dimanche 8 août 2010

Dolls




Trois histoires d'amour inspirées d'un spectacle de poupées du théâtre Bunraku.


« Dolls » est ce qu'on appelle un film contemplatif. La caméra reste fixe, les personnages parlent peu et agissent encore moins. L'action est réduite à peau de chagrin et le scénario, parfois inpénétrable, demeure avare en explications. Pour autant, et c'est ce qui fait sa force, le film est loin d'être ennuyeux, bien au contraire.

C'est que « Dolls » est réalisé par Takeshi Kitano, cinéaste japonais émérite qui n'en est pas à son premier coup de maître. Mais parvenir à décrire un film de Kitano relève parfois de la gageure tant il est difficile de trouver les mots justes qui définissent son style. Reconnu à la fois pour l'ultraviolence qui émane de ses films et la poésie visuelle intrinsèque à chacune de ses oeuvres, le style de Kitano est unique en son genre. Présent à la fois derrière la caméra, au niveau du montage et lors de l'écriture du scénario, Kitano élabore soigneusement chaque aspect de « Dolls » avec une véritable âme artistique.

Peintre à ses heures perdues, Kitano rate rarement l'occasion de placer ses propres tableaux dans ses films, comme dans le remarquable « Hana-Bi » ou le plus récent « Achille et la Tortue ». Si ce n'est pas le cas dans « Dolls », le soin apporté à l'image mérite néanmoins le respect et certains plans du film rivalisent aisément avec de vraies toiles de maître. Surtout lorsque l'environnement urbain oppressif laisse place à des paysages enchanteurs et bucoliques de toute beauté. Ceux qui connaissent les peintures de Kitano savent à quel point son art se veut enfantin et surréaliste à la fois. Et l'on ne peut s'empêcher de ressentir le même sentiment à la vue de « Dolls », constamment magnifié par une utilisation prononcée des couleurs primaires qui donnent à la réalité du film un aspect onirique qui se rapproche souvent du conte pour enfants.

En revanche le film ne s'adresse certainement pas à un jeune public. Si le film retrace plusieurs histoires d'amour qui s'enchevêtrent, le scénario est empreint d'une tristesse et d'une noirceur incomparables. Chaque personnage, masculin ou féminin, traverse le film comme une ombre, éphémère, rongé par la culpabilité ou le remord et ne parvient à trouver de délivrance que dans la mort. En effet, si chaque histoire est inspirée du théâtre de marionettes, les protagonistes ne sont rien d'autre que de fragiles poupées (Dolls) de porcelaine qui risquent à tout moment de se briser, manipulées et reliées entre elles par le fil invisible du destin. Enfin, « Dolls » illustre bien l'expression « fou d'amour » au sens littéral du terme – et dans toute sa cruauté : entre la femme qui dévoue sa vie à attendre que son amant revienne mais qui ne le reconnaît pas lorque celui ci se présente à elle, celui qui sacrifie sa vue pour demeurer au côtés de sa bien aimée, ou bien les deux amants condamnés à errer sans fin, les personnages du film sombrent tous peu à peu dans une démence silencieuse qui finit par les couper du monde.

Comme toujours chez Kitano, la mise en scène se révèle à la fois brillante et surprenante d'efficacité. Si « Dolls » est bien une tragédie, le réalisateur instille de petites touches de cet humour à froid dont il a le secret. On ne rit pas car le film reste triste mais on ne pleure jamais non plus car Kitano ne cherche jamais à ce l'on plaigne les personnages. Au contraire, il demeure constamment, avec un génie et une habileté qui frisent parfois l'indécence, sur le fil du rasoir entre drame et comédie sans jamais se laisser aller à la facilité. Et si justement le couple principal du film est lié par une corde rouge vif bien voyante, véritable connexion visuelle entre certaines séquences, Kitano, lui, n'utilise jamais les grosses ficelles. Sa mise en scène est alerte et travaillée dans les moindres détails. Evitant le côté répétitif des films à sketches, les trois histoires ne se succèdent pas mais sont au contraire reliées entre elles avec une ingénieuse simplicité et le montage sec et abrupt ne cesse de retenir l'attention des spectateurs.

Plus intéressant encore, le film ne suit pas de chronologie établie mais associe alégrement flash backs, répétitions et ellipses narratives pour mieux nous captiver. De ce fait, la narration du film est en tout point remarquable et l'on ne peut que saluer le talent du réalisateur qui parvient à nous toucher, voire à nous frapper en plein coeur, avec une incroyable économie de moyens. L'action n'est jamais montrée telle quelle ; seules les conséquences sont visibles à l'écran. Que ce soit une fusillade dans un hôtel ou un accident de voiture, rien n'est dévoilé si ce n'est le corps des victimes. « Dolls » ne cesse de jouer sur les non-dits, les ellipses et le hors champ pour nous plonger dans un climat d'angoisse et d'anxiété permanents. Ainsi, l'imagination du spectateur se retrouve constamment sollicitée et le style froid et impersonnel du réalisateur ne fait qu'accentuer l'horreur banale des situations. Malgré les nombreuses scènes choc, la caméra demeure imperturbable aux pires atrocités et le film en devient réellement terrifiant.

Pour autant, « Dolls » n'est pas un film d'horreur proprement dit. Si le caractère perturbant et malsain du film ressort aisément, l'ambiance reste insaisissable et une constante mélancolie balaye chaque saynète d'un souffle doux-amer. Et il est certain que la musique étrangement nostalgique - presque « Porco Rossoesque » - du célèbre Joe Hisaishi n'est pas étrangère à ce ressenti. Et le spectateur de se laisse porter par cette fable noire et poignante, au rythme des souvenirs et des saisons.



« Dolls » est un film atypique dans lequel il est difficile d'entrer. Il est évident que son austérité narrative en reboutera plus d'un, tandis que ses qualités picturales seules charmeront les autres. Faussement intellectuel mais véritablement bouleversant, « Dolls » est une fable moralisatrice cruelle et noire, mise en scène par un cinéaste exceptionnel.


Note: ***

dimanche 18 juillet 2010

La route d'Eldorado




Deux escrocs, Miguel et Tulio, partent à l'aventure afin de trouver la légendaire cité d'Eldorado.



« La route d'Eldorado » est un film d'animation produit par les studios Dreamworks. Si Dreamworks ont prouvé qu'ils savaient offrir le meilleur (« Shrek »), ils ont aussi démontré qu'ils étaient capables du pire (« Spirit »). « La route d'Eldorado » se situe exactement entre les deux. Ni brillant, ni totalement à côté de la plaque. En réalité, il est difficile de catégoriser un tel film car ses qualités, comme ses défauts, suffisent à diviser les foules.

Là où la simplicité du scénario (pour ne pas dire la molesse) permet aux plus petits d'apprécier l'histoire sans se fouler un neurone, les plus grands seront certainement reboutés par le manque de rebondissements et les personnages sans réelle profondeur (on n'est pas chez Pixar). De même, si les adultes apprécieront les dialogues bourrés d'humour et de références sous-jacentes, les plus jeunes risquent de s'ennuyer à cause d'un trop plein de dialogue et un manque flagrant de péripéties quelconques – même si la fin rattrape le coup. Enfin, si les couleurs chatoyantes et les décors luxuriants enchanteront les amateurs, force est d'avouer que le design (personnages et environnement) manque cruellement d'inventivité. Visuellement, les personnages sont bien animés mais ils semblent trop conventionnels. Sans oublier qu'ils passent leur temps à nous gratifier d'un large sourire éclatant comme s'ils vantaient le mérite d'un nouveau dentifrice...

