dimanche 12 juillet 2009

Silent Movie (la dernière folie de Mel Brooks)




Mel Funn, réalisateur de cinéma un peu trop porté sur la bouteille, prend contact avec le directeur d'un studio pour lui proposer une idée-d'après lui-géniale : tourner un film muet!





On se demande où ce sacré trublion de Mel Brooks va pêcher toutes ces idées!
Après avoir parodié le western, le film d'horreur, le film d'aventure, le péplum, les films de Hitchcok et ceux de SF, il se lance dans un projet complètement absurde : réaliser un film muet, 50 ans après l'apparition du son au cinéma...
Un idée complètement folle qui caractérise bien le bonhomme.


Pas de paroles donc mais des cartons sur lesquels sont écrits les répliques comme dans les années 20, accompagnée par des partitions que l'on croirait d'époque. Fidèle à Mel Brooks, John Morris compose une musique joyeuse et endiablée, véritable hommage aux films de Charlie Chaplin et Buster Keaton.
En revanche, le film bénéficie des effets sonores. Mais pas n'importe lesquels.
Mel a bien fait attention de sonoriser son film à l'ancienne en utilisant les bruitages les plus vieillots et incongrus possibles.
Le décalage entre les images réalistes et les bruits cartonnesques est réellement frappant.


Du côté des acteurs, on retrouve Mel et sa bande dont Dom Deluise, légèrement enrobé, et Marty Feldman et ses célèbres yeux de caméléon.
Mais la grande surprise c'est qu'un grand nombre de stars se sont prétées au jeu.
Dans leur propre rôle, on ne trouve pas moins que James Caan, Burt Reynolds, Liza Minnelli, Paul Newman Anne Bancroft et le Mime Marceau!
Chacun a droit a sa petite « minute de gloire » et on prend un réel plaisir à les voir se moquer d'eux mêmes (Burt-je m'aime!-Reynolds) ou à dévoiler leurs talents cachés (Anne Bancroft qui imite Feldman!, faut le voir pour le croire ).


Adepte de l'humour absurde et du non sens visuel, Mel Brooks n'a pas besoin de son pour rendre son film réjouissant. Les gags visuels sont légions et se suffisent à eux mêmes.
Soyons honnêtes, ces gags ne sont pas tous drôles et certains tomberaient même complètement à plat sans la mise en scène inventive de Mel Brooks.
Néanmoins, on ne peut pas rester insensible face à ce débordement d'imbécilités parfaitement maitrisées. On ne cesse de s'étonner de l'imagination sans limite de cet homme orchestre (Mel Brooks, réalisateur, scénariste et acteur) qui élève le rire au rang d'art.

Les idées, plus ou moins bonnes, fusent sans nous laisser le temps de souffler et certaines scènes confirment à elles seules la réputation de Mel Brooks comme l'un des plus grands comique de notre temps : ce n'est pas tous les jours que l'on a l'occasion de voir Anne Bancroft (Mme Mel Brooks dans la vie) et son mari se lancer dans un numéro de danse effréné ou encore Paul Newman (fan de courses automobiles...) participer à une course poursuite en fauteuil roulant.

Quant au seul mot du film, il sera ironiquement prononcé par le mime Marceau!




Une fois de plus Mel Brooks et sa bande sortent l'artillerie lourde pour nous faire passer un bon moment. Parmi cette avalanche de gags absurdes, seule la moitié retiendra l'attention mais le film contient de vraies pépites dont il serait dommage de passer à côté.
Il fallait vraiment s'appeler Mel Brooks pour oser faire un film muet au XXème siècle ; rien que l'originalité du projet mérite le respect.

Note : **

Le Shérif est en Prison



Afin de s'approprier des terrains à bas prix, deux notables nomment un jeune Noir shérif d'une bourgade des plus racistes...




Après « Les Producteurs » et « Les 12 chaises », l'inénarrable Mel Brooks revient dans le monde de la parodie en prenant pour cible l'âme même du cinéma américain : le western.


Au niveau du casting, on retrouve les habitués de la bande à Mel Brooks : Harvey Corman, Dom deLuise, Madeline Khan (nominée à l'oscar pour son interprétation d'une Marlène Dietrich dépressive), Gene Wilder (qui a déjà joué dans « Les Producteurs » et qui jouera dans « Frankenstein Junior ») et bien sûr Mel Brooks lui même.
Du côté des petits nouveaux, on apprécie de trouver John Hillerman (Higgins dans la série « Magnum » c'est lui!) et Cleavon Little.
C'est autour de ce dernier que tourne toute l'histoire puisqu'il incarne le premier shérif noir de l'histoire!
Et dans un Ouest raciste gouverné par les blancs, ce pauvre shérif va devoir se battre pour s'imposer face à une petite ville de paysans idiots et bornés.
Pour l'aider, il pourra compter sur l'aide du Wacko Kid (Gene Wilder), un cow boy alcoolique mais vif comme l'éclair, et de ses frères de couleurs et...c'est tout.


Avec un personnage principal noir dans ce contexte, on peut s'attendre à de nombreux propros racistes et désobligeants et c'est effectivement le cas : les « Négros » pleuvent dans la bouche des blancs.
Mais Mel Brooks, en grand humoriste, ne le prend pas à la légère.
Il sait employer le mot de façon intelligente pour mieux dénoncer une société xénophobe. Il récupère tous les clichés que les Noirs ont subi au cinéma et les réutilise de façon aussi décalée qu'absurde.
Les politiciens quant à eux sont montrés comme des enfants ignorants (Mel Brooks, hilarant) ou des parvenus qui aiment se donner un air suffisant (Harvey Corman et ses citations sans queue ni tête).
Mais il ne se gène pas non plus pour montrer à quel point la population est stupide quand il met en scène le shérif qui se prend en otage tout seul pour échapper à la foule...
Quant aux indiens, ils parlent avec un accent allemand à couper au couteau.
Bref, comme toujours avec Mel Brooks, chacun en prend pour son grade.



