dimanche 4 octobre 2009

A Bittersweet Life




Sunwoo est le bras droit d’un redoutable chef de gang. Après avoir trahi sa confiance, il est torturé pour obtenir des excuses. Mais il parvient à échapper à ses tortionnaires et décide de supprimer un par un les hommes de main de son gang pour terminer par son propre patron…



De par son aspect film d’action simpliste, un synopsis pareil peut prêter à sourire.
On voit déjà Van Damme ou Seagal dans le rôle principal.
Mais parfois un scénario peu développé peut aboutir à un très bon film si les idées et la mise en scène suivent. D’ailleurs, quand on y réfléchit, le scénario n’est pas sans rappeler le « Kill Bill » de Tarantino. Et plus que vers le nanar grotesque, c’est bien à ce dernier que « A Bittersweet Life » fait penser.
De l’univers de Mister « Pulp Fiction », le film emprunte un bon nombre de personnages hauts en couleurs, des angles de caméra aussi soignés qu’atypiques et surtout une ultraviolence à la fois élégante et spectaculaire.

Cependant si la référence au maître est facile, elle n’en est pas pour autant évidente. En effet, « A Bittersweet Life » n’est pas un film américain mais coréen ; les ressemblances ne sont donc peut être que fortuites.
Quoi qu’il en soit, les deux films peuvent se targuer de figurer parmi les meilleurs du genre.



« A Bittersweet Life » a été réalisé par Kim Jee Woon, découvert dans nos contrées avec le conte horrifique « 2 Sœurs » et plus récemment avec « Le Bon, la Brute, le Cinglé », son western oriental totalement barré.
Il est difficile de faire un rapprochement entre « A Bittersweet Life » et le reste de sa filmographie tant chacune de ses œuvres se fait différente de la précédente, tant par son ambiance que par sa mise en scène.
Seuls demeurent une caméra omnisciente, dotée d’un formidable champ de déplacement et une esthétique incroyablement léchée, mise en valeur ici par une photographie monochrome de toute beauté.


Impossible de parler du film sans faire le point sur le personnage principal : dans la peau de ce bad guy archétypal, Byung Hun Lee est éblouissant de charisme.
Sa prestation racée et classieuse le classe haut la main parmi les plus beaux gangsters du cinéma.
SunWoo a un visage d’ange et un regard d’acier à les faire toutes tomber.
Sous la menace, il reste monolithique et sûr de lui, confiant dans ses capacités physiques et son rang haut placé dans la mafia. Il est intouchable et il le sait. Mais il sait aussi que la moindre faute de sa part sera sa dernière, et c’est pourtant son épée de Damoclès au dessus de la tête, qu’il déçoit la confiance de ses pairs…
Mannequin de cire sans émotion, il commet hélas la faute au nom de celle pour qui son cœur bat. Dès lors, il prend conscience de sa vulnérabilité : quand sa belle gueule se fait démolir, traîné dans la boue, il suppliera ses agresseurs de l’épargner…
Misérable, meurtri, brisé tant psychologiquement que physiquement, le héros du film n’en est pas un. C’est un monstre dans lequel surnage une parcelle d’humanité.
Cette humanité l’ayant trahie, il n’a plus rien à perdre et c’est tel un ange exterminateur qu’il va rendre coup pour coup.


Intervient alors l’argument principal du film : l’action.
Etonnamment, elle n’est pas si présente que ça dans le film.
En revanche, chaque passage de baston ou de fusillade est une superbe réussite.
Premièrement parce que les combats s’affranchissent des cadors du genre : pas de ralentis à la John Woo, pas d’explosions, pas de câbles (ou très peu), mais des affrontements violents, réalistes et incroyablement brutaux où l’on utilise tout ce qui nous tombe sous la main pour battre son adversaire, que ce soit une brique, une planche enflammée ou une portière de voiture…

Le réalisme des fusillades rappelle le cinéma de Scorcese, mais « A Bittersweet Life » s’inspire visiblement plus de « Old Boy » de Park Chan Wook : même filtre décoloré, même utilisation de la musique classique pour souligner les émotions, même humour noir et même cruauté dans l’action. Mais ici, si humour il y a, il est totalement dérisoire face au destin tragique des protagonistes.
Chaque note humoristique est rapidement contrebalancée par des images d’une férocité sans concession. Mourir n’est jamais drôle.


Chose rare dans ce genre de film ; autant que l’action pure, l’histoire retient vraiment l’attention du spectateur. Ou plutôt la narration. Pratiquement exempt d’ellipses, le montage du film ne nous épargne rien, ne cache rien.
La voix off que l’on retrouve à la fin du film nous indique clairement que SunWoo ne pouvait pas échapper à son destin et que la voie à suivre était la seule.
Loin du romantisme exacerbé qui fait la force des films de John Woo, « A Bittersweet Life » est constamment marqué par une sensibilité et une poésie visuelle qui lui donnent un charme peu commun.




Polar de vengeance violent et stylisé, ce film montre une fois de plus que les cinéastes coréens son capables de damer le pion à n’importe quel blockbuster américain.
La mise en scène harmonieuse et léchée de Kim Jee Woon et le charisme de Byung Hun Lee font de « A Bittersweet Life » une œuvre réellement passionnante.
Et même si la froideur extrême de l’ensemble ne parvient pas à véhiculer toute l’émotion qu’il faudrait au film, la violence des règlements de compte et l’aspect tragique de l’histoire satisfera n’importe quel amateur de Chan Wook ou de Tarantino.
« Une vie douce amère » est une excellente surprise.