De ce fait, il est assez difficile de réellement s'attacher au film, mais ce serait mentir de dire que l'on ne passe pas un bon moment malgré tout - ce qui est essentiellement du à la qualité du doublage. En effet, les deux héros loufoques et maladroits bénéficient d'une voix de renom puisque Kevin Kline (oscarisé pour « Un poisson nommé Wanda ») et Kenneth Branagh s'occupent de leur donner vie, oralement. Les deux acteurs ont pris un malin plaisir à se prêter au jeu et vu la vitesse et la précision à laquelle ils se renvoient la balle durant les joutes verbales, on a parfois l'impression qu'ils ont improvisé la moitié de leur texte. Les répliques fusent et l'énergie des deux comédiens insuffle une bonne humeur communicative.

A eux deux, ils forment une sacrée paire de anti-héros farfelus et sympathiques, mais lorsque un troisième larron s'en mêle, la jolie Chel, le film prend vraiment une excellente tournure. Mutine mais fourbe, Chel est quant à elle doublée par Rosie Perez (inoubliable Perdita Durango). Son célèbre accent de Brooklyn et son charme naturel apportent un timbre volontairement décalé au personnage, ce qui suffit pour la rendre attachante.

De plus, Edward James Olmos, fameux fer de lance du cinema Mexicain-Americain prête sa voix débonnaire et chaleureuse au chef de la tribu, un pater familias imposant mais tendre et amical. Mais la surprise vient du méchant prêtre, doublé par Armand Assante (« Judge Dredd »), à la fois effrayant de colère non contenue et amusant par son côté faussement machiavélique. Un méchant appréciable et particulièrement réussi.

Le doublage donc se veut la meilleure qualité du film, ce qui n'inclut pas toute la bande son malheureusement. En effet, musique et chansons sont étonnament fades et décoivent par leur rythme aléatoire et leurs paroles peu inspirées. C'est d'autant plus étrange qu'elles sont dues au trio gagnant et oscarisé du « Roi Lion » (Hans Zimmer, Tim Rice et Elton John). Il est clair que ce n'est pas dans « La route d'Eldorado » que l'on trouvera des thèmes à la hauteur de « Hakuna Matata ». Et si la musique de Zimmer reste agréable à l'écoute (sans pour autant se hisser au niveau du « Roi Lion », de « Gladiator », de « Rain Man », de « Pirates des Caraibes », de « The Rock » et j'en passe) elle est bien trop peu exploitée pour retenir un tant soit peu l'attention.

« La route d'Eldorado » n'est pas un mauvais film, il est juste trop formaté et de fait, sans réelle surprise. Il est intéressant de noter qu'il possède de nombreux points communs avec « Kuzco, Empereur Megalo », notamment cette frénésie dans la mise en scène, l'extravagance des personnages et le fait qu'ils présentent tous deux une civilization mésoaméricaine de manière volontairement absurde et décalée. En revanche, il lui manque hélas l'étincelle de génie, ce petit côté frappadingue qui fait tout le sel de ce dernier.



Film d'animation pour petits et grands, « La route d'Eldorado » risque bien de ne plaire à aucun des deux. A chacun de voir. Si l'on rit de bon coeur à de rares reprises, l'ensemble et trop conventionnel et simpliste pour nous captiver jusqu'au bout. En dépit de beaux efforts pour marier dessin traditionnel et animation 3D, le visuel du film demeure fade. Et si les doubleurs ont fait un excellent travail, les chansons plombent rapidement l'ambiance. Tulio et Miguel sont partis à la recherche de l'or mais ils ne ramènent qu'une médaille de bronze.

Note: *

Marathon Man


Babe Levy, étudiant d'Histoire et coureur de marathon, mène une enquête pour retrouver l'identité de son père disparu. Il plonge malgré lui dans le monde impitoyable des intrigues internationales.





Mondialement connu pour sa célèbre scène de torture qui implique un dentiste sadique et psychotique, « Marathon Man » est certainement l'un des meilleurs thrillers des années 70. De sa mise en scène chirurgicale, au scénario captivant et inventif, en passant par un casting international de haute volée, chaque aspect du film mérite le respect. Dirigé d'une main de maître par John Schlesinger (« Macadam Cowboy »), il plonge le spectateur au coeur d'une intrigue implacable et sombre qui le tient en haleine, crispé aux accoudoirs, jusqu'au dénouement final.

Incisive et brutale, la mise en scène apporte au film une force peu commune et multiplie les scènes choc. D'ailleurs, l'impact de la fameuse séquence de torture mentionnée ci-dessus aura été tel que la production ordonna de nombreuses coupes afin de respecter la censure de l'époque. Redoutable dans sa présentation de la violence à l'écran (dont une fusillade dans une maison abandonnée qui n'est pas sans rappeler le « Chiens de Paille » de Peckinpah), la patte de Schlesinger emprunte également au célèbre « French Connection » de Friedkin. En effet, même si chaque séquence de « Marathon Man » a été répétée de multiples fois pour parvenir à un niveau d'interprétation qui frise l'excellence, le film donne souvent l'impression d'avoir été filmé dans la rue parmi les badauds, inconscients de la trame principale. Et c'est aussi c'est aspect parfois quasi-documentaire qui crée cette empathie avec les personnages et qui, en un sens, rend l'histoire plus réaliste – donc plus effrayante. Sans compter que plus qu'un divertissant thriller d'espionnage, « Marathon Man » est un sacré pavé dans la mare du politiquement correct et lorque les noms Auschwitz et « Der Weisse Engel » se font entendre, les vieux demons du passé ressurgissent alors avec haine et fracas. Une mise en abîme inhabituelle pour un film de ce genre mais qui réflète idéalement la noirceur du scénario.

Si « Marathon Man » est aussi réussi c'est également parce qu'il emprunte aux meilleurs. Le scénario du film est de William Goldman, d'après son propre roman. Ceux qui connaissent un peu son oeuvre savent à quel point les qualités de son écriture reposent sur une intrigue bien ficelée (il est également auteur de « Les Hommes du Président » sorti la même année) et des personnages charismatiques, souvent inoubliables (« Princess Bride » et "Butch Cassidy et le Kid", c'est lui). « Marathon Man » réunit les deux avec un brio qui frôle parfois la perfection. En totale adéquation avec Levy, le spectateur est malmené par des personnages à l'identité douteuse tout au long du film sans savoir de quoi il retourne, et à mesure que l'intrigue s'éclaircit, les retournements de situation ne cessent d'accentuer le suspense.

Par ailleurs, chaque rôle est parfaitement écrit et interprété par de talentueux comédiens. Babe Levy est joué avec conviction et naiveté par un Dustin Hoffman impeccable. Acteur phare des années 70, Hoffman est surtout un véritable caméléon et au cours de son imposante carrière, il a su démontrer à plusieurs reprises l'étendue de son jeu d'acteur. Dans « Marathon Man », il campe un jeune étudiant particulièrement crédible (il a pourtant déjà la quarantaine au moment du tournage) et livre une interprétation parfois désarmante de naturel. On est d'autant plus ébloui par sa performance quand l'innocence de son personnage se mue en une rage implacable et vengeresse; là encore « Chiens de Paille » nous revient immédiatement à l'esprit.

