samedi 9 mai 2009

L' Emprise des Ténèbres





Un anthropologue de l'université de Harvard est envoyé à Haïti pour récupérer une poudre étrange qui aurait le pouvoir de ressusciter les morts.




A première vue, on pourrait se dire : « oh non, encore un film de zombies! » et on aurait tort. « L'emprise des ténèbres » n'est pas un film de zombies, c'est un film sur le vaudou. Et le « sur » est important car le film se focalise réellement sur les procédés mystérieux et les rituels sanglants de cette pratique ancestrale.

Comparés à la déferlante zombiesque que l'on connait, rares sont les films qui abordent le thème du mort-vivant sous l'angle de la magie vaudou et encore plus rares sont ceux qui le mettent en scène de manière si réaliste.
En effet, bien loin du film d'horreur hollywoodien classique, « L'emprise des ténèbres » surprend par son approche quasi-documentaire.
Tiré du roman « The Serpent and the Rainbow » de Wade Davis, il s'inspire des faits réels vécus par l'auteur et tente de les retranscrire à l'écran de façon la plus authentique possible.

De ce fait, le film reste captivant et réussit à nous prendre souvent au dépourvu, nous plongeant dans une terreur sans nom, d'autant plus prenante qu'elle reste crédible.
« L'emprise des ténèbres » conserve toujours un pied dans le pragmatisme tout en s'enfonçant toujours plus dans le surnaturel.
Cette lutte acharnée entre science et magie, symbolisée par le héros, un Bill Pullman (« Casper », « Independence Day ») à deux doigts de la syncope, évite au film de sombrer dans le n'importe quoi, trop rapidement.
Aussi, si le film parle de zombie, on n'en verra pas plus de deux ou trois à l'écran, à contrario on en apprendra davantage sur le procédé de « zombification », ce qui est plutôt rare, il faut le reconnaître.


Le personnage de Bill Pullman oscille constamment entre le rêve et la réalité et aucun de ces domaines ne lui semble bienveillant. En ce qui concerne le « monde réel », il doit faire face à la forte oppression instaurée par le dictateur au pouvoir, sans oublier qu'il est le seul blanc dans une contrée où la peau d'ébène est de rigueur...

En rapport au monde onirique maintenant ; au cours de ses perégrinations, il devient rapidement victime de violentes crises d'hallucinations : les meubles se mettent à bouger, les morts se lèvent de leur tombe...
Mais est ce vraiment un rêve?
Souvent on est en droit de se le demander vu la manière réaliste dont ils sont mis en scène. Pas étonnant quand on sait que c'est Wes Craven qui tient la caméra.

Wes Craven ; le maître du slasher (la trilogie « Scream », « La colline a des yeux...) et le papa de Freddy Krueger.
Or comme avec l'homme au pull over le plus célèbre du cinéma fantastique, Craven prend un malin plaisir à ne pas montrer de différences, qu'il s'agisse de la réalité ou du rêve (ou plutôt du cauchemar). Ainsi, on ne se rend compte que l'on s'est fait avoir seulement au moment où le personnage se réveille en sueur.
Il est trop fort ce Wes!

Oui mais, le problème c'est que les deux, trois premières fois on marche, on tombe dans le panneau, mais au bout de la cinquième, ce n'est plus un cri que l'on pousse, c'est un baillement...
Mais à partir de là, le scénario prend une autre tournure et les cauchemars deviennent un élément clé du scénario. L'occasion de les découvrir sous un autre angle.

Comme toujours chez Craven, les effets spéciaux sont assez réussis et remarquablement bien employés, même si plus de 20 ans plus tard -1987- on distingue parfois un peu trop les masques en caoutchouc.
En revanche, on peut regretter une fin typiquement américaine qui sombre malheureusement dans la surenchère.


Pour autant, « L'emprise des ténèbres » demeure un film effrayant.
La réalisation joue sur l'authenticité et la bande son utilise à merveille les battements de coeur et les rythmes obsédants de Brad Fiedel (« Terminator »!).
Le mélange « géo-politique, magie noire et carthésianisme convaincu » crée une ambiance particulière et surtout inattendue pour un film de ce genre.


Certains films de Wes Craven ont installé la réputation du maître au détriment d'autres de ses oeuvres dont personne n'a entendu parler.
« L'emprise des ténèbres » est l'un de ces films méconnus mais qui méritent une seconde chance.
En dépit d'un rythme en dents de scie et d'une fin ringarde, le film passionne par son approche réaliste de la magie vaudou et par la qualité de sa mise en scène. Perturbant mais prenant!

Note : **

Pour un garçon




Séduisant trentenaire, Will est un dragueur oisif et heureux de l'être. Adepte des aventures sans lendemain, il trouve un nouveau moyen de multiplier ses conquêtes : fréquenter les réunions de mères célibataires en s'inventant un fils imaginaire. Ce qui va l'amener à rencontrer Marcus, un gamin de 12 ans un peu spécial...





Encore une comédie romantique avec Hugh Grant dans le rôle principal...

Chris et Paul Weitz, les réalisateurs et scénaristes du film, sont responsable de la comédie à succès American Pie.
Entre eux et l'acteur, la relation semble assez inquiétante aux premiers abords.
Que vont ils bien pouvoir nous concocter?
Entre un film drôle mais délibéremment terre à terre composé de blagues lourdingues et d'allusions sexuelles à tout bout de champ et un tombeur spécialisé dans les rôles de dragueur sans foi ni loi, le résultat est à craindre. Les deux univers ne semblent pas si évidents à relier...

Avec autant d'appréhension, on ne peut être que soulagé en voyant le résultat. Car non seulement, le film est réussi mais il s'embarque sur des sentiers battus dont on n' attendait rien.


