mardi 11 janvier 2011

127 heures


Parti pour une randonnée en solitaire dans les gorges de l’Utah, Aron Ralston, jeune alpiniste expérimenté, se retrouve bloqué au fond d’un canyon isolé lorsqu’un rocher s’éboule, lui emprisonnant le bras. Parti pour une randonnée en solitaire dans les gorges de l’Utah, Aron Ralston, jeune alpiniste expérimenté, se retrouve bloqué au fond d’un canyon isolé lorsqu’un rocher s’éboule, lui emprisonnant le bras. Pris au piège, menacé de déshydratation et d’hypothermie, comprenant que les secours n’arriveront pas, il va devoir prendre la plus grave décision de son existence…

ATTENTION CETTE CRITIQUE CONTIENT DES SPOILERS

C’est l’histoire d’un mec (comme dirait Coluche). Il part se promener dans un canyon et paf il tombe. Il se fait écraser le bras par un rocher et il reste coincé pendant cinq jours. A la fin, il se coupe le bras pour s’en sortir. Voilà c’est tout. Dit comme ça, « 127 heures » a l’air peu palpitant. Et pourtant, il s’agit probablement d’un des meilleurs films de l’année (même si elle vient juste de commencer).

« 127 heures » est tiré d’un livre (« Between a rock and a hard place ») basé sur une histoire vraie, celle de Aron Ralston qui raconte son périple et comment il a survécu. Car cinq jours ça parait rien comme ça, mais quand on ne peut même pas bouger le petit doigt (dans ce cas aplati sous quelques tonnes de roche), ça peut sembler particulièrement long. Surtout quand on manque d’eau et de vivres, qu’on est coincé à quelques dizaines de mètres de la surface et que le seul habitant à des kilomètres à la ronde est un aigle qui passe (et qui rapace…) à intervalles réguliers.

Même si le titre est suffisamment explicite et les jours notés à l’écran, l’histoire n’a rien d’une course contre la montre. Au contraire, le film nous plante là avec Aron et laisse le temps s’écouler sans que l’on s’en rende réellement compte. Entre deux regards fréquents sur sa montre et les batteries de sa caméra qui s’épuisent, pour Aron comme pour nous, le temps devient une notion abstraite et aléatoire qui prend un sens différent. Les secondes deviennent des minutes, les minutes des heures et les heures des jours. Et à mesure que les jours défilent, on partage sa solitude, captifs à notre tour d’une prison de pierre.

Le plus surprenant c’est que le film n’a rien de déprimant, bien au contraire. Aussi bizarre qu’il puisse paraître, il donne même une pêche incroyable. Alors que le personnage demeure statique, la caméra jouit d’une liberté totale et se déplace constamment pour aller se placer dans les endroits les plus inattendus. Quand elle ne survole pas le canyon pour nous laisser contempler la beauté des paysages désertiques, elle va se nicher entre les orteils d'Aron, sous ses narines, voire au fond de sa bouteille d’eau alors qu’il est en train de s’abreuver. Elle (et donc le spectateur) partage alors une intimité totale avec le personnage principal.

Mais le plus impressionnant, c’est quand le film nous plonge dans l’univers mental du protagoniste. Car si ce dernier est physicalement restreint, son esprit vagabonde à loisir à travers le temps et l’espace. Accélérés labyrinthiques, écrans multi-facettes ou mobilier surréaliste, rien n’est trop extravagant pour représenter les pensées, rêves, souvenirs et sensations d’Aron à mesure que sa raison l’abandonne.

C’est que la qualité du film doit énormément à son développement sensoriel. « 127 heures » est réalisé par Dany Boyle dont le dernier film, « Slumdog Millionaire » a remporté (entre autres) les oscars du meilleur son, meilleur montage et meilleure photographie. Inutile de dire que « 127 heures » est sur la bonne voie pour prendre la relève. Le débordement de couleurs explosives contraste parfaitement avec le sinistre de la situation, la bande son fabuleuse donne au film une énergie communicative et le montage frénétique mais calculé ne perd pas une miette des événements – quitte à les montrer plusieurs fois à la suite ou en simultané. Enfin, le travail sur le son est juste exemplaire et suffit à nous maintenir en immersion constante. C’est simple, on a presque l’impression de caresser la roche avec les mains. Les moments d’exception ne manquent pas : alors qu'Aron cherche à étancher sa soif, une avalanche de boissons fraîches, aux bulles frémissantes, jaillit à l’écran nous laissant à notre tour salive en bouche, et quand il se blottit sous son sac à dos pour se protéger du froid, il suffirait de peu pour que sa transpiration nous envahisse les narines.

