vendredi 13 février 2009

La Jetée



Paris, après la « troisième guerre mondiale » et la destruction nucléaire de toute la surface de la Terre.
Le héros est le cobaye de scientifiques qui cherchent à rétablir un corridor temporel afin de permettre aux hommes du futur de changer d'époque. Il a été choisi en raison de sa très bonne mémoire visuelle : il garde une image très forte et présente d'un événement vécu pendant son enfance, lors d'une promenade avec sa mère sur la jetée de l'aéroport d'Orly.


Le cinéma c'est un défilement d'images fixes à 24 images par seconde.
« La jetée » c'est un défilement d'images fixes, point.
En effet si c'est la continuité dans les images qui crée le mouvement au cinéma, du mouvement dans « La jetée » il n 'y en a pas.

Si mouvement il y a, il est avant tout engendré par les fondus enchaînés qui font le lien entre deux photos.
Photos qui défilent à un rythme hypnotique, accompagnées par la voix lanscinante du narrateur.

Pour palier à l'abscence d'animation, les images se font particulièrement expressives.
Le réalisateur assemble pêle mêle de véritables photos d'art à de simples clichés pris sur le vif, l'important étant de capturer l'essence de chaque partie du récit en en montrant le moins possible.

L'ambiance elle même est particulière : si le grain de l'image et la noirceur des arrières plans font immédiatement penser aux images d'archives de la seconde guerre mondiale, il n'est pas rare de voir des visages à moitié cachés dans l'ombre, tous droits sortis du cinéma de Renoir ou des films noirs de Melville.

Et malgré ce fond obscur qui enveloppe constamment l'image (dans les sous-sols en particulier), les personnages ne sont jamais grotesques et effrayants comme dans les films expressionnistes allemands.

Le réalisateur cherche avant tout à se démarquer du passé et à briser les conventions en représentant la réalité sous un autre jour ; symbole de la Nouvelle Vague française.

Bien que simple court-métrage, « La jetée » est une référence dans le milieu du cinéma car il a inspiré « L'armée des 12 Singes », le chef d'oeuvre de Terry Gilliam.
En connaissant les deux films, on peut effectivement remarquer à quel point Gilliam s'est approprié l'intrigue principale tout en reprenant les éléments essentiels de la narration.

Mais n'étant composé que d'une suite de diapositives, « La jetée » peut-il, malgré tout, être considéré comme un film?

La question peut se poser, comme celle de son intérêt véritable.
Car dans les faits, le scénario est aussi concis qu'implicite et le film mérite aisément une seconde vision pour être bien compris de bout en bout.

Quant à la mise en scène (si on peut aller jusqu'à l'appeller comme ça), elle ne fait jamais oublier le côté « figé » des situations.
Les images sont belles mais rarement démonstratives et seule la voix off nous autorise les explications nécessaires.

Mais cette vois off justement, particulièrement monotone, à du mal à capter notre attention tout le long.
Il arrive alors qu'on perde de vue le scénario, ne pouvant pas se raccrocher aux images, et les 30 minutes du film finissent par s'éterniser.

Court métrage français de grande renommée, « La jetée » est avant tout une oeuvre d'art à part entière.
Son esthétique déroute autant qu'elle captive et sa narration si originale ne peut laisser indifférent. Il reste malgré tout difficile d'accès en raison de son austérité extrême et peut même lasser rapidement.

Grandiose pour les uns, soporifique pour les autres, « La jetée » est moins un film qu'une expérience sensorielle unique.
Avis aux amateurs de Bella Tarr...

Note : **

Le Magicien d'Oz




Dorothy, jeune orpheline, vit chez son oncle et sa tante. Tout irait pour le mieux si l'institutrice ne détestait pas son chien. C'est alors que Dorothy fait un rêve où elle se trouve transportée au royaume magique des Munchkins à la recherche de son chien. Les Munchkins sont des nains protégés par la bonne fée du Nord mais menacés par la méchante fée de l'Ouest. Pour retrouver son chien, Dorothy doit s'emparer des chaussures rouges de la mauvaise fée et aller voir le magicien d'Oz dans son palais d'Emeraude.



La première fois que j'ai entendu parler du "Magicien d'Oz" c'était à travers une chanson dans "Volte Face" de John Woo et d'une paire de chaussettes bariolées qui disparaissaient sous un piano ("Hot Shot 2"), des films qui n'ont aucun rapport, preuve de l'influence hors norme de ce film qui ne l'est pas moins.

Mais quel est donc ce film que tout le monde semble connaître de près ou de loin?

"Le Magicien d'Oz", c'est avant tout un livre de contes pour enfant qui s'est vendu à plusieurs millions d'exemplaires.
Après le succès du "Blanche Neige et les 7 nains" de Walt Disney, l'engouement pour les contes de fée bat son plein et une adaptation cinématographique du Magicien d'Oz est lancée.