A ses côtés pullulent des seconds rôles savoureux. Si Hoffman demeure l'un des fers de lance du cinéma dans les années 70, que dire de Roy Scheider qui enchaîne les succès au box office de l'époque. Quand sa carrière explose avec « Les Dents de la Mer » de Spielberg en 1975, il a déjà conquis le public et la critique dans « French Connection ». Il interprète ici le frère cadet de Babe mais son double-jeu et son charisme mystérieux rendent son personnage bien plus fascinant qu'il n'y paraît. Mais si Scheider crêve l'écran (la scène du dîner, brillante et audacieuse), que peut-il faire face à l'immense Lawrence Olivier?

Souvent cité comme le plus grand acteur du siècle dernier (plus d'une dizaine de nominations aux Oscars!), Olivier est une légende vivante dont les compositions Shakespeariennes théâtrales résonnent encore dans la mémoire de beaucoup. En trois mots énigmatiques (« Is it safe? »), il parvient à nous convaincre du caractère implacable et cruel de son personnage. D'un coup, ce qui aurait pu n'être qu'une « simple » scène de torture devient instantanément une séquence culte de grand cinéma. Encore plus impressionant, il parvient à faire de ce dentiste adepte de la terreur psychologique, non pas un bourreau sanguinaire et stéréotypé, mais un vieux medecin faiblissant qui prend plaisir à faire son travail. Le personnage échappe alors à toute approche manichéenne du méchant sadique classique du cinéma de genre et gagne de ce fait en humanité. Le résultat est aussi dérangeant par la cruauté du personnage que jouissif par l'interprétation de l'acteur. Malgré une présence à l'écran assez réduite, Olivier campe sans conteste l'un des meilleurs méchants du cinéma et sa composition lui vaudra une nomination aux Oscars comme meilleur second rôle.



Si le film n'est pas exempt de défauts - notamment une fin un peu trop conventionelle - « Marathon Man » surprend encore par la qualité de son interprétation et l'efficacité parfois insoutenable de certaines situations. En d'autres mains, le film aurait finit en tant que série B sans éclat, mais il demeure encore aujourd'hui un modèle de film d'espionnage, intense et immoral.

Note: ***

vendredi 9 avril 2010

Le Choc des Titans



Né d'un dieu mais élevé comme un homme, Persée ne peut sauver sa famille des griffes de Hadès, dieu vengeur du monde des Enfers. N'ayant plus rien à perdre, il se porte volontaire pour conduire une mission dangereuse et porter un coup fatal à Hadès avant que celui-ci ne s'empare du pouvoir de Zeus et fasse régner l'enfer sur terre. A la tête d'une troupe de guerriers courageux, Persée entreprend un périlleux voyage dans les profondeurs des mondes interdits.



Attendu comme l’un des gros succès de cette période pré-estivale, ce "Choc des Titans" nouvelle génération se présente comme l’archétype même du projet de film passionnant qui, une fois à l’écran, aboutit à un blockbuster, bêta, brouillon et sans saveur.

Pourtant avec Louis Leterrier (réalisateur de films d’action honorables tels que L’incroyable Hulk ou Danny The Dog) derrière la caméra et Sam Worthington (la révélation de Terminator : Renaissance et d’Avatar) devant, ce remake musclé d’un classique des années 80 partait sous des augures plutôt favorables.
Malheureusement, le film cumule les mauvaises idées et des fautes de goût difficilement pardonnables.

Le Choc des Titans original, bien qu’ayant aujourd’hui accédé au rang de film culte, n’était pas non plus une perle de mise en scène : la réalisation de Desmond Davis avait souvent un arrière goût de téléfilm à gros budget et Persée était joué par un bellâtre inexpressif.
En revanche, le film bénéficiait d’un univers visuel aussi captivant qu’attachant, avec une jolie pelletée de créatures mythologiques et faisait la part belles aux trahisons internes qui sévissaient au sein même de l’Olympe.
Mais ce qui donnait au film tout son charme c’était le talent incomparable du légendaire animateur Ray Harryhausen. Considéré comme le pape de l’animation image par image, Harryhausen aura inspiré la carrière de cinéastes reconnus tels que Peter Jackson, James Cameron ou encore George Lucas...c’est dire la popularité du bonhomme.

C’est qu’à l’inverse de nombreux animateurs de l’époque, Harryhausen ne se contentait pas « seulement » de donner du mouvement à ses créatures, mais il leur insufflait la vie. Grâce à sa maîtrise incomparable de l’image par image, il parvenait à retranscrire ce souffle de vitalité qui élevait ses créatures au rang de personnages à part entière, et non plus à de simples monstres de plasticine aux mouvements maladroits.
Le Choc des Titans fut le film testament de Ray Harryausen, et à défaut d’être son œuvre la plus prestigieuse, il comporte des scènes devenues mythiques, tel l’antre de Méduse.

Dans la version de Leterrier, toutes les créatures, sans exception, sont animées à l’aide d’images de synthèse dernier cri. Non seulement, elles ne sont pas aussi visuellement réussies que celles de l’original (un comble, vu la technique) mais leur interaction avec les acteurs est quasi inexistante, ce qui les ramène à un vulgaire tas de pixels sans âme.

Et l’âme, c’est certainement ce dont le film manque le plus.
Primo, les monstres du film n’ont plus une once de personnalité (avoir donné à Méduse un visage humain n'en fait pas moins un beau ratage numérique) mais côté casting le bilan n’est pas si réjouissant non plus. Alors que Saw Worthington confirme tout le bien que l’on dit de lui, le Persée qu’il incarne manque cruellement de profondeur pour que l’on s’attache réellement à sa destinée.
En revanche, les seconds rôles rivalisent de fadeur et leurs personnages se révèlent plus insipides les uns que les autres. Ainsi les compagnons d’armes de Persée ne font guère plus que de la figuration et les divinités elles mêmes n’ont de divin que leur nom. Dans la peau de Zeus, Liam Neeson ne parvient jamais à faire oublier le jeu autoritaire et patriarcal de Lawrence Olivier et seul Ralph Fiennes parvient à tirer son épingle du jeu en campant un Hadès inattendu, en pleine déchéance physique.


De même, si Leterrier démontre une volonté farouche à se référer à l'oeuvre originale (le petit clin d’oeil à la chouette mécanique...), il en dénature l’histoire et occulte les relations primordiales entre les personnages (Calibos ne fait que passer...).
Pire, s’il rajoute des personnages plus ou moins indispensables (les djinns du désert, les harpies), il fait disparaître par là même certains monstres qui, eux auraient pu bénéficier d’une cure de jouvence numérique, comme le « cerbère » bicéphale et le vautour géant; pour ceux à qui ça parle.
Sans oublier les séquences « la mythologie grecque pour les nuls » où l’origine des créatures et savamment explicitée, ce qui reste absolument sans conséquence par la suite.


En ce qui concerne Louis Leterrier, ce dernier est plus connu pour sa maîtrise visuelle, lors de scènes d’action spectaculaires, que pour sa faculté à créer des moments plus intimistes. Là encore, il s’attaque aux scènes dites « émotionnelles » avec la subtilité d’un char d’assaut et écrase littéralement le scénario jusqu’à le réduire à un vulgaire prétexte pour amener l’action sur le tapis.
On pourrait lui pardonner si encore il parvenait à se rattraper sur la baston qui, ne nous le cachons pas, reste le principal argument de vente du film. Malheureusement, le résultat est là aussi plus que mitigé.
D’un côté, on sent l’envie du réalisateur à se dépasser pour nous livrer des affrontements titanesques (si j’ose dire) et il faut avouer que l’aspect homérique de certaines séquences donne un sacré coup de fouet à l’ensemble.
Mais, d’un autre côté, le film souffre d’un montage épileptique (pourtant absent des précédentes productions de Leterrier...) particulièrement pénible qui élimine d’emblée l’intensité de la violence et rend les affrontements aussi brouillons que ceux de "Transformers" (une référence en la matière...).
Au passage, la scène des scorpions est visuellement très proche de celle filmée par Michael Bay, allez comprendre...

