samedi 2 mai 2009

Mulan




Mulan est une jeune chinoise, fille unique d'une famille noble. Lorsque la guerre éclate avec les Huns, menés par Shan Yu, une homme est réquisitionné dans chaque famille pour défendre le pays. Afin d'éviter à son père malade de partir au combat, Mulan décide de prendre sa place en se faisant passer pour un homme.
Si l'on découvre sa véritable identité, sa famille sera déshonorée et elle, exécutée...




Inspiré d'un poème chinois, "Mulan" est le 54ème long métrage d'animation de Disney. Si les traditions chinoises jouent un rôle important avec notamment des thèmes comme l'honneur, le sacrifice de soi et la place des femmes dans la société, "Mulan" porte définitivement la patte Disney.
Sur la même lancée que "Hercules" sorti un an plus tôt, le film s'approprie le sérieux de la culture et de la mythologie chinoise pour arroser le tout d'un humour irrévérencieux très appréciable : le père de Mulan se retrouve à prier entouré de poules qui picorent et le dragon protecteur de la famille devient un lézard de poche aussi bavard que maladroit.

Mulan est une fille aussi charmante que raffinée et c'est d'autant plus drôle de la voir se transformer en vrai goujat quand elle se fait enrôler dans l'armée. Elle fait connaissance avec de vrais idiots, bagarreurs mais loyaux, et surtout avec le beau Shang, capitaine des troupes.
De son entraînement laborieux jusqu'au dénouement sans surprise, on prend plaisir à suivre ses aventures, d'autant que Mushu et le criquet porte bonheur qui l'accompagnent font office de partenaires de choc. Si ce dernier ne parle pas, Mushu lui ne s'en prive pas pour donner son avis sur tout et surtout pour donner des conseils plus ou moins avantageux pour Mulan.
Doublé avec brio en français par José Garcia et en anglais par Eddy Murphy, le personnage de Mushu est une boîte à rire sur pattes et chacune de ses interventions donne l'occasion de se poiler un bon coup.


Comme souvent chez Disney, le méchant subit une attention particulière et Shan Yu possède un design parfait. Mélange idéal entre un Conan asiatique et un vampire assoiffé de sang, son visage est aussi effrayant que charismatique. Son rôle est résumé à celui de simple brute mais son apparence seule suffit à déclencher l'engouement. Dommage qu'il n'apparaisse pas plus souvent à l'écran...


La réalisation n'est pas en reste est s'offre même une scène de bataille aussi impressionnante que brève : la charge dans la montagne, savant mélange de 3D et de dessin traditionnel, est certainement le morceau de bravoure du film.


Bien que l'ambiance soit souvent à la légèreté, l'émotion est bien présente, véhiculée par une mise en scène inspirée et une musique magnifique.
Comme tous les classiques de Disney, "Mulan" contient son lot de chansons plus ou moins entraînantes dont "I'll make a man out of you" et le final ("True to your heart") en sont le point d'orgue.

Quant à la musique, pas de Alan Menken ("Aladdin", "la Petite Sirène") ou de Hans Zimmer ("Le Roi Lion") sous la main mais Jerry Goldsmith fera l'affaire.
Avec plus de 100 musiques de film à son actif, Goldsmith reste l'un des compositions les plus célèbres du cinéma.
Majestueuse, épique et dépaysante, la musique de "Mulan" vient rejoindre la vingtaine de nominations aus oscars qu'il a reçu durant sa carrière.




Héros (héroïne, pour l'occasion) naïf, épreuves à surmonter, chansons, histoire d'amour, morale facile, émotions, combat final entre le bien et le mal et bien sûr humour : le cahier des charges Disney est respecté à la lettre.
"Mulan" n'atteint pas les cimes d'un "Roi Lion" mais reste un très bon dessin animé pour petits et grands. Un divertissement de qualité.

Note : ***

Boulevard de la mort



Stuntman Mike sillonne les routes en tuant les femmes qu'il trouve sur son chemin. Pour cela il a une méthode bien particulière : il se sert uniquement de sa voiture.




Le nouveau film de Quentin Tarantino.
Les grands fans de « Pulp Fiction » et de « Kill Bill » seront probablement déçus de la part de l'enfant terrible du cinéma qui revient moins en forme que d'habitude.
Mais il faut connaître l'histoire du film pour mieux le comprendre.

Au départ Quentin Tarantino et Robert Rodriguez avaient l'intention de faire chacun un film rendant hommage aux sérials des années 70, des films violents et gores, sans scénario ou presque, avec pour personnages principaux des loubards charismatiques ou des bombes à grosse poitrine.
Leur projet prend forme et s'appelle « Grindhouse ».
Le segment réalisé par Rodriguez est « Planet Terror » et celui de Tarantino s'appelle « Boulevard de la mort ».
Chaque film ne dure qu'une heure et va donc a l'essentiel, se concentrant sur l'action pure.