L'ampleur du projet est colossale et plusieurs réalisateurs et scénaristes y laisseront des plumes afin de mettre à jour ce qui reste encore aujourd'hui l'un des plus grands films jamais réalisé.

C'est à Victor Fleming que revient la tâche de porter "Le Magicien d'Oz" à l'écran. Le réalisateur de "Autant en emporte le vent" apporte l'inventivité, la fraîcheur mais surtout la flamboyance indispensables à la reconstition du monde féerique d'Oz.

Si le film démarre avec des images au remarquable ton sépia, la découverte d'Oz fait figure de pierre blanche dans le monde artistique de la photographie au cinéma.

Oz devint le Technicolor et le Technicolor devint Oz.

"Le Magicien d'Oz" est certainement le plus grand achèvement de la technique des "couleurs saturées".
La photographie de Harold Rosson est un enchantement de tous les instants : les couleurs sont littéralement resplendissantes et les contrastes de luminosité nous en mettent plein la vue.
Quand on pense que la plupart des Américains ont d'abord vu le film sur leur télé noir et blanc...


Les techniciens qui se sont occupés de la restauration de l'image pour le format numérique ont réalisé un travail extraordinaire!
La scène avec les Munchkins laisse pantois. Le décor, rassemblant de nombreuses habitations, des arbres et même un petit point d'eau, est gigantesque.
Extravagant et coloré, chaque costume est un émerveillement à lui tout seul et la scène dispose d'une bonne centaine de figurants...

Grace à la restauration, il est désormais possible de distinguer le moindre petit détail sur les personnages et c'est aussi l'occasion de voir à quel point les matte paintings sont sidérants de réalisme.
On a d'abord l'impression qu'un chemin s'étend à perte de vue avant de se rendre compte qu'il est en réalité peint sur un mur.

Quant aux nombreux effets spéciaux, ils restent encore aujourd'hui d'un réalisme saisissant. Si la bulle de la gentille sorcière prête à sourire, la séquence de la tornade ne démérite pas face aux plus récent blockbuster.
Un savoir faire inégalable et inégalé!

Mais si le film est aussi apprécié c'est moins pour ses qualités techniques que pour ses personnages et ses chansons.


Dorothy, l'épouvantail, l'homme de fer et le lion peureux sont entrés dans la légende. Véritables archétypes, ils ne cessent d'évoluer durant leur périple et se révèlent tous terriblement attachants.
La méchante sorcière de l'Ouest figure quant à elle parmi les 10 plus grands méchants du cinéma.

Les acteurs sont tous, jusqu'au plus petit rôle, absolument géniaux. Chacun apporte son grain de folie ou sa petite touche de poésie qui font le charme des personnages.

Dorothy, jouée par l'enfant-star Judy Garland, est très fortement inspirée du personnage de Blanche Neige. Vulnérable, innocente voire naïve, cette jeune fille de ferme est l'image même de la pureté enfantine vue par le regard des américains. Garland est adorable dans ce rôle qui lui vaut l'oscar des jeunes actrices de l'année et propulsera sa carrière.

Les chansons comme la musique du film sont exceptionnelles. "We're off to see the Wizard" se retient instantanément, les dérivés de "If I only had.." combinent le plaisir d'écouter de belles mélodies et d'assister aux numéros de danse loufoque des comédiens et "The Witch is dead" chantée par tous les Munchkins est si impressionnante qu'elle en donne des frissons, en même temps que les paroles font rire.

Mais elles ne sont rien comparées à l'incontournable "Over the Rainbow", récompensée aux oscars, qui reste la marque de fabrique du film.
Quant Judy Garland se met à la chanter...le temps s'arrête.

Malheureusement, la sortie du film (1939) voit arriver le début de la seconde guerre mondiale (peut être représentée par ce cyclone qui s'approche).
Pour des milliers de jeunes américains, fini les arcs en ciel...


Oubliez que le film a 70 ans(!) et laissez vous entraîner dans un monde qui défie l'imagination.
Oui, à de rares moments on se dit que le film a vieillit mais il reste un véritable régal pour les yeux comme pour les oreilles.

"Le Magicien d'Oz" n'est pas un film c'est un monument du cinéma.
Il fait partie intégrante du patrimoine américain au même titre que "Star Wars" et on ne compte plus les références au film à travers le cinéma ou la télévision.

A travers les décennies, la magie perdure.
Nul doute qu'il continuera à transmettre la joie dans le coeur des "Young in heart" pendant plusieurs générations.

Un classique intemporel.

