vendredi 5 juin 2009

In and Out



Howard Brackett enseigne la littérature et la poésie anglaises au lycée de Greenleaf, une paisible bourgarde de l'Indiana où il a passé son enfance. Célibataire desinvolte, il est fiancé depuis trois ans à la timide Emily Montgomery, qui attend avec impatience leur mariage, comme sa mère. C'est alors qu'un de ces anciens élèves, devenu comédien, recoit un Oscar à Hollywood. Filmé par la télévision, il rend un hommage public à son ancien professeur et inspirateur, Howard Brackett...en disant qu'il est gay.




Frank Oz est l'un des marionnetistes les plus célèbres du cinéma : « La petite boutique des Horreurs » c'est lui, « Labyrinthe » c'est lui et sans lui Yoda n'aurait jamais vu le jour...
Mais Frank Oz c'est aussi un grand réalisateur de comédies virulentes et satiriques.
Moins trash que « Joyeuses Funérailles », « In and Out » est une sacrée bonne surprise.

Oz aime les personnages atypiques et les secrets de famille perturbants .
Dans « Joyeuses Funérailles », on apprend que le défunt était homo. Cette fois c'est au tour d'un professeur de poésie anglaise, sur le point de se marier, de faire les frais de sa « mauvaise réputation ».
Pour lui, tout bascule du jour au lendemain à partir du moment où toute la ville le croit gay : la presse ne le lâche plus d'une semelle, sa famille prend ses distances, ses élèves se méfient de son comportement et un mystérieux journaliste entre dans sa vie... Mais est-il vraiment gay? Il n'en est plus sûr lui même...

C'est vrai qu'il roule à bicyclette, que ses manières sont plutôt efféminées et que sa virilité laisse à désirer. Le personnage est magistralement campé par le génial Kevin Kline. Kline maîtrise à merveille les subtilités de son rôle et évite la caricature trop facile : on est loin de la « Cage aux Folles ». Sa performance lui vaudra même une nomination aux Golden Globes.

Le reste du casting est vraiment excellent.
Entre les crises de nerf de Joan Cusack (nominée aux oscars comme meilleur second rôle) et la belle gueule de Matt Dillon, au rôle bien moins stéréotypé que ce que l'on attend, on prend un vrai plaisir à admirer le jeu des acteurs.
Sans oublier Tom Selleck, méconnaissable (!) sans la moustache king size de Magnum...
On apprécie aussi les apparitions de Glenn Close et Whoopi Goldberg qui se prêtent au jeu en jouant leur propre rôle.


Frank Oz jubile à démolir tout le monde : du monde du showbizness, en passant par le mariage et la religion (la scène de la confession), des tops models jusqu'à se moquer ouvertement de la cérémonie des oscars...pour le réalisateur rien n'est sacré.
Avec lui, tout le monde se retrouve à cacher son petit secret.
Personne n'est ce qu'il semble être ; façades et masques tombent les uns après les autres pour la plus grande susprise de tous.


Bien que classique, la mise en scène ne laisse échapper aucun détail croustillant.
Pourtant ce sont bien les dialogues qui donnent au film tout son sel. Même si parfois le trop plein de mélo se fait sentir, l'ambiance est au règlement de comptes.
Les répliques mémorables volent dans tous les sens et c'est souvent méchant. Mais jamais de mauvais goût.
Et même si la bande son repose essentiellement sur des tubes discos (dont « I will survive » et les chansons de YMCA, égéries de la gay attitude, Frank Oz ne sombre jamais dans la farce grotesque.

En lui même, le film n'invente rien et la happy end forcée (tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil : tout le monde il est gay...) est vraiment ridicule. En revanche, Oz se permet de sortir des sentiers battus en nous offrant des moments d'une extravagance rare pour une comédie britannique : rarement mariage n'aura été aussi mouvementé et la séquence de la cassette audio est à tomber par terre!


Frank Oz ose! On peut reprocher au film d'enforcer des portes ouvertes, que sa morale finale est particulièrement niaise et qu'il n'améliorera probablement pas la tolérance envers les homosexuels. Mais quel pied! Oz ne respecte rien et le phlegme britannique disparaît rapidement pour laisser place à une impertinence réjouissante.
Les acteurs, tous formidables, s'amusent comme des fous à jouer des rôles à contre courant et leur bonne humeur communicative rejaillit sur l'ambiance générale du film, assurant aisément le spectacle.

En dépit de rares maladresses, « In and Out » s'affirme comme une des comédies les plus mordantes du réalisateur.

Note : ***

Les lois de l'attraction



Dans une université, aux Etats Unis, quatre étudiants tentent d'assouvrir leurs fantasmes sexuels : Lauren, habituée aux déceptions sentimentales, s'éprend, comme Lara sa camarade de chambrée, de Sean, tandis que Paul, un étudiant bisexuel, cherche à obtenir les avances d'un garçon qui les lui a déjà refusées à plusieurs reprises.





Avec un résumé pareil, on pouvait s'attendre à un gentil mélodrame dégoulinant de bons sentiments, une comédie pour ados à la « American Pie » ou carrément un pilote pour une nouvelle série à la mode. Tout.
Tout, mais pas ça!


Il y a des films qui vous emportent corps et âme sans que vous sachiez exactement pourquoi. Est-ce le scénario, la mise en scène, le jeu des acteurs? Impossible de savoir ce qui attire autant dans « Les lois de l'attraction » mais une chose est sûre, on reste littéralement scotché à l'écran, incapables de quitter le film des yeux.

Pas étonnant quand on sait que le scénariste et réalisateur n'est autre que Roger Avary, à qui on doit le scénario du cultissime « Pulp Fiction ».
Adapté du roman de Bret Easton Ellis, « Les lois de l'attraction » est plus qu'un simple film sur les déboires amoureux d'une bande de jeunes, bien plus.
Mais encore une fois, difficile d'exprimer clairement ce que l'on ressent en voyant le film.