Son succès vient avant tout d'un scénario aussi surprenant qu'intelligent. Le film est tiré du best seller de Nick Hornby qui raconte l'histoire de ce fringuant jeune coq londonien qui collectionne les conquêtes et qui, le reste du temps, ne glande rien.
On attendait Hugh Grant dans le rôle qui le suit depuis le début de sa carrière ( "4 marriages et 1 enterrement", "Le journal de Bridget Jones", "Coup de foudre à Notting Hill"...) : playboy de ses dames, irrésistible et narcissique.
Pourtant, il décide de casser le moule pour s'aventurer dans un genre qu'on ne lui connaissait pas : le type superficiel, l'enveloppe vide qui ne se soucie que de son petit confort personnel.
Bien évidemment il reste toujours aussi macho et séduisant, mais à son personnage de charmeur invétéré, il ajoute un air décontracté et des attitudes je-m'en-foutiste qui le rendent génialement détestable.

De plus, le ton profond de sa voix off « so british » nous accompagne tout le long du film reflétant ses pensées ironiques (il dit oui alors qu'il pense non), ses commentaires déplacés qu'il préfère garder pour lui et un cynisme à l'épreuve des balles.
De même pour la voix de Marcus, joué par le débutant Nicholas Hoult.

C'est toujours risqué de confier un premier rôle à un enfant surtout vu que le public doit le supporter jusqu'à la fin du film. Ni insupportable par ses gamineries, ni mauvais acteur, Hoult se révèle un excellent choix de casting. Il est totalement crédible dans la peau de ce pauvre gosse martyrisé à l'école, élevé seul par sa mère, sorte de hippie dépressive constamment au bord de la crise de nerfs (Toni Colette, remarquable).

Et si le titre s'appelle« Pour un garçon », il y a bien deux garçons dans le film.
En célibataire endurci et fier de l'être, Will n'est pas plus mature que Marcus, il n'a aucun sens des responsabilités.
N'ayant nul besoin de travailler, il passe son temps vautré sur le canapé à regarder « Des chiffres et des lettres », à jouer au billard et à mater des films en fumant un joint.
Ironiquement, c'est d'ailleurs en regardant "Frankenstein", qu'il va se rendre à quel point sa vie est plate et qu'il aurait bien besoin d'une épaule sur laquelle s'appuyer. C'est alors que Marcus débarque dans sa vie...

Il y a des gens qui adorent les gosses. Quand ils voient un petit bout de chou, ils accourent vers lui et lui font faire l'avion ou lui font des grimaces. Will, non.
Alors que faire quand Marcus décide inopinément de s'installer chez lui?
Sans trop en dire, les relations que ces deux là entretiennent sont du genre plutôt excentriques et tous deux vont mener un sacré numéro d'acteur.



Il n'y a qu'à observer la jaquette du DVD pour se rendre compte que le film a été vendu comme une énième comédie romantique, légère et sans prétention.
C'est le grand réalisateur/acteur comique Mel Brooks qui disait : « Les meilleures comédies sont toujours celles qui traitent des sujets les plus graves ». Et dans ce film, c'est le cas.
Bien que l'on rigole souvent, le scénario traite malgré tout de sujets très sérieux, comme le rejet social, la pauvreté, l'indifférence ou encore le suicide.
Chaque personnage dans le film traverse une mauvaise passe.

Ce genre de film est très difficile à réaliser car il faut constamment jongler entre la drôlerie et le pathétique. Le danger est justement d'en faire et trop et de tomber d'un coté ou de l'autre de la barrière.
Mais les frères Weitz s'en sortent avec une élégance dont on ne les savait pas capables. Le film est donc sincère et émouvant et certains moments sont réellement poignants. On peut même affirmer que la tristesse nous relie plus facilement aux personnages et permet de faire ressortir la comédie.

Moments de comédie, qui jouent autant sur les dialogues que sur la réalisation elle même. En tant que metteurs en scène expérimentés, les frères Weitz s'autorisent des arrêts sur images (pile aux moments opportuns) et des mouvements de caméra inattendus (renversés, tête en bas).


On pourra reprocher quelques longueurs ici et là mais le scénario réussit à fusionner des scènes d'un humour détonnant à une sensiblité touchante sans jamais sombrer dans l'excès.
Un regard nouveau, tendre et lucide sur la vie des célibataires.
Une belle surprise.


Note : ***

Teeth



Dawn est une adolescente qui essaie tant bien que mal de contenir sa sexualité naissante en étant une des membres les plus actives du club de chasteté de son lycée. Etrangère à son propre corps, la prude découvre que son vagin a la particularité d'avoir des dents...




-Bonjour je m'appelle Dawn et je suis contre le sexe pré-marital.
Hier j'ai été tenté par un garçon mais j'ai résisté car je suis pure.
-BONJOUR DAWN.
-On applaudi Dawn qui vient de nous rejoindre. N'oubliez pas : la pureté avant tout!


J'avais lu d'assez bonnes critiques du film et le sujet ne m'a pas laissé indifférent.
Ouvertement sexué et sexuel, le scénario osé avait largement de quoi proposer un film intelligent et mordant (c'est le cas de le dire) sur l'abstinence et les relations sexuelles dans le monde des ados.
Les films de vampire ont toujours été reconnus comme des métaphores sur les maladies sanguines ou le Sida. Les vampires symbolisent avant tout la débaucherie et la luxure réprimées par la société et ses valeurs conservatrices. Il est donc normal, qu'ils soient présentés comme des monstres sanguinaires et pervers et dont seule la foi en Dieu peut en venir à bout.