Note : ****




L

Les Infiltrés



A Boston, une lutte sans merci oppose la police à la pègre irlandaise.
Pour mettre fin au règne du parrain Frank Costello, la police infiltre son gang avec "un bleu" issu des bas quartiers, Billy Costigan.
Tandis que Billy s'efforce de gagner la confiance du malfrat vieillissant, Colin Sullivan entre dans la police au sein de l'Unité des Enquêtes Spéciales, chargée d'éliminer Costello. Mais Colin fonctionne en "sous-marin" et informe Costello des opérations qui se trament contre lui.
Risquant à tout moment d'être démasqués, Billy et Colin sont contraints de mener une double vie qui leur fait perdre leurs repères et leur identité.
Traquenards et contre-offensives s'enchaînent jusqu'au jour où chaque camp réalise qu'il héberge une taupe. Une course contre la montre s'engage entre les deux hommes avec un seul objectif : découvrir l'identité de l'autre sous peine d'y laisser sa peau...





Oulà je sens que je ne vais pas me faire des amis avec ce film...

Attention, la critique contient des SPOILERS

Comme tout le monde le sait, « Les Infiltrés » est le remake de « Infernal Affairs », le polar chinois qui a défrayé la chronique.

C'est quoi un remake?
Des Américains, à court de bonnes idées et passionnés par le sujet qui se disent : « et si on faisait notre version à nous? ». C'est ça un remake.

En général un remake c'est comme une suite : c'est moins bien que l'original.

Il y a les rares exceptions et puis il y ceux qui savent se démarquer en imposant leur propre style tout en conservant les qualités du premier, comme James Cameron (« True Lies »), Terry Gilliam (« L'armée des 12 singes ») ou encore Tim Burton (« Sweeney Todd »).

Quand on voit les innombrables films d'horreur « à la japonaise » qui ont fleuri sur le marché américain depuis « Ring », on comprend que faire un remake n'est pas à la portée du premier venu.

Essayons de regrouper les qualités de « Infernal Affairs » pour tenter de comprendre pourquoi le film est si réussi.

D'abord les deux acteurs principaux (Andy Lau et Tony Leung) sont excellents, mais les seconds rôles (surtout Anthony Wong et Eric Tsang) le sont aussi.
Le casting est donc une réussite pure et simple.

Passons à la mise en scène.
Non seulement le scénario est remarquable mais il est de plus constamment mis en valeur par des images léchées, une bande son recherchée et un suspense omniprésent. Sans oublier que les réalisateurs évitent de nous prendre pour des idiots en s'abstenant d'expliciter sans arrêt, ce qui rend le film à la fois fluide et captivant.

Et c'est comme ça que nait un film culte...

Du côté des Américains, ca cogite sec pour essayer de mettre en forme le projet.
Le moment est venu d'élire le réalisateur qui s'appropriera le film.

Et quelle ne fut pas la surprise d'apprendre que c'est le roi des « Gangs of New York », Martin Scorsese lui même, qui va s'atteler à la tâche!
L'homme qui a lancé la carrière de DeNiro, d'Harvey Keitel, de Ray Liotta et de Joe Pesci, l'homme qui a redonné au polar mafieux ses lettres de noblesse, l'homme qui a immortalisé Daniel Day Lewis dans le rôle de Bill le Boucher...

Avec un tel poids lourd derrière la caméra, on sentait pondre un nouveau chef d'oeuvre!

Le casting d' »Infernal Affairs » rassemble parmi les plus grands acteurs hong kongais?
Aucun problème, on va leur montrer ce que c'est un casting à l'américaine!

Et voici donc réunis à l'écran « les deux mâles les plus sexy de la planète » (c'est pas moi qui le dit...), Leonardo DiCaprio et Matt Damon et quelques uns des plus grands vétérans du cinéma, j'ai nommé : Martin Sheen, Alec Baldwin et Jack Nicholson!

Argh! Ce genre de casting on le rêve, on ne s'attend pas à ce qu'il devienne réalité.
J'en connais qui aurait fait une crise cardiaque en découvrant la liste des acteurs.


Sans surprise, « Les Infiltrés » rafle plusieurs oscars et fait un carton au box-office.
Le film est adulé par la presse comme par le public.
On dit qu'il surpasse de loin son aîné et on s'agenouille devant Scorsese avant de le couvrir de fleurs.
Le film entre dans la légende!

Ou pas...



En tant que film, il n'est déjà pas terrible mais en tant que remake, il touche le fond.

Comme précédemment, essayons de regrouper les défauts de « Les Infiltrés » pour tenter de comprendre pourquoi le film est si raté.

D'abord les acteurs principaux.
Pour être acteur, aujourd'hui il suffit d'avoir une belle gueule, savoir jouer est devenu accessoire. Pourtant DiCaprio et Damon sont beaux ET savent jouer.