Quant à la fameuse séquence de la libération, disons simplement que ceux qui n’ont pas le cœur bien accroché seront priés de quitter la salle en gardant une main devant la bouche jusqu’aux toilettes. Ce n’est pas juste le sang écarlate qui emplit l’écran qui manque de faire tourner de l’œil, et ce n’est pas non plus cet effroyable craquement d’os brisé qui va vous faire serrer les dents à vous écorcher la machoîre. Non. C’est cette sensation viscérale de douleur (suggérée par des effets sonores effroyables et crispants) qui va vous transpercer l’échine et laisser vos ongles profondément enfoncés dans les accoudoirs. La scène n’est certes pas longue mais elle va vous rester en mémoire bien après la fin du générique. Depuis «Petits meurtres entre amis » et « 28 jours plus tard », on savait que Boyle était un petit génie quand il s'agit de filmer la douleur de manière réaliste mais là il s’est surpassé…

Pour en revenir à son énergie, ce qui rend le film si euphorisant c’est aussi la présentation et l’interprétation du personnage. On pourrait s’attendre à ce qu'Aron se lamente sur son sort tout au long du film, s’auto flagelle pour s’être retrouvé dans une telle situation (Pourquoi moi ? Pourquoiii ?) et passe sa vie en revue pour admettre ses regrets et ses remords. Ce n’est pas le cas. Même s’il y a effectivement un moment où le personnage admet ses fautes, le film évite avec brio l’écueil si évident de l’apitoiement à outrance et se révèle au contraire une leçon de force intérieure et d’optimisme. Aron n’est qu’un jeune homme ordinaire dans une situation désespérée mais il retrouve espoir en prenant conscience de la véritable situation dans laquelle il se trouve. Véritable épiphanie, aussi bien pour le personnage que pour le spectateur, ce moment clé du film se rapporte à un sujet que le réalisateur affectionne tout particulièrement, et qui était déjà la piece maitresse de son œuvre précédente : le destin.

Pour finir donc, c’est bien l’interprétation du personnage qui mérite toute notre attention. Vous vous rappelez le Tom Cruise bodybuildé suintant de virilité,escaladant un canyon au début de « Mission Impossible 2 », tout droit sorti d’une couverture « For Men »? Bien. Oubliez. Aron est une vraie personne. Au physique et aux capacités ordinaires et limitées. Et surtout, pas forcément sympathique (son égoïsme le perdra). Problème quand on sait qu’on va devoir passer tout le film coincé avec lui. Mais à l’écran, il est brillamment incarné par James Franco qui lui procure un charisme indéniable. Remarqué avec la trilogie « Spiderman », le jeune acteur s’est depuis forgé une excellente réputation aussi bien au niveau de la comédie que du drame. Et dans « 127 heures», il joue sur les deux tableaux avec un talent fou. Sa prestation à la fois passionnée et amusante n’est d’ailleurs pas sans rappeler Emile Hirsh dans « Into the Wild », dans un registre similaire de l'Homme face à la nature. Dès les premières images, Franco rend le personnage terriblement attachant. Lorsqu’il rencontre deux jolies filles perdues sur sa route, son humour décalé et son audace suffisent à les faire craquer. Et nous avec. On n’a certes aucun mal à imaginer la peine qu’il endure une fois tombé dans la crevasse mais quand il commence à imaginer sa propre émission de télé pour passer le temps, il est irrésistible de drôlerie. On se prend littéralement d’affection pour lui. Dès lors, passer 90 minutes en sa compagnie est un régal de tous les instants.

Malgré un synopsis qui laisse redouter un drame psychologique somnolent et peu captivant, « 127 heures » a l’effet d’une boisson énergisante. Passionnant de bout en bout, il exploite tous vos sens pour vous plonger corps et âme dans la peau du personnage et vous faire ressentir ses émotions les plus extrêmes (gare à l'électrochoc final). James Franco est parfait. On en ressort essoufflé mais conquis.
Note : ****

The Next Three Days



John Brennan, sa femme Lara et leur enfant forment une famille sans histoire jusqu'au jour où Lara est arrêtée pour un meurtre qu'elle nie avoir commis. Trois ans après sa condamnation, John se débat pour préserver l'unité de sa famille, élevant seul leur fils, tout en se démenant pour prouver l'innocence de sa femme.
Lorsque leur dernière tentative d'appel échoue, Lara s'enfonce dans la dépression au risque de mettre fin à ses jours. John n'a plus qu'une seule solution pour sauver sa femme : la faire évader.