Il faut reconnaître avant tout la qualité du scénario, basé sur des relations plutôt complexes, et la finesse d'écriture des dialogues. Il n'est pas rare d'entendre les monologues intérieurs d'un personnage durant une scène entière. Ils se livrent à coeur ouvert au spectateur alors qu'il leur est parfois impossible de faire le premier pas dans leurs histoires de couples.

« Les lois de l'attraction » bénéficie de nombreuses similitudes avec le chef d'oeuvre de Tarantino, à commencer par une mise en scène qui ne respecte pas un ordre chronologique.
Si Tarantino découpait chaque scène explicitement, Avary use et abuse des séquences tournées à l'envers.
Le passage pré-générique est un modèle de perfection dans ce domaine, où à chaque présentation d'un nouveau personnage, le film remonte littéralement le cours du temps jusqu'à montrer la scène d'un autre point de vue.
Le procédé n'est certes pas nouveau, mais aussi bien maîtrisé, il laisse pantois d'admiration.


Avary prend d'ailleurs un malin plaisir à casser les codes de la mise en scène conventionnelle grace notamment à l'utilisation de l'écran scindé, où deux personnages qui se parlent s'adressent en réalité à la caméra.
Ou encore ces séquences oniriques, où l'on voit simultanément ce que les personnages font et ce qu'ils fantasment de faire...

Il s'autorise également un jusqu'au boutisme que peu se seraient permis.
Entre un voyage en Europe raconté à la manière d'une « Auberge Espagnole » sous acide ou ce suicide dans une baignoire, véritablement choquant, (je défis quiconque de regarder la scène sans avoir un haut le coeur ou de faire une grimace...), Avary développe un style particulier qui se moque éperdument des tabous.
Pour autant, on n'assiste jamais à une surenchère de scènes d'orgies, de violence injustifiée et de vulgarités gratuites comme on pourrait imaginer.
Avary se concentre avant tout sur son scénario, noir mais férocement drôle, et sur la façon dont les relations entre les personnages s'enchevêtrent dans tous les sens.



Le second point commun entre les deux films c'est des dialogues jubilatoires et un casting absolument parfait. Tout au long du film, on retrouve la patte crue et fleurie du scénariste de « Pulp Fiction ».
Le film regorge de petites pépites qu'il est difficile d'apprécier sorties du contexte (je ne chercherai donc pas à en citer quelques exemples) mais qui garantissent de sacrés éclats de rire!

En revanche, pour ce qui est du casting, si « Les lois de l'attraction » ne bénéficie d'aucune pointure à opposer aux comédiens de « Pulp Fiction », chaque acteur incarne son personnage à la perfection, à commencer par James Van Der Beek (« Dawson »), charismatique en diable et incroyablement crédible dans la peau du psychopathe à retardement.
De même, on pourra se régaler des moues coquines et de la plastique aguicheuse de Jessica Biel et Shannyn Sossamon et de l'interprétation complètement déjantée du reste du casting.
Mention spéciale à l'acteur qui joue Richard/Dick dont la prestation courte mais mémorable restera longtemps dans les annales...


Enfin, quand on pense à « Pulp Fiction », on ne peut passer à côté de titres comme « Mirsilou » et « Girl, you'll be a woman soon » ; je parle évidemement de la bande son. Et pour ce qui est de créer une ambiance unique, Avary est vraiment un dieu dans son domaine.
La BO de « Les lois de l'attraction » est un petit bijou de passion et de fantaisie.
Les morceaux choisis mettent parfaitement en valeur le côté à la fois farfelu et exalté des situations et se veut aussi entrainant qu'éclectique.
De Blondie, à George Michael en passant par le « I can't live without you » de Harry Nilsson jusqu'à oser du Serge Gainsbourg(!), rarement bande son aura été si détonnante!

La mise en scène, hypnotique, captive jusqu'à la fin du film, qui malheureusement se termine un peu en queue de poisson...
Seul défaut notable (même s'il paraît que le livre se termine ainsi également) pour une oeuvre qui surprend, séduit et passionne constamment.

Encore un film pour les jeunes (enfin 16 ans minimum, vaut mieux) qui fonctionne sur la recette efficace « Sex, drugs and rock n roll », mais malgré les apparences, « Les lois de l'attraction », se place bien au dessus de la masse des comédies américaines pour ados.



Des protagonistes perturbés et shootés comme dans « Trainspotting », une bande son racée et des répliques savoureuses à la « Pulp Fiction », un univers réaliste basé principalement sur les relations sexuelles qui rappelle « Boogie Nights », une mise en scène décalée mais étonnament soignée et une violence crue et réaliste qui emprunte autant à Oliver Stone qu'à de Palma...
Le film de Roger Avary est un amalgame de tout ce qui a déjà été fait et refait des dizaines de fois, alors justement pourquoi est-il si bon?
La question n'a pas de réponse et c'est aussi ce qui fait son charme indéfinissable. Culte!

Note : ***

jeudi 4 juin 2009

Terminator Renaissance



En 2018, John Connor est devenu le chef de la résistance humaine contre Skynet et son armée de Terminators. Sa vision du monde est pourtant remise en cause par l'apparition de Marcus Wright, un inconnu qui se souvient seulement de s'être trouvé dans le quartier des condamnés à mort. Connor doit découvrir si Marcus a été envoyé du futur ou s'il est un rescapé du passé. Alors que Skynet prépare l'assaut final, Connor et Marcus s'engagent dans une odyssée qui va les mener au coeur même des opérations de Skynet...






TER-MI-NA-TOR, quatre syllabes qui résonnent aux oreilles des amateurs de SF et d'action musclée comme un chant de pinson.
4 syllabes qui auront marqué à jamais le paysage vidéoludique du cinéma de genre, qui auront propulsé un autrichien culturiste inconnu du grand public au rang d' icône mondiale et qui auront définitivement installé James Cameron comme le maître incontesté de la pyrotechnie intelligente.
Après Jonathan Mostow et son 3ème épisode en demi teinte, c'est au tour du réalisateur McG de tenter de faire renaitre (d'où le titre) cette saga inmanquable qui a démarré il y a déjà plus de 20 ans, en 1984...