On ne peut nier que sous la houlette de Spielberg, DiCaprio fait des merveilles et Damon a eu plusieurs rôles assez réussis (« Le talentueux Mr Ripley », « Dogma », la trilogie de « La vengeance dans la peau »...) mais ici, on a quoi?
Deux mannequins de mode qui posent et qui gesticulent pour tenter de donner du charme à leurs personnages.

Si le personnage d'Andy Lau était à la fois impassible et serein, celui de Damon devient très rapidement crispant. Sourire mielleux, il aligne les blagues les moins drôles possibles pour conquérir une fille qui lui tombe de toute façon dans les bras en claquant des doigts.
Il est déjà loin le temps où Jason Bourne et son regard pénétrant suffisaient à nous tenir en haleine...

Quant au personnage de DiCaprio il n'a pas le millième d'une miette d'une once de la plus infime particule du charisme de celui qu'incarnait Tony Leung!

Alors que Tony Leung en disait long en un regard, lui en fait parfois des tonnes sans le moindre résultat.
Emotionnellement, il est aussi crédible en bad boy infiltré que moi en chanteuse d'opéra...

De même dans leurs rôles respectifs Martin Sheen et Jack Nicholson n'arrivent jamais à la hauteur d'Anthony Wong et de Eric Tsang.
Si Nicholson, largement moins cabotin que d'habitude, s'en sort malgré tout avec les honneurs, le personnage de Sheen est insignifiant.

Wong s'accaparait l'écran.
A chaque scène il trouvait le petit plus qui faisait qu'on adorait son personnage! Sheen, lui, joue les pater familias de remplacement, la figure autoritaire mais juste mais à aucun moment on ne se s'attache à lui.
Si bien que quand le personnage de Wong meurt on en a presque les larmes aux yeux (la brillante mise en scène y étant pour quelque chose) mais quand c'est celui de Sheen, c'est presque indifférent qu'on le regarde expérimenter les bonnes vieilles lois de la gravité...

En revanche, Alec Baldwin est vraiment bon dans le film. Plein d'humour et de dérision, son personnage se détache aisément du lot.
Mais la grosse surprise c'est que parmi toutes ces stars, c'est l'acteur qu'on attendait le moins qui se révèle être le meilleur...

Pour la course aux statuettes, ils sont tous coiffés au poteau par Mark Whalberg.


Quoi? Mark-charisme zéro-Walhberg? Le type qui à lui seul a massacré « Max Payne » et la « Planète des Singes »? Nominé en tant que meilleur second rôle?
Et oui, comme quoi tout arrive...

Physiquement, son personnage est un émule de celui de Guy Pearce dans « LA Confidential », le caractère exécrable et le language fleuri en plus.
Sa performance est tellement réussie qu'on regrette même qu'il ne soit pas plus souvent à l'écran. Un comble...

Voilà pour le casting. Passons à la mise en scène.

On connait le goût de Scorsese pour la violence crue et réaliste et les dialogues de rue aux « fucking » en guise de virgules et de « motherfucker » en guise de point.
Il ne fallait pas avoir inventé l'eau tiède pour comprendre qu'on pouvait dire adieu à la réalisation à la fois lyrique et poétique de « Infernal Affairs ».

Voilà donc Scorsese qui filme en lumière naturelle, sans grands effets de montage, et qui multiplie les scènes de dialogues ponctués comme il les aime.
On peut préférer cette approche plus ancrée dans le réel à celle de l'original mais faute est de reconnaître qu'on ne retrouve jamais les qualités scénaristiques de « Infernal Affairs ».

Si les chinois privilégient les sous entendus et font en sorte que chaque réplique soit importante au récit, Scorsese accumule les dialogues ringards et inutiles et nous mâche le scénario bien comme il faut pour qu'il soit sûr qu'on est tout compris.

Le coup de la lettre griffonée par exemple : dans « Infernal Affairs », la lettre disparait assez vite, si bien qu'on est presque surpris quand on la retrouve dans le bureau d'Andy Lau.
Cette fois on a bien 15 gros plans de la-dite lettre pour qu'on puisse la reconnaître à tout moment et qu'on se dise : « Hum. Cette lettre a sûrement de l'importance pour la suite du récit... ».

Peut être que le public américain a besoin d'être guidé à ce point mais honnêtement c'est vraiment nous prendre pour des idiots!

De même pour les dialogues.
Si dans le premier une ligne, voire un regard, suffisait parfois à en dire énormément, ici c'est la surenchère qui prime.
Et ça crie, et ça s'insulte et ça s'empoigne virilement...

Les acteurs s'agitent dans tous les sens et la tension recherchée du premier film aboutit ici à une cacophonie sans nom.

Mais le pire c'est que si les 1h30 d'« Infernal Affairs » sont un modèle de narration, Scorsese s'octroie une heure(!) supplémentaire pour venir à bout de son récit.