De même, ce vagin muni de canines représente à la fois la peur de perdre sa virginité pour les filles, et l'angoisse de la castration pour les garçons.
Le film fait souvent référence à la mythologie et aux divinités antiques, comme la gorgone, sans oublier les nombreuses allusions à la religion catholique et au puritanisme.
Autrement dit, le film partait avec un grand de nombre de notions qu'il aurait été passionnant d'exploiter.

Je parle au conditionnel car dans la pratique, ces idées ne sont que jetées à droite à gauche sans lien logique et ne sont jamais mises en relation de manière convaincante.
A propos du scénario lui même, on passe son temps à se demander où le réalisateur veut en venir.


8 minutes 33 secondes! C'est le temps que j'ai tenu (générique compris) avant d'être sûr à 100% de la note que j'allais mettre au film. J'aurais pu arrêter là, je n'aurais rien manqué et je me serais éviter un paquet de crises de nerf!
Mais quand je regarde un film, quoi qu'il arrive, je fais l'effort de le « regarder » jusqu'au bout. Au pire je m'endors.
J'ai survécu à « Camping » et à « D War », ce n'est pas ce film qui va me faire peur.
Je dois être un peu maso sur les bords...

« Teeth » est donc un film d'horreur. Ou pas.
Ah oui, ça commence mal je ne vous le fais pas dire...
Imaginez un film de monstre où on ne voit JAMAIS le monstre et vous aurez déjà une vague idée de la mise en scène.

Rappelez vous « The Big Lebowski » et la tirade de Julianne Moore sur le vagin : il paraît que la plupart des hommes n'osent même pas prononcer le mot.
Le film le confirme lors de la scène où le professeur d'éducation sexuelle se met à bafouiller lorsqu'il s'agit de dire le mot.
Mais le réalisateur, fait encore mieux : il n'ose même pas le montrer!
Voir un gros plan d'un vagin avec des dents en plastique ou en images de synthèse n'a en soit aucun intérêt, certes, mais vu que le film repose essentiellement sur la « créature », si elle n'apparait pas à l'écran comment voulez vous qu'on ait peur, même un minimum?

Ingénieux le réalisateur a une idée géniale. Il va suggérer les attaques du « monstre » par la musique. Audacieux, en effet. Il est évident que le TATATAAAAN crispant qui retentit au cours de chaque séquence choc (si on peut aller jusqu'à les appeler comme ça) nous fera bondir d'effroi à coup sûr...
Mais le pire dans tout ça c'est la cruelle absence de suspense du début à la fin.
Le monstre n'attaque que lorsqu'il se sent menacé. Ou plutôt quand Dawn se sent menacée : pendant la pénétration, quoi.

Pour un film qui se veut subversif et choquant, le réalisateur n'ose même pas montrer les organes (reproducteurs) pendant l'acte. On assiste donc à des scènes de sexe digne du film érotique du dimanche soir, où absolument RIEN n'est visible à l'écran (une paire de sein en tout et pour tout!). Tout d'un coup l'insoutenable TATATAAN se fait entendre et les acteurs de pousser des cris hystériques jusqu'à ce qu'un morceau de pénis ensanglanté tombe sur le sol.
Une fois, ça nous la coupe, trois fois ça nous les casse!

Au passage, je n'ai jamais eu l'occasion de vérifier mais je me dis que si on coupe le pénis d'un homme pendant qu'il est en érection, il doit certainement se vider d'un minimum de sang.
Ma théorie n'est pas fondée mais impossible de croire une seconde à ces demeurés qui restent là à s'apitoyer sur leur triste sort, grimaçant à peine de douleur...

Bref aucune originalité dans la mise en scène et pas le moindre suspense à l'horizon. On sait que le type va avoir la queue coupée au bout du compte mais on nous oblige malgré tout à supporter les amourettes ridicules des personnages, les premiers émois et l'acte lui même.

Ah, vous pouvez aller passer faire le repassage, aller boire un coup, fumer une clope sans mettre le film en pause, vous ne raterez rien. En 1h, le-scénario-n'avance-pas-d'un-iota!
S'il est censé faire peur c'est complètement raté. Même les effets de castration sont plus glauques qu'effrayants.


« Teeth » est sans conteste un film pour ados. S'il ne rempli pas son rôle de film d'horreur, peut être s'en sort-il mieux dans la genre de la comédie romantique.

- Comédie? Certainement pas. Si le film est (TRES rarement) drôle, c'est malgré lui.
- Romantique? Alors là, oui et pas qu'un peu. L'amour et le sexe sont évidemment le sujet principal du film. On s'embrasse goûlument, on se dit des mots doux, on s'enlace tendrement à la lumière des bougies...
Non romantique, n'est pas le mot exact. Mièvre! Ca, ça colle déjà plus à l'ambiance. Et débile aussi.

L'héroine, nunuche et crétine, milite fermement contre le sexe pré-marital.
Ca on le sait. Mais alors pourquoi elle se tape 3 mecs au cours du film?
Elle a beau prévenir ses partenaires de sa dentition particulière, c'est pas grave, ils rentrent leur engin sans se soucier du reste.
Au passage, magnifique représentation des fidèles adhérents à la lutte de Dawn, tout droit sortis d'une secte...