"Terminator Renaissance" est le premier épisode à se dérouler dans le futur, c'est donc la suite de la saga ou plutôt non le prologue puisque à cette époque Kyle et le T 800 n'ont pas encore été envoyé dans le passé. Les évènements sont donc antérieurs aux films volets précédents mais demeurent chronologiquement postérieurs puisque c'est le futur...Attendez-vous donc à quelques imbroglios scénaristiques inévitables, voilà ce qui arrive avec les voyages dans le temps...
Le futur donc et apocalyptique qui plus est. Skynet a pris le contrôle de la planète alors que la race humaine est réduite à une poignée de résistants éparpillés qui se cachent dans les décombres d'anciennes villes. Cette ambiance post "Jugment Day", le réalisateur réussit à la rendre à merveille en utilisant une photographie sépia du plus bel effet et en tournant essentiellement dans des paysages désertiques et des villes en ruines. L'atmosphère à mi-chemin entre "Mad Max 2" et "Les Fils de L'Homme" n'en est que plus étouffante.


Chaque épisode de la saga ayant marqué les esprits par des scènes d'action époustouflantes, ce quatrième épisode se devait de placer la barre très haut mais tout le monde n'a pas l'étoffe d'un Mostow, encore moins d'un Cameron.
De ce fait avec McG, avec pour seul passage derrière la caméra les deux "Charlie et ses drôles de dames", à la barre, on était en droit de craindre le pire.
Au mieux, on écopait d'un film d'action honnête, au pire du sabordage pur et simple de la légende. Hauts les coeurs et chapeau bas, c'est une excellente surprise que nous offre le réalisateur!
Ne vous attendez pas à voir des centaines de robots tueurs dézinguer tout ce qui bouge dans un déluge de feu et de sang (peut être pour la prochaine fois...), en revanche préparez-vous à une série de courses-poursuites époustouflantes et à de redoutables batailles entre humains et machines.
Machines qui vont du "vulgaire" T 600 et sa gatling intégrée, à la moto de guerre autonome, en passant par les colosses mécaniques de plusieurs dizaines de mètres de haut. En effet l'époque futuriste permet au réalisateur d'intégrer de tous nouveaux modèles de machines de combat, ce qui autorise une grande variété dans les affrontements et empêche la lassitude de s'installer. Le tout, grace à une mise en scène efficace et rythmée et surtout à des effets spéciaux extraordinaires.


La saga Terminator a d'ailleurs marqué d'une pierre blanche le domaine des effets spéciaux dont le succès tient en 3 lettres : ILM.
ILM (dont Stan Winston, l'un des fers de lance, est décédé pendant le tournage du film...R.I.P Stan) , la société "son et lumière" maintes fois oscarisée de George Lucas qui a permis de créer de véritables mythes du cinéma comme les vaisseaux de "Star Wars" ou les dinosaures de "Jurassic Park", a accompli une fois de plus de véritables prouesses techniques en matière d'images de synthèse et nous bluffe du début à la fin du film.
Les machines sont ultra réalistes et échappent au côté "flou" de leur dernière production similaire : "Transformers". Un réel progrès qui nous laisse plus d'une fois pantois.

Mais ILM ce n'est pas que l'image c'est aussi le son. Et de même que le visuel, les effets sonores jouissent d'une qualité exemplaire, donnant une personnalité unique à ces monstres d'acier et soulignant sans peine leur aspect menaçant. Il suffit d'entendre le mugissement métallique du colosse, à vous glacer le sang, pour s'en assurer...
La musique va également dans cette direction en proposant essentiellement des sonorités industrielles angoissantes. Danny Elfman, qui succède à Brad Fiedel et Marco Beltrami, reste bien loin de son univers Burtonien fantastique dont il est si familier. Ici tout n'est que chaos, fracas et désespoir et ses partitions accablantes nous font bien savoir que le bout du tunnel est encore loin. Mais quel bonheur de retrouver le thème principal de la série !

Sans retenue et exploitant son énorme budget, McG multiplie les scènes d'action bourrines sans pour autant négliger leur aspect visuel.
Bénéficiant d'un montage de qualité, ces scènes brillent par leur inventivité autant que par leur clarté. Employant à bon escient les images de synthèse et truffant le film d'explosions massives (parfois jusqu'à l'écoeurement...), McG satisfera sans aucun doute les amateurs d'adrénaline et de sensations fortes.
On en prend plein les mirettes et plein les oreilles : le spectacle est total !



Mais le succès des Terminator vient du mélange habile entre action pure et réflexion philosophique. En effet, loin de toute pyrotechnie gratuite et prétentieuse, James Cameron avait su, à l'époque, donner à ses films ce que de nombreux metteurs en scènes modernes oublient (MichaelTOUSSETOUSSEBay...TransTOUSSETOUSSEformers..) : une âme.
Et en dépit de certaines critiques assassines de la presse, "Terminator Renaissance" n'est pas qu'un simple blockbuster froid et vide d'intérêt.
Au contraire, on peut être (agréablement) surpris de voir que le scénario n'a pas été laissé de côté : le film propose des réflexions intelligentes, à défaut d'être réellement approfondies, sur la nature humaine et ce qui nous différencie d'un vulgaire mixeur. Mieux, en proposant un personnage inédit dans la saga (chut...), il s'efforce de repousser toujours plus loin la limite entre l'homme et la machine.

Pour ce qui est des personnages, ils sont également suffisament approfondis pour qu'on s'intéresse à eux et sont joués de manière convaincante.
En tête de liste, Christian Bale, la star du moment que tout le monde s'arrache depuis "The Dark Knight" incarne un John Connor beaucoup plus impliqué que ne l'était Nick Stahl dans le 3ème épisode et se partage l'affiche avec un Sam Worthington tout en muscle mais aussi plus de cervelle que prévu.
Si les seconds rôles manquent parfois de profondeur, on appréciera le retour de Michael Ironside ("Total Recall", "Starship Troopers") et la participation de la superbe Helena Bonham Carter ("Sweeney Todd") qui joue un rôle déterminant dans l'histoire.