Note : ***

The Buddy Holly Story




Buddy Holly débute sur la scène de la patinoire de Ludbrock au Texas. Mais qui voudrait d’un rocker binoclard comme lui ? Même ses producteurs l’incitent à chanter de la country sirupeuse plutôt qu’un rock’n roll déchaîné.
Pourtant, le miracle s’est produit : à Nashville, dans une salle réservée aux Noirs, Buddy Holly remporte un succès considérable. Le premier…




Aujourd’hui, si l’on parle du rock’n roll des années 50 en Amérique, des noms tels que Jerry lee Lewis, Johnny Cash ou encore le King Presley viennent automatiquement à l’esprit. Celui de Buddy Holly moins. Pourtant, Charles Hardin Holley n’est rien de moins que l’un des pionniers du rock’n roll, dont la force créatrice et les innovations musicales auront inspiré des groupes au rayonnement planétaire, à savoir Les Beatles et les Rolling Stones.
Pourquoi alors le nom de Buddy Holly n’est-il pas aussi populaire que ses confrères ?

Eh bien, en réalité, il l’est. D’ailleurs, bon nombre de musiciens lui rendent hommage dans leurs chansons (dont le magnifique « American Pie" de Don McLean).
Mais c’est sa très courte carrière et sa médiatisation moins prononcée que d’autres artistes qui l’ont rendu méconnu du grand public.
Ce film donne l’occasion de se rattraper en (re)découvrant un artiste au talent aussi immense que sa carrière fut brève.


Au cinéma, le biopic (film biographique) n’est jamais sans danger.
Premièrement, comme il est impossible de raconter une existence entière en deux heures de film, le réalisateur et le scénariste doivent procéder à des choix cruciaux à propos de ce qui va être retranscrit à l’écran et ce qui ne va pas l’être.
Deuxièmement, retracer la biographie de quelqu’un de manière la plus exacte possible ajoute le risque de changer le film en « simple » documentaire.
De même que privilégier le jeu des acteurs sans se soucier de la mise en scène apportera hélas un côté monotone et poussif qui portera un coup fatal au film, éclipsant par là même toutes ses qualités.

Steve Rash, le réalisateur de « The Buddy Holly Story », évite avec adresse ces trois obstacles et nous offre un grand moment de cinéma.
En se concentrant uniquement sur la carrière du groupe, il nous plonge directement au cœur du sujet sans passer par une présentation des protagonistes qui n’aurait fait que ralentir le film.
De même, le film se termine à la mort du chanteur. Pas d’épilogue, pas d’enterrement funèbre, rien.
Le scénario a le mérite d’être aussi concis que bien construit et ne part jamais dans des divagations inutiles. L’alchimie entre les acteurs est palpable et les situations ne semblent jamais téléphonées. Quant aux dialogues, ils sonnent vrais, supportent de réelles émotions et sont souvent particulièrement drôles, ce qui rend les personnages terriblement attachants.
On accroche d’autant plus à l’histoire et on prend un réel plaisir à suivre les pérégrinations du groupe. Rien à redire.


En revanche, ceux qui auront à redire sont ceux qui remarqueront toutes les incohérences du film, comparées à la vie réelle de l’artiste. Mais il ne faut pas oublier que « The Buddy Holly Story » est un film avant d’être un documentaire, et donc par nature une fiction. Que certains détails sans importance réelle aient changés ne gênent en rien à la compréhension du film et le fait que d’autres éléments aient été modifiés pour rendre certaines scènes plus captivantes sur grand écran ne peut engendrer qu’un retour positif.
Comme on dit : « quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende ».


Le quatrième piège du biopic réside évidemment dans l’interprétation.
Un acteur trop consciencieux risquera de passer un temps fou à observer puis à reproduire chaque mimique, chaque geste de la personne qu’il incarne pour une meilleure authenticité. Le résultat sera celui d’une poupée de cire, sans âme, figée dans ses expressions comme dans ses mouvements.
En revanche un acteur plus informel se contentera d’appliquer à sa gestuelle une certaine ressemblance à son modèle sans pour autant réussir à se cacher derrière son interprétation.

Il faut donc un travail considérable à un comédien pour parvenir à un juste milieu entre une totale personnification de son modèle et une certaine marge de liberté dans son interprétation.
C’est l’exploit que l’acteur Gary Busey relève avec un talent indéniable.
Eternel second rôle d’excellents films d’action (« Point Break », « Predator 2 », « Soldier »), son large sourire psychotique l’a souvent cantonné dans la peau de méchants tueurs, comme dans « l’Arme Fatale ».
C’est d’autant plus étonnant que Busey a débuté sa carrière au cinéma derrière le visage angélique de Buddy Holly...
En tant que Buddy il est juste parfait. Non seulement il imite à merveille le personnage qu’il incarne mais dans le film c’est lui-même qui chante et joue de la guitare.
L’acteur, méconnaissable derrière ses culs de bouteille, s’est investi dans son rôle à 100% et sa prestation enfiévrée lui vaudra une nomination aux oscars en tant que meilleur acteur.

Le reste du casting est lui aussi exemplaire.
Aux côtés de Busey, on trouve Don Stroud et Charles Martin Smith (« American Graffiti ») qui jouent les amis et partenaires de Buddy Holly. Tout comme les autres acteurs qui interprètent des musiciens dans le film, les deux comédiens jouent et chantent réellement lors des concerts et répétitions.
Les séquences musicales sont donc d’un réalisme à toute épreuve.

En parlant de la musique, elle joue évidemment un rôle primordial dans le film et ce n’est pas moins d’une douzaine de morceaux que l’on aura le plaisir d’écouter, tout en admirant la formidable prestation de Gary Busey.
Les chansons vont du romantique « True Love Ways » à l’entêtant « That’ll be the day », en passant par le guilleret « Every Day » et c’est un bonheur sans cesse renouvelé que de voir l’acteur disparaître derrière sa performance.
Si Busey ne sera « que » nominé, la musique du film, elle, remportera un oscar bien mérité.