Quant aux personnages eux mêmes, ils font les frais des plus beaux clichés du moment.
Les mecs c'est tous des salauds c'est bien connu. Et puis on sait tous qu'ils ne pensent qu'à une chose...
Dans le film du moins c'est le cas. Entre tentative de viol, chandelles et verre de champagne ou carrément inceste, tous les moyens sont bons pour profiter du corps de Dawn.
Mais le plus beau, c'est quand même le frère de Dawn, caricature Hénorme du métalleux de base.
Les personnes qui écoutent du métal sont tous des pauvres cons violents et misogynes, bien entendu. On n'hésite pas à lâcher son molosse sur son père et à faire ch...enquiquiner sa soeur sous pretexte qu'elle refuse de céder à nos avances.
C'est peut être écrit dans la Bible et tout le monde y croit, allez savoir...

Si la mise en scène est plate, que dis-je, molassonne, le réalisateur filme en utilisant une lumière crue et fade à la fois qui donne litéralement envie de vomir.
Et s'il paraît que les jeux vidéos rendent violents, je peux vous assurer en tout cas que les acteurs, insupportables dès les premières secondes, donnent des envies de meurtre!


J'ai déjà vu des mauvais films mais « Teeth » est une surprise à part entière .
Le film réussit l'exploit d'ennuyer ET d'énerver. Sans scénario, sans talent et sans intérêt il permet en plus « d'apprécier » de superbes clichés de société et possède certains des morceaux de musique les plus exaspérants qu'il m'a été donné d'écouter dans un film. Chapeau!

Peut être que le film s'adresse plus aux filles et qu'elles se reconnaitront dans le personnage de Dawn. Peut être pas. Plus de 15 ans, passez votre chemin.

« Pegguy, Tu sais ce que c'est qu'un sexe d'homme. Ne t'en approche pas! » ( dialogue tiré de "Pegguy Sue s'est mariée")
Vous aussi, restez loin de cette...chose!

Note : 0

Metal Hurlant




Loch-Nar, l'esprit du mal, sème la peur, la destruction et la mort chez les hommes assoiffés de pouvoir...




« Metal Hurlant » (« Heavy Metal » en anglais) est avant tout un magazine de comic books apparu au début des années 80, mélangeant avidement les tendances anti-conformistes de l'époque, « Sex, drugs et rock n' roll », dans un univers allant de la fantasy à la science fiction.
Les rédacteurs et illustrateurs du magazine faisaient partie du baby boom, la génération d'après guerre. Avides de nouveautés et de sensations fortes, ils se sentaient prêts à aller plus loin que la normale, à transgresser les limites : violence, gore, érotisme le tout baignant dans un humour absurde et cynique.

Dans une certaine mesure, on peut comparer la revue «Heavy Metal » à notre « Hara Kiri » national, qui aura fait couler lui aussi beaucoup d'encre.
Le dessin animé « Métal Hurlant » est donc un concentré de cette culture iconoclaste et fière de l'être.


Dans le monde de l'animation gouverné alors par la toute puissante firme Disney, « Metal Hurlant » fait figure d'ovni. Une oeuvre on ne peut plus audacieuse pour son époque.
Son scénario minimaliste est en fait divisé en une série d'histoires courtes qui n'ont de relation entre elles que le Loch-Nar : une grosse boule verte censée représenter l'incarnation du mal.
Chacune de ces histoires est une oeuvre unique, tant au niveau des graphismes que de l'animation elle même.
La grande qualité de « Metal Hurlant » c'est qu'on ne sait jamais ce qui va se passer, quelle sera la prochaine histoire et à quoi elle ressemblera.
C'est l'occasion de vivre une expérience totalement différente à chaque fois.

Parmi les 6 histoires que composent le film, chacun aura sa favorite mais toutes rivalisent de style et d'imagination : chacune possède son ambiance et son idendité propre.
« Harry Canyon », l'histoire d'un chauffeur de taxi dans un New York futuriste, fait penser à la fois aux vieux polars et aux films de science fiction d'anticipation.
« Taarna «  est un « Nausicaa » sous acide, quant à « Den », c'est la représentation par excellence du fantasme masculin (un jeune geek se retrouve projeté dans une autre dimension dans la peau d'un éphèbe courtisé par les plus belles femmes et devient le sauveur du monde).

La séquence d'introduction est un émerveillement tant les graphismes sont bluffants et chaque histoire, mise en scène avec une imagination folle, possède son lot de références évidents.
Certaines jouent uniquement sur un humour débridé et absurde : « So beautiful, so dangerous » et son vaisseau spatial en forme de smiley géant ou « Captain Stern » et sa course effrénée dans une station orbitale.
D'autres sont plus atmosphériques comme « B-17 », digne d'un épisode des « Histoires Fantastiques ».
Les paysages désertiques de « Tarnaa » sortent tout droit d'une oeuvre de Miyazaki ou de Moebius et les gros plans sur les visages rappellent les westerns spaghetti de Sergio Leone.

Quand au New York de « Harry Canyon » si l'on pensera tout de suite à « Blade Runner » et sa ville-poubelle, il faut savoir que « Blade Runner » n'est sorti qu'en 1982, après « Metal Hurlant » (1981) donc.
On peut se demander si Ridley Scott n'était pas lui même un grand fan du magazine « Heavy Metal »...


Techniquement, c'est du grand art. Si certains illustrateurs font dans le dessin classique, d'autres choisissent une esthétique plus fouillée et laissent délibéremment apparaître leurs traits. On a parfois réellement l'impression de voir une BD prendre vie sous nos yeux.
L'utilisation de la caméra multiplane permet de créer des images avec une profondeur de champ saisissante et si le dessin occupe la majorité de l'écran, les rares effets spéciaux qui interviennent sont absolument magnifiques.
Pas étonnant quand on sait que l'un des responsables est John Bruno, qui travaillera par la suite sur plusieurs films de James Cameron.





Question : Quel est le point commun entre «Ghostbusters » et « Heavy Metal »?