Des scènes d'action explosives et un scénario travaillé, le film partait décidément sur de bonnes bases mais encore mieux, McG fait preuve d'un respect admirable pour le matériau d'origine. Non seulement, il dispose quelques répliques cultes ici et là mais il conserve une bonne cohésion avec les épisodes précédents, tant au niveau scénaristique (comme les relations entre les personnages, la reprise de la photo et la voix de Sarah Connor, plus une belle surprise à la fin...) que de la mise en scène : on retrouve les modèles T 800 du premier film, les vaisseaux du second mais aussi l'imposant prototype du 3ème et la fin du film reprend les élements du 2ème épisode, comme la fonderie. Le film installe un univers cohérent sans oublier les éléments essentiels de ses prédecesseurs. En dépit de quelques scènes un peu navrantes (dont une love story bien cliché) et de quelques exagérations typiques du cinéma américain, ça reste du beau boulot.




En dépit des mauvais pressentiments, "Terminator Renaissance" porte bien son nom : il relance la saga pour de bon. Anticipant les blockbusters estivaux, le film fait une entrée fracassante dans cette saga de légende et s'affirme comme digne successeur de la série : Le film d'action de ce début d'été !
Même si je lui préfère amplement le deuxième épisode (rappelons qu'il avait gagné 4 oscars et 2 nominations et puis surtout que McG est loin d'avoir la fibre visionnaire de James Cameron...), je ne dirai qu'une chose : LA SUITE, LA SUITE !

Note : ***

lundi 1 juin 2009

Panic Room


Afin de commencer une nouvelle vie, Meg Altman achète une immense et splendide maison située dans un quartier huppé à l'ouest de New York. Son ancien propriétaire y a fait construire au dernier étage une pièce de sûreté dans laquelle on peut se réfugier en cas de menace extérieure et rester enfermé de nombreux jours grâce aux provisions qu'elle contient.
Cependant, Meg n'aurait jamais pensé s'en servir dès le premier soir. En effet, trois cambrioleurs ont pénétré dans la maison avec la ferme intention de dérober une somme de quatorze millions de dollars cachée par l'ancien maître des lieux. Tout porte à croire que ce butin est dissimulé dans la pièce de sûreté, là où se sont réfugiées Meg et Sarah.







En tant que réalisateur, David Fincher a deux personnalités.
Dans la première, il remplit des films glauques de scènes horriblement gores (« Fight Club », « Alien 3 », « Seven) et dans la seconde, il fait des thrillers angoissants dans un style beaucoup plus sobre (« Zodiac », « The Game »).


« Panic Room » fait sans conteste partie de la seconde catégorie.
Les plans sont léchés et la caméra se déplace librement à travers les moindres interstices de la maison, ce qui nous vaut un des plus beaux plan séquence de l'histoire du cinéma.
Les mouvements de la caméra permettent au réalisateur une liberté totale et s'il multiplie les gros plans extrêmes et les angles biscornus, il ne cède jamais à l'esbrouffe visuelle.


Vu que les héroines vont rester enfermées plus de la moitié du film dans leur cage à lapin blindée, Fincher ne pouvait pas choisir de meilleur point de vue que celui de la claustrophobie.
La maison est bourrée d'escaliers étroits et de recoins sombres et Fincher use et abuse des caméras de surveillance intégrées de la maison pour nous donner l'impression que l'on est réellement dans le film.

Si visuellement, le film est impeccable, on ne peut qu' applaudir l'ambiance sonore.
Le son est un aspect important du scénario. Dans ce genre de situation, le moindre bruit de pas est un arrêt de mort assuré, et les voleurs se doivent de rester le plus silencieux possible pour ne pas alerter le voisinage (même si en fait ils hurlent souvent...).
Si chaque bruit a son importance, c'est justement l'absence de son qui est le plus inquiétant (la scène sans effets sonores est d'ailleurs magnifique!) et Fincher joue habilement sur l'utilisation des caméras de surveillance « muettes » et des hauts parleurs.

Du côté de la musique, Howard Shore reprend les thèmes de prédilection de sa période Cronenberg et fait vibrer les cordes de façon particulièrement stressante.



Vu le contexte, on pourrait croire que le film suit un rythme lent pour installer une ambiance pesante, mais non. Si on frôle parfois la panique (encore une fois, la séquence sans bruitages), le montage est rythmé, les dialogues sont soignés et regorgent de références, les scènes s'enchaînent sans temps mort et sans que l'on s'en rende compte on a déjà passé 1h30 de pellicule!


Rien à dire donc du côté de la réalisation, mais c'est bien le scénario qui surprend le plus.
Le scénariste David Koepp est un habitué du fantastique et plus particulièrement des blockbusters (il a signé les scénarios de nombreux Spielberg dont « Jurassic Park »).
Ici ni fantastique, ni blockbuster mais un script remarquablement bien troussé.
Aux premiers abords, l'histoire semble très conventionnelle mais rapidement le scénario prend des tournures inattendues et nous prend constamment par surprise.

Non seulement les trois cambrioleurs ne sont pas de simples stéréotypes mais ils possèdent une personnalité recherchée qui sort des sentiers battus.
De leur côté, la mère et la fille, prisonnières dans leur propre maison, vont se révèler pleines de ressources.
Ce qui s'apparentait à un « simple » cambriolage va se transformer en véritable combat des esprits et chaque camp va devoir redoubler d'intelligence pour s'en sortir.
Malin, Koepp muliplie les surprises et ira même jusqu' à inverser les rôles...



Mais que serait le film sans ses interprètes?
Si Jodie Foster est toujours aussi excellente, on prend un vrai plaisir à admirer les prestations de Jared Leto ("Requiem for a Dream", "Lord of War") et Forest Whitaker ("Le dernier roi d'Ecosse"). Quand à Dwight Yoakam, s'il demeure caché un certain temps sous sa cagoule, il a la tête du parfait psychopathe.