Mais les dégâts sont loin d’être finis. En dépit de l’infini potentiel qu’offrait le thème de la mythologie grecque, l'esthétique du film est particulièrement convenue,pour ne pas dire superficielle.
Leterrier brasse les références en veux tu en voilà aux récents succès commerciaux et artistiques mais ne parvient jamais à les digérer totalement.
On y décompte entre autres, des squelettes marins à la "Pirates des Caraïbes", des sorcières aveugles sorties tout droit du "Labyrinthe de Pan", une Méduse dont la mâchoire s’allonge à la manière des vampires de "Van Helsing", ou encore des armures rutilantes empruntées à l’"Excalibur" de Boorman. Quant au Kraken, le monstre « ultime » du film, il a la tête des extraterrestres du jeu vidéo "Gears of War".
Elle est belle la mythologie grecque...

Enfin, là où la musique du film original soulignait l’aspect héroïque et merveilleux de l’aventure, la nouvelle mouture réussit l’exploit de se faire oublier instantanément. Alors que des dizaines de compositeurs talentueux auraient pu apporter à l’ensemble le semblant d’âme qui lui manque, le film écope de la musique brouillonne et volontairement assourdissante de Ramin Djawadi, qui tente de donner un souffle épique aux images de Leterrier. En vain.

Il est étonnant de voir que malgré tous ses défauts et un budget bien moins conséquent (de 15 millions pour le premier à 70 pour la seconde version), le Choc des Titans original demeure bien supérieur à ce navet tout en muscle et en testostérone mais bien creux en terme de matière grise.
Depuis le temps, on sait que l’informatique est un merveilleux outil visuel mais il peut aussi devenir une malédiction entre de mauvaises mains.
De ce fait, les monstres en images de synthèse "new generation" paraissent bien fades face au charme élémentaire des créatures animées images par image du grand Ray Harryhausen. Sans l'émotion, la technique n’est rien.



Le Choc des Titans n’est pas un ratage complet mais clairement une grosse déception. Alourdi par une esthétique –trop- jeu vidéo, des dialogues grotesques et incohérents, des erreurs de casting dramatiques, une musique insipide et des images de synthèse envahissantes, le film n’est sauvé que par de rares idées de mise en scène, quand l'action prend le dessus, et le charisme de Saw Worthington qui se taille une fois de plus la part du lion...à grands coups de glaive vengeur.

Note : *

dimanche 20 décembre 2009

Avatar




Malgré sa paralysie, Jake Sully est recruté pour se rendre à des années-lumière de la Terre, sur Pandora, où de puissants groupes industriels exploitent un minerai rarissime destiné à résoudre la crise énergétique sur Terre. Parce que l'atmosphère de Pandora est toxique pour les humains, ceux-ci ont créé le Programme Avatar, qui permet à des " pilotes " humains de lier leur esprit à un avatar, un corps biologique commandé à distance, capable de survivre dans cette atmosphère létale.


En ce qui concerne le cinéma, l'année 2009 aura été un excellent cru : "Inglorious Bastards", "Gran Torino", "Coraline", "Les 3 Royaumes", "Zombieland", "Watchmen", "Là Haut", "Démineurs", "l'Age de Glace 3" et j'en passe.

En matière de Science Fiction musclée, le récent « District 9 » aura d'ailleurs créé la surprise en recevant à la fois les louanges du public et de la presse. Fait rare pour un film de genre.
Sa mise en scène exemplaire et incroyablement réaliste, conjuguée à un scénario inhabituellement noir et à des effets visuels bluffants, le classait directement parmi les meilleurs films de SF de tous les temps. Sa technique de motion capture, popularisée avec le personnage de Gollum dans la trilogie de Peter Jackson, franchissait une toute nouvelle étape dans l'animation de synthèse.
(cf : ma critique sur « District 9 »)
Les qualités techniques de « District 9 » et sa cruauté rare ont vite fait de lui le phénomène de cette fin d'année et le classaient déjà favori aux oscars.
C'était il y a six mois.



16 décembre 2009. "Avatar" de James Cameron sort sur les écrans.
Le film est précédé d'une campagne médiatique gigantesque, tellement pesante qu'elle en dégoûterait presque d'aller voir le film. Pourtant l'attente est bel et bien de taille : non seulement il s'agit du nouveau film de l'un des réalisateurs les plus influents de ces dernières décennies (« Terminator » 1 et 2, « Aliens », « Abyss », « True Lies » et « Titanic » c'est lui...), mais le film est spécialement conçu pour être projeté en 3D.

Grande nouvelle?
Oui et non. Si l'idée de voir le film en trois dimensions s'avère alléchante, il n'est pas le premier cette année à offrir cette expérience (« Coraline », « Là Haut »...). Exit donc l'effet de surprise. Mais plus important encore, attirés par le potentiel commercial de la 3D, les nouveaux réalisateurs risquent fort de privilégier le spectacle pur au détriment d'un scénario digne de ce nom. Le dernier opus de la série des « Destination Finale » en est la preuve.
Alors, "Avatar", projet démentiel ou vulgaire produit commercial et opportuniste?


S'il y a bien quelque chose qu'"Avatar" n'est pas, c'est bien un produit opportuniste. Si la plupart n'ont entendu parler du film que récemment (avec le rabattage médiatique), Cameron aura pourtant travaillé dessus pendant quinze années de sa vie !
En réalité, le projet avait été abordé à l'époque de « Titanic » (1997).
Suite au succès colossal du film, Cameron est harcelé de toute part pour savoir quel sera son prochain film. "Avatar" est alors mentionné mais Cameron stipule clairement qu'il ne réalisera pas le film tant que les effets spéciaux ne lui permettront pas de porter ses visions à l'écran.


Les années passent et les effets spéciaux deviennent de plus en plus performants.
On assiste à de véritables révolutions technologiques avec « Le Seigneur des Anneaux » (et la « performance capture », qui permet à un ordinateur d'enregistrer les gestes et expressions faciales d'un acteur pour les retranscrire sur un personnage en images de synthèse) ou les nouveaux « Star Wars » et leurs mondes entièrement numériques.
En 2002, Cameron découvre donc Gollum, premier personnage de 3D hyperréaliste convaicant, décide enfin de ressortir "Avatar" du placard et se lance dans le plus grand secret (quid du scénario ou des acteurs?) sur son projet révolutionnaire.

Car inutile de tergiverser : malgré les innombrables évolutions techniques de ces dernières années et les 15 ans d'attente qui auraient pu faire tomber le film dans l'oubli ou se faire couper l'herbe sous le pied (« District 9 », encore une fois), "Avatar" est sans conteste LA révolution technique tant espérée.
Il y aura bien un avant et un après "Avatar" tant ce film va certainement changer notre vision du cinéma tel que nous le connaissons. Pas seulement pour la 3D mais parce que le film, réalisé avec des techniques d'une innovation bouleversante, offre des images de synthèse d'un réalisme JAMAIS vu sur les écrans.
"Avatar" est assurément une expérience sensorielle sans précédent qui va faire date.