En ce qui concerne l'humour du film, on est dans dans du Mel Brooks pur jus.
C'est à dire qu'on y trouve de tout et surtout du n'importe quoi.
Du plus sophitiqué (gags visuels, jeux de mots recherchés, humour absurde, références à de grands classiques) jusqu'au plus vulgaire (la scène des haricots et les nombreux « noms d'oiseau » et blagues en dessous en de la ceinture qui parsèment le film).
Entre le duel de chansons du début à la « West Side Story », les retournements de clichés, le paquet explosif tiré des cartoons de Tex Avery ou encore la brute qui met un cheval KO d'un coup de poing, il y en a pour tous les goûts. Après on aime ou on n'aime pas.
Il s'autorise même à remettre la fameuse bataille de tartes à la crème au goût du jour...

Bien que les films de Mel Brooks soient avant tout des parodies absurdes et grotesques, il fait preuve d'un véritable sens de la mise en scène.
De l'extérieur, rien ne différencie le film des vrais westerns.
Les cadrages comme la photographie sont particulièrement travaillés, les acteurs sont parfaitement convaincants et le film bénéficie d'un montage soigné (nomination à l'oscar du meilleur montage).
La musique également fait l'attention d'un soin particulier.
Le compositeur attitré de Mel Brooks, John Morris, a une fois de plus créé une série de chansons superbes qui donnent au film un côté comédie musicale assez poussé.
La chanson titre « Blazzing Saddles », hommage aux thèmes célèbres du western comme « Rio Bravo », sera même nominée à l'oscar.

Le film lui même se comporte, dans les grandes lignes, comme un western traditionnel jusqu'au grand final ; pur moment d'extravagance et d'irrationnel qui fait passer le film pour ce qu'il est vraiment : un film...
Le scénario imprévisible et constamment surprenant sera lui aussi nominé à l'oscar.
Il est important de signaler que, comme pour tous les Mel Brooks, la version française est excellente.



« Le shérif est en prison » est une parodie d'exception. Les calambours fusent et chaque scène redouble d'inventivité. Si l'on aime le style du grand Mel Brooks, « le shérif est en prison » est à ne pas manquer.

Note : ***

Frankenstein Junior



Peu fier de son ascendance, le Docteur Frederick Frankenstein accepte pourtant de retourner sur les terres de ses ancêtres. Rattrapé par la folie familiale, il décide de suivre les traces de son aïeul et de créer à son tour une créature à partir de cadavres, avec l'aide de son fidèle serviteur Igor. Malheureusement, chargé de trouver le cerveau d'une génie, ce dernier se trompe et rapporte à Frankenstein un cerveau anormal...




Le maître incontesté de la parodie s'attaque cette fois au mythe de Frankenstein.
Dès les premières images, on sent le pastiche pointer le bout de son nez : un gros plan solennel sur le cercueil du Baron Frankenstein qui s'ouvre brusquement, nous mettant nez à nez avec un corps pourissant...
Le défi est lancé, l'ancien Frankenstein a fait son temps : place aux jeunes!
On s'attend à ce que le film soit une vision burlesque de celui de James Whales, totalement dénaturée par une série de gags absurdes dont Mel a le secret.
Et pourtant, la surprise est de taille...


De tous les films de Mel Brooks, « Frankenstein Junior » est considéré comme sa plus belle réussite en temps que réalisateur.
Pourquoi? Parce qu'au lieu d'aligner des blagues qui ont un lien plus ou moins logique entre elles (comme c'est le cas dans la plupart des films de Mel Brooks), « Frankenstein Junior » bénéficie d'un véritable scénario, original et parfaitement construit (il a même été nominé aux oscars).
Il faut dire aussi que « Frankenstein Junior » est l'un des rares films de Mel Brooks dont le scénario n'est pas de lui. C'est en effet Gene Wilder qui s'est occupé du script et qui a ensuite proposé à Mel Brooks de le mettre en scène.

Pour autant, en tant que réalisateur, Mel Brooks ne se contente pas du minimum syndical. Quel que soit son film, Mel a un vrai talent pour recréer l'ambiance du film dont il s'inspire, de ce fait, « Frankenstein Junior » reste incroyablement fidèle à l'original.
On connait le culot de Mel pour les idées extravagantes (« Silent Movie » : un film muet réalisé 50 ans après l'apparition du son!) et malgré la pression des studios, il parvient à imposer que « Frankenstein Junior » soit tourné en...noir et blanc.
Oser mettre en scène un film en noir et blanc dans les années 70. Respect...


Mais tourner en noir et blanc pour tourner en noir et blanc n'aurait eu que peu d'intérêt si Mel n'avait pas utilisé cette abscence de couleur pour recréer une atmosphère digne des vieux films d'horreur des années 30.
Rien qu'au niveau des cadrages, les références aux films avec Boris Karloff ou Bela Lugosi sont monnaie courante mais on ne peut ignorer ces gros plans qui mettent en valeur des visages particulièrement expressifs, qui s'inspirent élégamment de l'expressionnisme allemand des années 20 (que l'on retrouve dans les films de Murnau et Fritz Lang). Sans oublier la musique (de John Morris) parfois lanscinante, parfois excessive qui participe elle aussi grandement à l'ambiance volontairement « archaïque » du film.
Encore plus fort, le laboratoire du docteur Fronkonstine est précisément celui qu'a utilisé James Whales dans le « Frankenstein » originel : preuve de l'immense respect dont fait preuve Mel Brooks vis à vis de son prédecesseur.