On peut reprocher une fin typiquement Hollywoodienne où les personnages deviennent brusquement des murs de brique capable d'encaisser les coups : le méchant se prend un coup de masse dans la tête suffisamment puissant pour lui éclater le crâne comme un melon trop mûr avant de s'écraser un étage plus bas...ce qui ne l'empêche pas de remonter (sur les genoux, mais quand même..) et de faire son rôle de méchant.
Sans oublier que la cavalerie arrivera, comme toujours, juste quand on n'a plus besoin d'eux.



Malgré une fin un peu décevante, le film réussit à nous tenir en haleine durant deux heures entières. La mise en scène inspirée de Fincher, le scénario surprenant et les performances remarquables des acteurs suffisent pour faire de « Panic Room » un thriller passionnant.
Une fois que les cambrioleurs pénètrent dans la maison, on ne quitte plus l'écran des yeux!

Note : ***

Gangs of New York



1863, les Etats Unis sont au bord de la guerre de Sécession. A New York, la corruption a gagné à peu près tous les dirigeants politiques. L'un des quartiers les plus pauvres de la ville, Five Points, est la proie de la guerre des gangs. C'est en ces temps de chaos que Amsterdam Vallon, un jeune immigrant irlando-américain revient à Five Points. Son but : se venger de William Cutting alias Bill le Boucher, le puissant chef de gang qui s'oppose farouchement aux immigrants et qui a tué son père.





Superproduction hollywoodienne de renom, "Gangs of New York" avait fait parler de lui bien avant sa sortie. Le tournage qui s'étalait et qui n'en finissait pas et le montage maintes fois changé n'étaient rien face au sujet lui même : la guerre civile entre les natifs et les immigrants au coeur d'une Amérique en pleine crise identitaire et sociale. Sujet extrêmement controversé, cela va sans dire.



Nous sommes dans une époque où le racisme bat son plein. Noirs comme étrangers sont vus comme la peste par ceux qui considèrent que le pays leur appartient. Plus habitué à tourner dans un New York contemporain, Martin Scorsese doit recréer entièrement plusieurs quartiers du New York des années 1860.
Le budget colossal dont il dispose lui permet une reconstitution historique impressionnante de l'époque. Pas besoin d'avoir un livre d'histoire sous la main pour comprendre comment était la vie en ce temps là.

Dans les rues, on ne compte même plus les mendiants et les voleurs. Quant aux bistrots, ce sont des bouges crasseux où tout le monde s'entasse pèle mêle pour se rincer le gosier, prendre du bon temps avec les filles de joie ou parier sur un combat de coq. C'est le repaire de tous les poivrots, les soiffards et les miséreux de la ville. Par leur aspect malpropre et dégoûtant ils rappellent fortement le "Heavens Gate" de Michael Cimino.

A l'opposé, Scorsese filme des quartiers chics où le luxe transparait littéralement à travers le mobilier. Les personnes fortunées essentiellement issues de l'aristocratie y vivent aisément, à l'abri de la foule et du besoin. Ce sont elles qui contrôlent les quartiers plus défavorisés, dont Five Points, mais le seul contact qu'ils en ont c'est une petite promenade ,sous la protection de la police, dans les rues mal famées.

Ce sont donc les deux extrêmes que le réalisateur dévoile.



Pour adapter sa fresque historique, Scorsese nécessitait un casting d'exception.
Cette fois ni Robert de Niro, ni Harvey Keitel (ses acteurs fétiches) ne seront de la partie.
Le héros du film sera interprété par l'étoile montante Leonardo Di Caprio. Autant on peut lui reprocher de n'être qu'un acteur à midinettes ("Romeo + Juliette", "Titanic") autant il faut reconnaitre son talent lorsqu'il est bien dirigé.

2002 aura été une année faste pour Di Caprio : il aura tourné à la fois sous la houlette de Scorsese ET de Spielberg, ce qui, il faut bien l'avouer, n'est pas donné à n'importe qui.
Bref on oublie ces précédentes prestations pour se retrouver face à un très bon acteur. Inférieure à son rôle dans "Attrappe moi si tu peux", sa performance en temps qu'Amsterdam reste néanmoins parfaitement crédible. Il sait donner du charisme au personnage et ses sourcils constamment froncés en font un personnage mystérieux et arrogant qui suscite l'attention.
De plus sa voix off nous permet d'en savoir largement plus que ce que son comportement ne laisse transparaitre.

On peut trouver de mauvais goût qu'un américain de pure souche (il est né à Hollywood) joue le rôle d'un Irlandais mais ce n'est pas la première fois au cinéma que ce procédé intervient.
En revanche on apprécie la présence de Brendan Gleeson et Liam Neeson qui eux pour le coup sont de vrais acteurs irlandais.

La seule fille du groupe, Cameron Diaz, a une chevelure de feu et un tempérament de même. Si son histoire d'amour avec Amsterdam semble superflue, l'actrice nous rappelle qu'elle était autrefois une bonne actrice avant de se complaire dans les niaiseries pour ados attardés ("Allumeuses", "Charlie's Angels 2"...).


Mais c'est tout l'ensemble du casting qui s'efface en présence de Bill le Boucher, joué avec superbe par Daniel Day Lewis.
Day Lewis c'est un acteur, un vrai. Le genre de type qui symbolise à lui seul la bravoure et l'héroisme ("Le dernier des Mohicans") mais qui sait aussi interpréter des rôles beaucoup plus intimistes (oscar du meilleur acteur pour "My Left Foot" et "There Will be Blood").

Grace à lui, Le Boucher n'est pas le simple méchant du film qui tente d'imposer la peur sur Five Points, c'est à la fois un psychopathe menaçant, un homme d'honneur et une personne meurtrie qui doit vivre avec le poids du passé. L'acteur compose un personnage aux facettes multiples, terriblement humain, et lui apporte tout son charme et sa force de caractère pour en faire LE personnage du film que personne n'oubliera. Sa performance exceptionnelle lui vaudra une nomination aux oscars.