Aujourd'hui au cinéma, il est de plus en plus difficile de surprendre un public, blasé, habitué à voir les choses les plus extravagantes qui soient prendre forme sur un écran.
Dans ce cas, "Avatar" est une grosse claque dans la face dont on mettra longtemps à se remettre.
Ce n'est pas un hasard si le début du film laisse perdurer un écran noir durant quelques-interminables-secondes : dès le premier plan, on sait que l'on est en train de vivre un moment hors du commun, cinématographiquement parlant.
On vient de quitter la salle obscure du cinéma pour être directement projeté dans l'univers de Cameron.

La planète Pandora où se déroule l'intrigue est une succession de paysages éblouissants qui explosent la rétine. La beauté de la faune et de la flore qui la peuplent écrasent littéralement la jungle luxuriante du nouveau « King Kong », référence en la matière.
De même, les véhicules et les robots de l'armée humaine sont d'une crédibilité à toute épreuve, presque palpables. On est loin de la bouillie numérique de « Matrix Revolution ».
Cameron balaie ainsi instantanément des centaines de films récents, considérés comme des références en technologie visuelle (les « Transformers » de Michael Bay sont déjà de l'histoire ancienne) et se réinstalle avec panache sur son trône de cinéaste visionnaire, qu'il avait quitté en 97.



Pour donner vie au bestiaire de Pandora, Cameron accorde également un soin tout particulier à l'environnement sonore du film.
Les gens ont tendance à oublier que pour que quelque chose qui n'existe pas dans la réalité (images de synthèse, miniatures, marionnettes...) semble crédible à l'écran, le visuel ne suffit pas. Pour qu'une créature paraissent authentique, des effets sonores de qualité sont indispensables.
D'ailleurs, les monstres les plus célèbres du cinéma américain ne possèdent-ils pas tous des sons uniques (le rugissement du T-Rex dans « Jurassic Park », les créatures de « Star Wars » ou du « Seigneur des Anneaux »...).
Tout comme pour les exemples cités ci dessus, le travail effectué sur les créatures de "Avatar" leur garantissent une vraie « personnalité », ce qui les rend d'autant plus effrayants et majestueux à la fois.

Toujours en ce qui concerne le son, la B.O. est également très présente. Choeurs de femmes, chants traditionnels et tambours de guerre subliment la vision de cet univers féérique et garantissent un dépaysement total.
Si cette fois James Horner (qui retrouve Cameron après « Titanic ») ne sera probablement pas oscarisé, il nous offre néanmoins des mélodies grandioses et terriblement immersives.
Quand un film vous arrache une larme simplement parce que la symbiose entre la musique et l'action est telle qu'elle vous fait littéralement frissoner, le nirvana n'est pas loin...



Conscient des atouts de sa nouvelle technique, Cameron se permet absolument TOUT les délires qui lui passent par la tête. Il a attendu 15 ans pour pouvoir concrétiser ses visions, pourquoi se donner des limites maintenant ?
On connait Cameron pour son talent et sa faculté à créer des scènes d'action inoubliables et à l'ampleur démesurée. Pas de doute, "Avatar" est une bombe.
Une bombe dont la mèche est allumée : plus la mèche brûle et plus la tension monte, jusqu'à l'explosion que l'on attend fébrilement car on sait que tout ce que le film nous a dévoilé n'a pour but que de nous préparer à l'apothéose.
Les scènes d'action vont ainsi crescendo jusqu'au combat final ; colossal et homérique qui est d'ore et déjà un morceau d'anthologie qu'il va être dur de surpasser.



Mais, en dehors de sa patte inimitable pour le spectaculaire, ce qui différencie James Cameron du cinéaste moyen c'est sa capacité innée à raconter une véritable histoire. Et une histoire intelligente de surcroît.
Les personnages sont parfaitement convaincants et, bien que nombreux, tous dotés d'une vraie psychologie. Dès leur apparition à l'écran, on ne peut qu'éprouver de la sympathie pour eux ; « Avatar » est l'anti « 2012 »...
Aucune intrigue secondaire ne vient parasiter un scénario passionnant et même l'histoire d'amour-à la « Pocahontas »-entre Jake et Neytiri ne semble jamais placée artificiellement.



Le cinéaste l'a toujours dit : « la science fiction n'est pas un moyen de prévoir notre futur mais de réfléchir sur notre présent ».
Là où certains auraient pu faire de « Terminator 2 » un vulgaire film d'action sans âme, Cameron introduisait une dimension psychologique essentielle qui nous amenait à nous remettre en question : « Si une machine comme le Terminator peut comprendre l'importance d'une âme humaine, peut-être le pouvons nous aussi... ».
En mariant action pure et réflexion philosophique, Cameron créait le film pop corn qui fait réfléchir. Le blockbuster intelligent est né.
Les frères Wachowski prendront le relai avec « Matrix », qui nous interroge sur notre dépendance vis à vis des machines.

Profondément humaniste, Cameron va encore plus loin avec "Avatar".
Il se permet de (re)mettre en scène l'histoire de notre civilisation. Rien que ça.
Et malgré toute la propagande patriotique qui tente de nous faire croire le contraire, notre société telle que nous la connaissons n'est que le résultat d'années de luttes, d'invasions et de colonisations dans le but de s'approprier des terres ou des richesses.
Dans "Avatar", les humains chassent et détruisent les Na'vi pour prendre les pierres précieuses qui se trouvent sur leurs terres. Remplacez maintenant « humains » par « colons »/ ou « américains », « Na'vi » par « indiens », « Irakiens », « Afghans », et « pierres précieuses » par « or »/ « pétrole » ou « armes de destruction massives »...Pas besoin de vous faire un dessin.
Est-ce un hasard si les Na'vi et leur relation métaphysique avec l'univers ressemblent autant aux aborigènes ou aux indiens d'Amérique ?

Loin d'être un blockbuster hollywoodien sans cervelle, "Avatar" est une relecture de notre histoire où les extraterrestres ont simplement remplacé des peuples que nous connaissons bien mais que, finalement, nous connaissons peu.
Le scénario de Cameron impose le respect car s'il navigue en terrain connu (on pense bien sûr à « Danse avec les loups », « La Forêt d'Emeraude »), il se permet des incursions dans un domaine où on ne l'attendait pas : la spiritualité.
Spiritualité, pas religion. Pas la religion pour laquelle des peuples entiers se génocident allègrement et tentent d'imposer leur vision étriquée du monde, mais la spiritualité qui unit tout être vivant en une seule et même entité.
Cette connexion, aussi risible et grotesque semble-t-elle pour notre société occidentale vénale, individualiste et matérialiste, est pourtant mise de plus en plus souvent en avant au cinéma et spécialement dans le cinéma japonais (on sent d'ailleurs l'influence de « Princesse Mononoké » dans "Avatar").

Là où certains se seraient cassés les dents à tenter de mettre en scène cette spiritualité à l'aide d'explications fumeuses et d'artifices grossiers, Cameron la présente avec un sérieux inébranlable, une sensibilité à fleur de peau et un sens de l'image éblouissant ( le parallèle entre les racines et les synapses...).



Autre référence flagrante à notre culture contemporaine, l'avatar lui même : cet être doté de capacités hors du commun qui permet à celui qui l'incarne de réaliser de véritables prouesses physiques.
Comment ne pas voir là le parallèle avec le jeu vidéo où le joueur, plongé dans une réalité artificielle, peut se permettre d'oublier le monde réel, accablant et injuste, le temps de quelques heures pour se transformer en un être surpuissant et accomplir des actions héroïques.
Cameron présente ainsi une image du jeu vidéo bien différente de celle, fortement négative, que l'on voit au journal télévisé.