Mais l'esthétique, aussi réussi soit elle, ne fait pas un film.
La plus grande force de « Frankenstein Junior » c'est assurément son casting et la plupart des acteurs sont des habitués des films de Mel Brooks.
Gene Wilder, qui tourne avec lui pour la troisième fois, est toujours aussi remarquable : son jeu à la fois raffiné et extraverti est une vraie bonne surprise.
Madeline Khan, elle aussi égérie des films de Mel Brooks, n'a rien perdu de son incroyable talent. Bien que son temps à l'écran soit limité, elle fait de chacune de ses apparitions un pur moment de plaisir.
Teri Garr, qui interprète la ravissante assistante de Wilder, joue à merveille de la naiveté de son personnage. Le scénariste prend un malin plaisir à lui faire dire des choses salaces, mais grace à son innocence candide, les dialogues prennent un autre sens et évitent au film de sombrer dans la vulgarité ; bien vu!

La plupart des seconds rôles sont également particulièrement « colorés ».
Entre l'inspecteur de police et son bras en bois brut et la gouvernante qui fait peur aux chevaux, le film nous offre de beaux rôles de composition de la part des acteurs. Sans oublier que pour coller à l'ambiance, ils écopent tous d'un horrible accent germanique à couper au couteau...

Mais malgré tout, le film ne serait rien sans la présence exceptionnelle de Marty Feldman et de Peter Boyle. Non pas qu'ils portent le film sur leurs seules épaules mais leur interprétation est absolument formidable, et ce dans des registres complètement opposés.
Marty Feldman a une particularité : ses yeux sortent de ses orbites. Problème génétique de naissance. Il pourrait en être complexé et se cacher, au contraire il se sert de cette spécificité oculaire pour donner vie à ses personnages hors normes.
C'est donc sans surprise qu'il interprète Igor, le serviteur difforme.
Son rôle est particulièrement savoureux : non seulement, c'est un lâche doublé d'un obsédé mais il surgit toujours quand on ne l'attend pas. Et en complicité parfaite avec le réalisateur, il n'hésite jamais à faire des regards fréquents vers la caméra pour créer un lien avec le spectateur.
Un personnage inoubliable!

Quant à Peter Boyle, qui joue le « monstre », il apporte un charme fascinant à son personnage. Il ne cherche jamais à copier les mouvements de Boris Karloff (le monstre originel), au contraire malgré sa corpulence imposante, il donne l'impression de n'être qu'un enfant pur et innocent. Mais qui peut devenir très dangereux si on le provoque...
Muet pendant les ¾ du film, Peter Boyle concentre toute son énergie dans ses expressions faciales et ses grognements plaintifs. Sa performance est bluffante et la scène où il se met à parler est tellement surprenante qu'elle en devient magique.


Mais que serait un Mel Brooks sans ses gags?
Etonnament, c'est là que le film divise.
D'un côté il y a ceux plus habitués au « gag pour le gag » qui marche parfaitement dans « La folle histoire du monde », « Dracula Mort et Heureux de l'Etre » ou encore « La folle histoire de l'espace ».
Ceux là trouveront le film parfois trop sérieux et seront probablement déçus.
De l'autre côté il y a ceux qui adoreront le film pour son humour souvent subtil et ultra-référencé mais qui ne prend jamais le dessus sur un scénario remarquablement bien écrit.
Dans tous les cas certaines scènes sont absolument hilarantes, dont celle de la bougie et surtout celle de l'ermite (interprété par Gene Hackman, méconnaissable!).
Cette dernière est d'ailleurs souvent considérée comme la meilleure du film.
En revanche, certaines manquent d'impact en raison justement de cet humour parfois ultra-référencé que le spectateur ne peut pas toujours comprendre.

Avoir vu « Frankenstein » et « la fiancée de Frankenstein » est un plus indéniable car certaines scènes sont carrément des reprises pures et simples (le gag en plus) des films de James Whales.
Néanmoins, une connaissance rapide des films suffit amplement pour apprécier la majorité des gags : la coiffure de la fiancée, reconnaissable entre mille, une fermeture éclair sur le coup qui remplace les boulons sur les tempes du monstre...
Et comme tous les films de Mel Brooks, la version française est exceptionnelle.


Mel Brooks a encore frappé! Mais cette fois Avec une subtilité que l'on ne lui connaissait pas. Non pas que ses autres films soient de bêtes oeuvres de potache, loin de là, mais du scénario en passant par la mise en scène et le jeu des acteurs, « Frankenstein Junior » est bien plus qu'une simple parodie à petit budget.
A la fois fidèle au roman de Mary Shelley et à l'esthétique des films d'horreur de la belle époque du noir et blanc, le film se veut aussi émouvant que drôle et c'est pour ça qu'il est aussi efficace.

Casting exemplaire, réalisateur talentueux, scénario brillant et décalé, « Frankenstein Junior » est un grand classique de la comédie.
Pas forcément le Mel Brooks le plus drôle mais assurément son chef d'oeuvre en tant que metteur en scène.

Note : ***

La Folle Histoire du Monde




L’histoire du monde racontée par Mel Brooks.
De l’âge de pierre à la Révolution française en passant par la Rome Antique et l’Inquisition.






Ce film est très important pour moi car il s’agit de l'un des tous premiers que j’ai jamais vu.
C’est bien connu, ce sont les films que l’on a connu étant jeune qui nous marquent le plus. Mais parfois en grandissant, ces films perdent de leur valeur et l'on finit par ne plus les apprécier autant qu’avant.
Ce n’est pas le cas de ce film.