Il en profite pour développer ses personnages afin de leur donner plus de profondeur?
Si c'est le cas, c'est raté.
Il prend le temps de paufiner les scènes d'action?
Honnêtement elles n'ont rien d'extraordinaire et elles sont si rares qu'on les voit à peine passer.
Alors à quoi sert cette heure supplémentaire?
Ma foi, je cherche encore...


La bande son de « Infernal Affairs » est une réussite à elle seule et d'habitude Scorsese nous gratifie d'anciens tubes Tarantinesques, cette fois rien.
Excepté un superbe morceau de métal irlandais, pas une bonne chanson à se mettre sous la dent...Dommage.


La seule vraie différence, c'est la fin.
Ceux qui n'ont pas vu « Infernal Affairs » vont en rester sur les fesses (pour être poli) mais contrairement au premier, un épilogue clot l'histoire pour de bon.
Le public américain n'aurait sûrement pas supporté de voir le « méchant » s'en tirer : tout le monde est mort mais au moins la morale est sauve, ouf.
Pathétique...

« Les Inflitrés » est bien « le choc cinématographique de l'année ».
Le choc de voir un grand réalisateur comme Scorsese plomber ce qui aurait pu être un classique, malgré des moyens considérables et un casting en or massif.

Le film est sauvé de justesse par des seconds rôles formidables mais, comme leur nom l'indique, les seconds rôles on les voit moins souvent que les premiers.

Scorsese se démarque de l'original en imposant son propre style mais il ne retient aucune qualité de son modèle.
Il s'éternise dans des dialogues aussi laborieux qu'inutiles et met en scène des personnages unidimensionnels qui font presque honte en regard des originaux.
Et en plus ça dure 2h30...

Longue vie à Tony Leung!

Note : *

Big Hit





Une affaire d'enlèvement qui semblait facile et rapide va se retourner contre Mel, un tueur à gages, et ses associés, Cisco, Crunch, Vince et Gump. La victime, la fille d'un riche industriel, est en fait la filleule de leur patron Paris. Lorque Cisco, le cerveau de ce plan, trahit Paris, Mel devient l'homme à abattre.

Kirk Wong est l'un des innombrables cinéastes hong kongais parti faire fortune à Hollywood.

Visiblement inspiré par John Woo,Tarantino et autres Robert Rodriguez, il n'a malheureusement pas le talent de ses ainés.
La première scène d'action est un modèle de mauvais cadrages, de ralentis réglés comme des manches à balai et de montage approximatif.
Ce qui laisse présager le pire pour la suite...

Pourtant passées les affligeantes 20 premières minutes, le film prend une autre tournure et révèle enfin tout son potentiel.

Le film aligne les prouesses physiques les plus improbables et les poursuites dantesques, rythmées avec entrain par les sonorités industrielles du compositeur Graeme Revell.
Le réalisateur ne cache pas son attrait pour la violence gratuite et les scènes d'action démesurées et, malgré une esthétique très jeu vidéo, le film possède des moments réellements impressionants.

Mais étonnament, si l'action prend la place la plus importante, ce sont les dialogues qui retiennent le plus l'attention.
Savoureusement décalés et empreints d'un humour noir que n'aurait pas renié Tarantino, ils se révèlent sincèrement drôles. La scène du dîner mérite à elle seule le coup d'oeil!

Du côté du casting, la surprise est aussi plutôt bonne.

Mark Whalberg se montre moins falot que d'habitude.
Son personnage, ironiquement appellé Smiley, est la bonne poire parfaite.
Un garçon tout gentil, incapable de faire du mal à une mouche dont le boulot est, paradoxalement, de flinguer du bad guy...

On apprécie également des seconds rôles bien choisis (le patron caricatural, le père, le vendeur hystérique..) et le charme asiatique de la belle China Chow.

Mais c'est bien le trop méconnu et sous estimé Lou Diamond Phillips qui vole la couverture. Sa performance est excellente.
Complètement allumé du début à la fin, il joue les méchants de série B, maniaques et un peu bêtas, avec un plaisir communicatif.
Son personnage a complètement disjoncté et c'est ce qui lui donne tout son charme.

Produit par John Woo, le film bénéficie d'un budget conséquent et ne rechigne pas à nous en mettre plein la vue même quand ça ne sert à rien.
Un film barré, idiot mais indéniablement fun.
Un mélange détonnant de dérision et de cascades impressionnantes dont le seul but (réussi) est de nous faire passer un bon tmoment.

"Big Hit" est idéal pour un jour de pluie ou une soirée entre potes.

Note : **

jeudi 5 février 2009

Appelez moi Dave



Une équipe d'extra-terrestres miniatures débarque sur terre dans un vaisseau spatial, parfaite réplique d'une être humain. A la recherche, d'un moyen pour sauver leur monde, les extra-terrestres rencontrent un problème lorsque leur vaisseau tombe amoureux d'une jolie Terrienne.