« The Next Three Days » est le remake américain du film français « Pour Elle » sorti en 2007 mais n’ayant pas vu l’original, je ne me permettrai aucune comparaison.

A première vue, le film est un thriller classique au déroulement prévisible : la fin se révèle sans surprise. Néanmoins, on se rend vite compte qu’il a ce petit plus qui fait toute la différence entre un film convenable mais poussif et deux heures de pure adrénaline. Et pourtant malgré une course poursuite finale endiablée, le film maintient un rythme lent et mesuré qui contredit cette affirmation.

C’est sans compter sur le talent du réalisateur Paul Haggis (« Collision ») qui déploie tout l'attirail du bon cinéaste observateur pour constamment nous maintenir sous pression. Hormis les - rares - scènes d’action, le film repose essentiellement sur la préparation de l’évasion. Minutieuse et calculée à la seconde près comme un casse de banque, cette dernière bénéficie surtout d’une approche documentaire efficace et captivante. C’est que le film baigne dans une ambiance de XXIème siècle réaliste et informatisé à outrance où la moindre information est accessible aux badauds qui savent se servir d’un clavier. Grace à Youtube vous savez désormais comment ouvrir la portière de votre voiture (ou celle du voisin) sans la clé. Et après avoir vu le film, vous pourrez toujours tenter de fabriquer votre propre passe partout… Malgré l’énormité du procédé, on reste donc scotché à l’écran, impatients de connaitre le déroulement des opérations. Et quand la séquence de l’évasion arrive enfin, Haggis nous montre une fois de plus qu’il n’est pas le dernier quand il s’agit de créer suspense et tension – et la partition sombre et menaçante de Danny Elfman n’y est certainement pas étrangère.

Si le film ne valait d’être vu que pour sa réalisation, il ne serait déjà pas si mal. S’il peut se permettre de monter au grade supérieur, c’est grâce à un casting de qualité. John est interprété par un Russel Crowe en excellente forme, parfaitement à l’aise, tant pour l’action musclée que pour le drame. Même si son interprétation de prof de fac penche plus du côté vieux flic à la retraite qu'érudit mathématicien (on n’est pas dans « Un homme d’Exception »), il n’a aucun mal à nous convaincre de sa capacité d’analyse et de l’obstination de son personnage à faire évader sa femme.

Ce lien d’amour passionné est bien entendu au cœur du film et se devait d’être crédible afin de nous permettre de croire à la sincérité de leur couple, et dès lors de nous attacher à eux. C’est le cas grace à Elizabeth Banks qui manifeste une véritable alchimie avec Crowe. Remarquée dans des rôles secondaires (« Attrape moi si tu peux » ou encore la série aux multiples récompenses « Scrubs ») cette actrice s’est affirmée en quelques années comme l’une des plus talentueuses de sa génération (« Zack et Miri font un porno ») et nul doute qu’Hollywood ne tardera pas à lui ouvrir grand les portes.

Enfin, on pourra toujours apprécier le trop rare Daniel Stern (« Maman, j’ai raté l’avion », « Very Bad Things ») en avocat couard et borné et le toujours excellent Liam Neeson (« La liste de Schindler », « La Menace Fantôme », « Taken »…) en ancien évadé sinistre et défiant.

Le seul véritable défaut du film est qu’après s’être cantonné à un réalisme soutenu durant la majeure partie de l’intrigue, la fin étonne par sa facilité d’exécution. Non pas que la dramaturgie soit soudain sacrifiée sur l'autel d'une action spectaculaire et superficielle mais on se pose juste la question : « Et ensuite ? ». Ce qui ne nous ôte pas l’impression que les deux heures du film ont filé sans qu’on s’en aperçoive.



« The Next Three Days » est un thriller particulièrement réussi, servi par un casting de choix, qui vous tient en haleine jusqu’au dénouement. Certainement pas le film d'action dramatique de l’année mais un très bon divertissement.

Note : ***

mercredi 1 décembre 2010

Monster



Depuis déjà longtemps, Aileen erre sans but et se prostitue pour survivre. Lorsqu'un soir elle rencontre dans un bar la jeune Selby, c'est le coup de foudre. Pour protéger leur amour et leur permettre de subsister, Aileen continue de se vendre jusqu'à cette nuit où elle est agressée par un de ses clients et l'abat...