Malheureusement, en passant par la case "commercialisation européenne", les réalisateurs décident d'exploiter chaque film séparément : chacun tourne alors des scènes supplémentaires pour atteindre une durée minimale d'1h30, voire 2h en ce qui concerne le segment de Tarantino.

1 heure supplémentaire de quoi? De dialogues interminables entre poufs vulgaires qui s'éclatent à énumérer leur conquêtes amoureuses et les positions qu'elles aimeraient essayer. Les scènes arrivent comme un cheveu sur la soupe et monopolisent quasiment la moitié du film.
Ces dialogues ne renforcent même pas la personnalité des héroines et ne rajoute certainement pas de l'intérêt au scénario déjà minimaliste...

Voilà pour le gros point noir du film.


Passé cette déception, on retrouve un Tarantino pur jus qui se fait plaisir avant tout.

« Boulevard de la mort » est pour ainsi dire un pot pourri de toute la culture Tarantinesque, en particulier, donc, les sérials des années 70.
Les héroines sortent tout droit d'un film de Russ Meyer, les poursuites automobiles tiennent autant de « Mad Max » que de « 60 secondes chrono » et la fin est directement tirée de « Faster Pussycat Kill Kill ».

Mais le pire c'est que Tarantino cite ouvertement les films auxquels il emprunte : entre les filles qui en parlent autour d'une bière, les innombrables affiches sur les murs et les plans remarquablement bien choisis, le film est truffé de références pour cinéphiles avertis.

Le film (la pellicule) lui même fait l'objet d'un soin particulier puisque l'image est parfois traversée par des rayures comme sur les vieux films et on a parfois l'impression qu'il manque un morceau de la pellicule. Tout ceci est évidemment volontaire : Tarantino cherche à mettre le public dans les mêmes conditions qu'il était lui, ado, lorsqu'il se gargarisait de séries B.


Tarantino ne s'arrête pas là. Le casting est à lui tout seul une mine d'or pour les connaisseurs.
Parmi les actrices, il récupère Rose Mc Gowan (« Planet Terror ») et Rosario Dawson (« Sin City ») , toutes deux égéries des films de son ami Rodriguez.

Et en parlant d'ami, qui c'est qu'on croise dans ce bar reculé? Eli Roth!
Qui est Eli Roth? C'est tout simplement le nouveau protégé de Tarantino à qui on doit « Cabin Fever » et « Hostel ». Roth n'est pas vraiment bon acteur mais ce qui compte c'est qu'il fasse une apparition dans le film de son pote.
Tout comme Tarantino lui même qui incarne...un amateur de cinéma!

Quand à Stuntman Mike, il n'est pas interprété par n'importe qui.
C'est l'acteur fétiche du maître du fantastique, John Carpenter, Kurt Russel lui même qui lui prête ses traits burinés.
L'acteur a été une grande star du film d'action pendant un certain temps mais il est pratiquement inconnu de la nouvelle génération.
En le voyant jouer cet ancien cascadeur de cinéma que personne ne reconnaît, impossible de ne pas faire la comparaison avec la carrière de l'acteur lui même.

Je l'ai déjà dit des dizaines de fois mais Kurt Russel est un de mes acteurs préférés. Il pourrait jouer une brosse à dents que j'irais quand même voir son film!
Il fait enfin son grand retour au cinéma et il est comme toujours impeccable.
On sent qu'il est HEU-REUX comme tout d'être là et on prend un plaisir indicible à le voir écraser sadiquement des pauvres décérébrées sans défense.


De la part de Tarantino, la réalisation ne surprend même pas. Léchée, soignée jusque dans les moindres détails que ce soit visuellement ou dans la bande son, le réalisateur effectue un vrai travail d'orfèvre. Chaque plan est une leçon de cinéma, chaque scène est une référence.
En tant que cinéphile boulimique, Tarantino s'amuse à partager son enthousiasme avec le public. S'il multiplie les citations et références aux films de sa jeunesse, il en profite également pour placer des clins d'oeil à ses propres films comme autant d' « inside jokes » que l'on doit reconnaître.
Par exemple, la voiture des filles dans la seconde partie est jaune avec une rayure noire. C'est évidemment une référence à la tenue d'Uma Thurman dans « Kill Bill » (qui est elle même une référence à celle de Bruce Lee).
Quant à la sonnerie du portable, elle ne vous rappelle pas un certain sifflotement bien connu?