Eddy Murphy n'est pas un homme, c'est un vaisseau spatial!
Du moins si l'on en croit son nouveau film.

La carrière d'Eddy a été ponctuée de hauts et de bas (surtout de bas).
Il est entré dans la légende en incarnant le célèbre flic Axel Foley, il est devenu l'idole des jeunes en prêtant sa voix à l'âne de Shrek et il a récemment reçu une nomination aux oscars pour sa prestation dans « Dreamgirls ».

Malheureusement, le pauvre Eddy enchaine surtout les navets. Et cette fois, il touche le fond...

Résumé du film : effets spéciaux, grimace, cliché, mauvaise actrice, cliché, mauvais acteurs, humours gras, cliché, grimace, effets spéciaux, rap, gros cliché, guimauve, dialogue idiot, grimace, bonne idée sous exploitée, RnB, guimauve, mauvais acteurs, lourdeurs, grimace, disco, réplique navrante, cliché, humour gras, stéréotype, histoire à l'eau de rose, effets spéciauxzzzzzzzzzzzzzzzzzz

hein, quoi? désolé j'ai du m'assoupir s'en m'en rendre compte.

Euh, cliché, scène vue 10 000 fois, mambo, guimauve, oh une scène d'action!, oh elle est déjà finie, cliché, caricature d'homosexuel, effets spéciaux, référence facile, humour gras, RnB, GROS cliché!, amour nunuche, bonne idée sous exploitée, morale niaise, effets spéciaux et...générique de fin.

Voilà, j'espère que j'ai pas dévoilé tout le scénario...

La mise en scène est d'une platitude affligeante, la musique en fait des tonnes et les personnages sont soit complètement débiles, soit simplement insupportables.
En revanche, les effets spéciaux sont plutôt réussis. Ce qui n'empêche pas « Appelez moi Dave » d'être un concentré de ce que la comédie américaine peut offrir de pire.
Eddy Murphy a l'air de s'amuser, il est bien le seul.

Note : 0

Jackie Brown




Hôtesse de l'air, Jackie Brown arrondit ses fins de mois en convoyant de l'argent pour un trafiquant d'armes.
Un jour elle est cueillie à l'aéroport par deux flics : soit elle coopère soit elle va en prison. Aidée par un prêteur de cautions, elle échafaude un plan audacieux : doubler tout le monde lors du dernier transfert, de 500 000 $.


"Jackie Brown" est le grand retour de Quentin Tarantino au cinéma, 3 ans après son légendaire "Pulp Fiction".

Il a souvent été dit de "Jackie Brown" qu' il est le film le moins personnel du réalisateur.
C'est vrai que comparé à "Pulp Fiction" et "Reservoir Dogs", le film est assez différent.

La violence est amoindrie et bien moins grotesque (pas d'oreille découpée ou de morceaux de cervelle collés au pare brise) et le scénario est plus linéaire (il suit un ordre plus chronologique que les précédents).

Les fans du maître ont du être déconcertés, voire décus, (moi le premier) lors de la sortie du film.
Mais si l'on prend le film comme il est et non comme on aurait voulu qu'il soit, on s'aperçoit que "Jackie Brown" possède de nombreuses qualités.

"Jackie Brown" est le premier film de Tarantino adapté d'un roman ("Rum Punch" de Elmore Leonard).
Alors que ses deux premiers films, écrits par Roger Avary et le maître lui même, nous en mettaient plein la vue en cumulant ultraviolence et mise en scène percutante, sur ce film, Tarantino, pour coller à l'ambiance du livre, se calme et recrée une ambiance digne des meilleurs polars des années 70.

Bien que le scénario de départ ne soit pas de lui (il a réécrit le livre pour l'adapter au cinéma), le réalisateur s'approprie l'histoire avec la maestria qu'on lui connait et on reconnait sa patte à tout moment.

On connaissait le bon goût de Tarantino en matière de bande son originale et une fois de plus on n'est pas déçu : Jonnhy Cash, The Delfonics, The Supreme ou encore Bobby Womack s'accompagnent de quelques perles que lui seul pouvait connaitre et dont il prend plaisir à nous faire partager ("Chicks who love guns" et le "the lions and the cucumbers" tiré du film "Vampyros lesbos").
Le film est constamment plongé dans un "bouillon de sous-culture" cinéphilique et musical dont Tarantino est friand et on ne lui en voudra pas.

Si l'on passe sur la linéarité du scénario (hormis la fameuse séquence de l'échange filmée à travers plusieurs points de vue à la "Rashômon", on retrouve tout ce qui fait le sel de ses premiers films : des dialogues fleuris empreints d'un humour aussi spirituel que décalé et une galerie de personnages inoubliables.

