samedi 7 mars 2009

Dejà Vu



Alors qu'il enquête sur l'explosion d'une bombe sur un ferry à la Nouvelle Orléans, l'agent Doug Carlin se voit enrôlé au sein d'une nouvelle cellule du FBI ayant accès à un appareil gouvernemental top secret permettant d'ouvrir une "fenêtre sur le temps", et ainsi de retrouver les preuves nécessaires à l'arrestation d'importants criminels.



Le jeu de mot n'est même pas drôle tant il est facile mais « Dejà Vu » a vraiment un air de déjà vu...

Les voyages dans le temps sont courants au cinéma comme en littérature, et ce depuis « La machine à remonter le temps » de H.G. Wells qui date déjà depuis un moment.

Quand au thème de la police temporelle, le film a un léger temps de retard.
Le problème de « Paycheck » (entre autres...) c'est d'arriver après le « Minority Report » de Spielberg.
Le problème de « Dejà Vu » c'est d'arriver BIEN après « Minority Report ».

Mais là où Spielberg nous plongeait dans un thriller palpitant et remarquablement réussi, tant sur le point visuel que scénaristique, « Deja Vu » ne se différencie en rien d'un énième blockbuster policier à l'américaine.

Visuellement d'abord le film baigne constamment dans une mer de couleurs saturées, véritable marque de fabrique des séries policières récentes qui envahissent le petit écran. On a l'impression de regarder un épisode des Experts.
Pas étonnant quand on sait que le film a été produit par Jerry Bruckheimer, également producteur des Experts.

Jerry qui?

Jerry Bruckheimer, le bulldozer du cinéma américain.
Chaque fois que vous voyez un film d'action bourré d'explosions spectaculaires, 9 fois sur 10, c'est lui. Comme Michael Bay, dont il a produit quasiment tous les films, le gars n'est pas reconnu pour sa finesse. Mais Jerry Bruckheimer c'est aussi le pif le plus impressionnant du box office : il a un don pour repérer les gros poissons, ceux sur qui le public va se ruer en masse.

A son tableau de chasse, il peut se vanter d'avoir des blockbusters en puissance tels que « Bad Boys », « Rock », « Pearl Harbor », « Benjamin Gates », « Le Roi Arthur », « Top Gun », « Le flic de Beverly Hills » et même « »Pirates des Caraibes » c'est lui. Respect!

Parmi ses petits protégés, on peut compter Michael Bay et Tony Scott , tous deux venants de la pub et du clip.

Tony Scott c'est l'homme que les épileptiques voient dans leurs cauchemars. Ses films ont toujours une esthétique très marquée par un défilement de plans assez voire très rapides et une caméra constamment en mouvement. Si au début de sa carrière, il ne faisait pas autant de vagues, depuis « Domino » et « Man on Fire » il s'essaie aux techniques visuelles les plus flashy et extravagantes possibles...souvent au détriment du scénario.

Imaginez un film tourné avec une caméra montée sur un marteau-piqueur en marche et vous aurez une bonne idée de à quoi ressemble « Dejà Vu »...

Bruckheimer et Scott, c'est déjà une histoire qui dure depuis « Top Gun ».
Ces deux là se connaissent bien et ensemble ils sont capables de bonnes choses : si vous cherchez un film d'action pas spécialement intelligent mais bien mené côté action, vous pouvez faire confiance au duo.

Donc voilà, « Dejà Vu » peut se résumer à un polar d'action très conventionnel, filmé sur un lit à ressorts.
Sauf que il y a l'histoire du voyage dans le temps. Et là les choses se gâtent...


En gros, les flics ont trouvé un moyen de voir les évènements qui se sont déjà déroulés mais ils ne peuvent rien changer.
Mouais, mon oeil! On parie combien que le héros (Denzel Washington) va trouver un moyen de remonter le temps, tuer le méchant et sauver la fille (dont il est évidemment tombé amoureux)?
En plus c'est son frigo qui lui dit de le faire (si, si)...

Les ficelles du film sont aussi énormes que les indices découverts par le personnage de Denzel sont minuscules : genre je regarde sous un pont et je trouve un truc gluant entre deux boulons...
C'est long un pont, quand même.
Et puis, quand il se prend une balle, il ne semble jamais ressentir le coup (il nettoie sa blessure, l'air de rien, comme une tâche sur sa chemise) et parvient à sortir d'une maison en flammes pile au moment où tout explose sans une égratignure. Vous avez dit « réalisme »?

Honnêtement les surprises du scénario n'en sont même pas vu que le film ne sort jamais des sentiers battus.
Non seulement le scénario, abracadabrantesque, est fumeux au possible et s'emmêle les pinceaux mais en plus, il accumule les idées les plus éculées.

Ma connaissance du sujet n'est pas exhaustive mais pour expliquer le principe du voyage dans le temps et ses conséquences, les « scénaristes » n'ont rien trouvé de plus original qu'une feuille pliée (principe que l'on retrouve dans plusieurs films, comme « The One ») et un schéma (exactement le même que dans les « Retour vers le futur », qui ont déjà plus de 20 ans)...
Et cerise sur le gateau, le film nous fait le coup du méchant patriote qui veut tout faire sauter pour qu'on lui reconnaisse ses droits.
Idée reprise directement de « Rock » de Michael Bay, produit par...Jerry Bruckheimer!

Comme quoi, malgré son budget de plusieurs millions de dollars, « Deja Vu » doit se rabattre sur des idées maintes fois exploitées pour rester un poil cohérent. Un comble.