Mais il arrive toujours un moment où le film doit s’arrêter.
Le temps s’est écoulé sans se faire voir et c’est déjà la fin du concert, et de l’histoire par la même occasion. Ici, la fin apparaît brutale, sans concession.
Le choc est d’autant plus rude que la vie de l’artiste s’est réellement achevée de manière aussi violente et abrupte.
Et c’est les yeux embués de larmes que l’on regarde le générique défiler en maudissant « the day the music died »…



« The Buddy Holly Story » retrace -plus ou moins- fidèlement la carrière d’un des plus grands rockers de son temps. En évitant l’écueil de la biographie monotone et froide, le réalisateur nous livre de superbes séquences riches en émotions, rythmées par des titres inoubliables. Le sourire aux lèvres, la larme à l’œil et la musique dans le cœur, on reste pantois devant la performance d’un Gary Busey qui n’a jamais été meilleur de toute sa carrière.
Un jeune musicien est mort. Une légende est née.

Note : ****

samedi 26 septembre 2009

Démineurs




Le quotidien d’une équipe de l’armée américaine durant l’occupation de l’Irak.



Après un "K19" en perte de vitesse, « Démineurs » marque le grand retour de celle que l’on appelle « la femme qui aime aux flingues ».
Sous ce pseudonyme très « Laracroftien » se cache la réalisatrice d’excellents films d’action comme « Point Break » ou « Aux Frontières de l’Aube », j’ai nommé la brillante Kathryn Bigelow.

Tout comme son ex mari, le réalisateur culte James Cameron, Bigelow est une spécialiste des films riches en sensations fortes mais où les personnages demeurent plus importants que la taille des explosions ; phénomène qui a de plus en plus tendance à s’inverser dans les blockbusters contemporains.
Mais visiblement, « Démineurs » n’a rien d’un blockbuster : production indépendante, acteurs méconnus et surtout un apolitisme total.
Si le sujet de la guerre en Irak aura obsédé de nombreux cinéastes antimilitaristes (dont DePalma et son « Redacted » ou « Dans la Vallée d’Elah » de Paul Haggis), Bigelow opte pour une nouvelle approche du sujet, aussi évidente que redoutable d’efficacité : le quotidien d’une équipe de déminage.


Ce qui dans de mauvaises mains aurait pu passer pour un docu de télé-réalité de mauvais goût se transforme ici en véritable (passez moi l’expression) bombe psychologique.
Rarement depuis le « Soldat Ryan » de Spielberg, l’impression pour le spectateur d’être au cœur de l’action n’aura été aussi forte. Et comme dans le film de Spielberg, les 20 premières minutes du film ne sont rien de moins que des scènes d’anthologies, viscéralement éprouvantes.
Mais là où Spielberg fait dans la boucherie, entassant les cadavres mutilés sans que l’on comprenne d’où viennent les balles, la mise en scène de Bigelow se fait beaucoup plus intimiste et moins spectaculaire.
En effet, dans « Démineurs », fi de l’esbroufe visuelle mais une totale identification avec les personnages principaux.
Les acteurs sont essentiellement filmés en plans rapprochés, caméra à l’épaule (avec superbe photographie réaliste à l’appui, à cent lieues des couleurs saturées qui envahissent les productions récentes…) pour que l’on ne puisse même plus distinguer le décor qui les entoure.
Décor de cauchemar fait de rues dévastées, dont le sol est jonché de détritus et de gravas (le tournage s’est déroulé non loin de la frontière irakienne…).

Le summum est atteint lors des séquences de déminage dans la ville.
A ces moments là, la musique, déjà discrète, s’efface totalement et fait place à la respiration -de plus en plus haletante- d’un soldat qui ruisselle sous son épaisse combinaison de protection. Ces passages sont sans hésiter les meilleurs du film et s’avèrent véritablement éprouvants pour les nerfs. On se surprend même à retenir sa respiration comme si l’écran lui-même allait nous pêter à la gueule…
Cardiaques s’abstenir !

Le déminage n’est pas le seul point fort du film.
L’ambiance particulièrement pesante est également une vraie réussite.
Chaque désamorçage de bombe se fait sous l’œil aguerri, narquois, craintif voire menaçant des habitants. Mais dans ce contexte, chaque visage basané représentant une menace potentielle, comment reconnaître un terroriste avec un détonateur dans la poche d’un simple badaud inoffensif ? La question demeure sans réponse et c’est donc la peur au ventre que les soldats, tout comme le spectateur, appréhendent la prochaine sortie en mission…


Bigelow et l’adrénaline, un duo de choc qui a fait ses preuves depuis « Point Break ». Ici, la cinéaste n’y va pas par quatre chemins ; dans la lignée du « Jarhead » de Sam Mendes, elle le dit clairement (citation à l’appui) : « La guerre est une drogue ».
Point de vue original et inattendu qui apporte au film un second niveau de lecture particulièrement intéressant.

Non content de faire le parallèle avec la violence dans les jeux vidéos (quelques images du grand classique « Gears of War », parfaite illustration du sujet abordé), le film met en scène un démineur casse cou comme personnage principal. Une vraie tête brûlée qui ne vit que pour ce mélange unique entre la peur de la mort et l’excitation du danger. A côté, sa vie lui semble même d’une platitude effarante.
L’acteur Jeremy Renner est d’ailleurs bluffant de crédibilité dans la peau de ce nihiliste sans peur mais pas sans reproches.
Le reste du casting est lui aussi exemplaire. Il est d’ailleurs essentiellement composé d’inconnus, ce qui permet au spectateur de ne pas identifier les acteurs par rapport à leur filmographie et de ne pas pouvoir prévoir qui va s’en sortir ou non. Le réalisme et l’intensité du film n’en sont que renforcés.


