler.
Déjà entre Perrin et Campana ça part mal : c'est le plus petit qui prend les commandes et qui donne les ordres.
C'est David qui se prend pour Goliath et Goliath, ça lui plait pas trop...

Evidemment chacune de ses suggestions est pire que la précédente et les deux compères vont rapidement tomber sur un vrai sac d'embrouilles.
Entre mexicains mafieux, sables mouvants et panne d'essence en pleine jungle amazonienne ils vont en voir de toutes les couleurs.

Mais c'est pas grave parce que Perrin se mèle parfaitement à la population locale et parle anglais couramment : « You, I cherche one amigo of me, you peut être connaitre » et la carrure imposante de Depardieu autorise tous les excès à son Campana qui défonce les portes à coups de pieds et les têtes à coups de boule.

Au passage, j'imagine la tête du responsable du casting quand il a appris qu'il devait rechercher un Mexicain avec des narines suffisamment larges pour que Depardieu puisse y passer les doigts (!).

Sans atteindre le niveau d'un Audiard de la grande époque, les dialogues s'en tirent avec les honneurs avec des répliques connues de tous : « J'avais une vie un peu plate avant de vous rencontrer Perrin... ».

Mais le gros problème du film c'est la mise en scène. A la base, Veber n'est pas un réalisateur.
Et s'il a amélioré son style dans ses films plus récents, sur "La Chèvre" il en est autrement.

Veber dit de lui «: Je suis un auteur qui réalise », il reste donc plus attentif à l'histoire qu' à la réalisation elle même.
Un bon film commence par un bon scénario et de bons acteurs, après le reste c'est accessoire.
Sauf que parfois, ça peut gâcher certaines scènes.

La plupart des scènes du film sont des moments de comédie et c'est ce que Veber sait filmer le mieux. Chaque ligne de dialogue est mise en valeur par des plans travaillés, parfaitement cadrés au niveau des visages des acteurs. On ne perd pas une miette des dialogues truculents!

De même Veber a très bien compris que ce qui rendait le film drôle ce n'est pas Perrin, c'est Perrin à travers le regard de Campana.
Selon la situation, l'expression sur le visage de Depardieu donne un point de vue supplémentaire à une scène et participe indéniablement à l'humour qui en découle (il prend un air innocent alors que Pierre Richard se ramasse une baffe par sa faute...).


En revanche, quand il s'agit de filmer des scènes un peu plus mouvementées, comme les bagarres ou les scènes de poursuite, la simplicité et la platitude de la mise en scène se font cruellement sentir. Les séquences manquent d'ampleur. Et je ne parle pas de la musique de Vladimir Cosma (excellent musicien soit dit en passant) qui accentue chaque apparition du méchant par un « Touh touh touh, Touh, touh, tooouhm » qui résonne comme un « attention danger »caricatural.


A l'époque le film a été un énorme succès et a littéralement propulsé la carrière des deux acteurs sur orbite.
Aujourd'hui les dialogues restent excellents et les acteurs sont toujours aussi formidables mais la froideur de la réalisation rebute parfois, sans pour autant plomber le film n'exagérons rien.

Note : **

Chiens de Paille



David, mathématicien réservé, fuit les Etas Unis avec sa femme Amy pour venir habiter dans le calme et paisible arrière pays anglais. Mais quand il engage une équipe locale pour réparer sa grange, celle ci commence à harceler le couple. Au début David ne fait rien, jusqu'au jour où ils le poussent à bout...

Le film le plus connu de Sam Peckinpah est sans aucun doute "La Horde Sauvage" : un western crépusculaire où la violence atteignait son paroxysme.
Visuellement, ses fusillades sont aussi belles que choquantes. Réglées au millimètre près, elles combinent effets sonores saisissants et montage saccadé où elles sont mises en scène au travers de ralentis éblouissants.

Nul doute que Peckinpah a inspiré les ballets corégraphiés de John Woo et indirectement, les ¾ des cinéastes américains d'aujourd'hui.

Violence. La violence aujourd'hui est devenue presque banale, il n' y a qu'à voir les infos ou lire les journaux. Et c'est encore plus vrai au cinéma.
Il y a 10 ans, un film interdit aux moins de 12 ans est devenu moins choquant que les séries policières qu'on nous inflige quotidiennement.

Et puis, d'un autre côté il y a ces producteurs qui pour gagner toujours plus, réduisent la violence de leurs films pour qu'elle soit regardable par un plus jeune public (quitte à dénaturer une oeuvre...).

Mais la violence, c'est comme le sexe : ça fait vendre.
Il suffit d'observer les scores au box office de films tels que "Saw" et "Hostel" pour s'en rendre compte.
Plus c'est gore, plus on va loin dans l'interdit, plus les gens ont envie de voir les films.
On en est arrivé à un tel niveau de surenchère qu'on n'y fait même plus attention...