Si certains réalisateurs apprécient de toujours travailler avec la même équipe, on ne pourra pas reprocher à Tarantino de sortir des sentiers battus en formant un casting à la fois impeccable et inattendu.
Tarantino a un vrai talent pour choisir l'acteur qui convient le mieux pour chaque rôle, et qu'importe qu'il soit connu ou pas.

A Samuel L Jackson, qu'il avait déja dirigé dans "Pulp Fiction", il ajoute quelques stars montantes (Robert de Niro, Michael Keaton, Bridget Fonda) et de vrais inconnus à qui il donne enfin la chance de briller (Pam Grier et Robert Forster).

Dans les années 70, un courant culturel et social nommé Blaxploitation (contraction de Black et Exploitation) revalorise l'image des afro-américains au cinéma en leur proposant de vrais premiers rôles, les sortant enfin du stéréotype de faire-valoir dont ils étaient victimes. Il s'agit surtout d'un cinéma tourné par les Noirs, pour les Noirs.

Icône de la blaxploitation, l'actrice Pam Grier accède enfin à la reconnaissance en incarnant Jackie Brown, une hôtesse noire de 40 ans.
Aussi belle qu'effrontée, elle monopolise l'écran de son charme.

Samuel L Jackson joue un personnage assez proche du tueur de "Pulp Fiction" (rien que pour sa coupe de cheveux, il faut voir le film !), un sadique imprévisible qui aime parler de tout et de n'importe quoi mais qui a toujours le mot pour rire. Michael Keaton est un inspecteur avec des tendances de rockstar (blouson en cuir et tchatche facile) et De Niro joue les vieux taciturnes un peu à côté de la plaque. Chacun donne le meilleur de lui même mais au fond on s'y attendait...
On croise même Chris-la bouche la plus rapide de l'Ouest-Tucker lors d'une scène aussi brêve que choquante.

La surprise vient de Bridget Fonda en jeune surfeuse blonde plus sexy que jamais mais au caractère insupportable, et surtout de l'acteur Robert Forster.

Forster joue le prêteur de cautions, un type renfermé qui prend de plus en plus conscience de son âge même s'il essaie de ne pas le faire paraître, et secrètement amoureux de l'héroine.
Tout en retenue, l'acteur livre une belle prestation, volant parfois la vedette aux plus grands.

On a souvent dit de Tarantino qu'il était un "sauveur de carrière" et il semble que ce soit vrai.
Non content de donner à Pam Grier le rôle qui lui offre son premier grand succès public et critique (nomination aux Golden Globes), il permet à Forster de sortir de l'anonymat en recevant une nomination à l'oscar!


Du côté de la mise en scène, Tarantino n'hésite pas à recommencer une scène jusqu'à ce qu'il soit parfaitement satisfait du résultat et ça se voit à l'écran.
Plans fixes durant les (longues) séquences de dialogues ou plans séquences qui n'en finissent pas où la caméra suit les personnages dans la rue, Tarantino soigne son film et marque chaque plan de son empreinte si particulière.

Et si les fans d'ultraviolence seront foncièrement déçus, le film n'en reste pas moins choquant. Les fusillades version John Woo sont remplacées par des coups de feu aussi soudains qu'imprévisibles qui nous laissent littéralement sur le carreau.

"Jackie Brown" n'est donc pas le film le moins personnel de Tarantino mais certainement son film le plus mature (parmi ses 3 premiers, je ne compte pas les "Kill Bill et autres "Grindhouse").
N
éanmoins, si le scénario est travaillé à l'extrême et que les relations entre les nombreux protagonistes sont à la fois originales et bien exploitées, le film peine à retrouver la verve de ses prédécesseurs.
Si certains dialogues sont irrésistibles, d'autres paraissent tout de suite moins importants, voire artificiels.
Le film traine parfois en longueur et aurait sûrement été meilleur avec une demi heure en moins.


Malgré quelques temps morts, "Jackie Brown" reste un très bon polar qui bénéficie d'un casting trois étoiles et d'un réalisateur hors pair.

Note : **

Les 7 Mercenaires




Pour se défendre des bandits impitoyables qui pillent leurs récoltes, des fermiers mexicains font appel à sept valeureux cow boys.


Le film est réalisé par John Sturges et la moitié du casting sera reprise dans "la Grande Evasion".
Pour moi, les deux films se ressemblent si bien qu'on peut leur citer les mêmes qualités et les mêmes défauts.

Le casting est un des points forts les plus évidents du film.
John Sturges a rassemblé des stars qui le sont déjà (Eli Wallach et Yul Brynner, qui vient d'avoir un oscar pour "Le Roi et Moi") et d'autres qui ne vont pas tarder à le devenir (Steve Mc Queen, Charles Bronson, James Coburn...).
Voir rassemblées ces têtes d'affiche lors de chevauchées paisibles dans des décors magnifiques ou au cours de fusillades spectaculaires est un vrai plaisir.