La réalisation elle même est particulièrement réussie.
La caméra de Scorsese se ballade librement dans les rues au cours de longs plans séquence à la logistique impressionnante et chaque plan est porteur d'une idée de cinéma, intelligente et efficace. Difficile d'oublier le début où l'on suit un groupe armé dans une espèce de grotte obscure, à peine éclairée par quelques torches, avant de découvrir brusquement les rues désertes de Five Points où la neige étincelante nous aveuglerait presque.

Dans sa représentation de l'époque Scorsese n'hésite pas à aller parfois vers le burlesque lorsqu'il met en scène deux équipes de pompiers qui se battent comme des chiffonniers au lieu d'éteindre l'incendie qui fait rage en arrière plan.
Mais pour parfaire une vision plus authentique, il s'offre même le luxe de filmer des scènes de théâtre chinois et d'intercaler de vraies images d'archives au cours des séquences les plus marquantes pour l'histoire des Etats Unis.
Quant au plan final il est aussi lourd de sens que réussi esthétiquement.


La photographie se veut réaliste et met en valeur des décors remarquables. Elle ajoute également une atmosphère lugubre et funèbre qui colle idéalement à l'histoire sombre et aux personnages torturés.
La musique mérite aussi qu'on s'y attarde vu l'importance qu'elle joue dans le film.
Howard Shore c'est le compositeur mondialement connu pour la musique du "Seigneur des Anneaux" (3 films, 3 oscars pour meilleure musique!).
Moins réussie que les précédentes, la musique de "Gangs of New York" n'en reste pas moins remarquablement travaillée avec des morceaux superbes très "Hobbitiens".
L'utilisation récurrente des flutes et des tambours se marie à merveille avec des sonorités celtiques toutes droit sorties de "Braveheart".


Si elles sont loin d'être le coeur du film, les séquences de batailles restent saisissantes. On connaissait l'aptitude de Scorsese à montrer le côté réaliste de la violence mais il ne l'avait jamais fait à si grande échelle. La scène du début rassemblant des dizaines de figurants est d'une cruauté rare.
Piochant du côté de "Gladiator" pour les ralentis saccadés et chez "Braveheart" pour la brutalité des coups portés, la scène en devient presque viscérale.
Elle est comme ce duel à main nue entre Amsterdam et un homme du Boucher : désordonnée et vraisemblable.

La violence crue du film est amplifiée quand le Boucher compare le corps humain à celui d'un cochon : il explique la composition et le placement des organes et montre quel coup peut tuer, quel coup non. Il en donne carrément des frissons...

Ici les membres des gangs sont des "streetfighters" au sens propre, à savoir des combattants de la rue. Pas de chorégraphies martiales stylisées, pas de coup mortel encaissé sans broncher sous pretexte qu'on est le héros.
Les armes employées sont essentiellement des armes blanches (haches, couteaux, poignards, masses...) et chaque impact et visible à l'écran.
Le montage reprend l'idée des films précedemment cités ("Gladiator" et "Braveheart" entre autres) à savoir une accumulation rapide et brutale d'images gores et choquantes qui défilent jusqu'à l'écoeurement.


Le chaos des affrontements est palpable et soulève presque le coeur. Les lames taillent et s'enfoncent profondément dans la chair, on s'égorge et on s'éventre avec férocité et à la fin, les corps ouverts et démembrés recouvrent un sol maculé de sang.
C'est d'autant plus dommage vu la qualité de la première séquence que la fin soit aussi vite expédiée. Bien que spectaculaire (les canons des bateaux tirent sur la ville), le rapide duel dans le brouillard décoit quelque peu par son manque d'ambition. J'aurais souhaité un combat plus impressionnant, d'autant que pendant plus de 2h le film nous garde continuellement sous tension pour nous préparer au dénouement.


Hormis quelques facilités scénaristiques (l'inévitable rivalité entre les deux amis pour la fille) et une fin qui ne tient pas ses promesses, "Gangs of New York" reste indéniablement un grand film.
Lauréat de 10 nominations aux oscars ( dont meilleure photo, meilleur montage, meilleurs décors, meilleurs costumes, meilleur scénario, meilleur son, meilleur réalisateur, meilleur film et surtout meilleur second rôle pour Daniel Day Lewis), il impose définitivement Martin Scorsese comme l'un des plus grands cinéastes de notre temps...si l'on oublie son pâle remake de "Infernal Affairs".



Note : ***

Baby Blood



Yanka s'ennuie ferme jusqu'à ce qu'un événement étrange vienne bouleverser son existence : un être bizarre prend forme dans son ventre, une drôle de bestiole qui parle, qui a faim et soif...de sang frais!





« Baby Blood » est un film fantastique gore... français! C'est suffisament rare pour être signalé. Pour autant, est-ce à cause de sa nationalité gauloise qu'il est aussi mauvais?


Récompensé au festival d'Avoriaz 1990 par le prix spécial du jury, le film possède des qualités indéniables.
Avant tout, on peut saluer les responsables des effets spéciaux pour nous offrir des scènes de tripaille sanglantes et extrêmement violentes qui raviront les amateurs. Ces effets spéciaux garantissent un nombre impressionnant de séquences choc assez perturbantes qui culminent avec celle de la «  peau de bébé », au sens littéral du terme.

Ensuite, on peut apprécier l'originalité du scénario et les nombreuses mises en abîme grace aux nombreux parallèles entre la naissance, l'enfantement et la création universelle. Je n'en dis pas plus...
Un thème passionnant mais plus ou moins bien mis en valeur selon les cas.



Mais ces quelques avantages ne suffisent pas à faire pencher « Baby Blood » du bon côté de la balance. Comme on dit : « sur le papier ça sonne bien, pourtant ».
Car dans les faits, la mise en scène molassone et l'amateurisme des acteurs le font malheureusement couler à pic.
Le réalisateur, Alain Robak, a du mal à trouver le ton juste et se contente le plus souvent d'aligner les scènes gores mais gratuites. Pour autant, il sait fait preuve d'inventivité, avec notamment des angles de caméra inattendus, mais le rythme du film est définitivement trop mou pour captiver réellement.