Par contre avant que Denzel ne décide de faire un saut dans le temps, il s'est déroulé 1h30 de film!
1h30 où on voit des types qui regardent des écrans. Mais attention ils ne regardent pas n'importe quoi, hein! Ils font bien attention de choisir les plans où on voit la fille en sous vêtements, ou carrément sous la douche. Des scènes indispensables à l'enquête, faut avouer...

« Dejà Vu » c'est avant tout un film sur des types qui regardent un film, ça dure 2 heures et c'est ch...ennuyeux au possible!

Mais Bruckheimer oblige, le film possède aussi quelques scènes d'action plus ou moins bien foutues . Si Tony Scott filme joliment un tonneau de voiture depuis un bateau, l'explosion principale (le ferry) est vraiment moche : le montage est tellement réussi qu'on à l'impression de voir 3 fois le même type sauter dans l'eau...
Et j'en profite pour faire remarquer que lors de la scène du pont, le personnage de Denzel renverse plusieurs conducteurs innocents dans sa quête contre le mal.
Pour un type qui cherche à sauver des vies, c'est plutôt de mauvais goût!

Le plus drôle c'est que les scènes d'action n'ont rien d'exceptionnel mais la mise en scène de Tony Scott les amplifie considérablement. Par exemple, la scène du pont est filmée de façon tellement rapide qu'on croit revivre « French Connection ».
Pourtant dans les faits c'est juste un type qui roule sur un pont...

Et le film multiplie ces séquences fièvreuses où en réalité, il ne se passe rien.


S'ils ne dégage jamais un vrai charisme, Denzel Washington reste fidèle à lui même : très bon acteur. Jim Caviezel est parfois assez impressionnant mais le reste du casting est insignifiant.
Même le génial Val Kilmer surnage dans cette mer de mauvais acteurs. Il a grossi, joue le mec sérieux bien caché derrière ses lunettes et se contente de faire de la figuration. Dommage.

Même si l'idée de base était intéressante, « Deàa Vu » n' est qu'un nanar qui bénéficie d'un gros budget mal utilisé.
Il échappe de peu au zéro pointé grace à la présence de Denzel Washington, la réalisation frénétique de Tony Scott et la musique particulièrement rythmée de Harry Gregson Williams qui, bien loin d'être exceptionnelle, donne un vrai cachet aux scènes d'action.

Note : *

L'amour six pieds sous terre




Deux entrepreneurs de pompes funèbres se livrent une compétition acharnée.
L'un organise des enterrements très innovants tandis que l'autre prépare la fausse mort de la femme qu'il aime, pour la débarasser d'un mari volage.


Le principal atout du film, c'est son casting.

Alfred Molina (« Spiderman 2 ») interprête Plots, un croque mort qui rêve de devenir danseur. Depuis sa plus tendre enfance, il en pince pour Betty (étonnante Brenda Blethyn) mais à cause d'une timidité maladive il n'a jamais osé lui avoué son amour.

Betty s'est donc retrouvée mariée à un gros macho infidèle (Robert Pugh, génialement détestable), qui s'envoie en l'air avec sa secrétaire (Naomi Watts, plus sexy que jamais dans des tenues particulièrement affriolantes).

Enfin on croise de temps en temps un duo de croque morts joué par le toujours excellent Christopher Walken et Lee Evans.
L'un est un excentrique bourré d'idées farfelues, l'autre serait plus proche du singe descendu de l'arbre...qui aurait raté quelques branches.

Les deux acteurs avaient déjà travaillé ensemble sur « La Souris » de Gore Verbinski et ils prennent un plaisir communicatif à imaginer les idées les plus invraisemblables pour révolutionner les enterrements.
Si Evans en fait malheureusement un peu trop dans le comique forcé, leur duo extravagant reste la source de nombreuses scènes hilarantes, dont le point d'orgue reste la cérémonie où la défunte est grimée selon les traits de Spock dans Star Trek ( à pleurer de rire!).


La mort est un métier comme un autre.
On pourrait s'attendre à une satire très noire à l'humour corrosif mais c'est une comédie romantique doucement folle qui s'offre à nous.

Si les entrepreneurs essaient de se piquer les clients à la manière des personnages de Cauvin et Hardy dans la bande dessinée « Pierre Tombal », l'histoire d'amour est au coeur du film.

On s'intéresse donc aux (mé)saventures de Plots et Betty qui vont devoir redoubler de patience et d'inventivité pour pouvoir enfin finir ensemble et couler des jours heureux.
Parce que faire passer quelqu'un pour mort n'est pas de tout repos surtout quand la « défunte » attire la curiosité des habitants mal intentionnés.

Si humour noir il y a, il est surtout porté par le personnage de la secrétaire qui veut éliminer Betty par ses propres moyens.
Le reste oscille plus entre quiproquos et loufoqueries à l'humour « so british ».

Le réalisateur Nick Hurran soigne tout particulièrement l'image.
La très belle photographie rend hommage aux décors verdoyants du Pays de Galles, où est tourné le film. Les plans sont plutôt travaillés avec de jolies séquences musicales où les acteurs se lancent dans des numéros de danse endiablée.

Hurran n'oublie pas non plus de se distinguer de temps en temps.

Par exemple, et sans avoir une quelconque incidence sur le reste du film, dès qu'une personne âgée se trouve en arrière plan dans la rue, il faut toujours qu'il lui arrive une tuile. C'est gratuit mais c'est drôle.
Il se veut aussi attendrissant : quand il met en scène un garçon un peu naïf mais tellement gentil.

Et surtout, difficile d'oublier le final Burtonien qui parodie élégamment l'ambiance typique des films d'horreur.

On peut reprocher au film d'être très classique dans son déroulement et de manquer de vrais rebondissements mais à l'opposé d'un « Joyeuses Funérailles », beaucoup plus noir et trash, Nick Hurran ne souhaite pas faire une satire amère peuplée de sadiques ou de déjantés en tout genre.