Malgré un budget visiblement réduit, Bigelow met tout en œuvre pour faire de « Démineurs » un film immanquable.
On pourra pester sur le manque de rythme passé la première heure (mais la fin rattrape le coup) et l’enchaînement des scènes qui manque parfois de fluidité.
Mais ce serait occulter la perfection technique du film, la maîtrise à la fois du cadre, du montage et des effets sonores, le talent des comédiens et surtout des séquences de pure tension contrôlée.

Pour Bigelow, « Démineurs » est une double vengeance.
La première en tant que cinéaste : après 7 ans (!) d’absence sur les écrans, elle revient en force avec un film d’action aussi violent que cérébral encensé par la presse, clouant ainsi le bec à ses détracteurs qui la croyaient finie.
La deuxième en tant que femme : elle prouve, une fois encore, à tous les machos d’Hollywood qu’elle mérite sa place au côté des plus grands. Et pendant qu’une (ex ?) grande pointure du film d’action continue de faire mumuse avec ses Transformers édulcorés, Kathryn, elle, montre la guerre, la vraie, celle qui tâche et qui n’épargne pas les enfants, juste pour que son film soit considéré comme tout public. Respect !


Note : ***

Asterix aux Jeux Olympiques



Pour remporter les Jeux Olympiques et permettre au jeune Alafolix d'épouser la Princesse Irina, Astérix et Obélix devront affronter le machiavélique Brutus, fils de César, au cours d'une Olympiade.



Cela fait maintenant 3 fois que les aventures du petit gaulois moustachu et colérique ont été adaptées au cinéma (avec de vrais acteurs), et après le succès colossal -et mérité- de « Mission Cléopâtre », les réalisateurs du troisième opus ont vu grand, TRES grand pour surpasser les recettes de ses prédecesseurs. Ils ont vu tellement grand qu'ils se sont carrément payé le luxe de réaliser le film le plus cher de l'histoire du cinéma français !
Avec 80 millions d'euros de budget en poche, à une époque où le trou de la Sécu s'apprête à dépasser celui de la couche d'ozone, soit on a vu la Vierge et elle a prédit que le film ferait un carton, soit on se fout royalement de la tête du contribuable...

Enfin 80 millions c'est bien joli mais maintenant il s'agirait de les utiliser à bon escient...
Déjà boum, 20 millions qui partent en fumée dans la campagne publicitaire !
Malins, les producteurs du film se sont penchés sur le modèle américain et ont entamé un énorme matraquage commercial afin de promouvoir le film, et ce 4 mois avant la sortie en salles. Partout dans l'Hexagone, on a pu assister à un véritable raz-de-marée d'affichettes de cinéma placardées ici et là sur tous les emplacements et murs disponibles.
Encore plus malins, ils se sont dit que tant qu'à exploser le budget autant se payer des stars que le spectateur sera ravi d'aller voir, et de payer pour accessoirement.
Ils ont donc réuni une pléiade de "pipeules" populaires (très) et charismatiques (moins) pour faire plaisir à toute la famille, et ont par ailleurs crâmé 10 millions de plus pour la simple beauté du geste.

Et voilà comment 1/3 du pognon engrangé se retrouve placardé sur un arrêt d'autobus ou dans la poche d'athlètes ou de chanteurs de variétés, émérites certes, mais qui n'ont RIEN A F... sur un plateau de cinéma! Voilà, c'est dit.




Passons au film maintenant. J'ai une mauvaise nouvelle et une très mauvaise nouvelle. Je commence par la mauvaise : le casting.

Au cours du film on croise un nombre incalculable de têtes connues et chacun de faire sa petite apparition pastiche ou de lancer une réplique qui tue (du moins, ils essaient).
En guest-stars donc, on appréciera entre autres (ou pas, c'est selon) Danny Brillant, Michael Schumacher, Dubosc, Eli Semoun, Zinedine Zidane ou encore Tony Parker et Amelie Mauresmo. Non, non partez pas, c'est pas fini...
Parmi les « vrais » acteurs on admire l'irremplaçable Depardieu dans les braies de ce célèbre Obelix, un Delon impérial et narcissique sous la couronne de César et surtout Alexandre-Kamelott!- Astier dans un rôle secondaire mais malgré tout épatant.

Pour les disparus, on aura une pensée pour Christian Clavier qui laisse sa place à un Clovis Cornillac qui campe un Asterix plus jeune mais surtout plus irritant et pour le génial Claude Rich, remplacé par un Jean Pierre Cassel en Panoramix insipide. Comparé aux précédents volets, leur complicité avec Depardieu est quasi-inexistante. Les personnages emblématiques de la série sont donc sacrément limités : ça part mal.

Mais cela n'a pas d'importance puisque si le film s'appelle bien « Asterix aux jeux olympiques », c'est pourtant de « Brutus aus jeux olympiques » dont il s'agit.
Brutus c'est Benoit Poelvoorde et il vole la vedette à tous les autres personnages. Non pas que son interprétation soit excellente mais au contraire parce qu'il s'accapare le film à lui tout seul. Cela aurait pu être agréable si le jeu de l'acteur avait suivi.
Poelvoorde est un très bon acteur, qu'on se le dise, mais ici il est juste lourd.
A gesticuler dans tous les sens et à vociférer des dialogues débiles en roulant des yeux, il n'apporte aucune profondeur à son personnage et ses expressions faciales, proches de celles de Vil Coyote sont d'un ennui mortel.


Voilà pour les personnages principaux. C'est pas réjouissant.