Bien avant les "Hot Shot", "Y a-t-il un flic" et autres "Scary Movie", la parodie cinématographique avait un nom : Mel Brooks !
Mel Brooks est assurément l’un des cinéastes les plus drôles qui soient, doté d’une imagination prodigieuse.
Thriller ("High Anxiety"), aventures ("Sacré Robin des bois"), horreur ("Dracula mort et heureux de l’être"), vieux film d’épouvante ("Frankestein Junior"), science fiction ("Spaceballs"), Western ("le Shérif est en prison"), cinéma muet ("Silent Movie") et même comédie musicale ("Les producteurs"), ce grand manitou du pastiche Hollywoodien s’est attaqué à absolument tous les genres.

Dans "la folle histoire du monde", il ne parodie pas les péplums ou les films historiques mais l’Histoire elle-même. De César à Louis XVI, personne n’est épargné !
La plupart des critiques considèrent les comédies de Mel Brooks comme « des pots-pourris, des collages de gags sans ligne directrice de base, sans signification philosophique ou psychologiques ».
Ses films peuvent être en effet résumés en une série de saynètes plus ou moins drôles. Car dans ce domaine, Mel Brooks est capable du meilleur comme du pire…


Il est vrai que pour un novice, son humour pour le moins peu ordinaire peut déstabiliser ou carrément laisser de marbre.
C’est d’ailleurs ce que l’on ressent durant les premières minutes de ce film : Durant un plan séquence qui rappelle le légendaire "2001" de Kubrick (Mel Brooks reprend la même musique : Ainsi parlait Zarathushtra), l’aube de l’humanité se dessine devant nos yeux.
« Et le singe se dressa sur ses pieds et devint l’Homme ». Et la majestueuse musique interrompue, l’«Homme » en question ne trouve rien de mieux à faire que de se masturber bestialement, alors que s’inscrit en bas de l’écran un ironique « Nos ancêtres »…
Difficile d’appréhender le reste du film par cette simple séquence mais une chose est sûre : le cinéaste ne respecte rien !



Le film est clairement divisé en parties distinctes, chacune retraçant une époque particulière de l'Histoire avec une liberté de ton qui pousse au respect.
La première partie (narrée par Orson Welles lui-même !) concerne l’Age de Pierre et la vie au temps des hommes préhistoriques. Durant cette série de sketchs plus ou moins réussis, on découvre un autre aspect du film : l’humour Melbrooksien typique, à savoir les gags à prendre au 36ème degré.
L’une des plus fameuses séquences de cette première partie reste la découverte du feu : un homme préhistorique tape deux silex pour essayer de faire jaillir des étincelles sur un tas de brindilles, mais sans succès. Arrive alors un membre de son clan qui lui tend un bout de bois enflammé ; au lieu d’allumer le tas de brindilles avec, il essaie d’allumer son silex…
Voilà un gag typique de Mel Brooks : saugrenu mais sophistiqué.
Et pour sûr, ce genre d’humour n’a pas que des admirateurs…


Après la partie « Préhistoire », un court intermède présente Moïse avec ses tables de la Foi qui se moque de la religion avec férocité tout en restant bon enfant.
Enfin, le film s’installe réellement dans sa troisième partie : la Rome Antique.
Comme le trio des ZAZ, Mel Brooks est conscient qu’une comédie fonctionne mieux si elle est présentée de manière réaliste et crédible.
Si la Préhistoire et la séquence avec Moïse sont délibérément mises en scène dans des décors carton-pâte où les rochers en polystyrène cachent à peine des paysages peints à la main (de façon travaillée, il faut le reconnaître), Rome est beaucoup plus crédible : les sols luxueux du César Palace (!) sont en marbre taillé et les salles sont ornées de colonnes et de statues du plus bel effet. Les costumes eux-mêmes sont suffisamment étudiés pour coller à l’époque.
Mais attention le film ne penche pas non plus vers l’hyperréalisme. Si les costumes sont crédibles, ils restent tout aussi anachroniques que ce type qui se balade dans les rues, poste radio collé à l’oreille.

Les décors sont donc impressionnants mais n’en sont pas moins conçus pour coller à la folie burlesque du réalisateur : on accède au palais de César par un tapis roulant et les gladiateurs doivent pointer à l’ANPE lorsqu’ils ont fait un mauvais combat dans l’arène…
Rome c’est surtout l’occasion de profiter d’une bande de joyeux drilles qui, par le coup du sort, se retrouvent pourchassés par les légions de César.
On admire alors les dialogues décalés, les situations loufoques et irrévérencieuses (Moïse qui se fait braquer, l’armée romaine qui se met à danser sous l’emprise de la marijuana, la scène avec Jésus…) et on découvre une flopée de personnages aussi attachants que déjantés : un comique professionnel, un faux Juif, une vestale et un agent de presse, qui se retrouvent confrontés à une armée aussi timbrée qu’eux.

Tout comme les décors et les costumes, les acteurs se veulent crédibles.
Ils jouent donc avec un sérieux inébranlable même s’ils n’hésitent pas à en faire un peu trop de temps en temps pour rendre leur personnage encore plus ridicule.
Exagérer une situation qui l’est déjà, ça fait trop.
Si le film avait été joué de façon caricaturale, l’humour aurait fait un bide.
Vu que ce n’est pas le cas, les blagues potaches et les jeux de mots inventifs passent comme une lettre à la poste.
Pour ce film, Mel Brooks retrouve sa bande d’acteurs favoris dont Madeline Khan en impératrice nymphomane et Dom DeLuise, formidable, qui joue un César malpropre et dégoûtant, baignant littéralement dans la richesse et la luxure.
Du côté des nouveaux, il faut saluer le talent de Gregory Hines (Joséphus-j’ai le pif pour le kif) et le sourire aguicheur de Mary Margaret Humes en « vestale et vierge ».