L'histoire aurait été idéale pour un court métrage mais elle demeure bien trop simpliste pour une durée d'une heure trente.
Les idées délirantes du scénario restent à l'état d'ébauches et sont le plus souvent sous-exploitées tandis que certaines scènes dispensables traînent en longueur.
Ainsi dans le film les hommes sont tous de véritables obsédés notoires unidimensionnels dont on se fiche totalement du sort (atroce) qui leur est réservé.
Quant au prologue dans le cirque, il se révèle bien trop long comparé à son manque d'utilité par la suite.

Même les scènes « drôles » sont ratées à cause d'un timing approximatif dans les répliques et de la pauvreté du jeu des acteurs.
Seule idée vraiment intéressante : le bébé qui parle en voix off (doublé par Robak lui même), sujet à des réflexions plutôt amusantes.



Mais le véritable problème de « Baby Blood », c'est le personnage principal. On sent que l'actrice met le paquet pour rendre son personnage crédible et ne recule devant rien pour nous le faire savoir. La nudité ne la dérange pas, pas plus que d'être recouverte de sang des pieds à la tête.
Malgré tout, elle ne réussit qu'à rendre son personnage antipathique et exaspère très rapidement à force de surjouer...



« Baby Blood » est un film culte pour beaucoup.
Culte parce qu'il a réussi à faire parler de lui au festival d'Avoriaz en étant considéré par Wes Craven(!) comme « le meilleur film du festival », ce qui lui a valu un coup de pub légendaire.
Culte parce qu'il est l'un des rares à présenter une femme (le personnage comme l'actrice) qui entreprend des meurtres aussi choquants.
Culte parce qu'en qualité de précurseur, c'est l'un des premiers films français aussi gore et qu'il a ouvert la voie à de nombreux fidèles dont Ian Kounen (« Doberman ») ou encore Matthieu Kassovitz (« Les rivières pourpres »).

Malheureusement, il n'en reste pas moins terriblement mal joué, ce qui gache la plus grande partie de son intérêt. On voit que le réalisateur s'est beaucoup amusé mais le plaisir n'est pas partagé. Et ce ne sont pas les apparitions en guest-star de Lafesse et Alain Chabat, géniales mais bien trop courtes, qui me feront changer d'avis.

Note : *

jeudi 28 mai 2009

Jusqu'en Enfer


Christine Brown, spécialiste en crédit immobilier, vit à Los Angeles avec son petit ami, le Professeur Clay Dalton. Tout va pour le mieux jusqu'au jour où la mystérieuse Mme Ganush débarque à la banque et la supplie de lui accorder un crédit supplémentaire pour sa maison. Christine hésite entre la compassion et la pression de son patron, Mr Hicks, qui la voudrait plus ferme avant de lui octroyer une promotion. Fatalement, Christine choisit sa carrière, même si sa décision met Mme Ganush à la rue. Pour se venger, la vieille femme jette la malédiction du Lamia sur Christine, transformant sa vie en un véritable cauchemar...





Après avoir fait planer l'homme araignée dans la stratosphère du box office pendant 3 épisodes, Sam Raimi effectue un retour aux sources et replonge avec délice dans l'horreur burlesque, genre qui l'avait fait connaître avec la trilogie des "Evil Dead". Le scénario de "Jusqu' en Enfer" est d'ailleurs assez similaire à celui de la fameuse trilogie puisque dans les deux cas on y parle de sorcellerie, de possessions démoniaques et de malédictions. Rien d'étonnant puisque le-dit scénario a été en réalité écrit juste après "L'Armée des Ténèbres".
Alors "Jusqu' en Enfer", un "Evil Dead 4" potentiel?



Si on devait comparer "Jusqu' en Enfer" à l'un des "Evil Dead" ce serait bien le tout premier : c'est le seul où l'horreur pure se marie avec la comédie, les autres épisodes demeurant largement plus drôles qu'effrayants. En effet, "Jusqu' en Enfer" fait peur. Et faire peur aujourd'hui n'est plus à la portée de n'importe qui, la preuve avec tous ces slashers et remakes horrifiques sans saveur ni originalité que l'on voit deferler sans relâche sur nos écrans...
Mais Sam Raimi n'est pas tombé de la dernière pluie et connait parfaitement les règles du jeu.

Pas besoin de verser des héctolitres de sang pour faire sursauter le spectateur, une porte qui grince suffit amplement. Une porte bien grosse qui grince de plus en plus fort, accompagnée par des hurlements stridents à vous glacer le sang, des fenêtres qui volent en éclat, des sons de l'au delà qui font trembler les murs et sur lesquels se dessinent des ombres menaçantes. Le tout qui survient brusquement après un silence de pierre tombale avant de disparaître aussi sec, là oui ça fait peur !



Honnêtement, la recette n'est pas nouvelle et Raimi ne fait que reprendre ce qui marchait si bien dans les "Evil Dead". Après tout pourquoi montrer un esprit maléfique et limiter l'imagination du public alors qu'une simple caméra en vue subjective et une déferlante d'effets sonores jouent un bien meilleur rôle?
C'est donc un film à l'ancienne que Raimi nous a concocté mais qui dit ancien ne veut pas forcément dire dépassé.
Raimi le sait bien et (se) joue des codes du genre avec délectation, notamment dans le domaine du gothique : héroine apeurée, maison hantée, vieille batisse délabrée, sortilèges, démons et esprits frappeurs (qui pour le coup donnent de sacrées baffes !), cimetière... On ressort les vieilles ficelles sans aucune honte mais c'est pour mieux les mettre au goût du jour car si l'héroine est apeurée elle n'est sûrement pas sans défense et ce n'est pas un manoir délabré qui est la proie d'esprits vengeurs mais une maison de banlieue flambant neuve.