Et ce n'est pas fini : Qu'est ce qu'il y a de pire que Dubosc déguisé en gaulois?
Réponse : Dubosc ET Lallane déguisés en gaulois. Et si...
Quant à la belle Irina pour qui tout ce beau monde se tape alègrement sur le pif, elle est interprétée par qui?
Vanessa Hessler. Qui? Vanessa Hessler, « la fille qui joue dans la pub pour Alice ». Non mais on rêve, confier un rôle aussi important à une fille qui ne sait pas jouer la comédie sous prétexte qu'elle a du succès dans une PUB???
Et après on retrouve des acteurs géniaux, comme José Garcia, réduits à de simples apparitions.
Il y en a qui savent gérer un budget de 80 millions d'euros, moi je vous le dis...



Le casting c'est pas ça. Et quand les acteurs se mettent à parler, ça ne va pas en s'arrangeant et c'est la très mauvaise nouvelle...
Dur, dur de passer après Chabat et son humour absurde, déjanté et complètement Nul. Mais côté humour « Asterix aux jeux olympiques » ne suit pas du tout cette direction...D'après la version officielle, les dialogues de « Mission Cleopâtre » auraient été tellement délicats à traduire que le film n'aurait pas trouvé son public à l'étranger. Une bonne raison donc pour ne pas réitérer l'expérience et proposer au public non francophone des gags plus accessibles.

Ainsi, on remarque que certains gags sont conçus uniquement pour un style de public et vice et versa de manière à satisfaire tout le monde. Une ou deux « private jokes » pour chaque pays et hop, emballé c'est pesé ; par ici la monnaie. Et puis quoi de plus universel qu'un pauvre type qui se ramasse par terre alors que tout le monde se moque de sa poire ou une référence cinéphilique de grande envergure?
Pour ce qui est des références, Chabat ne s'était pas géné pour en balancer en veux tu en voilà mais lui au moins soignait sa mise en scène, ce qui faisait tout le charme de ses petits clins d'oeil.

Le duo Frederic Forestier et Thomas Langman, pourtant auteurs du mésestimé « Le Boulet » (avec déjà Poelvoorde et Garcia) s'enfoncent misérablement dans les profondeurs de la débilité franchouillarde. L'un aligne les « répliques à deux sesterces » (copyright Chabat production), l'autre les plombe par une mise en scène apathique et sans une once d'originalité.

Exemple de recherche de gags entre les deux acolytes :

-Une référence à « Star Wars »? Ben on n'a qu'à prendre un type au hasard et on lui fait faire joujou avec un sabre laser.
-Ca sert à quoi?
-Ben, à rien...
-Et pourquoi pas une référence à « Gladiator »?
Ah ouais, on reprend le mouvement de la main du héros quand il caresse les blés et on le transpose sur un type qui caresse des chevaux.
-Et tant qu'on y est, y aura quelqu'un qui murmurera à l'oreille des chevaux. Ah,ah!
-Qu'est ce qu'on va rigoler...


Mais là où ils sont allés nous chercher des trucs tarabiscotés c'est quand ils ont eu l'idée de faire une référence à un film en reprenant le même acteur qui jouait dans le film d'origine. Comme dirait Villeret « Ouh c'est bougrement tordu mais vachement intelligent, ça !»
Dans les faits, Dubosc reprend ses répliques de « Camping », Depardieu nous refait « Cyrano de Bergerac » et Delon énumère les films de sa carrière sur l'air du « Clan des Siciliens ».
L'idée est bonne, la mise en scène ne l'est pas.
Contrairement à « Le Boulet », ici Forestier n'a aucun sens du rythme et encore moins du timing. Les scènes inutiles s'étirent en longueur de même que les blagues. Les plus courtes étant les meilleures, déjà quand ce n'est pas drôle à la base...



En revanche, s'il ya bien une chose sur laquelle il n'y a rien à redire c'est du côté des effets spéciaux. Le budget conséquent aura au moins servi à créer des images de synthèse remarquables et des décors grandioses, nécessaires à la course de char finale. Cette dernière, considérée comme le clou du spectacle, s'avère assez risible et manque terriblement de punch pour convaincre. Un beau ratage...



Alors que les deux heures du film touchaient à leur fin, je considérais la possibilité d'accorder au film une * pour les effets spéciaux et les décors, mais le film réservait encore une surprise de taille...
Oh Numérobis quelle surprise! Je suis mon cher ami très heureux de te voir (c'est un alexandrin).
Faut avouer que Debouze était hilarant dans « Mission Cleopâtre » mais là, il a du manger un truc pas frais, c'est pas possible : il nous fait quoi avec son ballon, là? Il est juste Ri-di-cu-le. S'il a essayé de participer au concours de l'acteur le plus pitoyable du film, il gagne haut la main...

Et là, histoire de m'achever d'un coup sec (mais pas sans douleur hélas), il y a Zidane qui débarque et qui commence à faire le beau, puis c'est Mauresmo et puis Parker ET CA S'ARRETE PAAAAAAS ! Qu'ils aient fait une apparition au cours des jeux olympiques j'aurais trouvé ça normal mais qu'ils apparaissent quelques secondes à la toute fin du film juste pour montrer leur tronche (et surtout encaisser les sous sous) je trouve ce procédé lamentable, honteux, désolant, affligeant, scandaleux et totalement gratuit par dessus le marché!

Et Asterix et Obelix dans tout ça? Bah, on a pas besoin d'eux de toute façon. Alors on les retrouve comme deux c...à contempler la lune. C'est la dernière image que l'on a des deux héros et c'est là que débute le générique sur fond de bruit (j'ai pas dit musique) technoïque pour prépubères. Argh.
Le petit monde d'Asterix a bien changé pour plaire à la nouvelle génération.
Goscinny doit s'en retourner dans sa tombe.
RENDEZ MOI MON ENFANCE !