Comme on nous l'indique clairement, « L'amour... » est une fable, une belle histoire romantique qui s'apparente à un conte de fée moderne.

Innovant et innatendu, le scénario fait la part belle aux scènes saugrenues et aux personnages un peu dingo. Une agréable comédie britannique portée par un casting de qualité.

Note : ***

Gran Torino


Walt Kowalski, vétéran de la guerre de Corée, est un homme inflexible, amer et pétri de préjugés. Il vit seul dans un quartier peuplé d'immigrés. Un jour, sous la pression d'un gang, un ado hmong tente de lui voler sa précieuse Ford Gran torino... Walt fait face à la bande, et devient malgré lui le héros du quartier. Sue, la soeur aînée de Thao, insiste pour que ce dernier se rachète en travaillant pour Walt. Surmontant ses réticences, ce dernier confie au garçon des "travaux d'intérêt général" au profit du voisinage. c'est le début d'une amitié inattendue, qui changera le cours de leur vie.

Aux côtés de Sean Penn et Tommy Lee Jones, Clint Eastwood reste l'un des plus grands acteurs à ne pas avoir souffert de son changement de place vis à vis de la caméra.
Assis à la place du metteur en scène depuis un certain temps déjà, il nous a pondu chef d'oeuvre sur chef d'oeuvre et a déjà raflé une belle brouette d'oscars.
Depuis longtemps, l'homme n'a plus rien à prouver à personne en temps qu'acteur comme en tant que réalisateur.

En gagnant en maturité avec l'âge, il parvient pourtant à nous surprendre à chaque nouveau film et c'est, au même titre que pour Tim Burton ou Spielberg, que l'on attend chaque fois son prochain succès.
Et « Gran Torino » et le dernier en date.

Si la carrière d'acteur de Clint Eastwood est avant tout basée sur les grosses brutes, les policiers impitoyables et les cow boys avares en paroles mais pas en plomb, c'est toujours un étonnement de le voir choisir, en tant que réalisateur, des scénarios aux antipodes de celle-ci.

Eastwood se consacre désormais plus aux liens familiaux et aux destins brisés qu'à la castagne.
S'il fait un film c'est avant tout pour raconter une histoire qui le passionne et lui tient à coeur.

Coeur. Si l'on devait retenir quelque chose de ses films, c'est qu'ils sont faits avec le coeur.

Si « Gran Torino » traite du sujet resassé du vieux grincheux qui reprend goût à la vie en prenant en charge l'éducation d'un jeune garçon, on est loin d'un simple mélodrame famillal.
On y parle de racisme, de guerre des gangs, de l'impossibilité de s'adapter au milieu social...
Le sujet est triste, grave, voire sérieux et pourtant...

Et pourtant Eastwood ne sombre jamais dans les larmoiements faciles et ne cherche pas à ce qu'on s'appitoie sur le sort des personnages.
En aucun cas le film ne dégouline de bons sentiments.
Avec talent et habileté, il évite les clichés, comme les stéréotypes.
Pour pinailler, on peut dire qu'Eastwood force un peu trop sur les violons (lacrymaux) aux moments critiques mais c'est vraiment une broutille comparé aux nombreuses qualités du film.

Souvent on sent pointer les grosses ficelles du scénario mais il n'en est rien, le film nous émerveille constamment et parvient sans peine à nous prendre au dépourvu.

A la lourdeur et au pessimisme, Eastwood préfère afficher sans honte une légereté bienvenue.
La mise en scène se fait subtile sans pour autant perdre de son efficacité.
Sans emphase, Eastwood se contente de filmer des scènes de la vie quotidienne de manière réaliste en laissant la caméra se concentrer sur le jeu des acteurs.
Et quels acteurs!

Le casting est sans fausse note et les performances des jeunes comédiens sont exemplaires (surtout la jeune asiatique) mais « Gran Torino » c'est avant tout l'occasion pour Clint Eastwood de repasser devant la caméra.

Si depuis quelques temps Eastwood nous sort un nouveau film chaque année, ça faisait un bon moment qu'on ne l'avait plus vu à l'écran.
Dans « Gran Torino », il ramène donc enfin sa gueule cassée et sa voix rocailleuse et, une chose est sûre, l'âge ne lui a rien fait perdre de son charme!


Il y joue Walt Kowalski, un polonais veuf, vétéran de la guerre de Corée.
A première vue le personnage est aimable comme une porte de prison.
Il déteste tout le monde : les noirs, les jaunes, les jeunes, les vieux et même sa propre famille.
Sa compagnie il la trouve chez un coiffeur italien qu'il s'amuse à insulter dans les règles de l'art, ses vieux potes de bar à qui il raconte des blagues racistes, son chien fidèle et sa voiture, la Gran Torino du titre, qui si elle n'a que peu de place à l'écran, deviendra rapidement le lien central de l'histoire.

Dans la peau de Kowalski, Eastwood pioche dans son registre « sale gueule antipathique » et donne tout ce qu'il a sans sourciller.
Non seulement l'acteur bouffe littéralement l'écran de ses yeux, à la fois tendres et perçants, mais il crache chaque mot à la face des gens en serrant constamment des dents comme s'il mâchait des cailloux...

Déjà en peinture, il n'est pas beau à voir mais avec le son c'est pire : sans gêne aucune, il manie les sarcasmes comme une seconde nature et jure comme un charretier à qui veut l'entendre, ponctuant alègrement ses phrases de politesses telles que « niak », « bougnoul » « fâce de citron » ou encore « sale rital de merde ». Charmant.

Définitivement le genre de type avec qui on rêverait de bavarder...