Les jolies filles et les oscars ont rarement fait bon ménage. Il semblerait même que pour recevoir la fameuse statuette, plus on est moche, plus on a de chances...Et cela ne date pas d'hier. Bette Davis nominée pour son rôle dans « What happened to Baby Jane? », ou Kathy Bates dans « Misery » pour ne citer qu'elles. Plus recemment Marion Cotillard fait sensation grimée à la Edith Piaf et la top model Charlize Theron enflamme la foule avec « Monster ».

Il faut bien l'avouer si l'actrice n'avait pas reçu les honneurs de la presse pour son interprétation, le film serait certainement passé inaperçu dans les salles. Ce film, glauque et violent, est en effet loin d'être commercial et aurait difficilement pu attirer autre qu'un public élitiste.

« Monster » raconte l'histoire vraie de Aileen Wuornos, prostituée depuis son plus jeune âge, qui devient la première tueuse en série d'Amérique. Cette femme meurtrie et ravagée tant physiquement que moralement, Charlize Theron l'interprète à la perfection. Largement aidée par un maquillage haut de gamme (masque en latex, lentilles, faux dentier...), sa transformation est saisissante. L'actrice réputée pour sa beauté n'a pas hésité à s'avilir physiquement pour coller le plus possible à son personnage. Finie les robes élégantes et les coiffures exotiques. Place aux haillons informes et aux cheveux gras et hirsutes. Adieu la taille de guêpe qui fait la couverture des magazines, bonjour aux 15 kilos en trop et à la peau d'orange qui font fuir.

Mais un personnage de cinéma, ce n'est pas seulement une apparence qui masque une enveloppe vide. Si la métamorphose de l'actrice est en tout point remarquable, c'est bel et bien son jeu qui laisse pantois. Pour composer le personnage d'Aileen, Theron s'est plongée dans d'innombrables recherches et a fréquenté de nombreuses personnes qui connaissaient la vraie Aileen, ce qui lui a permis de capter la véritable essence de cette femme hors du commun. On sent que l'actrice a été bouleversée par son histoire et elle nous fait ressentir ce traumatisme à travers des expressions criantes de vérité. Tout comme la fameuse scène du miroir brisé l'explicite, elle souligne à merveille la dualité de son personnage. En une scène, elle nous enchante avec un de ses sourires ravageurs dont elle a le secret avant d'hypnotiser la caméra par un regard sanguinaire à faire reculer une meute de loups. Lorsque on voit l'actrice à l'écran, ce n'est plus elle mais bien le personnage qu'elle incarne.
Oscar, Golden Globe ou n'importe quelle autre récompense reçue sont largement mérités!

Mais il serait injuste de résumer tout le film par la seule présence de l'actrice.
Tout d'abord, il n'y a pas une actrice mais deux. La deuxième c'est Christina Ricci qui est comme toujours magnifique et dont le jeu en retrait contraste admirablement avec celui terriblement physique de Charlize Theron. Les personnages d' Aileen et Selby n'ont rien en commun mais se complètent à merveille comme le font les deux comédiennes à l'écran: chaque scène où elles sont ensemble nous fait profiter du formidable talent des deux actrices, qui par ailleurs ne reculent devant rien pour donner corps à leur interprétation...

Mais « Monster » c'est aussi l'histoire poignante d'une personne qui sombre dans le mal en tentant de faire le bien. Le quotidient d'Aileen n'est que misère et indifférence. Selby devient alors sa lumière dans les ténèbres et quand elle la trouve elle ne cherche qu'à s'enfuir avec pour la garder précieusement. Plus que le récit sordide d'une tueuse en série, c'est avant tout une histoire d'amour impossible qui mène à la tragédie.

La réalisatrice Patty Jenkins a été profondément troublée par l'histoire de la vraie Aileen et ne cherche qu'à dévoiler la vérité sur sa vie. En aucun cas, elle ne se laisse aller à l'auto-censure, aux passages édulcorés et à la happy end hollywoodienne de rigueur. Non. Ici le manichéisme n'est pas de mise, les relations entre les personnages sont aussi complexes qu'ambigües et l'impression de vérité qui se dégage de leur relations n'en est que plus forte.

Cette impression de vérité est à la fois la force et la faiblesse du film. La force parce que les personnages sont incroyablement crédibles et que l'on entre tout de suite dans le film, la faiblesse parce que comme la réalisatrice se contente de raconter les faits sans donner de jugement, la mise en scène reste souvent très froide et quelques longueurs peuvent finir par rebuter.


« Monster » mérite avant tout d'être vu pour l'interprétation sensationnelle de Charlize Theron, pour le couple qu'elle forme avec Christina Ricci et pour le portrait sans détour qui est fait de cette prostituée aux abois. En revanche, son côté poisseux, sa noirceur très prononcée et quelques passages moins réussis que d'autres ne feront certainement pas l'unanimité.