Quand Jake Sully incarne son avatar pour la première fois, il peut faire ce que lui interdit sa propre enveloppe corporelle : utiliser ses jambes.
A force de passer du temps dans sa « nouvelle peau », il finit par refuser de revenir dans l'ancienne.
L'«avatarisation » agit sur lui comme une drogue : il veut rester l'avatar comme le joueur qui, acculé par un système qu'il rejette et qui le rejette, veut rester son personnage de fiction.
Mais qui peut lui en vouloir?



Si la plupart des films américains récents ne sont que des adaptations de romans, BD, romans graphiques ou remakes de films, James Cameron crée avec "Avatar" un monde unique qui sort de sa propre imagination. L'écosystème de Pandora rassemble des points communs liés à la fois à nos mammifères terrestres et surtout aux fonds marins, si chers à Cameron.
Pour autant, le film est loin d'être vierge de références.
Les Na'vi, par exemple, sont très proches des Indiens par leur approche de la nature mais ils chevauchent des montures reptiliennes réminiscentes de celles des Gungans de « La Menace Fantôme » et vivent dans des arbres géants comme les elfes du « Seigneur des Anneaux ».
Du côté humain, les vaisseaux et les robots bipèdes proviennent tout droit de « Aliens » et de « Starship Troopers ».
Néanmoins, Cameron parvient à créer un monde fantastique, digne alliance entre la technologie de la SF et l'univers merveilleux de l'heroic fantasy, qui marquera les mémoires.
En ce sens, il rejoint directement George Lucas et ses « Star Wars » au panthéon des grands créateurs d'univers.



Mais autant qu'à Cameron et à l'équipe de techniciens talentueux dont il s'est entouré, la réussite du film revient en grande partie aux acteurs.
Pour un film d'une telle ampleur, il est presque inconcevable de ne voir aucune star en tête d'affiche. Mais Schwarzenegger était-il connu avant de devenir le « Terminator »?
Comme toujours chez Cameron, les acteurs ne sont pas de grandes vedettes mais se révèlent tellement géniaux qu'il est impossible d'imaginer leurs personnages joués par d'autres comédiens.

A commencer par Sam Worthington, la révélation de « Terminator : Rennaissance ».
Physiquement, l'acteur ressemble à une tête brûlée, un énième « bogosse » américain qui aurait passé plus de temps en salle de muscu qu'en salle de cours. Mais quand on le voit à l'écran, il y a quelque chose qui cloche avec cette description.
Une lueur dans les yeux, à la fois d'intelligence et de sensibilité.
En un mot : d'humanité. Même si, en tant qu'avatar, il réalise des actions invraisemblables, il n'a rien du héros invincible, typique du cinéma d'action. Misérable en chaise roulante ou guerrier redoutable dans la peau de son avatar, très vite, l'acteur disparaît derrière le personnage pour nous offrir une performance mémorable. Il est parfait.

Simple second rôle, Sigourney Weaver, la « muse » de Cameron (rappelons qu'elle a été nominée aux oscars comme meilleure actrice pour « Aliens », une première dans l'histoire du film de genre) est une fois de plus impeccable. A la fois autoritaire et maternelle, elle incarne une femme forte et indépendante qui n'est pas sans rappeler une certaine Ellen Ripley...

Toujours dans les acteurs plus ou moins connus, on appréciera la présence de Giovanni Ribisi, méchant cynique et volontairement caricatural et de Michelle Rodriguez, épatante, qui joue une femme soldat, proche du personnage joué par Jenette Goldstein dans « Aliens ».


Ce que l'on retiendra surtout du film, c'est le « jeu d'acteur » des Na'vi.
La technique de « motion capture » n'a jamais été aussi bien utilisée. Non seulement la fluidité de leurs gestes, le moindre mouvement des lèvres, la moindre lueur dans le regard donne aux personnages un réalisme jamais atteint auparavant mais en plus, les visages des Na'vi sont calqués sur ceux des vrais acteurs.
Et, sous la peau bleuté, les yeux d'émeraude et les grandes oreilles des Na'vi, on n'a aucun mal à reconnaître les traits familiers des comédiens.
Le résultat est tout bonnement bluffant et deviner le sourire rayonnant de Sigourney Weaver derrière le visage d'une Na'vi est un moment magique.




« Avatar » est là. James Cameron est de retour. Et malgré QUINZE ANS d'attente et le sentiment que le film ne verrait jamais le jour, le résultat est à la hauteur de toutes les espérance. Oui, il y a bien un ou deux passages un peu trop romancés, oui en 2h40, le film montre parfois quelques faiblesses narratives. Mais quelle importance? James Cameron a un don et ce don il l'utilise pour le simple plaisir (bonheur?) du spectateur.
« Avatar » est certainement le meilleur film de l'année, l'aboutissement de la carrière de Cameron et l'un des plus grands films, tous genres confondus, jamais réalisé : il est l'association parfaite entre une mise en scène flamboyante, un casting exceptionnel, des personnages inoubliables et un scénario intelligent,doublé d'un véritable message écologique, qui nous donne à réfléchir sur nous-même.


De par ses qualités plastiques et sonores sensationnelles, on peut déjà proposer des pronostics pour la prochaine remise des oscars : une nomination pour meilleur son, meilleurs effets sonores, meilleurs effets visuels, meilleurs décors et peut-être meilleur montage et meilleur réalisateur.
Attendu comme le Messie, « Avatar » donne au spectateur l'impression de vivre un véritable pas en avant dans l'évolution du cinéma.
Plus qu'une révolution ; une renaissance.

Note : ****

Cette critique ne tient pas en compte l'aspect 3D du film.

Ajout ultérieur : en 3D, l'expérience "Avatar" est décuplée. Immanquable.

samedi 24 octobre 2009

Mort ou Vif




Comme chaque année, les plus fines gachettes de l'Ouest se retrouvent à Rédemption pour un tournoi de duels récompensé par une énorme somme d'argent. Redoutable tireur et régnant sur la ville en tyran, Herod a toujours été le vainqueur. Mais cette fois, une jeune femme venue de nulle part s'inscrit pour le défier...



Sam Raimi est un nom bien connu des amateurs de cinéma fantastique : il est, entre autres, l'auteur de la trilogie cultissime « Evil Dead », des célèbres aventures de Spiderman et du récent « Jusqu'en Enfer ». Mais on oublie souvent qu'au cours de sa prolifique carrière, Raimi ne s'est pas seulement cantonné à ce seul genre de film. Parmi ses films moins connus, on peut par exemple citer « Un Plan Simple », brillant polar noir qui a fait les grands jours du festival de Cognac (qui récompense les films policiers) ou encore le western « Mort ou Vif ».

Lors de sa sortie en salle, « Mort ou Vif » n'a pas eu le succès escompté.
Sam Raimi vient juste de finir le dernier volet des « Evil Dead » qui le hisse au sommet des réalisateurs de films d'horreur et le public, qui attendait sûrement de lui une nouvelle aventure débridé d'Ash et pas un « vulgaire » western, a littéralement boudé le film.

De plus, le genre du western classique s'étant éteint dans les années 70, « Mort ou Vif » ne sort pas dans des conditions idéales et est précédé d'une réputation assez défavorable. Sans compter que la presse elle-même fustige le long métrage, achevant d'un coup sec sa carrière. Aujourd'hui encore sa mauvaise réputation perdure et les gens continuent de critiquer le film, parfois même sans l'avoir jamais vu...