Et pourtant.
Et pourtant, derrière ce visage buriné au marteau piqueur et cette bouche baveuse qui grogne se cache avant tout un homme. Un homme meurtri qui a vécu les horreurs de la guerre, qui souffre de la perte de sa femme et de sa solitude et qui se rend compte qu'il n'a jamais su prendre soin de sa famille.

Et c'est donc en se liant d'amitié avec ceux qu'il croyait être ses pires ennemis, qu'il va redonner un sens à sa vie.
Son front se déride, son sourire s'agrandit peu à peu et on découvre que sous ses airs de vieille armoire à glace normande rouillée, le Walt il a un bon fond.

Et là je me permets de faire un rapprochement avec le récent « Yes Man » car dans les deux cas, le héros reprend gôut à la vie en osant dire « oui ».
Dans « Yes Man », c'est assez explicite alors que dans "Gran Torino" ,on voit que petit à petit Walt réapprend à s'ouvrir aux autres en osant aller vers eux.

Mais là où le premier transformait un sujet en or en...plomb c'est un peu exagéré vu que le film a quand même quelques bons moments mais...en cuivre, tiens : un métal d'apparence assez joli, mais creux et qui rouille rapidement (comme l'humour du film, vieillot et réchauffé...), « Gran Torino », lui, pour le coup change le plomb (le sujet de départ) en or massif.

Et ce, grâce à un humour à la fois sarcastique et décapant.
Dans « Yes Man » les situations sont parfois drôles en elles mêmes mais les dialogues sont souvent affligeants de médiocrité entraînant une ambiance douce-amère alors qu'on devrait rire à pleines dents.

Ici Eastwood nous met à l'aise dès les premières minutes.
A cet enterrement qui se veut solemnel, une jeune fille joue à la console, les hommes parlent héritage et le reste de la foule fait semblant d'écouter le sermon du prêtre, attendant le buffet mortuaire pour se remplir la panse aux frais de la princesse...
Rapidement, on apprécie le regard franc, concret et surtout lucide qu' Eastwood porte sur notre société et il ne s'en prive pas pour le montrer.

Et pourtant.
Et pourtant, il ne cède jamais à la facilité, ne sort jamais l'artillerie lourde comme le film avec Jim Carrey. Cette fois, les dialogues sont finement écrits (les injures font d'ailleurs partie intégrale du plaisir communicatif du film) ), les personnages sont loin d'êtres de simples caricatures et surtout les situations portent en elles un comique indéniable.


Difficile de résiter aux frasques du Schtroumph grognon en prise avec toutes ces femmes qui viennent déposer de la nourriture sur son porche avant qu'il ne décide de les accepter ; parce que la nourriture asiatique ça plait aussi aux vieux ronchons.


Là où « Yes Man » parvenait à nous arracher un sourire de temps en temps, toute la première partie de « Gran Torino »nous donne l'occasion de nous esclaffer sans retenue.
La mise en scène légère du film et le langage ordurier, mais jamais gratuit, font souffler un vent de fraicheur irrésistible sur le cinéma américain souvent trop aseptisé (« Yes Man », toujours en ligne de mire).
Malgré toutes les apparences, « Gran Torino » est extrêmement drôle!

Alors, « Gran Torino » : « meilleure comédie de ce début d'année »?

Non, car comme la plupart des films d'Eastwood, « Gran Torino » subit lui aussi le double effet kiss cool : deux pour le prix d'un, comédie ET drame.
Alors qu'on est totalement épris des personnages et de leurs relations peu conventionnelles, on a oublié la trame principale qui nous ramène brutalement à la « réalité » comme l'a fait « Million Dollar Baby » en son temps...

Si la violence est rarement présente, elle est pourtant là, cachée en filigrane, n'attendant que le moment propice pour se dévoiler.

Et c'est là qu'on attend qu'Eastwood et son physique de bulldozer arme sa pétoire avant d'enfourcher la Gran Torino pour faire régner la justice dans l'Ouest de sa petite bourgade.
Et pourtant. Et pourtant...

Jusqu'au bout, on se laisse emporter par le film, qui ne se révèlera jamais comme on l'attendait.

Et alors que défile le générique de fin, on admire l'intelligence du réalisateur pour avoir remplacé l'écran noir conventionnel par ce plan fixe d'un bord de mer sans vague et d'un ciel, sans nuage, rempli d'espoir.
On laisse alors ce frisson, du à la chanson titre, nous envahir et on se laisse submerger par ce sentiment irrépressible de mélancolie en se remémorant les plus beaux passages du film...

« Gran Torino » est un film magnifique à tout point de vue.
Eastwood est aussi à l'aise derrière que devant la caméra dont il électrise le champ de sa présence.
Un langage cru et des émotions vraies. L'oeuvre d'un humaniste confirmé.
Du grand cinéma.

Note : ****

vendredi 13 février 2009

La Jetée



Paris, après la « troisième guerre mondiale » et la destruction nucléaire de toute la surface de la Terre.
Le héros est le cobaye de scientifiques qui cherchent à rétablir un corridor temporel afin de permettre aux hommes du futur de changer d'époque. Il a été choisi en raison de sa très bonne mémoire visuelle : il garde une image très forte et présente d'un événement vécu pendant son enfance, lors d'une promenade avec sa mère sur la jetée de l'aéroport d'Orly.


Le cinéma c'est un défilement d'images fixes à 24 images par seconde.
« La jetée » c'est un défilement d'images fixes, point.
En effet si c'est la continuité dans les images qui crée le mouvement au cinéma, du mouvement dans « La jetée » il n 'y en a pas.