Toujours dans l'idée de continuité entre l'ancien et le nouveau, on ne peut qu'apprécier le générique tout en gravures animées qui nous remémore les vieux "Dracula", quant au jeu des ombres sur les murs, elles renvoient directement au "Nosferatu" de Murnau, un incontournable du gothique.





Ce qui impressionne le plus dans "Jusqu' en Enfer" c'est la qualité de sa réalisation. D'abord un grand bravo aux décorateurs qui ont accompli un travail remarquable tant sur le mobilier que sur les décors en général (dont la superbe salle d'invocation).

La musique de Christopher Young, sans être exceptionnelle, met directement dans l'ambiance grace à une utilisation prononcée d'instruments à cordes, de choeurs inquiétants et de sonorités stridentes.
Tout le contraire de la photographie, chatoyante, et du montage qui créent une impression de "vie de tout les jours" et ne donne que rarement des indices sur ce qui va se passer. C'est d'ailleurs cette voie que va suivre Raimi tout au long du film ne laissant jamais entrevoir quand et comment se manifestera la prochaine attaque. Dans les faits il joue surtout sur les silences prolongés avant de nous plonger dans un vacarme aussi violent que soudain, sans oublier une remarquable mise en scène des effets chocs, qui ne surviennent à l'écran qu'au tout dernier moment.
Sincèrement, ça marche. Si certains réalisateurs emploient cette méthode à tort et à travers sans aucun effet de style, Raimi jouit d'un timing parfait entre les silences et les bruitages et a le chic pour nous prendre au dépourvu et nous faire littéralement bondir de notre siège. Pacemakers déconseillés...

En revanche en matière d'horreur pure, hormis le jeu du "1, 2, 3....BOOOOOOH!" cité ci-dessus, on devra se contenter de quelques maquillages plutôt réussis (rhaa les lentilles de Flor de Maria Chahua!!) et de jets de liquides peu ragoûtants. C'est peu...




Côté humour maintenant. Que ceux qui n'ont pas cru qu'ils allaient éclater (littéralement) de rire en regardant les "Evil Dead" sortent de la salle, ce film n'est pas fait pour eux. Libéré de toute pression commerciale (le film n'a rien d'un blockbuster à la "Spiderman"), Raimi s'en donne à coeur joie dans le trash hilarant qui lui va si bien. "Jusqu' en Enfer" possède donc une facette cartoonesque aussi innatendue que jouissive (la règle en travers de la gorge, l'enclume accrochée à la corde...) qui rappelle les meilleurs moments des aventures loufoques de ce fameux Ash. Même si les scènes poilantes se comptent-hélas-sur les doigts de la main, le film nous fait profiter d'éclats de rires bien sentis.




Les "Evil Dead" c'était aussi un casting de légende et quid de celui (ou celle pour l'occasion) qui a la lourde tache de succeder au génialissime Bruce Campbell? Bah de toute façon, faire mieux que lui relève du miracle...
Pourtant le casting de "Jusqu' en Enfer" recèle bien des surprises. Dans la peau de l'héroine on trouve Alison Lohman, la révélation de "Les Associés" de Ridley Scott, une jeune actrice aussi belle que douée et qui dépense une énergie considérable pour rendre son personnage convaincant.
Son petit ami est joué par Justin Long qui, je persiste à dire, est certainement l'un des meilleurs acteurs de sa génération. Spécialisé dans les seconds couteaux qui détendent l'atmosphère ("Die hard 4", "Admis à tout prix", "Dodgeball"), ses expressions sont souvent très drôles et il est parfait quand il s'agit de balancer des vannes. Bien que très limité, il apporte charisme et crédibilité à un personnage qui n'est là que pour mettre l'héroine en valeur.
Le couple gagnant du mois, donc.

Sans oublier un David Paymer ("Séquences et Conséquences", "Get Shorty"), génialement détestable dans la peau d'un directeur de banque sans scrupules et Lorna Raver qui volerait presque la vedette derrière son maquillage pourrissant et son oeil de verre.



Mais malgré toutes ses qualités, force est d'avouer que le film n'atteint pas les cimes des "Evil Dead". Si durant la première partie, on va de surprise en surprise en enchaînant des scènes jubilatoires, la seconde moitié manque de punch. Le réalisateur assure le spectacle mais on ne peut s'empêcher de se dire qu'il aurait pu aller bien plus loin. Comparé à "Evil Dead 2" par exemple, le film reste bien trop sage. Un peu de folie aurait été salutaire d'autant que Raimi disposait de moyens largement suffisants pour donner libre cours à son imagination débordante. Si certaines scènes sont de véritables joyaux, d'autres ne font que ralentir le rythme du film. Le dîner chez les parents a déjà été vu et archi-vu et se révèle au final sans intérêt pour la suite de l'intrigue, de même que le contexte économique, qui n'est traité qu'en surface.

Quant à la fin, annoncée par le titre, elle survient, abrupte et sans concession, alors que l'on s'attend à ce que le film nous révèle l'apothéose tant attendue mais qui ne viendra jamais. Peut-être qu'un petit épilogue? Mais non, déjà le générique défile et nous de rester sur notre faim...





A une époque où les films d'horreur ne jurent que par la surenchère de gore et de violence gratuite, "Jusqu' en Enfer" apparaît comme une bouchée de fraîcheur. Admirablement filmé et joué par des acteurs talentueux et charismatiques, le film aligne les clichés du genre pour mieux les déformer dans la bonne humeur. On sent que le réalisateur surdoué Sam Raimi a pris un plaisir fou à sortir du carcan des méga-productions hollywoodiennes pour retrouver ses délires d'éternel ado accro aux sensations fortes.
Malheureusement, le film s'embourbe un peu dans sa seconde partie faute d'un rythme en dents de scie et de scènes qui se dispersent où qui s'éternisent.
Pas la révolution tant attendue (la presse en chante les louanges...) mais un bon petit film d'horreur "old school" qui vous fera autant rire que bondir.
Attention l'abus de pop corn est dangereux pour la moquette.


Note : **