Et je râle, je râle mais je suis le premier concerné.
La moitié de ma vidéothèque est constituée de films violents. Mais j'aime les films violents! Je préfère 100 fois plus revoir un bon John Woo pour la énième fois que de me taper la rediffusion de Camping.

Exemple idiot mais qui exprime mon raisonnement.


Mais pourquoi je parle de tout ça d'abord?
Parce que il arrive parfois que des films utilisent la violence pour mieux nous faire réfléchir dessus.
Ces films ce sont des grands classiques comme "Orange Mecanique" et "Full Metal Jacket" de Stanley Kubrick et des films comme "Chiens de Paille".

Parce que dans "Chiens de Paille", de la violence il y en a, et pas qu'un peu!
Et devant cette déferlante de fureur et de sauvagerie, le spectateur de s'interroger : « Comment en est on arrivé là? ».

C'est que, avant le final proprement hallucinant, il s'est déroulé plus d'une heure et demi de film sans qu'aucun coup de feu fratricide ne soit tiré.

Tout commence alors que le couple pricipal vient d'arriver dans la petite bourgade.
Dès le départ le malaise s'installe. L'image est poisseuse et terne, les couleurs sont fades. On ne sait pas exactement pourquoi mais on sent que quelque chose ne tourne pas rond. On fait rapidement connaissance avec les habitants du village. Des gens en apparence sans problèmes, bien qu'un peu trop portés sur la bibine.



Pourtant, on va rapidement se rendre compte qu'ils ne sont pas si innocents que ça.
Tout ce qui les intéresse c'est le sexe et la violence.
En guise de présentation, ils n'hésitent pas à demander pourquoi les Etats Unis sont si barbares.
« Et vous avez déjà vu des bléssés, et vous avez déjà tiré sur quelqu'un...? »
Plutôt dérangeants (et dérangés ) ces types là. Et ce n'est rien comparé à celui qui fétichise la petite culotte de l'épouse...

Bref si le climat est brumeux, leur intentions le sont tout autant.

Tout au long du film, Peckinpah nous confronte à la violence sous des formes diverses et variées.

Lorsque David (tout jeune Dustin Hoffman) part à la chasse on lui demande ironiquement de vérifier si son fusil n'est pas chargé (« C'est plus sûr »).
Mais quand il abat une volaille, il reste muet devant son acte et préfère laisser l'oiseau sur place plutôt que le ramener en trophée. Le volatile méritait-il de mourir?
Cette question fait le rapprochement avec le funeste dénouement qui s'approche.

Car oui, qui méritait de mourir dans le film? C'est facile de dire à quelqu'un qu'on va le tuer dans un excès de colère, de là à passer à l'acte il y a tout un fossé.

Après tout hormis les torts et travers de chacun, tout le monde n'avait que des intentions louables à la fin.
Les hommes du village voulaient retrouver leur fille et interroger l'homme avec qui on l'avait vue pour la dernière fois.
David ne cherchait qu'à le protéger car il se sentait responsable de l'accident qu'il avait causé (sans savoir que l'homme est en réalité le meurtrier de la fille) et enfin Amy, se fichant éperdumment des conséquences, voulait s'en débarraser pour que tout le monde puisse s'en retourner en paix.
Sans compter que le meurtrier lui même a été invité à sortir par la fille et n'est donc pas entièrement responsable...

Et dans tout ça le réalisateur de brouiller toujours plus les pistes en lançant haut et fort un « Aucun royaume n'a été plus meutrier que celui du Christ! ».
Il est donc déstabilisant de chercher à justifier la violence du film.

Les jeunes du village sont aussi portés sur le sexe disais-je.
Et dans une scène monstrueuse, ils iront jusqu'à violer Amy. Acte de la plus haute cruauté mais qui était annoncé dès le départ.

La toute première image d'Amy dans le film est un gros plan sur son pull sous lequel pointe ses seins : elle ne porte pas de soutien gorge.
Quand par la suite, elle va jusqu'à se déshabiller devant les hommes qui réparent la grange pour prendre son bain, elle montre des tendances presques exhibitionnistes.
Elle s'offusque que ces hommes la regardent mais elle fait tout pour.
Alors peut on dire que : « Elle l'a bien cherché? »

Peckinpah nous plonge en plein coeur d'un dilemme moral entre ce que l'on souhaite voir arriver et ce qui se passe réellement, avec les conséquences tragiques que cela entraîne (traumatisme psychologique du viol et le point de non retour lors d'un final implacable).



Jusqu'où peut on pousser un homme?
Que doit faire un homme qui n'a plus, pour se défendre, que le recours à la violence?
Est t'on toujours un héros si l'on devient aussi cruel que ses ennemis?

Voilà quelques unes des nombreuses questions que pose ce film.

Porté par des acteurs incroyables, "Chiens de Paille" offre des scènes d'une tension intense et une violence brutale rarement atteinte (et pas seulement pour l'époque). Interdit en Grande Bretagne lors de sa sortie, il est devenu un jalon important dans la longue interrogation de la violence au cinéma.

Note : ***