Réponse : Ivan Reitman, réalisateur du premier et producteur du second.
Non seulement, il a réuni l'argent pour que le film se fasse mais il a fait entrer quelques connaissances sur le projet.
A l'époque de la création du film, Ivan Reitman n'a pas encore connu le succès de « Ghostbusters ». Il est en train de tourner « Stripes », une gentille comédie sur l'armée avec le déjà irremplaçable Bill Murray.

Travailler sur les deux films à la fois lui permet de trouver des doubleurs plus facilement.
Il récupère donc Harold Ramis et John Candy de « Stripes » et utilise leur voix dans « Metal Hurlant ».
Les acteurs sont parfaitement convaincants.
Si les voix françaises sombrent parfois dans la caricature facile, les doubleurs originaux insufflent une vraie passion à leurs personnages.

Reitman qui travaille déjà sur « Stripes » avec le célèbre compositeur Elmer Bernstein, l'engage pour s'occuper de la musique de « Metal Hurlant ».
Conscient de l'importance de son rôle, Bernstein ne se repose pas sur ses lauriers (plusieurs nominations aux oscars) et crée une bande son exceptionnelle dont les envolées héroiques frolent parfois la caricature (le thème de Den, volontairement exagéré), parfois le génie (la musique du segment de Tarnaa s'approche autant de « Dark Crystal » que de « Conan le barbare »).


Mais « Heavy Metal », comme son nom l'indique, c'est aussi l'un des rassemblements les plus importants des groupes de hard rock/métal des années 70, chacun composant un morceau inédit pour le dessin animé. Black Sabbath, Blue Oyster Cult, Trust, Nazareth...les amateurs seront aux anges!
Musique contestataire par excellence, non seulement le rock sied à merveille à l'ambiance outrageusement décalée de l'oeuvre mais réussit à augmenter l'impact de la vision des dessinateurs.

Portées par les morceaux endiablés, le dessin animé semble devenir un immense concert illustré par les plus grands illustrateurs de science fiction de l'époque.
On se laisse transporter avec plaisir dans ces mondes parallèles, ces contes de fée pour adultes.
Tant et si bien que quand Loch Nar annonce que la dernière histoire approche, on a le même sentiment que quand un groupe qu'on apprécie nous dit qu'il va chanter sa dernière chanson : on n'a pas vu le temps passer et on aimerait que ça dure encore longtemps...




A tenir éloigné des enfants, « Metal Hurlant » n'est pas un dessin animé comme les autres, c'est le reflet d'une époque désireuse de briser ses chaînes. Déjà vieux de plus de 20 ans, « Metal Hurlant » a ses défauts mais on ne pourra pas reprocher à ses créateurs d'avoir fait preuve de sincérité.
Chacun est resté fidèle à ses convictions sans chercher à plaire au plus grand nombre.

Une oeuvre culte mais qui divise forcément. Certains lui reprocheront ses graphismes d'un autre âge et son scénario ringard, d'autres découvriront une oeuvre fabuleuse et dépaysante comme jamais.

A une époque où les films animés par ordinateur se multiplient, c'est l'occasion d'admirer le travail à l'ancienne et le talent d'une équipe peu ordinaire qui a su capter l'essence même des comic books.
Presque 30 ans après sa sortie, le film surprend encore par ses qualités visuelles et sonores, son humour irrévérencieux et surtout sa liberté de ton.
Une superbe réussite!

Note : ****

samedi 2 mai 2009

Le Monde Perdu



Quatre ans ont passé depuis le désastre de Jurassic Park. Sur Isla Sorna, une île déserte avoisinant celle d'Isla Nublar, vivent d'autres dinosaures. Afin de renflouer la compagnie InGen, Peter Ludlow, neveu de John Hammond et homme d'affaires cupide, projette de monter une expédition qui ramènerait des dinosaures herbivores. Ces derniers peupleraient un nouveau parc dans la ville de San Diégo. Soucieux de préserver l'île, Hammond, récemment démis de la présidence d'Ingen, sollicite Ian Malcolm, rescapé de Jurassic Park, pour qu'il prenne la tête d'une équipe qui étudierait le comportement des dinosaures dans leur environnement. Sur place, les deux groupes vont d'abord s'affronter avant de s'unir face au danger majeur que représente la faune de l'île...



1993, Steven Spielberg explose le box office en mettant en scène les dinosaures les plus réalistes jamais vus sur un écran.
1996, il remet le couvert!

« Le Monde Perdu » est donc la suite du film « Jurassic Park » mais c'est aussi l'adaptation du roman homonyme du célèbre écrivain Michael Crichton, lui même suite directe de son premier roman (toujours « Jurassic Park »)...vous suivez?


Soyons honnêtes, le premier film, brillantissime, se suffisait à lui même.
Le seul intérêt de cette séquelle est d'engranger un max de pognon avant que la série ne s'essouffle. Autant éviter tout suspense et couper court à la conclusion évidente qui s'impose : oui, « Le Monde Perdu » est inférieur au premier film. Voilà c'est dit.
Même le grand Spielberg ne peut pas toujours réussir son coup. Le film est-il mauvais pour autant? Loin de là!

Si « Jurassic Park » reste un modèle du genre aussi bien au niveau de la tension de certaines scènes, que de la maîtrise de la narration, « Le Monde Perdu » est plus une série B à gros budget qui s'assume.


Spielberg, qui n'a rien tourné depuis 3 ans, apprend donc que Crichton se lance dans la suite de son best seller et décide de travailler en coordination avec lui afin de le mettre en scène une fois terminé.
Il a conscience de l'attente grandissante du public et sait que chacun dans sa tête a déjà fait son propre film (c'est le cas de le dire).
Ne pouvant pas satisfaire tout le monde, il prend en compte de garder les ingrédients essentiels qui ont fait le succès du premier opus tout en intensifiant l'humour, l'action, les dinosaures...bref ce qui fait l'intérêt d'une suite.