Mais dans une vie de cinéphile on découvre que les films les moins connus des grands cinéastes sont loin d'être les pires et si l'on parvient à faire fi des « on dit » et à trouver une copie décente d'un de ces films (même en dvd, il faut souvent chercher jusque dans les zones 1...), il n'est pas rare de dépoussiérer de véritables chefs d'oeuvre qui croupissent au fond d'une oubliette : « 1941 » de Spielberg, « Les aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin » de Carpenter ou encore « Mort ou Vif » de Raimi.


« Mort ou Vif » est donc un western.
Mais un western très différent de ce qui a été fait auparavant.
Il est d'ailleurs certainement l'un des seuls à mélanger à la fois les éléments du western américain classique avec ceux du western spaghetti.
Du premier, il reprend surtout l'ambiance et les décors, à savoir : les contrées désertiques, la fameuse ville fantôme au milieu de nulle part ou encore les duels sur fond de soleil couchant.
Au second, il emprunte plus au style visuel, en rendant par ailleurs hommage aux films de Sergio Leone : les plans extrêmes sur les différentes parties du corps, les sales gueules patibulaires, les splendides panoramas (extraordinaire photographie de Dante Spinotti !), la tension des duels qui ne cesse d'augmenter avant le coup de feu fatidique...

Quant à la musique, si chère au genre (américain comme italien) on la doit ici à Alan Silvestri, le génie responsable des BO de « Retour vers le futur », « A la poursuite du diamant vert » ou encore « Le Retour de la Momie ».
Les mélodies se fondent à merveille avec les images, soulignant la concentration des participants et nous offrant un magnifique thème héroique comme on n'en avait pas entendu depuis des lustres.


Mais Raimi n'est pas qu' un simple « faiseur de film » commercial et possède un style visuel qui lui est propre. Un style à la fois cartoonesque et terriblement expressif. Car il faut savoir que chez Raimi plus que chez la plupart des autres réalisateurs, l'émotion passe instinctivement par l'image.
Tout comme dans la bande dessinée ou le roman graphique, le plan parle pour lui même.
En ce sens Raimi multiplie les effets visuels (sur-impression, montage alterné qui s'accélère, plans volontairement mal cadrés, zooms extrêmes, ralentis superbes, effet de profondeur et j'en passe...). Chaque plan est une image de BD, cadrée de manière surprenante mais toujours adéquate quand il s'agit de faire transparaître le ressenti des personnages.

Sans oublier que Raimi se permet quelques ajouts ici et là d'une violence quasi-surréaliste qui ne sont pas sans rappeler les excès graphiques des « Evil Dead ».
On citera par exemple un balle de révolver qui traverse un crâne (la caméra voit alors à travers) ou encore un participant projeté plusieurs mètres en arrière par un coup de feu dans l'oeil. Il y a bien plus mais ce serait un crime de gâcher la surprise...
C'est certainement ce côté « complètement dingue mais j'assume » qui a du refroidir la presse qui devait s'attendre à un western plus...routinier.


Néanmoins en dehors de sa réalisation éclatante, le film bénéficie aussi d'un atout superbe : son casting.
Fermez les yeux et imaginez : Sharon Stone, Gene Hackman, Russel Crowe et Leonardo di Caprio dans le même film! Vous l'avez rêvé, Sam Raimi l'a fait.
Et là où généralement les films « à gros casting » se font littéralement bouffer par les acteurs, « Mort ou Vif » emploie chacun d'eux intelligemment sans jamais perdre de vue qu'ils ne sont là que pour illustrer un scénario passionnant.
Scénario qui allie habilement noirceur, cynisme (rien que dans le titre original, « The Quick and the Dead »...) et humour bien placé.

J'entends d'ici les railleries :
« Sharon Stone, la sex symbol des années 90 (depuis le sulfureux « Basic Instinct ») dans un western ?
Elle doit sûrement jouer l'habituelle prostituée au grand coeur qui a des vues sur le héros, qui lui doit probablement être incarné par Russel Crowe... »
Et bien je dis : faux, faux et archi faux !

D'abord en 95, Russel Crowe n'est pas encore Mister Gladiator et n'est qu'un acteur relégué au second plan parmi tant d'autres. S'il est déjà cette statue grecque surmontée de deux yeux profonds et mélancoliques, il a ici un rôle à contre emploi, à savoir qu'il ne joue pas les héros virils mais un prêtre dépressif en quête de rédemption (d'où le nom de la ville ?) qui passe son temps à être enchaîné et battu et qui ne se relèvera pour de bon que lors du dernier acte.

Ensuite, aussi étrange que cela puisse paraître, Sharon Stone est bien le personnage principal du film. Oui, Raimi change carrément les fondements du western en faisant du héros une héroine.
Dans le film la comédienne est admirable.
Loin de baser son interprétation sur ses formes évocatrices, elle réussit à incarner son personnage avec force et crédibilité. Elle se fond dans la peau du personnage et exprime avec sincérité chaque syllabe qu'elle prononce. Une grande actrice, assurément.

Fidèle à lui même, Gene Hackman (« French Connection », « Ennemi d'Etat », « USS Alabama ») réalise lui aussi une performance exemplaire dans le rôle de Herod.
A la fois sévère et cruel, il nous fait ressentir toute la perversité latente du personnage et au fur à mesure que l'on en apprend davantage sur le personnage de Sharon Stone, on en vient à le détester de plus en plus.
Un simple rôle de méchant mais joué par un acteur hautement charismatique.


Enfin, Di Caprio (« Titanic », « Gangs of New York ») prouve une fois de plus que, bien dirigé, il peut s'avérer un acteur épatant. C'est ce qu'il fait ici en jouant un jeune coq arrogant mais inexpérimenté qui finira par mordre la poussière par excès de confiance en lui...


Les acteurs sont tous excellents et, à l'image de la mise en scène, rien n'est laissé au hasard dans le casting : les acteurs sont tous choisis avec parcimonie, jusque dans les rôles de moindre importance.
De ce fait on croisera, même pour un bref instant, d'autres comédiens talentueux comme Gary Sinise (« Snake Eyes », « Forrest Gump ») ou Lance Henriksen (« Aliens », « Aux Frontières de l'Aube »).





En changeant complètement de registre après le succès mérité des « Evil Dead », Sam Raimi réalise un western hors du commun et subit les foudres du public et de la presse.
Critiqué pour sa mise en scène débridée et espéré par le public comme un nouveau film d'horreur trash, « Mort ou Vif » est considéré comme le vilain petit canard pondu par le réalisateur. Est-il mauvais pour autant?
La réponse est simple : NON!
Non seulement la mise en scène tant critiquée fait partie intégrante du style du réalisateur et instaure au film une ambiance visuelle unique mais il bénéficie en plus d'un casting de rêve et d'un scénario qui reprend à la fois les codes spécifiques du western pour mieux les transgresser.

Avec le recul, « Mort ou Vif » reste probablement l'un des meilleurs westerns modernes et mérite assurément d'être reconnu à sa juste valeur.

Note : ***

The Descent : part 2





Rescapée de l'expédition spéléologique de " The Descent ", Sarah émerge seule des grottes des Appalaches, traumatisée par les événements. 24 heures plus tard, le shérif local l'oblige à redescendre sous terre afin de guider l'équipe de secours qui cherche désespérément ses cinq amies disparues.