Chacun trouvera son personnage favori mais aucune fausse note n'est à chercher du côté des acteurs.

Le duo Brynner/Mc Queen fonctionne à merveille et il faut voir ce dernier essayer de voler la vedette en racontant des blagues débiles, jouer avec son chapeau et dégainer aussi rapide que l'éclair pour comprendre qu'il ne va pas tarder à devenir l'un des plus grands acteurs de sa génération.
Brynner est beaucoup plus calme dans son jeu, presque monolithique.
Vêtu de noir de la tête au pieds, il impose une présence impeccable et implacable à ce cow boy solitaire, qui regrette de l'être.

Bronson est une force de la nature et le montre fièrement en coupant du bois torse nu lors de sa scène de présentation et si James Coburn n'a pas beaucoup de dialogues, son simple visage buriné constamment renfrogné lui suffit pour imposer le respect.

Quant à Eli Wallach, son rôle de bandit est savoureux. Il n'a pas son pareil pour donner de l'importance au "simple méchant" de l'histoire.

Le titre original est "The Magnificent Seven", à savoir "les 7 magnifiques".
Mais vu l'importance du compositeur Elmer Bernstein, il aurait pu s'appeller "les 8 magnifiques"!

Bernstein est un compositeur reconnu, il a à son actif plus d'une centaine de bandes originales de films et une bonne dizaine de nominations aux oscars (dont une pour "les 7 Mercenaires").

C'est peu dire que la musique est l'essence même du film.
Le générique d'ouverture est accompagné par l'une des plus belles musiques de western de tous les temps.

Attention je parle de western américain et non de western spaghetti, je n'inclus donc pas les partitions de Ennio Morricone.

Le thème principal, grandiose, est connu de tous (même de ceux qui n'ont pas vu le film) et porte en lui l'aventure, l'action héroique et l'excitation du spectateur d'avoir à faire à un grand film.
Il symbolise à lui seul la pensée de l'époque que l'on se faisait des cow boys et de l'Ouest sauvage.


John Sturges est un des plus grands réalisateurs de western des années 50/60.
On ne peut nier ses qualités en tant que directeur d'acteur et l'importance que la musique occupe dans ses films.
En revanche, sa mise en scène n'atteint que rarement les espoirs que l'on place en elle.

La plupart des dialogues sont lents et sans réelle importance, les morts des personnages sont particulièrement théâtrales et au lieu des grandes chevauchées héroiques on ne voit qu'un groupe de personnes dont les chevaux trottent côte à côte.
Si les fusillades sont aussi brutales que soudaines, elles sont loin d'être nombreuses.

En fait si l'on y fait un peu attention, le dynamisme du film ne passe que par la musique.
C'est d'ailleurs surprenant de constater le décalage entre la lenteur de certaines scènes et le rythme procuré par les thèmes de Bernstein.
Même quand il ne se passe quasiment rien à l'écran, la musique est présente, toujours aussi épique et enlevée.
Si on l'enlèvait, le film perdrait plus de la moitié de son intérêt et on sombrerait probablement dans un ennui mortel...

La musique ayant généralement le rôle de souligner les pensées et les comportements des personnages, c'est justement lorsqu'elle s'arrête que le suspense parvient à être le plus efficace car ce sont les seuls moments où l'on ne sait pas à quoi s'attendre.

Parmi les westerns américains, "Les 7 Mercenaires" fait figure de grand classique mais c'est avant tout le remake évident du légendaire "Shishinin no Samurai" du non moins légendaire Akira Kurosawa.

Pour ceux qui connaissent les deux films, on peut dire que le réalisateur reste fidèle à l'oeuvre originale puisqu'il reprend les thèmes principaux et les scènes clés dont celles où les paysans se disputent entre eux pour savoir s'ils ont bien fait d'engager leurs protecteurs et surtout le fameux final, lorsque Yul Brynner énonce : "Ce sont les paysans qui ont gagné. Nous, on a perdu. On perd toujours".

En revanche les dialogues sont beaucoup moins passionnants que ceux du film de Kurosawa quant aux personnages, ils leur manquent le style et la dignité de leurs correspondants japonais.
Yul Brynner et Steve Mc Queen ont beau déborder de charisme, ils n'arriveront jamais au niveau de Toshiro Mifune.

Au fond "les 7 Mercenaires" c'est surtout un rassemblement de belles gueules et une musique exceptionnelle.
Parfois brillante, la patte de John Sturges est malheureusement souvent empreinte d'une sacrée lourdeur.
N'est pas John Ford qui veut...

Note : **