« Asterix aux jeux olympiques » c'est la comédie populaire chauvine dans ce qu'elle fait de pire. Plus préoccupés à essayer de caser les caméos en tout genres, les réalisateurs en oublient à la fois d'écrire un scénario et de diriger les acteurs. D'erreurs de casting en blagues vaseuses, le film ne semble jamais démarrer alors que les images défilent pourtant bien à l'écran.
« Asterix aux jeux olympiques » c'est aussi un budget titanesque utilisé pour attirer les foules dans les salles de cinéma et créer de beaux effets spéciaux mais c'est surtout des jeunes premiers transparents ou agaçants et des acteurs talentueux réduits au rang de faire-valoir qui se contentent de réciter des dialogues pathétiques et indigestes pendant deux heures interminables.


Pour ce qui est du budget, les recettes n'ont pas suffi à rentabiliser le film, d'autant qu'un certain Dany Boon avait déjà conquit les coeurs (et les portes-monnaie) d' un tiers des Français.
Enfin, pour ce qui est des jeux olympiques, les réalisateurs ne seront pas repartis les mains vides puisque le film a remporté le Gérard (l'équivalent des Césars mais pour les nuls) du plus mauvais film de l'année 2008.
Alors, c'est qui « Le Boulet » maintenant?

Note : 0

dimanche 20 septembre 2009

Un ticket pour deux




Neal, un cadre un tentinet stressé, veut se rendre à Chicago pour passer les fêtes de fin d'année en famille.
Très vite, les choses se compliquent : son taxi pour l'aéroport est volé, l'avion est bondé puis détourné et pour finir il se retrouve accompagné contre son gré, par Del, un énergumène peu banal.





John Hugues c'est le pape de la comédie intelligente pour ados des années 80.
La plupart de ses films (« Sixteen Candles », « La folle journée de Ferris Bueller », « Breakfast Club ») sont devenues de véritables oeuvres cultes au cours des années pour un grand nombre d'afficionados.
Il est également responsable de bon nombre de scénarios de films « pour enfants » dont l'un des plus connus reste « Maman j'ai raté l'avion ». Bref, c'est une pointure dans son domaine.
Aux premiers abords, ses films n'ont rien de vraiment original mais en y regardant de plus près, ils ont sincèrement quelque chose d'unique : un équilibre idéal de burlesque et d'émotion, saupoudré d'un zeste de réflexion.


« Un ticket pour deux » est de cette trempe.
L'histoire du type bien sur lui obligé de supporter un gros lard nuisible et maladroit a déjà été racontée des dizaines de fois.
Et de ce fait, le film fonctionne lui aussi sur le principe éculé mais toujours efficace de deux personnalités antagonistes qui doivent cohabiter malgré eux.

Seulement, la comparaison s'arrête là. Une comédie basique aurait enchaîné les situations loufoques et embarassantes, attendant l'inévitable « quart d'heure émotion » final pour que les personnages se disent enfin leurs quatre vérités et apprennent enfin à accepter leurs différences.
Dans « Un ticket pour deux », on n'échappe pas à la-dite scène, à la différence près qu'elle situe dans la première demi heure du film.
Le règlement de compte résolu quasiment dès le départ, le film prend rapidement une nouvelle tournure et se permet de sortir des sentiers battus.


Pour nos deux huluberlus, l'intérêt ne se résume plus alors à supporter son prochain mais bien à faire face ensemble aux multiples embûches qui vont croiser leur chemin.
Le titre original (« Planes, trains and automobiles ») est ainsi plus explicite car pour rentrer chez eux Neal et Del vont devoir redoubler d'astuce et de patience pour pouvoir profiter des nombreux moyens de transport mis à leur disposition.
Problème ; quoi qu'ils fassent, il faut toujours qu'une tuile leur tombe sur le coin de la tête : quand ce n'est pas l'avion qui est retardé, c'est le train qui tombe en rade ou la voiture qui... mais chut.
Sans oublier que sans argent, difficile d'avoir accès à toutes ces merveilles de technologie et encore plus de garder sa bonne humeur...


Le scénario de Hugues regorge de dialogues truculents (l'inoubliable séquence de la location de voiture!) et de moments absoluments hilarants.
Les mésaventures de Neal et Del surprennent très souvent par leur originalité et leur côté « gros manque de bol » assumé (mention spéciale à la scène de la parka dans la voiture). Mais ce n'est pas pour autant que Hugues oublie la côté humain du voyage.
Neal et Del se détestent mais, bien évidemment, vont apprendre à se connaître et faire fi de leurs différences, car au final ce qu'ils critiquent chez leur compère les renvoie insidieusement à leurs propres défauts...


De même que le script, la réalisation fait preuve d'originalité, notamment dans l'emploi des musiques. C'est d'ailleurs une marque de fabrique de Hugues que d'employer un morceau rythmé et ferme pour suggérer un duel mental entre deux personnages (la scène du taxi ou du lit ).
Mais malgré toutes les qualités du film, il n'aurait pas fait long feu sans deux comédiens de taille pour incarner les deux individus. Heureusement, Steve Martin, tout en cynisme et sourire pincé, et John Candy, chaleureux mais encombrant, s'en sortent agréablement.
Sans faire d'étincelles, ils forment un duo atypique, grotesque mais attachant, chacun jouant au mieux de ses mimiques faciales. Ainsi Steve Martin se mue en véritable pile électrique sur pattes, quant au formidable John Candy, son rire communicatif nous va droit au coeur.
Toujours au niveau du casting, on reconnaitra les vieux habitués de la « John Hugues's production » dont Edie McClurg et Ben Stein. Sans oublier Kevin Bacon qui fait une apparition courte mais amusante.



Pour résumer, si « Un ticket pour deux » n'est pas le meilleur film de John Hugues (
quelques baisses de rythme viennent entacher le tableau) cela ne l'empêche pas de rester une comédie fort distrayante qui offre de belles scènes de comédie pure, des dialogues savoureux et des personnages aussi opposés qu'attachants.