Mais Mel Brooks n’est pas seulement réalisateur il est aussi interprète.
Tel un membre des Monty Pythons, il se permet d’incarner plusieurs rôles dans le film. Pour chacun d’eux, il trouve le ton de voix parfait et les mimiques adéquates, qui en font tous des personnages inoubliables.
Si jusque là l’humour totalement excentrique et surprenant ne vous a pas fait décrocher alors vous êtes prêts pour la suite qui se veut encore plus délirante.
Ce trublion iconoclaste qu’est Mel Brooks ne vise pas la satire pure mais s’autorise tous les débordements, y compris sur la religion.
Si, à ce stade, Jésus et Moïse ont déjà fait les frais de ses pitreries, il va s’attaquer à la Grande Inquisition : le temps où les fanatiques catholiques assassinaient sans pitié tous ceux qui refusaient de se convertir.
En enfilant le large manteau à capuche de Torquemada, le Grand Inquisiteur, Mel Brooks va transformer cette période noire de l’Histoire, faite de tortures abominables et de châtiments corporels, en…comédie musicale!
On découvre alors le talent de Mel Brooks en tant que chanteur et compositeur (il sait tout faire, je vous dis !) et il surprend constamment derrière la caméra.
Ce qui aurait pu n’être qu’un "simple" numéro musical de mauvais goût se révèle être une séquence splendide et spectaculaire où le rythme et la drôlerie des paroles se marie élégamment à une mise en scène somptueuse : Mel Brooks nous bluffe lorsqu’il filme ces nonnes solennelles et austères qui se changent soudain en nageuses professionnelles, découvrant au passage leur sihouhette de rêve. Les couleurs sont éclatantes et la musique de John Morris enrichit chaque cadrage d’une partition savoureuse.


Arrive enfin la dernière partie : la Révolution française.
Une fois de plus, Mel et son équipe font le minimum syndical pour représenter la France de 1789 avec ses rues pavées d’ordures dans lesquelles s’entassent des mendiants en haillons et ses figures aristocratiques qui se pavanent dans les jardins de la cour. Mel Brooks y joue deux rôles dont le roi de France (et son fameux : « Ca vaut le coup d’être le roi ! ») et le « valet de pisse » du palais. La ressemblance entre les deux hommes va faire que le second prendra la place du premier alors que la révolution éclate.
S’enchaînent alors quiproquos de vaudeville et séquences d’un grotesque assumé (le prisonnier et ses oiseaux).
Les gags de cette dernière partie sont fortement portés sur le sexe mais pas que…
En jouant des français, Mel et sa bande se moquent joyeusement de notre accent et on en prend plein la tête pour pas un rond dans la VO.
Ce qui m’amène à saluer, chapeau bas, les traducteurs qui se sont occupés de la version française : ne pouvant se moquer de leur propre accent, ils se sont réellement torturés les méninges pour créer de toute pièce d’excellentes répliques pouvant correspondre aux originales.


Enfin, lorsqu’il est attaqué par les critiques pour ne pas suivre une ligne directrice de base, Mel se venge fièrement en faisant traverser le temps à ces personnages au cours d’un final assurément absurde dont il s’explique par un grandiose : « C’est ça la magie du cinéma ! » Imparable…
Malgré la fin monumentale( !), le film n’est pas encore arrivé à son terme et réserve un lot de bien belles surprises…


Il y aura toujours quelques passages que certains aimeront moins que d’autres mais dans ce grand festival de n’importe quoi, chacun trouvera la scène ou la réplique qui lui fera apprécier ce film déjanté et savoureux.
Mel Brooks en est à la fois le réalisateur, le scénariste, le producteur et l’interprète principal, ce qui en fait un auteur à part entière.
Malgré le ton léger du film, Mel fait les efforts nécessaires, tant au niveau de la mise en scène que de la direction de jeu, pour en faire un divertissement de qualité. Il bénéficie de plus de dialogues brillants et d’un sens du rythme incontestable. La bonne humeur communicative des acteurs fait le reste.

Sûrement pas le meilleur film de Mel Brooks mais un sacré cours d’Histoire, tordu et jubilatoire.
Mel Brooks disait : « Tout gosse, j’ai ressenti que faire rire les autres était un moyen de me faire aimer ».
On peut dire qu’il a réussi : Mel Brooks, on t’aime!

Note : ***

samedi 27 juin 2009

Massacre à la Tronçonneuse



Jeunes et insouciants, cinq amis traversent le Texas à bord d'un minibus. Ils s'aperçoivent bien vite qu'ils sont entrés dans un territoire étrange et malsain, à l'image du personnage qu'ils ont pris en stop, un être vicieux en proie à des obsessions morbides...



On dit que le film est si terrifiant qu'on n'oublie jamais la première fois qu'on voit « Massacre à la Tronçonneuse »...
Néanmoins, la réputation sulfureuse du film vient plus de son interdiction dans de nombreux pays pour sa violence extrême que pour ses réelles qualités cinématographiques.
En le voyant, on comprend aisément qu'il n'a pas usurpé son titre de "film le plus terrifiant de tous les temps" mais fait-il encore le poids face aux standards d'aujourd'hui?



En 74 (date de sortie du film), le film a du être un électrochoc pour de nombreux spectateurs.
Il faut dire qu'à l'époque, on n'avait jamais rien vu de semblable.
On peut considérer les années 70 comme un renouveau dans le cinéma d'horreur.
Deux ans avant « Massacre à la Tronçonneuse », Wes Craven vient de finir « La dernière maison sur la gauche » dont on dit que « Massacre à la Tronçonneuse » s'est beaucoup inspiré.
De même que le film de Wes Craven, on a longtemps considéré « Massacre à la Tronçonneuse » comme un pamphlet contre la famille américaine de l'époque et sa perversité latente (le masque, symbole des désirs refoulés que l'on cache derrière une autre apparence ?).
En tout cas, il est vrai qu'entre les deux films les ressemblances sont parfois flagrantes : même grain à l'image, même famille de psychopathes, mêmes meurtres sanglants mais filmés de manière réaliste, même ambiance malsaine et même escalade dans la violence sans concession.