On retrouve donc le personnage de Ian Malcolm, joué par le trop rare Jeff Goldblum, en route pour un second tour de manège, avec en prime sa petite amie ( rayonnante Julianne Moore), sa fille et deux ou trois autres casse-croûtes en sursis.
Parmi eux, on appréciera les débuts de Vince Vaugh, dans un registre plutôt inattendu.
Quand on pense que par la suite il deviendra le partenaire de Owen Wilson et Ben Stiller dans d'innombrables comédies...

Du côté des seconds rôles, on est aussi bien gâtés : si le riche excentrique John Hammond (Richard Attemborough) fait une amusante mais courte apparition, Peter Stormare et l'excellent Pete Postlewaite se prêtent admirablement à l'aventure. Postlewaite est vraiment charismatique et il arrive sans peine à voler la vedette aux plus connus. Quant à la fameuse scène avec Stormare elle met assez mal à l'aise : vous ne regarderez plus un poulet de la même façon...

Voilà tout ce petit monde lâché en pleine cambrousse avec plein de machoîres acérées qui leur en veulent. Et ce sera tout pour le scénario.
Si avec son roman de plusieurs centaines de pages, Crichton peut se permettre d'étoffer les situations, Spielberg n'a que deux heures devant lui et il doit remplir son cahier des charges, tant au niveau de l'action que des effets spéciaux. L'histoire vient donc au second plan : avec autant de personnages à l'écran, impossible de travailler la personnalité de chacun alors on dispose quelques signes distinctifs ici et là pour tenter de les différencier.



Mais trève de bavardage, les stars du film se sont les dinosaures non?
Si dans « Jurassic Park », ces derniers étaient incroyablement réalistes, ici on passe au cap supérieur. Non seulement les images de synthèses ou l'animatronique les rendent terriblement convaincants mais les effets sonores (leurs cris entre autres) leur crée une « personalité » unique. On est loin du gloubiboulga de synthèse de Peter Jackson ("King Kong") où tout le monde se ressemble plus ou moins...

Mais ce qui surprend le plus c'est leur intéraction avec le décor et les acteurs. L'équipe technique de Michael Lantieri, Stan Winston et Dennis Murren a accompli un boulot absolument stupéfiant.
« Le Monde Perdu » offre en plus une bonne dizaine de nouvelles espèces de « reptiles sauriens » : les Stegosaures, Triceratops et autres Compsognatus prennent littéralement vie devant nos yeux!

En parlant de l'équipe technique, il faut signaler que Spielberg travaille avec les mêmes personnes depuis un bout de temps. C'est donc sans surprise que l'on retrouve entre autres Janus Zaminski à la photographie, Michael Khan au montage, John Williams à la musique (qui nous gratifie d'une bien belle ambiance safari) et David Koepp au scénario.
On ne s'étonne même plus de l'impeccable travail effectué par la fine équipe, tant au niveau visuel que sonore. Seul le scénario pêche parfois par excès de zèle...



Pour parler du film lui même maintenant, pour l'apprécier il faut le prendre comme une grosse série B qui ne se prend pas au sérieux. « Le Monde Perdu » est en effet un savant mélange de frisson et d'humour qui n'a qu'un but (à part remporter le pactole) nous faire passer un bon moment.
Spielberg dit : « Ma grande priorité a toujours été le public. Pour « Le Monde Perdu » j'ai avant tout voulu plaire au public ».

Ian Malcolm devient donc un émule d'Indiana Jones et de ses fameuses « one-liners » (qu'on peut traduire par « répliques qui tuent »!). Malcolm est constamment en train de râler et de faire son cynique, il n'a qu'une envie c'est se tirer de là le plus vite possible et il le fait explicitement savoir.
Jeff Goldblum est visiblement ravi de retrouver son personnage et nous de rire aux éclats chaque fois qu'il lui arrive une tuile.


Parce que le suspense a beau être présent, voire pesant (la scène du ravin), on a rarement peur pour les héros vu qu'ils peuvent distancer un T-Rex à la course et traverser des fenêtres comme si elles étaient en sucre glace.
Et puis chaque fois qu'un type se fait croquer, la scène est toujours un poil comique (le type qui va pisser, celui qui reste collé sous la semelle du T-Rex, l'autre qui reste là à crier pendant qu'un Vélociraptor s'apprête à lui bondir dessus, l'idiot du village et son serpent...).

Le film joue d'ailleurs sur une ironie assez sadique dont le personnage d'Eddie Carr fait les frais : le pauvre type aura tous les malheurs su monde à sauver ses amis avant de se faire bouffer misérablement dans sa voiture (voiture-Carr, humour) sous prétexte que le minuscule bout qui dépasse de son fusil s'est coincé dans un filet et qu'il ne peut pas l'utiliser à bon escient. C'est vraiment pas de bol...

Bref, Spielberg prend bien soin de relâcher l'ambiance avant de rentrer dans le vif du sujet.



En revanche, il multiplie avec un bonheur non dissimulé les séquences d'action pure, comme la magnifique chasse dans la plaine ou l'attaque dans le camp où l'on apprend que les jeeps ça vole vachement plus haut qu'on pense...
Sans oublier la célèbre séquence à San Diego!