Si mouvement il y a, il est avant tout engendré par les fondus enchaînés qui font le lien entre deux photos.
Photos qui défilent à un rythme hypnotique, accompagnées par la voix lanscinante du narrateur.

Pour palier à l'abscence d'animation, les images se font particulièrement expressives.
Le réalisateur assemble pêle mêle de véritables photos d'art à de simples clichés pris sur le vif, l'important étant de capturer l'essence de chaque partie du récit en en montrant le moins possible.

L'ambiance elle même est particulière : si le grain de l'image et la noirceur des arrières plans font immédiatement penser aux images d'archives de la seconde guerre mondiale, il n'est pas rare de voir des visages à moitié cachés dans l'ombre, tous droits sortis du cinéma de Renoir ou des films noirs de Melville.

Et malgré ce fond obscur qui enveloppe constamment l'image (dans les sous-sols en particulier), les personnages ne sont jamais grotesques et effrayants comme dans les films expressionnistes allemands.

Le réalisateur cherche avant tout à se démarquer du passé et à briser les conventions en représentant la réalité sous un autre jour ; symbole de la Nouvelle Vague française.

Bien que simple court-métrage, « La jetée » est une référence dans le milieu du cinéma car il a inspiré « L'armée des 12 Singes », le chef d'oeuvre de Terry Gilliam.
En connaissant les deux films, on peut effectivement remarquer à quel point Gilliam s'est approprié l'intrigue principale tout en reprenant les éléments essentiels de la narration.

Mais n'étant composé que d'une suite de diapositives, « La jetée » peut-il, malgré tout, être considéré comme un film?

La question peut se poser, comme celle de son intérêt véritable.
Car dans les faits, le scénario est aussi concis qu'implicite et le film mérite aisément une seconde vision pour être bien compris de bout en bout.

Quant à la mise en scène (si on peut aller jusqu'à l'appeller comme ça), elle ne fait jamais oublier le côté « figé » des situations.
Les images sont belles mais rarement démonstratives et seule la voix off nous autorise les explications nécessaires.

Mais cette vois off justement, particulièrement monotone, à du mal à capter notre attention tout le long.
Il arrive alors qu'on perde de vue le scénario, ne pouvant pas se raccrocher aux images, et les 30 minutes du film finissent par s'éterniser.

Court métrage français de grande renommée, « La jetée » est avant tout une oeuvre d'art à part entière.
Son esthétique déroute autant qu'elle captive et sa narration si originale ne peut laisser indifférent. Il reste malgré tout difficile d'accès en raison de son austérité extrême et peut même lasser rapidement.

Grandiose pour les uns, soporifique pour les autres, « La jetée » est moins un film qu'une expérience sensorielle unique.
Avis aux amateurs de Bella Tarr...

Note : **

Le Magicien d'Oz




Dorothy, jeune orpheline, vit chez son oncle et sa tante. Tout irait pour le mieux si l'institutrice ne détestait pas son chien. C'est alors que Dorothy fait un rêve où elle se trouve transportée au royaume magique des Munchkins à la recherche de son chien. Les Munchkins sont des nains protégés par la bonne fée du Nord mais menacés par la méchante fée de l'Ouest. Pour retrouver son chien, Dorothy doit s'emparer des chaussures rouges de la mauvaise fée et aller voir le magicien d'Oz dans son palais d'Emeraude.



La première fois que j'ai entendu parler du "Magicien d'Oz" c'était à travers une chanson dans "Volte Face" de John Woo et d'une paire de chaussettes bariolées qui disparaissaient sous un piano ("Hot Shot 2"), des films qui n'ont aucun rapport, preuve de l'influence hors norme de ce film qui ne l'est pas moins.

Mais quel est donc ce film que tout le monde semble connaître de près ou de loin?

"Le Magicien d'Oz", c'est avant tout un livre de contes pour enfant qui s'est vendu à plusieurs millions d'exemplaires.
Après le succès du "Blanche Neige et les 7 nains" de Walt Disney, l'engouement pour les contes de fée bat son plein et une adaptation cinématographique du Magicien d'Oz est lancée.

L'ampleur du projet est colossale et plusieurs réalisateurs et scénaristes y laisseront des plumes afin de mettre à jour ce qui reste encore aujourd'hui l'un des plus grands films jamais réalisé.

C'est à Victor Fleming que revient la tâche de porter "Le Magicien d'Oz" à l'écran. Le réalisateur de "Autant en emporte le vent" apporte l'inventivité, la fraîcheur mais surtout la flamboyance indispensables à la reconstition du monde féerique d'Oz.

Si le film démarre avec des images au remarquable ton sépia, la découverte d'Oz fait figure de pierre blanche dans le monde artistique de la photographie au cinéma.

Oz devint le Technicolor et le Technicolor devint Oz.

"Le Magicien d'Oz" est certainement le plus grand achèvement de la technique des "couleurs saturées".
La photographie de Harold Rosson est un enchantement de tous les instants : les couleurs sont littéralement resplendissantes et les contrastes de luminosité nous en mettent plein la vue.
Quand on pense que la plupart des Américains ont d'abord vu le film sur leur télé noir et blanc...


Les techniciens qui se sont occupés de la restauration de l'image pour le format numérique ont réalisé un travail extraordinaire!
La scène avec les Munchkins laisse pantois. Le décor, rassemblant de nombreuses habitations, des arbres et même un petit point d'eau, est gigantesque.
Extravagant et coloré, chaque costume est un émerveillement à lui tout seul et la scène dispose d'une bonne centaine de figurants...

Grace à la restauration, il est désormais possible de distinguer le moindre petit détail sur les personnages et c'est aussi l'occasion de voir à quel point les matte paintings sont sidérants de réalisme.
On a d'abord l'impression qu'un chemin s'étend à perte de vue avant de se rendre compte qu'il est en réalité peint sur un mur.