En parlant de violence, « Massacre à la Tronçonneuse » soulève un point interessant : Jusqu'où peut-on aller sur un écran?
Du point de vue philosophique, comme « Chiens de Paille » de Peckinpah (Franklin qui joue constamment avec son couteau mais qui n'arrive pas à comprendre comment on peut s'entailler la main avec fait écho à la scène où Dustin Hoffman part chasser), mais surtout du point de vue visuel.
« Massacre à la Tronçonneuse » est pour beaucoup synonyme de « hectolitres de sang » alors que dans les faits, le sang brille justement par son absence.
Il y en a bien un peu par ci par là mais les gens sont dans le tort lorsqu'ils imaginent le film.

« Imaginent » parce que, de par sa réputation d'abord, le titre ne donne pas forcément envie de le voir alors la majorité se « fait le film » sans même l'avoir vu, ensuite parce que la plupart de ceux qui ont réellement vu le film ont cru(!) voir tout ce sang.
Pourquoi? Tout simplement grace à la mise en scène incroyablement suggestive de Tobe Hooper qui en montre peu mais nous fait croire beaucoup. Grace à son sens fulgurant du montage, il nous plonge en plein coeur de l'horreur tout en évitant de nous montrer le moindre membre tranché.
D'une pierre deux coups : il fait s'affoler notre imagination, qui réinvente les scènes, et évite de se ridiculiser en employant des effets spéciaux bas de gamme (dus à un budget serré) qui auraient donné dans le grand gignol.


Parce que la vraie force du film c'est que non seulement il ne sombre pas dans la surenchère de tripailles et de gore à tout va mais, en évitant le second degré inhérent à ce genre de production, il n'offre que de très rares moments de détente, nous tenant constamment sous pression.

Avant tout, un prologue nous informe que le film est basée sur des faits réels...canular du réalisateur qui lui permet de placer le spectateur dans un contexte horrifique dès le départ. Pour accentuer le côté véridique de la chose, les premières images du film sont des photographies dont le flash aveuglant laisse à peine entrevoir des os broyés et des morceaux de chair pourrissants.
Le procédé est absolument brillant et sera repris plus tard dans des dizaines de bandes annonces (dont celles du remake, de Marcus Nispel...)

Visuellement, Tobe Hooper, encore jeune étudiant, profite au maximum de son budget rachitique pour créer une atmosphère qui dégoûte et qui écoeure.
Le grain de l'image d'abord, la lumière étouffante ensuite, créent une ambiance particulièrement malsaine.
La bande son elle même n'offre aucun réconfort : entre deux ronrons de tronçonneuse, grésillements et bruits de perceuse se succèdent pour le plus grand malheur de nos tympans...
Mais le réalisateur sait aussi jouer des silences pour nous tenir en haleine : le plan de la porte ouverte est un monument d'appréhension..
Rarement ambiance sonore aura été aussi prenante!
Et si on associe avant tout le film à Leatherface, les personnages secondaires sont réellements effroyables.


La scène de l'auto-stoppeur est à la fois flippante (l'acteur est parfait!) et écoeurante. Quant à celle du dîner elle reste l'une des plus mémorables du film.
Filmée de façon quasi documentaire, elle nous place en qualité de voyeur et nous oblige à regarder le meurtre de cette jeune fille sans défense (l'actrice a du avoir une extinction de voix pendant plusieurs jours en criant autant, la pauvre...).
Un réalisme saisissant!

Le film pousse le bouchon particulièrement loin dans le sadisme et la perversité.
Un personnage est suspendu à un crocher de boucher, l'autre se fait découper bien proprement avant d'être servi à dîner...
L'héroine s'en prend vraiment plein la tête : coups de balai, coups sur la tête, défenestrations, sauts, course à travers les bois...rien ne lui sera épargné.
Mais là où « Massacre à la Tronçonneuse » surprend réellement, c'est par son abscence de morale bien pensante. En général, les films d'horreur se focalisent sur des ados en proie à la promiscuité comme victimes potentielles. Ici tout le monde se retrouve logé à la même enseigne, même les handicapés...


Mais surtout « Massacre à la Tronçonneuse » ne met pas en scène de méchants escargots qui font du surplace quand il s'agit de découper les gens en rondelle.
On s'imagine facilement Leatherface en émule balourd de Frankenstein, s'avançant lentement vers l'héroine en fendant l'air de mouvements ridicules avec son engin de mort juste pour montrer que c'est lui le plus fort (et aussi pour que l'héroine en question puisse trouver un échappatoire miracle au dernier moment...).
C'est donc autant plus impressionnant de le voir courir (et il est rapide le bougre!) quand il poursuit la fille dans les bois. C'est vrai qu'il s'arrête souvent pour élaguer les branches mais la scène reste terriblement efficace : on y croit!


Malgré tout la fin reste trop classique (deus ex machina...) et la « danse » de Leatherface fait autant sourire qu'elle répugne. Le voir exécuter cette série de mouvements « artistiques » sur fond de coucher de soleil a vraiment quelque chose de fascinant.
Avec du recul, certaines scènes prêtent à sourire : la plupart des « gentils » sont transparents et Hooper abuse parfois des gros plans extrêmes.
La fin est décevante pour certains et le film, dans l'ensemble, suit un rythme plutôt lent. Bien que court (1h23), on s'ennuie un peu.
Mais ça c'est parce que le film a déjà plus de 30 ans et qu'en tant que spectateurs « modernes » on est plus habitués à des mises en scène rapides et des effets gore à gogo.