Note : **

The Monster Squad


Dracula est en vie et il veut dominer le monde, pour cela il demande l'aide d'autres monstres légendaires. Cependant,un groupe d'adolescents fans de monstres et considérés comme des loosers, déjouent son plan machiavélique et préparent une contre-attaque.

En 2004, Stephen Sommers faisait la une de la presse spécialisée avec son « Van Helsing » en osant intégrer dans le même film trois figures célèbres des films d'horreur de la Hammer : Dracula, le monstre de Frankenstein et le loup-garou.

C'était oublier que, dans les années 80, un petit film pour enfants, « Monster Squad », s'offrait le luxe de réunir à l'écran à la fois Dracula, le monstre de Frankenstein, le loup-garou ET la momie ET l'homme poisson (« La créature du Lac Noir »). Autrement dit, il réussissait l'exploit de rassembler toutes les figures mythiques du cinéma fantastique des années 40! Chapeau.

Mais mettre en scène toutes ces créatures n'est pas chose aisée. Tant au niveau du scénario que de leur representation et de la place que chacun occupe dans le film.
La preuve avec « Van Helsing » qui manque de peu de ressembler à un vaste fouillis numérique...

Dans « Monster Squad » pas d'images de synthèse, ou si peu. Chaque monstre est incarné par un comédien en costume qui parvient aisément à donner du charme et de la personnalité a sa creature, même caché derrière une épaisse couche de latex. Et les costumes eux memes sont une vraie réussite; pas étonnant quand on sait que c'est le grand Stan Winston qui en est à l'origine. On ne présente plus ce génie incontesté des effets spéciaux multi-oscarisé qui a officié pour les plus grands, notamment sur les « Star Wars » et la plupart des films de Spielberg...

Et surtout, chaque monstre bénéficie de son moment de gloire. Même si Dracula vole évidemment la couverture, chacun possède un temps d'antenne raisonnable pour la durée du film. Leur présence est d'ailleurs si réjouissante qu'on est déçu lorsqu'on sait que l'un deux ne reviendra pas. C'est le comble des meilleures choses d'être toujours trop courtes...

Les effets spéciaux surprennent également, dans le bon sens du terme. Bien que datés, ils éblouissent par la qualité de leur utilisation. La métamorphose de Dracula en chauve souris se fait sans plan de coupe, la transformation du loup-garou rappelle celle vue dans le grand classique « Le loup garou de Londres » et enfin l'homme poisson nous ferait presque sursauter à toujours apparaître sans prévenir...

Au niveau du scénario, on reste dans le classique: à savoir, Dracula et ses potes sont à la recherche d'une amulette magique pour régner sur le monde. Un script caricatural mais qui laisse la part belle à nombreux rebondissements et une foule d'idées inattendues.

De plus, le film regorge de bonnes surprises; à commencer par cette ambiance décalée et cet humour enfantin mais jamais niais. Non seulement, le film fait appel - et détourne malicieusement - à tout l'attirail gothique que l'on connait (gousses d'aïl, pieu, balles en argent, reflets dans le miroir, pleine lune, maison hantée...) mais en plus les héros ont beau ne pas dépasser 12 ans, ils se révèlent tous terriblement attachants et crédibles, joués par des acteurs étonnament convaincants.

Dans « Monster Squad », les années 80 transparaissent à chaque plan par leur liberté de ton et la bonne humeur communicative. Les sous-entendus sont légions, les insultes et autres vulgarités jouissives et le film se révèle parfois bien plus violent qu'on ne l'imagine (avec explosions de corps et broyages de crâne à mains nues...), ne lésinant jamais sur le sang et oubliant qu'il ne s'agit que d'un film pour les plus jeunes.

Mais après tout, est-ce vraiment « un film pour les plus jeunes »? Peut être pas au final. Si certains gags sont vraiment mignons (surtout ceux avec le chien), les adultes y trouveront certainement leur compte parmi toutes les références aux grands classiques (le monstre de Frankenstein et la petite fille au bord de l'eau, Dracula et ses trois fiancées...) et apprécieront les mises en abyme (« les monstres c'est pour de faux, la science c'est réel », la discussion sur les slasher movies, la référence aux camps de concentration...) et se reconnaitront sans problème dans cette joyeuse bande d'aventuriers en culotte courte qui déborde d'imagination...