Quant aux nombreux effets spéciaux, ils restent encore aujourd'hui d'un réalisme saisissant. Si la bulle de la gentille sorcière prête à sourire, la séquence de la tornade ne démérite pas face aux plus récent blockbuster.
Un savoir faire inégalable et inégalé!

Mais si le film est aussi apprécié c'est moins pour ses qualités techniques que pour ses personnages et ses chansons.


Dorothy, l'épouvantail, l'homme de fer et le lion peureux sont entrés dans la légende. Véritables archétypes, ils ne cessent d'évoluer durant leur périple et se révèlent tous terriblement attachants.
La méchante sorcière de l'Ouest figure quant à elle parmi les 10 plus grands méchants du cinéma.

Les acteurs sont tous, jusqu'au plus petit rôle, absolument géniaux. Chacun apporte son grain de folie ou sa petite touche de poésie qui font le charme des personnages.

Dorothy, jouée par l'enfant-star Judy Garland, est très fortement inspirée du personnage de Blanche Neige. Vulnérable, innocente voire naïve, cette jeune fille de ferme est l'image même de la pureté enfantine vue par le regard des américains. Garland est adorable dans ce rôle qui lui vaut l'oscar des jeunes actrices de l'année et propulsera sa carrière.

Les chansons comme la musique du film sont exceptionnelles. "We're off to see the Wizard" se retient instantanément, les dérivés de "If I only had.." combinent le plaisir d'écouter de belles mélodies et d'assister aux numéros de danse loufoque des comédiens et "The Witch is dead" chantée par tous les Munchkins est si impressionnante qu'elle en donne des frissons, en même temps que les paroles font rire.

Mais elles ne sont rien comparées à l'incontournable "Over the Rainbow", récompensée aux oscars, qui reste la marque de fabrique du film.
Quant Judy Garland se met à la chanter...le temps s'arrête.

Malheureusement, la sortie du film (1939) voit arriver le début de la seconde guerre mondiale (peut être représentée par ce cyclone qui s'approche).
Pour des milliers de jeunes américains, fini les arcs en ciel...


Oubliez que le film a 70 ans(!) et laissez vous entraîner dans un monde qui défie l'imagination.
Oui, à de rares moments on se dit que le film a vieillit mais il reste un véritable régal pour les yeux comme pour les oreilles.

"Le Magicien d'Oz" n'est pas un film c'est un monument du cinéma.
Il fait partie intégrante du patrimoine américain au même titre que "Star Wars" et on ne compte plus les références au film à travers le cinéma ou la télévision.

A travers les décennies, la magie perdure.
Nul doute qu'il continuera à transmettre la joie dans le coeur des "Young in heart" pendant plusieurs générations.

Un classique intemporel.

Note : ****




L

Les Infiltrés



A Boston, une lutte sans merci oppose la police à la pègre irlandaise.
Pour mettre fin au règne du parrain Frank Costello, la police infiltre son gang avec "un bleu" issu des bas quartiers, Billy Costigan.
Tandis que Billy s'efforce de gagner la confiance du malfrat vieillissant, Colin Sullivan entre dans la police au sein de l'Unité des Enquêtes Spéciales, chargée d'éliminer Costello. Mais Colin fonctionne en "sous-marin" et informe Costello des opérations qui se trament contre lui.
Risquant à tout moment d'être démasqués, Billy et Colin sont contraints de mener une double vie qui leur fait perdre leurs repères et leur identité.
Traquenards et contre-offensives s'enchaînent jusqu'au jour où chaque camp réalise qu'il héberge une taupe. Une course contre la montre s'engage entre les deux hommes avec un seul objectif : découvrir l'identité de l'autre sous peine d'y laisser sa peau...





Oulà je sens que je ne vais pas me faire des amis avec ce film...

Attention, la critique contient des SPOILERS

Comme tout le monde le sait, « Les Infiltrés » est le remake de « Infernal Affairs », le polar chinois qui a défrayé la chronique.

C'est quoi un remake?
Des Américains, à court de bonnes idées et passionnés par le sujet qui se disent : « et si on faisait notre version à nous? ». C'est ça un remake.

En général un remake c'est comme une suite : c'est moins bien que l'original.

Il y a les rares exceptions et puis il y ceux qui savent se démarquer en imposant leur propre style tout en conservant les qualités du premier, comme James Cameron (« True Lies »), Terry Gilliam (« L'armée des 12 singes ») ou encore Tim Burton (« Sweeney Todd »).

Quand on voit les innombrables films d'horreur « à la japonaise » qui ont fleuri sur le marché américain depuis « Ring », on comprend que faire un remake n'est pas à la portée du premier venu.

Essayons de regrouper les qualités de « Infernal Affairs » pour tenter de comprendre pourquoi le film est si réussi.

D'abord les deux acteurs principaux (Andy Lau et Tony Leung) sont excellents, mais les seconds rôles (surtout Anthony Wong et Eric Tsang) le sont aussi.
Le casting est donc une réussite pure et simple.

Passons à la mise en scène.
Non seulement le scénario est remarquable mais il est de plus constamment mis en valeur par des images léchées, une bande son recherchée et un suspense omniprésent. Sans oublier que les réalisateurs évitent de nous prendre pour des idiots en s'abstenant d'expliciter sans arrêt, ce qui rend le film à la fois fluide et captivant.

Et c'est comme ça que nait un film culte...

Du côté des Américains, ca cogite sec pour essayer de mettre en forme le projet.
Le moment est venu d'élire le réalisateur qui s'appropriera le film.