Là, Spielberg est dans tous ses états et multiplie les références faciles mais toujours réjouissantes : si le titre « « Le Monde Perdu » est certainement un hommage au roman de Sir Arthur Conan Doyle, le T-Rex qui hurle dans la nuit est un clin d'oeil évident à « King Kong ». Et que dire de ce plan où des hommes d'affaires japonais détalent dans les rues en criant face à la caméra comme dans les vieux « Godzilla »...
La scène avec le bus est géniale et Spielberg ne sauve même pas le chien à la fin!

Bref Spielberg, en grand enfant, s'amuse et ne cherche qu'à nous faire prendre notre pied.



Vu comme ça on pardonne les rares fautes de goût (LA scène de gymnastique et le coup de « Maman il y a un dinosaure dans le jardin ») et les incohérences dues à une mauvaise adaptation du roman par faute de temps ou de moyens
(dans le roman on comprend que les membres de l'équipage ont été tués par des raptors embarqués, dans le film on nous fait gober que le T-Rex, du haut de ses 6 mètres, s'est faufilé dans la cabine de contrôle, a croqué tout le monde en prenant bien soin de laisser une main accrochée bien en évidence au gouvernail avant de retourner tranquillement à l'arrière afin de mieux digérer...).



Si « Le Monde Perdu » ne satisfera pas toutes les attentes, il faut reconnaître qu'il est bien joué , souvent très bien filmé et qu'il bénéficie d'effets spéciaux hors pairs.
Site B, série B. C'est ce qu'il faut se dire. En comprenant ça, on voit le film sous un autre angle et on prend un vrai plaisir à suivre les aventures de Malcolm le cynique et de ses joyeux compagnons.

Note : ***

Mulan




Mulan est une jeune chinoise, fille unique d'une famille noble. Lorsque la guerre éclate avec les Huns, menés par Shan Yu, une homme est réquisitionné dans chaque famille pour défendre le pays. Afin d'éviter à son père malade de partir au combat, Mulan décide de prendre sa place en se faisant passer pour un homme.
Si l'on découvre sa véritable identité, sa famille sera déshonorée et elle, exécutée...




Inspiré d'un poème chinois, "Mulan" est le 54ème long métrage d'animation de Disney. Si les traditions chinoises jouent un rôle important avec notamment des thèmes comme l'honneur, le sacrifice de soi et la place des femmes dans la société, "Mulan" porte définitivement la patte Disney.
Sur la même lancée que "Hercules" sorti un an plus tôt, le film s'approprie le sérieux de la culture et de la mythologie chinoise pour arroser le tout d'un humour irrévérencieux très appréciable : le père de Mulan se retrouve à prier entouré de poules qui picorent et le dragon protecteur de la famille devient un lézard de poche aussi bavard que maladroit.

Mulan est une fille aussi charmante que raffinée et c'est d'autant plus drôle de la voir se transformer en vrai goujat quand elle se fait enrôler dans l'armée. Elle fait connaissance avec de vrais idiots, bagarreurs mais loyaux, et surtout avec le beau Shang, capitaine des troupes.
De son entraînement laborieux jusqu'au dénouement sans surprise, on prend plaisir à suivre ses aventures, d'autant que Mushu et le criquet porte bonheur qui l'accompagnent font office de partenaires de choc. Si ce dernier ne parle pas, Mushu lui ne s'en prive pas pour donner son avis sur tout et surtout pour donner des conseils plus ou moins avantageux pour Mulan.
Doublé avec brio en français par José Garcia et en anglais par Eddy Murphy, le personnage de Mushu est une boîte à rire sur pattes et chacune de ses interventions donne l'occasion de se poiler un bon coup.


Comme souvent chez Disney, le méchant subit une attention particulière et Shan Yu possède un design parfait. Mélange idéal entre un Conan asiatique et un vampire assoiffé de sang, son visage est aussi effrayant que charismatique. Son rôle est résumé à celui de simple brute mais son apparence seule suffit à déclencher l'engouement. Dommage qu'il n'apparaisse pas plus souvent à l'écran...


La réalisation n'est pas en reste est s'offre même une scène de bataille aussi impressionnante que brève : la charge dans la montagne, savant mélange de 3D et de dessin traditionnel, est certainement le morceau de bravoure du film.


Bien que l'ambiance soit souvent à la légèreté, l'émotion est bien présente, véhiculée par une mise en scène inspirée et une musique magnifique.
Comme tous les classiques de Disney, "Mulan" contient son lot de chansons plus ou moins entraînantes dont "I'll make a man out of you" et le final ("True to your heart") en sont le point d'orgue.

Quant à la musique, pas de Alan Menken ("Aladdin", "la Petite Sirène") ou de Hans Zimmer ("Le Roi Lion") sous la main mais Jerry Goldsmith fera l'affaire.
Avec plus de 100 musiques de film à son actif, Goldsmith reste l'un des compositions les plus célèbres du cinéma.
Majestueuse, épique et dépaysante, la musique de "Mulan" vient rejoindre la vingtaine de nominations aus oscars qu'il a reçu durant sa carrière.




Héros (héroïne, pour l'occasion) naïf, épreuves à surmonter, chansons, histoire d'amour, morale facile, émotions, combat final entre le bien et le mal et bien sûr humour : le cahier des charges Disney est respecté à la lettre.
"Mulan" n'atteint pas les cimes d'un "Roi Lion" mais reste un très bon dessin animé pour petits et grands. Un divertissement de qualité.

Note : ***

Boulevard de la mort



Stuntman Mike sillonne les routes en tuant les femmes qu'il trouve sur son chemin. Pour cela il a une méthode bien particulière : il se sert uniquement de sa voiture.