Note : ***

Aux Frontières de l'Aube



Caleb, jeune paysan de l'Arizona, essaie de séduire Mae en l'emmenant faire un tour dans son pick-up. Au fur et à mesure que la nuit s'étire, Mae se fait de plus en plus mystérieuse quand son baiser se transforme en morsure...



Que ce soit dans la littérature fantastique ou le cinéma, le vampire a toujours été la figure la plus représentée. A la différence de ses confrères (la momie, le monstre de Frankenstein...), il a su s'adapter aux différentes époques qu'il traverse pour que sa légende puisse perdurer.
Au cinéma, après la grande époque de la Hammer, le mythe du vampire s'est essouflé en raison d'une overdose d'adaptations. Son image de séducteur décadent enrobé dans sa cape rouge et noire ne fait plus illusion : il est temps d'apporter un peu de sang neuf.
Au cours des années 80, débute alors l'ère du « néo-vampirisme », en opposition au classicisme des années précédentes dont « Aux Frontières de l'Aube » est l'un des fers de lance ; bien avant les « Blade » et autres « Underworld ».

Le vampire est désormais un de nos contemporains. Il ne vit plus reculé dans son ancienne demeure mais se pavane dans les rues lorsque le soir arrive.
Le blouson de cuir et le style punk ont remplacé les costumes élégants de l'époque victorienne. Place à la nouvelle génération!
S'il reste toujours cette bête assoiffée de sang, les moyens d'antan pour se débarasser de lui ont singulièrement changé. Les gousses d'aïl, les crucifix et l'eau bénite ne sont plus d'actualité (sauf dans « Une Nuit en Enfer » de Robert Rodriguez où ils sont intelligemment détournés...).
En revanche, une constante demeure : son incapacité à se déplacer au grand jour.



C'est donc entre tradition et modernité que s'annonce le film de Kathryn Bigelow.
Kathryn Bigelow, un nom qui en rappelle un autre : James Cameron. En effet, mariés pour un temps, ils se sont découverts un intérêt commun pour le cinéma d'action et leurs films possèdent une esthétique assez similaire.
Et plus que « Dracula » et autres « Nosferatu », c'est plutôt à « Terminator » que le film de Bigelow fait penser.
L'ombre de Cameron, omniprésente, plane bel et bien sur le long métrage : même éclairage nocturne aux néons, même ambiance poisseuse et inquiétante, même ésthétisme sombre et prononcé (le directeur de la photo est le même que dans les Terminators de Cameron)...De même, on retrouve chez la réalisatrice la même empreinte visuelle que celle de son futur mari, tant au niveau des cadrages affinés que dans la puissance viscérale des scènes d'action. Sans oublier que les deux films font intervenir l'explosion d'un camion citerne à la fin...



Bigelow accorde un attachement particulier aux scènes d'action. Malgré un budget visiblement limité, elle parvient, grace à un travail habile effectué sur le montage et des effets spéciaux de grande qualité, à nous en mettre plein la vue et nous choquer à la fois. Car chez Bigelow comme chez Cameron, la violence fait mal : gorge tranchée à coup d'éperon, poignard planté dans la bouche et impacts de balle qui laissent des trous béants dans les corps, la puissance visuelle des affrontements préfigure ceux de « Point Break » (autre film de Bigelow).
Quant aux vampires, si c'est le plus souvent une immolation par le feu qui en viendra en bout, la réalisatrice offre quelques séquences qui redoublent d'inventivité comme cette remarquable fusillade où ce ne sont pas les balles qui blessent les vampires mais les rayons de lumière filtrés à travers les trous laissés par les rafales.


Mais en dehors de l'action pure le film possède de nombreux atouts, à commencer par son scénario. Toujours entre tradition et modernité, Bigelow (qui a aussi écrit le script) reprend cette idée du vampirisme comme transmission d'une maladie.
Si à l'époque de Bram Stocker les symptomes dues au morsures du buveur de sang s'apparentaient à la syphilis et autres maladies vénériennes, époque contemporaine oblige c'est à la consommation de drogues dures que « Aux Frontières de l'Aube » fait référence.

Et à l'image de la drogue ou des insectes qui se nourissent de sang (rien d'innocent à ce que la première image du film soit un gros plan sur un moustique), le vampire reste éternellement prisonnier de sa dépendence (qui se traduit à l'écran par les cercles -le vélo- qui ne cessent de tourner) et se nourrit avant tout pour survivre. Or pour se nourrir, il n'a qu'une solution : tuer. Parmi les personnages du film il y a alors ceux qui n'osent pas commettre de meurtre et ceux pour qui c'est devenu le passe temps favori et qui s'y emploient avec délectation.
C'est à ce moment que le film dévoile tout son potentiel : amoureux de Mae, Caleb doit choisir entre rester avec elle (et accessoirement la bande de dingues qui l'accompagne...) et se nourrir à sa façon ou retourner chez lui sachant qu'il ne pourra plus vivre normalement.

Mais plus que le scénario ce sont les personnages eux-mêmes qui méritent le détour.
Chacun bénéficie d'une personnalité unique et crédible, d'une vraie profondeur morale et de dialogues remarquablement bien troussés que l'on doit à Eric Red (« The Hitcher »), co-scénariste du film qui prouve une fois de plus son incroyable talent pour écrire une histoire aussi sombre que les personnages sont charismatiques.