Et quelle ne fut pas la surprise d'apprendre que c'est le roi des « Gangs of New York », Martin Scorsese lui même, qui va s'atteler à la tâche!
L'homme qui a lancé la carrière de DeNiro, d'Harvey Keitel, de Ray Liotta et de Joe Pesci, l'homme qui a redonné au polar mafieux ses lettres de noblesse, l'homme qui a immortalisé Daniel Day Lewis dans le rôle de Bill le Boucher...

Avec un tel poids lourd derrière la caméra, on sentait pondre un nouveau chef d'oeuvre!

Le casting d' »Infernal Affairs » rassemble parmi les plus grands acteurs hong kongais?
Aucun problème, on va leur montrer ce que c'est un casting à l'américaine!

Et voici donc réunis à l'écran « les deux mâles les plus sexy de la planète » (c'est pas moi qui le dit...), Leonardo DiCaprio et Matt Damon et quelques uns des plus grands vétérans du cinéma, j'ai nommé : Martin Sheen, Alec Baldwin et Jack Nicholson!

Argh! Ce genre de casting on le rêve, on ne s'attend pas à ce qu'il devienne réalité.
J'en connais qui aurait fait une crise cardiaque en découvrant la liste des acteurs.


Sans surprise, « Les Infiltrés » rafle plusieurs oscars et fait un carton au box-office.
Le film est adulé par la presse comme par le public.
On dit qu'il surpasse de loin son aîné et on s'agenouille devant Scorsese avant de le couvrir de fleurs.
Le film entre dans la légende!

Ou pas...



En tant que film, il n'est déjà pas terrible mais en tant que remake, il touche le fond.

Comme précédemment, essayons de regrouper les défauts de « Les Infiltrés » pour tenter de comprendre pourquoi le film est si raté.

D'abord les acteurs principaux.
Pour être acteur, aujourd'hui il suffit d'avoir une belle gueule, savoir jouer est devenu accessoire. Pourtant DiCaprio et Damon sont beaux ET savent jouer.

On ne peut nier que sous la houlette de Spielberg, DiCaprio fait des merveilles et Damon a eu plusieurs rôles assez réussis (« Le talentueux Mr Ripley », « Dogma », la trilogie de « La vengeance dans la peau »...) mais ici, on a quoi?
Deux mannequins de mode qui posent et qui gesticulent pour tenter de donner du charme à leurs personnages.

Si le personnage d'Andy Lau était à la fois impassible et serein, celui de Damon devient très rapidement crispant. Sourire mielleux, il aligne les blagues les moins drôles possibles pour conquérir une fille qui lui tombe de toute façon dans les bras en claquant des doigts.
Il est déjà loin le temps où Jason Bourne et son regard pénétrant suffisaient à nous tenir en haleine...

Quant au personnage de DiCaprio il n'a pas le millième d'une miette d'une once de la plus infime particule du charisme de celui qu'incarnait Tony Leung!

Alors que Tony Leung en disait long en un regard, lui en fait parfois des tonnes sans le moindre résultat.
Emotionnellement, il est aussi crédible en bad boy infiltré que moi en chanteuse d'opéra...

De même dans leurs rôles respectifs Martin Sheen et Jack Nicholson n'arrivent jamais à la hauteur d'Anthony Wong et de Eric Tsang.
Si Nicholson, largement moins cabotin que d'habitude, s'en sort malgré tout avec les honneurs, le personnage de Sheen est insignifiant.

Wong s'accaparait l'écran.
A chaque scène il trouvait le petit plus qui faisait qu'on adorait son personnage! Sheen, lui, joue les pater familias de remplacement, la figure autoritaire mais juste mais à aucun moment on ne se s'attache à lui.
Si bien que quand le personnage de Wong meurt on en a presque les larmes aux yeux (la brillante mise en scène y étant pour quelque chose) mais quand c'est celui de Sheen, c'est presque indifférent qu'on le regarde expérimenter les bonnes vieilles lois de la gravité...

En revanche, Alec Baldwin est vraiment bon dans le film. Plein d'humour et de dérision, son personnage se détache aisément du lot.
Mais la grosse surprise c'est que parmi toutes ces stars, c'est l'acteur qu'on attendait le moins qui se révèle être le meilleur...

Pour la course aux statuettes, ils sont tous coiffés au poteau par Mark Whalberg.


Quoi? Mark-charisme zéro-Walhberg? Le type qui à lui seul a massacré « Max Payne » et la « Planète des Singes »? Nominé en tant que meilleur second rôle?
Et oui, comme quoi tout arrive...

Physiquement, son personnage est un émule de celui de Guy Pearce dans « LA Confidential », le caractère exécrable et le language fleuri en plus.
Sa performance est tellement réussie qu'on regrette même qu'il ne soit pas plus souvent à l'écran. Un comble...

Voilà pour le casting. Passons à la mise en scène.

On connait le goût de Scorsese pour la violence crue et réaliste et les dialogues de rue aux « fucking » en guise de virgules et de « motherfucker » en guise de point.
Il ne fallait pas avoir inventé l'eau tiède pour comprendre qu'on pouvait dire adieu à la réalisation à la fois lyrique et poétique de « Infernal Affairs ».

Voilà donc Scorsese qui filme en lumière naturelle, sans grands effets de montage, et qui multiplie les scènes de dialogues ponctués comme il les aime.
On peut préférer cette approche plus ancrée dans le réel à celle de l'original mais faute est de reconnaître qu'on ne retrouve jamais les qualités scénaristiques de « Infernal Affairs ».

Si les chinois privilégient les sous entendus et font en sorte que chaque réplique soit importante au récit, Scorsese accumule les dialogues ringards et inutiles et nous mâche le scénario bien comme il faut pour qu'il soit sûr qu'on est tout compris.