« Monster Squad » est donc un film pour les chasseurs de monstres en herbe et pour les grands nostalgiques qui rêvaient, minots, de sauver le monde des terribles forces du mal. Il bénéficie d'effets spéciaux exemplaires ( un peu vielliots mais utilisés avec talent), d'un humour à la fois bon enfant et décapant et d'une ambiance accrocheuse à mi-chemin entre « Evil Dead » et « Scoobydoo ». C'est une comédie familliale légère mais intelligente, remarquablement mise en scène par un réalisateur qui connait son affaire. Un fleuron des années 80, le genre de film qui vous maintient avec un sourire bêta du début à la fin... Une réussite totale!

Note : ***

mercredi 3 novembre 2010

Doux, dur et dingue



Philo Beddoe a trois passions: la bière fraîche, la bagarre et Clyde, un orang outang qui ne le quitte jamais. Il gagne sa vie en participant à des combats de boxe à poings nus jusqu'au jour où il tombe amoureux fou d'une chanteuse de cabaret, qu'il se met à poursuivre de ville en ville...



Clint Eastwood et un orang outang. A t'on déjà vu un duo plus loufoque et atypique?
« Doux, dur et dingue » est un vrai virage dans la filmographie de Clint. Après la brutalité du flic Harry Callahan (« L'inspecteur Harry »), l'acteur prend manifestement beaucoup de plaisir à interpréter Philo Beddoe, un boxer de rue sentimental qui cogne d'abord et pose les questions ensuites. Tout en muscles saillants et sourire enjôleur, Eastwood joue à fond la carte de l'autodérision, n'hésitant jamais à se moquer des rôles qui l'ont rendu célèbre.

Quand à Clyde, cet orang outang de 11 ans, il faut avouer qu'il est terriblement drôle et attachant. Cette immense boule de poil orange est remarquablement bien dressée à faire des choses... plus ou moins catholiques mais toujours en rapport avec l'esprit farceur du film: il ingurgite des litres de bière, étend le linge, conduit un camion et sait se montrer moqueur vis à vis des importuns en leur faisant au choix un doigt d'honneur bien placé ou en les embrassant goûlument sur la bouche...

« Doux, dur et dingue » regorge également de seconds rôles savoureux. On appréciera notamment la présence de Sondra Angelo qui prête au film son joli minois et sa voix ravissante en interprétant bon nombre de chansons et surtout Ruth Gordon (oscarisée pour « Rosemary's Baby »), hilarante en vieille mégère misanthrope qui passe son temps à cracher sa haine à qui veut l'entendre.

« Doux, dur et dingue » c'est aussi des scènes de castagne nombreuses et réalistes.
Si Philo Beddoe n'a rien q'un Rocky Balboa, force est d'avouer que les combats de boxe sont plutôt crédibles et de ce fait, impressionnants. D'autant qu' entre deux « bagarres de saloon » et des combats dans les règles de l'art, Philo aura fort à faire avec une bande de motards et des policiers rancuniers à ses trousses...
Les scènes d'action sont dans l'ensemble assez réussies malgré des angles de caméra parfois... hasardeux.

Un scénario qui repose avant tout sur un duo homme/singe aurait pu donner un film pour les enfants, idiot et navrant . Heureusement, on voit tout de suite que « Doux, dur et dingue » n'est pas (que) pour les enfants. Si l'ambiance générale est bien à la légèreté (en même temps avec un titre pareil...), l'humour est davantage axé pour les adultes que pour les plus petits. C'est d'ailleurs une excellente surprise que « Doux, dur et dingue » n'ait pas choisi le chemin de la comédie familliale. Pas de surenchère de violence ou de sexe dans le film, mais un bon nombre d'insultes et de sous entendus évitent de le destiner aux plus jeunes. D'autant que loin de n'être qu'une grosse farce sans profondeur, le scénario joue également la carte du romantisme et de la nostalgie. Ce qui plaira certainement aux plus grands.
Nostalgie, mise en valeur avec bon goût par une bande son country particulièrement agréable.

Si la réalisation de James Fargo manque parfois de panache, elle reste de bonne facture notamment lorsqu'il met en scène cette bande de motards incapables qui ne font peur qu'à eux mêmes. Une véritable bande de pieds nickelés dont le nombre de bécanes se restreint tout au long du film. Sans oublier les clins d'oeil du réalisateur, appuyés mais innatendus, aux grands classiques comme « Tarzan » ou encore « Le bon, la brute et le truand ».


Hormis Clint Eastwood et Clyde, qui forment un duo totalement original et décalé, le film fait la part belle à une belle série de personnages frappadingues. L'humour et l'action sont au rendez vous sans éclipser un scénario simpliste mais émouvant.
En dépit de quelques plans (volontairement?) mal cadrés , « Doux, dur et dingue » reste une sacrée comédie, mouvementée et jubilatoire.