A l'image de « The Hitcher » et « Terminator », « Aux Frontières de l'Aube » possède une ambiance incroyablement prenante. Aux multiples effets de lumière vient s'ajouter une bande son rythmée et atmosphérique qui souligne à la fois le côté frénétique de l'action et la poésie visuelle du film. Mais si « Aux Frontières de l'Aube » est bien un film de vampires, il se permet plusieurs incursions dans des genres différents.
Le film se déroule comme une enquête policière et réserve son lot de courses-poursuites comme tout polar qui se respecte mais il reprend également des éléments du western (le héros qui monte à cheval, les grandes étendues, les révolvers et les éperons de Severen, le règlement de compte dans la ville...), sans oublier les différentes références au monde vampirique. En brassant ainsi les genres, le film ne perd pas de sa personnalité mais au contraire s'en retrouve grandi.

Enfin, on ne pourrait parler du film sans évoquer son excellent casting. Ici aussi l'influence de Cameron est flagrante puisque l'on ne retrouve pas moins de trois des acteurs qu'il a (ou va) employer : Lance Henriksen (« Aliens », « Chasse à l'Homme ») dont le physique particulier lui donne l'occasion d'incarner un méchant remarquable et sadique, Jenette Goldstein et son regard incendiaire (que l'on retrouvera en mère adoptive de John Connor dans « Terminator 2 »), mais surtout Bill Paxton.

Ce dernier est un des grands fidèles de Cameron puisqu'il apparaît dans la quasi-totalité de ses films et c'est lui la révélation incontestable du film de Bigelow.
Fascinant mélange de rock star à la dérive et de pistolero sadique, son personnage ne rate jamais une occasion pour lancer une réplique savoureuse tout en se montrant implacable dans ses agissements. Tout en sarcarsmes et bestialité pure, Paxton fait de Severen le personnage le plus charismatique du film. A ses côtés, l'acteur qui interprète Caleb demeure presque insignifiant...



S'il reprend les principaux caractéristiques du film de vampire, « Aux Frontières de l'Aube » reste ancré dans la modernité et se décline comme un marriage sanglant en polar musclé et western urbain. En dépit de quelques rares défauts (souvent dus à la limitation du budget), le film de Bigelow s'impose comme une excellente révision du mythe du vampire, intelligemment écrit, admirablement interprété par un casting de haut niveau et filmé de main de maître.
Sang pour sang efficace!

Note : ***

dimanche 12 juillet 2009

Silent Movie (la dernière folie de Mel Brooks)




Mel Funn, réalisateur de cinéma un peu trop porté sur la bouteille, prend contact avec le directeur d'un studio pour lui proposer une idée-d'après lui-géniale : tourner un film muet!





On se demande où ce sacré trublion de Mel Brooks va pêcher toutes ces idées!
Après avoir parodié le western, le film d'horreur, le film d'aventure, le péplum, les films de Hitchcok et ceux de SF, il se lance dans un projet complètement absurde : réaliser un film muet, 50 ans après l'apparition du son au cinéma...
Un idée complètement folle qui caractérise bien le bonhomme.


Pas de paroles donc mais des cartons sur lesquels sont écrits les répliques comme dans les années 20, accompagnée par des partitions que l'on croirait d'époque. Fidèle à Mel Brooks, John Morris compose une musique joyeuse et endiablée, véritable hommage aux films de Charlie Chaplin et Buster Keaton.
En revanche, le film bénéficie des effets sonores. Mais pas n'importe lesquels.
Mel a bien fait attention de sonoriser son film à l'ancienne en utilisant les bruitages les plus vieillots et incongrus possibles.
Le décalage entre les images réalistes et les bruits cartonnesques est réellement frappant.


Du côté des acteurs, on retrouve Mel et sa bande dont Dom Deluise, légèrement enrobé, et Marty Feldman et ses célèbres yeux de caméléon.
Mais la grande surprise c'est qu'un grand nombre de stars se sont prétées au jeu.
Dans leur propre rôle, on ne trouve pas moins que James Caan, Burt Reynolds, Liza Minnelli, Paul Newman Anne Bancroft et le Mime Marceau!
Chacun a droit a sa petite « minute de gloire » et on prend un réel plaisir à les voir se moquer d'eux mêmes (Burt-je m'aime!-Reynolds) ou à dévoiler leurs talents cachés (Anne Bancroft qui imite Feldman!, faut le voir pour le croire ).


Adepte de l'humour absurde et du non sens visuel, Mel Brooks n'a pas besoin de son pour rendre son film réjouissant. Les gags visuels sont légions et se suffisent à eux mêmes.
Soyons honnêtes, ces gags ne sont pas tous drôles et certains tomberaient même complètement à plat sans la mise en scène inventive de Mel Brooks.
Néanmoins, on ne peut pas rester insensible face à ce débordement d'imbécilités parfaitement maitrisées. On ne cesse de s'étonner de l'imagination sans limite de cet homme orchestre (Mel Brooks, réalisateur, scénariste et acteur) qui élève le rire au rang d'art.

Les idées, plus ou moins bonnes, fusent sans nous laisser le temps de souffler et certaines scènes confirment à elles seules la réputation de Mel Brooks comme l'un des plus grands comique de notre temps : ce n'est pas tous les jours que l'on a l'occasion de voir Anne Bancroft (Mme Mel Brooks dans la vie) et son mari se lancer dans un numéro de danse effréné ou encore Paul Newman (fan de courses automobiles...) participer à une course poursuite en fauteuil roulant.

Quant au seul mot du film, il sera ironiquement prononcé par le mime Marceau!




Une fois de plus Mel Brooks et sa bande sortent l'artillerie lourde pour nous faire passer un bon moment. Parmi cette avalanche de gags absurdes, seule la moitié retiendra l'attention mais le film contient de vraies pépites dont il serait dommage de passer à côté.
Il fallait vraiment s'appeler Mel Brooks pour oser faire un film muet au XXème siècle ; rien que l'originalité du projet mérite le respect.

Note : **