Malgré ses qualités, le film aura du mal à convaincre les adeptes des « Saw » et autres « Hostel » qui fleurissent sur les écrans comme des petits pains (euh, ça fait bizarre comme expression...) : je le répète, il n'y a quasiment pas de gore dans le film.
Mais « Massacre à la Tronçonneuse » c'est avant tout un symbole.
Le symbole de toute une génération traumatisée par des scènes jamais vues auparavant, mais aussi une pierre blanche dans l'histoire du film d'horreur.
On ne peut nier l'influence qu'à eu le film sur la grande série de slashers qui sévira durant les années 80/90.

Le masque de Leatherface est à lui seul une icône du cinéma et a engendré un grand nombre de rejetons dont celui de « Scream », « Halloween », « Jason » et j'en passe.
D'ailleurs, tout comme Leatherface (qui ne pousse que quelques cris), Mike Meyers et Jason sont des tueurs muets. Et c'est leur abscence d'expression qui les rend si terrifiants,... si inhumains.
C'est bien le masque du tueur qui lui donne sa personnalité.
Détail amusant pour finir: Leatherface a un masque différent selon qui il interprète : le voir habillé en grand-mère n'est pas banal...




Le chef d'oeuvre ultime de Tobe Hooper reste un monument du film d'horreur.
Malgré quelques passages marqués par le temps, le film réserve de sacrés moments de frayeur.
Son ambiance suffocante et la performance immortalisée de Gunnar Hansen en Leatherface suffisent pour faire de « Massacre à la tronçonneuse » une expérience traumatisante. S'il laissera peut être de marbre le public d'aujourd'hui, il bat à plate couture la plupart des films récents du genre, le sur-estimé « Eden Lake » en tête.
Reste à voir ce que vaut le remake...

note : ***

The Fog



En Californie, le port d'Antonio Bay fête son centenaire. La légende raconte que les marins d'un navire naufragé un siècle auparavant reviendront se venger par une nuit de brouillard. Or cette nuit là, une brume maléfique commence à semer la terreur et la mort sur son passage...




Attention de ne pas confondre « The Fog » de John Carpenter avec « The Mist » de Frank Darabont.



Pour beaucoup, John Carpenter est une véritable icône du cinéma fantastique même si la plupart le connaissent surtout pour son premier grand succès : « Halloween », l'un des films d'horreur les plus rentables de l'histoire.
« The Fog » c'est le quatrième film de Carpenter. Il est certainement moins connu que ses prédecesseurs mais n'en reste pas moins tout aussi réussi.


Malgré le carton colossal au box office de « Halloween », Carpenter ne désire pas pour autant continuer dans la lancée des slasher movies et il s'avère que « The Fog » n'est autre qu'un simple film de fantômes à l'ancienne.
Malheureusement sorti à une période où le viscéral « Scanners » de Cronenberg trône sur les écrans, « The Fog » est boudé par un public alors amateur de gore et de violence graphique.
Il est vrai que « The Fog » n'est pas gore pour un sou et malgré des séquences d'une rare violence, les égorgements et autres lacérations de l'abdomen à l'aide d'objets contondants ne feront jamais verser la moindre petite goutte de sang à l'écran...

Un terrible manque de réalisme? Au contraire.
Partisan de l'adage « on a plus peur de ce que l'on ne voit pas car on l'imagine », Carpenter est passé maître dans l'art de suggérer les choses. Ainsi au lieu de tout miser sur la tripaille et l'hémoglobine à tout va comme ses confrères, il soigne sa mise en scène et parvient à créer une atmosphère lugubre, incroyablement angoissante.
Le potentiel de base n'était pourtant pas réjouissant et entre de mauvaises mains le film aurait facilement pu s'achever par un désastre.
En effet ; "Comment effrayer les spectateurs en filmant des comédiens en costume continuellement plongés dans un voile de fumée?"


Mais Carpenter n'est pas n'importe qui et sait parfaitement que dans ce genre de film c'est l'ambiance elle même qui prédomine et chez lui, elle se fait à la fois de manière visuelle et sonore.
Dès les premières secondes, le ton est donné : le film débute par une citation d' Edgar Allan Poe avant de laisser la place à un vieux loup de mer qui raconte une histoire d'horreur autour d'un feu de camp. Tout est mis en oeuvre pour plonger directement le spectateur au coeur du film.
Alors que d'autres metteurs en scène y seraient allés à grand renfort d'effets spéciaux, Carpenter parvient uniquement à l'aide des effets sonores et de la lumière à nous faire croire que le brouillard est vivant. Plus impressionnant encore, il nous fait prendre conscience qu'il représente une menace réelle.
Se basant sur les écrits de Lovecraft, il transforme sa simple brume en incarnation du Mal. Un mal sans visage, ni forme. Une force éthérée et indomptable.
Le brouillard lui même est littéralement traversé par une lueur phosphorescente qui lui donne un aspect à la fois effrayant et surnaturel, quant aux fantômes, ils demeurent éternellement dans l'obscurité...
Le tout est sublimé par des cadrages superbes et les éclairages grandioses de Dean Cundey, l'un des plus grands directeurs de la photographie de son temps.


Toujours dans l'art de suggérer, Carpenter connait par coeur les règles d'or du film d'horreur et sait parfaitement quand et comment faire bondir son public.
Maîtriser le suspense est un art délicat mais le réalisateur s'avère être le digne successeur de Hitchcock.
Carpenteur est en effet un vrai conteur visuel et les émotions du spectateur dérivent intégralement de sa mise en scène : grace aux cadrages ou à l'absence de musique, on sait qu'il va se passer quelque chose mais on sent surtout que Carpenter cherche consciemment à nous laisser mijoter dans notre jus pour finalement nous amener sur une fausse piste et nous surprendre brusquement au moment où l'on ne s'y attend plus.