Note : ***

La route d'Eldorado



Deux escrocs, Miguel et Tulio, partent à l'aventure afin de trouver la légendaire cité d'Eldorado.


« La route d'Eldorado » est un film d'animation produit par les studios Dreamworks. Si Dreamworks ont prouvé qu'ils savaient offrir le meilleur (« Shrek »), ils ont aussi démontré qu'ils étaient capables du pire (« Spirit »). « La route d'Eldorado » se situe exactement entre les deux. Ni brillant, ni totalement à côté de la plaque. En réalité, il est difficile de catégoriser un tel film car ses qualités, comme ses défauts, suffisent à diviser les foules. Là où la simplicité du scénario (pour ne pas dire la molesse) permet aux plus petits d'apprécier l'histoire sans se fouler un neurone, les plus grands seront certainement reboutés par le manque de rebondissement et les personnages sans réelle profondeur (on n'est pas chez Pixar).
De même, si les adultes apprécieront les dialogues bourrés d'humour et de références sous-jacentes, les plus jeunes risquent de s'ennuyer à cause d'un trop plein de dialogue et un manque flagrant de péripéties quelconques – même si la fin rattrape le coup.

Enfin, si les couleurs chatoyantes et les décors luxuriants enchanteront les amateurs, force est d'avouer que le design (personnages et environnement) manque cruellement d'inventivité. Visuellement, les personnages sont bien animés mais ils semblent trop conventionnels. Sans oublier qu'ils passent leur temps à nous gratifier d'un large sourire éclatant comme s'ils vantaient le mérite d'un nouveau dentifrice...

De ce fait, il est assez difficile de réellement s'attacher au film, mais ce serait mentir de dire que l'on ne passe pas un bon moment malgré tout - ce qui est essentiellement du à la qualité du doublage. En effet, les deux héros loufoques et maladroits bénéficient d'une voix de renom puisque Kevin Kline (oscarisé pour « Un poisson nommé Wanda ») et Kenneth Branagh s'occupent de leur donner vie - oralement. Les deux acteurs ont pris un malin plaisir à se prêter au jeu et vu la vitesse et la précision à laquelle ils se renvoient la balle durant les joutes verbales, on a parfois l'impression qu'ils ont improvisé la moitié de leur texte. Les répliques fusent et l'énergie des deux comédiens insuffle une véritable énergie communicative.

A eux deux, ils forment une sacrée paire de anti-héros farfelus et sympathiques, mais lorsque un troisième larron s'en mêle, la jolie Chel, le film prend vraiment une excellente tournure. Adorable mais fourbe, Chel est quant à elle doublée par Rosie Perez (inoubliable Perdita Durango). Son célèbre accent de Brooklyn et son charme naturel apportent un timbre volontairement décalé au personnage, ce qui suffit pour la rendre attachante.

De plus, Edward James Olmos, fameux fer de lance du cinema Mexicain-Americain prête sa voix débonnaire et chaleureuse au chef la tribu, un pater familias imposant mais tendre et amical. Mais la surprise vient du méchant prêtre Inca, doublé par Armand Assante (« Judge Dredd »), à la fois effrayant de colère non contenu et amusant par son côté faussement machiavélique. Un méchant appréciable et particulièrement réussi.

Le doublage donc se veut la meilleure qualité du film, ce qui n'inclut pas toute la bande son. En effet, musique et chansons sont étonnament fades et décoivent par un rythme aléatoire et des paroles peu inspirées. C'est d'autant plus étrange qu'elles sont due au trio gagnant et oscarisé du « Roi Lion » (Hans Zimmer, Tim Rice et Elton John). Il est clair que ce n'est pas dans « La route d'Eldorado » que l'on trouvera des thèmes à la hauteur de « Hakuna Matata ». Et si la musique de Zimmer reste agréable, sans pour autant se hisser au niveau du « Roi Lion », « Gladiator », « Rain Man », « Pirates des Caraibes », « The Rock » et j'en passe, elle est bien trop peu exploitée pour retenir un tant soit peu l'attention.


« La route d'Eldorado » n'est pas un mauvais film, il est juste trop formaté et de fait, sans réelle surprise. Il est intéressant de noter qu'il possède de nombreux points communs avec « Kuzco, Empereur Megalo », notamment cette frénésie dans la mise en scène, l'extravagance des personnages et le fait qu'ils présentent tous deux une civilization mésoaméricaine de manière volontairement absurde et décalée. En revanche, il lui manque hélas l'étincelle de génie, le petit côté frappadingue qui fait tout le sel de ce dernier.