En 2005, l’un des meilleurs films d’horreur de ces dix dernières années déboulait sans prévenir sur les écrans.
« The Descent » de Neil Marshall (« Dog Soldiers », « Doomsday ») n’aura pas eu l’effet d’une bombe comme « Saw » et ses confrères mais, acclamé par le public et la critique, il aura marqué à vif les cinéphiles chanceux d’avoir pu découvrir le film dans les salles.

En effet, plus que tout autre film d’horreur classique, « The Descent » ne peut dévoiler tout son potentiel qu’à deux conditions : plongé dans le noir et le son à fond.
Filmés en lumière naturelle et uniquement éclairés par leur lampes torches ou frontales, les acteurs du film sont littéralement avalés par les ténèbres, sans aucun repère visuel.
De plus, les « crawlers » (cousins éloignés de Gollum) du film, aveugles, ne pouvant par conséquent se repérer qu’au son, le silence demeure la meilleure arme pour pouvoir leur échapper. Chaque bruit, aussi infime soit-il, entraîne alors une tension presque insoutenable pour le spectateur. Enfin, dans le silence absolu, le rauquement guttural des crawlers hérisserait le poil à plus d’un.


A l’opposé des films basés principalement sur la torture et le gore à outrance (« Saw », « Hostel »…), « The Descent » privilégiait un climat de claustrophobie intense qui prenait littéralement aux tripes. Et au lieu de proposer des ados en chaleur stéréotypés, Neil Marshall avait eu la brillante idée de mettre en scène des victimes potentielles exclusivement féminines.
Et aucun cliché, aucune vulgarité ou remarque mysogine ne venait alors entacher ce tableau prometteur.
« The Descent » présentait des femmes crédibles, au caractère profond, et surtout pleines de ressources.
Sans concession et d’une violence extrême, le film de Neil Marshall nous offrait alors un spectacle terrifiant et déprimant, secondé par une atmosphère étouffante et des scènes d’une sauvagerie rarement vue dans ce genre de production.
En deux mots : un must !



2009, « The Descent : part 2 » débarque sans prévenir.
Une suite, inutile en soit, qui à défaut de créer une énième franchise (rappelons que « saucisse » sort bientôt…), ne cherchera qu’à engranger un peu plus de pognon sur le dos des fans du premier film.
D’autant que c’est un réalisateur débutant qui prend les commandes (Jon Harris est avant tout un monteur réputé).
On ne compte plus les « sequels » à séquelles, mises en scènes par des incapables désireux de redorer le blason d’une franchise, tellement minables qu’on préfère dire qu’elles n’ont jamais existé.
En clair, « The Descent : part 2 » ne partait pas sous les meilleurs auspices.
Et pourtant…



Objectif d’une suite : faire mieux que le précédent.
Généralement, en reprenant les éléments qui ont fait le succès de l’opus originel.
De ce fait, « The Descent : part 2 » suit les consignes à la lettre sans broncher : les acteurs sont plongés dans le noir, dans une grotte, éclairés par les moyens du bord et la violence y est toujours aussi écœurante.
Hormis le fait que le casting exclusivement féminin du premier film laisse place à une mixité plus conventionnelle, « The Descent : part 2 » ressemble trait pour trait à son prédécesseur.
Et finalement, quand de nombreuses suites prennent des libertés impardonnables vis-à-vis du film d'origine, on se dit que ce n’est pas une mauvaise chose.
Les amateurs du film seront donc en terrain connu.


Il n’est pas nécessaire d’avoir vu « The Descent » premier du nom pour comprendre l’histoire mais c’est un avantage évident vu que « part 2 » abonde en références : flash backs, redécouverte des lieux, reprise du thème principal, reproduction des effets de mise en scène…
D’ailleurs les fans du premier opus apprécieront de retrouver la belle Sarah, toujours aussi impressionnante dans sa bestialité et sa capacité à se sortir de situations inextricables.
Bien loin d’une « vulgaire » Lara Croft invincible, son instinct de survie la rapprocherait plutôt de la Sarah Connor (tiens, elles ont le même prénom en plus, coïncidence ?...) des premiers « Terminator ».
Un personnage remarquablement bien écrit et interprété avec force et charisme par Shauna MacDonald, une actrice à suivre.


Evidemment, la plupart des nouveaux personnages, gibier en devenir, passeront à trépas dans d’atroces souffrances et des geysers d’hémoglobine mais on n’en attendait pas moins d’eux.
Visiblement complexé par la violence extrême du premier film, Jon Harris nous livre des scènes d’une cruauté rare.
Pour survivre tous les moyens sont bons, et comme dans le premier «The Descent », les personnages, au départ sans défense, vont se muer en véritables machines à tuer, allant jusqu’à dépasser leurs assaillants dans des élans d’une sauvagerie primale et primitive.

Les actes de violence du film sont d’autant plus choquants qu’ils sont réalisés avec les moyens du bord. Et à plusieurs mètres sous terre, c’est bien ce qui manque le plus…
La seule arme à feu du film se révélant vite inutile, le spectateur aura le « plaisir » d’assister à de vraies joyeusetés comme des trépanations à coup de perceuse ou de piolet dans la tête, des compressions faciales à l’aide de gros rochers, voire de jolis piercings grâce à un mousqueton acéré. Même une inoffensive épingle à cheveux peut servir en dernier recours…
Des passages volontairement répugnants qui soulèvent le cœur ; un régal pour les amateurs de gore. Les autres prévoiront un seau ou un petit sac pour ne pas tâcher les sièges…



Si « The Descent : part 2 » est quasiment une copie conforme du premier film, le scénario part souvent dans des situations inattendues et prévoit de sacrés rebondissements. De plus, là où certaines suites prennent place plusieurs mois, voire années, après le premier opus, « The Descent : part 2 » reprend directement là où le premier s’arrête, assurant ainsi une parfaite continuité entre les évènements. Une idée astucieuse, rarement exploitée par le genre.



Malgré toutes ses qualités, « The Descent : part 2 » n’est pas exempt de défauts. Principalement : des personnages moins travaillés que dans le premier opus et surtout certaines scènes d’action filmés avec une caméra trop saccadée, ce qui empêche d’apprécier pleinement la qualité des maquillages des crawlers et les effets sanguinolents.
Sans oublier quelques passages se voulant drôles mais qui frisent le mauvais goût (la mare de mer...d’excréments) et les (trop) nombreux effets de surprise faciles (« je suis caché dans le noir et je bondis vers la caméra, BOUH !)
La fin elle-même, totalement inattendue, (bien malin qui la devinera à l’avance…) sera sujet à controverse selon si on l’apprécie ou pas.

Mais ces défauts n’occultent en rien ce que le film réussit parfaitement.
D’autant qu’une œuvre de cette trempe est plutôt rare…



Digne successeur du premier film, « The Descent : part 2 » est une vraie surprise.
Alors qu’on pouvait s’attendre à une séquelle opportuniste et bâclée, il s’avère non seulement parfaitement cohérent avec le premier opus mais reprend les éléments essentiels qui ont fait son succès : violence barbare empreinte d’un gore repoussant, personnages vulnérables mais capables de tout et atmosphère étouffante. A ceci, s’ajoute un scénario aussi noir et retors que la caverne où est tourné le film.
Même si quelques défauts se font sentir et en dépit de l’effet de surprise du premier ; « The Descent : part 2 » est un film d’horreur supérieur à la moyenne, autant qu’une suite honorable.

A voir au cinéma si possible.

Note : ***