Mais il faut également reconnaître son talent quand il s'agit de créer une ambiance sonore. Egalement compositeur de la musique de ses films, Carpenter se contente généralement d'accoler quelques notes de synthé pour accompagner ses images.
Et malgré toute attente, le procédé est d'une efficacité redoutable. A l'aide de simples notes qu'il répète à l'infini mais qu'il assène violemment comme s'il frappait sur un couvercle métallique, Carpenter parvient à souligner l'inéxorable avancée de la mystérieuse et mortelle brume.


Si la star du film c'est bien « The Fog » lui même, les comédiens jouent tous de façon exemplaire. Comme James Cameron (« Terminator », « Aliens »), Carpenter a visiblement un faible pour les femmes au caractère bien trempé.
Loin d'être de simples « screaming girls », ses héroines sont fortes et savent se défendre. Parmi les actrices qui les incarnent on retrouve la brillante Jamie Lee Curtis, que Carpenter retrouve après « Halloween » et Janet Leigh (« Psychose ») qui ne sont autres que mère et fille dans la vie.
Mais malgré la présence des deux stars, c'est surtout le charisme de Adrienne Barbeau, en animatrice radio à la voix langoureuse, que l'on retiendra.
Cette dernière épousera par la suite le réalisateur du film...




Même si « The Fog » a sensiblement vieilli, il n'en reste pas moins un digne représentant de ce qui se fait de mieux en matière de film d'horreur à la fin des années 70.
Avec ce film, Carpenter confirme sa prédisposition pour les plans travaillés et les ambiances à couper au couteau et, en dépit d'un petit budget, démontre son aptitude à créer des scènes choc à partir d'un scénario minimaliste.
En d'autres mains moins adroites, le film aurait pu être un véritable navet... et c'est le cas : oubliez donc son pathétique remake.


Note : ***

Le Créateur



Darius, auteur à succès, découvre avec horreur qu'il a oublié d'écrire sa pièce. Commence alors pour lui et pour les autres, le pire des cauchemars...




Après « Bernie », Albert Dupontel revient derrière la caméra pour un long métrage tout aussi noir et barré.
Difficile de résumer le film tant celui ci est bien plus complexe qu'il n'y paraît.
« Le Créateur » commence comme une farce, puis se tourne rapidement vers la satire acerbe avant de plonger irrémédiablement vers la noirceur la plus totale.

Depuis « Bernie » on connait l'attachement de Dupontel pour les loosers et les perdants, « Le Créateur » n'y fait pas exception.
Dupontel y interprète un célèbre dramaturge timide, stressé et mal dans sa peau. Mais ces quelques traits de caractère ne le définissent qu'en surface car plus ou moins inconsciemment il développe rapidement des pulsions meurtrières et une tendance marquée pour la schyzophrénie.
Un personnage antipathique et pourtant désespéremment attachant.
Parce que malgré la série de crimes dont il est coupable, Darius reste prisonnier de sa condition d'écrivain, obligé à founir toujours plus quelque soit le moyen...

Le reste du casting est lui aussi formidable, faisant la part belle à des seconds rôles savoureux. On ne s'étonnera d'ailleurs pas de retrouver toute la joyeuse bande qui fera le succès de « Enfermés dehors ».

La réalisation est particulièrement inspirée et offre de beaux moments de mise en scène. Que ce soit en sortant l'artillerie lourde (en faisant sauter un étage dans un magnifique ralenti ou en tirant un boulet de canon depuis une fourgonette) ou de manière bien plus subtile lorsque la caméra illustre des points de vue autres qu'humains : cela va de la vision noir et blanc du chat jusqu'à l'écran à cristaux liquides, où les mots inversés symbolisent celle de l'ordinateur.


Dupontel fait accompagner son film de grands morceaux de musique classique ce qui souligne constamment l'aspect tragédie (pièce de théatre/tragédie...) et met en valeur le destin funeste du héros.
Et puis, impossible de passer à côté de cet éternel parallèle entre la création d'une pièce de théâtre et celle de la Terre par le grand barbu. Grand barbu, au passage, joué par Terry Jones, ex membre des Monty Pythons et grand ami de Dupontel.


Mais le cinéma de Dupontel c'est aussi des dialogues truculents et inventifs qui ne laissent jamais indifférents. Maniant l'absurde et le cynisme comme une arme, il n'est pas rare qu'il nous arrache un fou rire quand il se met à balancer des répliques aussi invraisemblables que « C'est con un breton, ça sert à rien...En plus il fait jamais beau » tout en lâchant de temps en temps de sacrées piques qui appuient là où ça fait mal...

Dupontel est vraiment un cas à part dans le cinéma français, son humour noir et absurde est plus à rapprocher de l'humour anglais. Grain de sable dans la machine, Dupontel est insolent et fier de l'être!
Il prend plaisir à tirer à boulets rouges sur ce qui est sacré, à oublier la morale et les conventions et à sortir des sentiers battus.
Le film est extrêmement drôle mais il est aussi extrême tout court. Pas de demi mesure avec Dupontel, pas de tabous. Les personnages sont « Affreux, sales et méchants » et si l'on rie c'est avant tout de l'horreur des situations et de la misère des personnages.
En ce sens, « Le Créateur » ne plaira pas à tout le monde. Mais si vous avez supporté « Bernie », alors foncez!



« Le Créateur » est une oeuvre noire, sadique et trash mais en même temps absurde, loufoque, intelligente, imaginative, inspirée, originale et surtout lucide...en un mot : géniale.
Féroce et amer, un vrai petit bijou.

Note : ***