Film d'animation pour petits et grands, « La route d'Eldorado » risque bien de ne plaire à aucun des deux. Si l'on rit de bon coeur à de rares reprises, l'ensemble et trop conventionnel et simpliste pour nous captiver jusqu'au bout. En dépit de beaux efforts pour marier dessin traditionnel et animation 3D, le visuel du film demeure fade. Et si les doubleurs ont fait un excellent travail, les chansons plombent rapidement l'ambiance. Tulio et Miguel sont partis à la recherche de l'or mais ils ne ramènent qu'une médaille de bronze.

Note: *

Clockwise


Un chef d'établissement scolaire, fraîchement à la tête d'une association, s'apprête à prononcer un discours. Les choses vont plutôt mal tourner...


« Clockwise » c'est la comédie britannique dans ce qui se fait de mieux. Complètement décalé et bourré de séquences aussi farfelues qu'inattendues (visite d'un champ boueux, d'un monastère ou encore séquence de strip tease bucolique...), le film aligne les quiproquos et les sous-entendus avec une élégance rare.

Le plus gros danger dans ce genre de comédie reste souvent de sacrifier l'histoire au gag pur et simple ou de manquer de rythme mais malgré sa courte durée (1h30 seulement), le film ne contient aucun temps mort et nous amène de surprise en surprise jusqu'au générique final. Mais le plus important c'est que chaque scène, aussi abracadabrantesque soit-elle, finisse toujours par se rapporter à l'intrigue principale.

Du côté de la réalisation, rien à redire: tout est absolument impeccable.
La photographie crée des images plutôt belles pour le genre et les plans sont souvent remarquablement travaillés, avec un goût prononcé pour les gags au second plan. De même l'excellente partition de George Fenton ("Un jour sans fin")apporte aux images un ton déjanté tout à fait approprié et l'absence de musique durant certaines scènes rendent ces dernières vraiment hilarantes (la voiture embourbée...). Mais c'est bien le montage qu'il faut applaudir. Peter Boyle ("Waterworld") a accompli une fois de plus un travail rythmique exemplaire et non seulement le montage permet quelques gags visuels bien sentis (le tracteur) mais le « timing » nous offre des moments à se tordre de rire.


Néanmoins, « Clockwise » ne serait rien sans ses acteurs et ce n'est autre que John Cleese lui même que l'on retrouve dans le rôle titre. Longtemps membre émérite de la troupe des Monty Pythons (les génies du « nonsense » d'outre-mer), John Cleese reste célèbre pour sa faculté à interpréter des personnages symbolisant le fameux flegme britannique mais qui peuvent disjoncter à tout moment. C'est le cas ici où son personnage de directeur d'école, obsédé par le temps et d'un sérieux inébranlable, n'est pas sans rappeller l'avocat malchanceux de « Un poisson nommé Wanda ».
Dans « Clockwise » il est savoureux! Il n'y a pas d'autre mot pour décrire sa performance. Le passé de l'acteur sur les planches ressurgit à chaque grimace, chaque geste déplacé: il maîtrise parfaitement sa gestuelle comique et cet accent « so british » reconnaissable entre mille, et qu'il adore employer à outrance pour mieux le ridiculiser, fait des merveilles.

Les seconds rôles sont également très réussis, proposant une floppée de comédiens beaucoup moins connus mais tout aussi réjouissants. Chacun joue son rôle à la perfection et même si certains n'ont que quelques lignes de dialogue à se mettre sous la dent, cela ne les empêche pas de camper des personnages inoubliables. Et même si « Clockwise » possède parfois une allure débridée digne du muet, les dialogues sont légion. Et ici pas question de débiter des flots de paroles inutile pour le simple but de meubler certaines scènes. Non, les répliques sont particulièrement bien choisies et inspirées et promettent à elles seules de bonnes tranches de rigolade. Et même si en tant que telles, elles ne renouvellent pas le genre (le quiproquo « right/right », difficilement traduisible en français, la grande variété de leur utilisation ne cesse de nous surprendre.



Si vous aimez le genre, ne ratez pas ce joyeau de la comédie anglaise, très sérieuse sur la forme mais complètement barrée sur le fond... John Cleese prouve qu'il demeure une valeur sûre du comique british et le film lui-même est bourré de séquences cultes à se plier en quatre. « Clockwise » tourne à plein régime, est réglé comme une horloge et on ne voit pas le temps passer.

Note : ***