Le nouveau film de Quentin Tarantino.
Les grands fans de « Pulp Fiction » et de « Kill Bill » seront probablement déçus de la part de l'enfant terrible du cinéma qui revient moins en forme que d'habitude.
Mais il faut connaître l'histoire du film pour mieux le comprendre.

Au départ Quentin Tarantino et Robert Rodriguez avaient l'intention de faire chacun un film rendant hommage aux sérials des années 70, des films violents et gores, sans scénario ou presque, avec pour personnages principaux des loubards charismatiques ou des bombes à grosse poitrine.
Leur projet prend forme et s'appelle « Grindhouse ».
Le segment réalisé par Rodriguez est « Planet Terror » et celui de Tarantino s'appelle « Boulevard de la mort ».
Chaque film ne dure qu'une heure et va donc a l'essentiel, se concentrant sur l'action pure.

Malheureusement, en passant par la case "commercialisation européenne", les réalisateurs décident d'exploiter chaque film séparément : chacun tourne alors des scènes supplémentaires pour atteindre une durée minimale d'1h30, voire 2h en ce qui concerne le segment de Tarantino.

1 heure supplémentaire de quoi? De dialogues interminables entre poufs vulgaires qui s'éclatent à énumérer leur conquêtes amoureuses et les positions qu'elles aimeraient essayer. Les scènes arrivent comme un cheveu sur la soupe et monopolisent quasiment la moitié du film.
Ces dialogues ne renforcent même pas la personnalité des héroines et ne rajoute certainement pas de l'intérêt au scénario déjà minimaliste...

Voilà pour le gros point noir du film.


Passé cette déception, on retrouve un Tarantino pur jus qui se fait plaisir avant tout.

« Boulevard de la mort » est pour ainsi dire un pot pourri de toute la culture Tarantinesque, en particulier, donc, les sérials des années 70.
Les héroines sortent tout droit d'un film de Russ Meyer, les poursuites automobiles tiennent autant de « Mad Max » que de « 60 secondes chrono » et la fin est directement tirée de « Faster Pussycat Kill Kill ».

Mais le pire c'est que Tarantino cite ouvertement les films auxquels il emprunte : entre les filles qui en parlent autour d'une bière, les innombrables affiches sur les murs et les plans remarquablement bien choisis, le film est truffé de références pour cinéphiles avertis.

Le film (la pellicule) lui même fait l'objet d'un soin particulier puisque l'image est parfois traversée par des rayures comme sur les vieux films et on a parfois l'impression qu'il manque un morceau de la pellicule. Tout ceci est évidemment volontaire : Tarantino cherche à mettre le public dans les mêmes conditions qu'il était lui, ado, lorsqu'il se gargarisait de séries B.


Tarantino ne s'arrête pas là. Le casting est à lui tout seul une mine d'or pour les connaisseurs.
Parmi les actrices, il récupère Rose Mc Gowan (« Planet Terror ») et Rosario Dawson (« Sin City ») , toutes deux égéries des films de son ami Rodriguez.

Et en parlant d'ami, qui c'est qu'on croise dans ce bar reculé? Eli Roth!
Qui est Eli Roth? C'est tout simplement le nouveau protégé de Tarantino à qui on doit « Cabin Fever » et « Hostel ». Roth n'est pas vraiment bon acteur mais ce qui compte c'est qu'il fasse une apparition dans le film de son pote.
Tout comme Tarantino lui même qui incarne...un amateur de cinéma!

Quand à Stuntman Mike, il n'est pas interprété par n'importe qui.
C'est l'acteur fétiche du maître du fantastique, John Carpenter, Kurt Russel lui même qui lui prête ses traits burinés.
L'acteur a été une grande star du film d'action pendant un certain temps mais il est pratiquement inconnu de la nouvelle génération.
En le voyant jouer cet ancien cascadeur de cinéma que personne ne reconnaît, impossible de ne pas faire la comparaison avec la carrière de l'acteur lui même.

Je l'ai déjà dit des dizaines de fois mais Kurt Russel est un de mes acteurs préférés. Il pourrait jouer une brosse à dents que j'irais quand même voir son film!
Il fait enfin son grand retour au cinéma et il est comme toujours impeccable.
On sent qu'il est HEU-REUX comme tout d'être là et on prend un plaisir indicible à le voir écraser sadiquement des pauvres décérébrées sans défense.


De la part de Tarantino, la réalisation ne surprend même pas. Léchée, soignée jusque dans les moindres détails que ce soit visuellement ou dans la bande son, le réalisateur effectue un vrai travail d'orfèvre. Chaque plan est une leçon de cinéma, chaque scène est une référence.
En tant que cinéphile boulimique, Tarantino s'amuse à partager son enthousiasme avec le public. S'il multiplie les citations et références aux films de sa jeunesse, il en profite également pour placer des clins d'oeil à ses propres films comme autant d' « inside jokes » que l'on doit reconnaître.
Par exemple, la voiture des filles dans la seconde partie est jaune avec une rayure noire. C'est évidemment une référence à la tenue d'Uma Thurman dans « Kill Bill » (qui est elle même une référence à celle de Bruce Lee).
Quant à la sonnerie du portable, elle ne vous rappelle pas un certain sifflotement bien connu?



Voilà, il y a donc deux façons de voir « Boulevard de la mort ».
La première c'est de regarder le film tel quel en profitant d'une mise en scène parfois viscérale, de la performance sans fausse note de Kurt Russel, tout en râlant sur le trop plein de dialogues parasites.

La seconde c'est de reconnaître le film comme un hommage sincère à un genre disparu, mis en scène par un réalisateur remarquablement inspiré qui prend plaisir à nous faire partager sa passion dévorante.... tout en râlant sur le trop plein de dialogues parasites.

Note : **