Le coup de la lettre griffonée par exemple : dans « Infernal Affairs », la lettre disparait assez vite, si bien qu'on est presque surpris quand on la retrouve dans le bureau d'Andy Lau.
Cette fois on a bien 15 gros plans de la-dite lettre pour qu'on puisse la reconnaître à tout moment et qu'on se dise : « Hum. Cette lettre a sûrement de l'importance pour la suite du récit... ».

Peut être que le public américain a besoin d'être guidé à ce point mais honnêtement c'est vraiment nous prendre pour des idiots!

De même pour les dialogues.
Si dans le premier une ligne, voire un regard, suffisait parfois à en dire énormément, ici c'est la surenchère qui prime.
Et ça crie, et ça s'insulte et ça s'empoigne virilement...

Les acteurs s'agitent dans tous les sens et la tension recherchée du premier film aboutit ici à une cacophonie sans nom.

Mais le pire c'est que si les 1h30 d'« Infernal Affairs » sont un modèle de narration, Scorsese s'octroie une heure(!) supplémentaire pour venir à bout de son récit.

Il en profite pour développer ses personnages afin de leur donner plus de profondeur?
Si c'est le cas, c'est raté.
Il prend le temps de paufiner les scènes d'action?
Honnêtement elles n'ont rien d'extraordinaire et elles sont si rares qu'on les voit à peine passer.
Alors à quoi sert cette heure supplémentaire?
Ma foi, je cherche encore...


La bande son de « Infernal Affairs » est une réussite à elle seule et d'habitude Scorsese nous gratifie d'anciens tubes Tarantinesques, cette fois rien.
Excepté un superbe morceau de métal irlandais, pas une bonne chanson à se mettre sous la dent...Dommage.


La seule vraie différence, c'est la fin.
Ceux qui n'ont pas vu « Infernal Affairs » vont en rester sur les fesses (pour être poli) mais contrairement au premier, un épilogue clot l'histoire pour de bon.
Le public américain n'aurait sûrement pas supporté de voir le « méchant » s'en tirer : tout le monde est mort mais au moins la morale est sauve, ouf.
Pathétique...

« Les Inflitrés » est bien « le choc cinématographique de l'année ».
Le choc de voir un grand réalisateur comme Scorsese plomber ce qui aurait pu être un classique, malgré des moyens considérables et un casting en or massif.

Le film est sauvé de justesse par des seconds rôles formidables mais, comme leur nom l'indique, les seconds rôles on les voit moins souvent que les premiers.

Scorsese se démarque de l'original en imposant son propre style mais il ne retient aucune qualité de son modèle.
Il s'éternise dans des dialogues aussi laborieux qu'inutiles et met en scène des personnages unidimensionnels qui font presque honte en regard des originaux.
Et en plus ça dure 2h30...

Longue vie à Tony Leung!

Note : *

Big Hit





Une affaire d'enlèvement qui semblait facile et rapide va se retourner contre Mel, un tueur à gages, et ses associés, Cisco, Crunch, Vince et Gump. La victime, la fille d'un riche industriel, est en fait la filleule de leur patron Paris. Lorque Cisco, le cerveau de ce plan, trahit Paris, Mel devient l'homme à abattre.

Kirk Wong est l'un des innombrables cinéastes hong kongais parti faire fortune à Hollywood.

Visiblement inspiré par John Woo,Tarantino et autres Robert Rodriguez, il n'a malheureusement pas le talent de ses ainés.
La première scène d'action est un modèle de mauvais cadrages, de ralentis réglés comme des manches à balai et de montage approximatif.
Ce qui laisse présager le pire pour la suite...

Pourtant passées les affligeantes 20 premières minutes, le film prend une autre tournure et révèle enfin tout son potentiel.

Le film aligne les prouesses physiques les plus improbables et les poursuites dantesques, rythmées avec entrain par les sonorités industrielles du compositeur Graeme Revell.
Le réalisateur ne cache pas son attrait pour la violence gratuite et les scènes d'action démesurées et, malgré une esthétique très jeu vidéo, le film possède des moments réellements impressionants.

Mais étonnament, si l'action prend la place la plus importante, ce sont les dialogues qui retiennent le plus l'attention.
Savoureusement décalés et empreints d'un humour noir que n'aurait pas renié Tarantino, ils se révèlent sincèrement drôles. La scène du dîner mérite à elle seule le coup d'oeil!

Du côté du casting, la surprise est aussi plutôt bonne.

Mark Whalberg se montre moins falot que d'habitude.
Son personnage, ironiquement appellé Smiley, est la bonne poire parfaite.
Un garçon tout gentil, incapable de faire du mal à une mouche dont le boulot est, paradoxalement, de flinguer du bad guy...

On apprécie également des seconds rôles bien choisis (le patron caricatural, le père, le vendeur hystérique..) et le charme asiatique de la belle China Chow.

Mais c'est bien le trop méconnu et sous estimé Lou Diamond Phillips qui vole la couverture. Sa performance est excellente.
Complètement allumé du début à la fin, il joue les méchants de série B, maniaques et un peu bêtas, avec un plaisir communicatif.
Son personnage a complètement disjoncté et c'est ce qui lui donne tout son charme.

Produit par John Woo, le film bénéficie d'un budget conséquent et ne rechigne pas à nous en mettre plein la vue même quand ça ne sert à rien.
Un film barré, idiot mais indéniablement fun.
Un mélange détonnant de dérision et de cascades impressionnantes dont le seul but (réussi) est de nous faire passer un bon tmoment.

"Big Hit" est idéal pour un jour de pluie ou une soirée entre potes.

Note : **