Voilà, il y a donc deux façons de voir « Boulevard de la mort ».
La première c'est de regarder le film tel quel en profitant d'une mise en scène parfois viscérale, de la performance sans fausse note de Kurt Russel, tout en râlant sur le trop plein de dialogues parasites.

La seconde c'est de reconnaître le film comme un hommage sincère à un genre disparu, mis en scène par un réalisateur remarquablement inspiré qui prend plaisir à nous faire partager sa passion dévorante.... tout en râlant sur le trop plein de dialogues parasites.

Note : **

Géant




Au Texas dans les années 50, Bick Benedict et sa soeur Luz règnent en souverains absolus sur un immense ranch. Bick y installe Leslie, la fille d'une famille aristocratique rencontrée en Virginie, qu'il épouse sous le regard hostile de Luz et des Texans...




"Géant" c'est d'abord l'histoire parallèle entre une jeune femme de Virginie, Leslie, qui vient s'installer au Texas avec son mari Bick, propriétaire d'un ranch gigantesque et un pauvre cow boy simple d'esprit, Jeff, qui fait soudainement fortune.
Dans le film, Le Texas c'est du bétail et de la poussière à perte de vue. Un soleil accablant et une chaleur étouffante du matin au soir, rien à voir avec la fraicheur de la végétation luxuriante du domaine de Virginie.
Les hommes ne vivent que pour leurs troupeaux et se transmettent leur ranch de père en fils depuis des générations.

Mais le Texas c'est aussi le poids des traditions auxquelles on n'échappe pas, un racisme exacerbé et des mentalités bornées.
Chez eux, qu'ils le veuillent ou non, les fils doivent succèder à leur père et le rôle des femmes se limite à plaire à leur mari et à élever les enfants.
Quant au racisme, ce sont les Mexicains qui en font les frais. Ces "wetbacks" (littéralement "dos-mouillé", ils traversent la frontière à la nage pour pouvoir rejoindre les Etats Unis à la recherche de travail) sont traités comme des moins que rien. La plupart vivent dans la misère et sont emportés par la maladie dans l'indifférence générale.

A peine arrivée, Leslie va donc se retrouver confrontée à ces hommes butés et intolérants dont son mari fait partie intégrante.
Malgré tous les reproches qu'on lui fait, elle finira par donner quelques coups de pied bien placés dans la fourmilière et en femme fière et non-conformiste elle va décider d'améliorer la qualité de vie de ces immigrés, notamment en leur fournissant l'aide d'un médecin.


Entre conflits homme-femme, choc des génrations et rivalité économique, Bick subit de nombreux bouleversements moraux dans sa vie mais c'est ce qui le fera évoluer au cours du film : sa femme comme ses enfants lui font réaliser à quel point ses idées toutes faites sont étriquées.
Lorsque ses enfants naissent, il va se rendre compte que la tradition ne va pas être simple à leur faire accepter.
Son fils ne veut pas prendre la succession du ranch mais devenir médecin, quant à Leslie, elle se lie d'amitié avec les Mexicains et un cow boy qui travaillait pour Bick.

C'est là que débute la seconde histoire : celle de Jett Rink, un cow boy simplet qui par le coup du destin se voit devenir milliardaire suite à la découverte de pétrole sur son terrain.
C'est alors que les rôles s'inversent : Bick perd sa notoriété et le respect de sa famille tandis que Rink monte à la tête d'un gigantesque empire financier.
Mais les deux hommes se rendront compte que l'argent ne fait pas le bonheur....



Penchant nous un peu sur le titre. Géant. Qui est le géant du film?

Dans la première moitié du film; le géant c'est Bick qui possède un ranch de plusieurs milliers d'hectares et dont la fortune colossale le place à la tête de sa communauté. Mais dans la seconde moitié, il laisse malgré lui sa place à Jeff.
Au départ, Jeff ne cherche qu'à s'installer à son compte sur un petit terrain dont il a hérité mais le pétrole qui jaillit de son puit le propulse au rang des plus grandes fortunes. "From rags to riches" comme disent les Américains : du bas de l'échelle sociale il a gravi les échelons et a fait sa fortune.

Pourtant sentimentalement, aucun des hommes n'atteindra son but : à la fin de sa vie, Bick se considèrera comme un raté et Jeff sombrera dans l'alcoolisme et la dépression.

"Giant", ça peut vouloir dire géant OU géante et dans le film Leslie correspond bien au titre : dans un pays aux traditions bien ancrées, elle fera son possible pour faire évoluer les comportements. Elle militera pour des meilleures conditions de vie, en ce qui concerne les Mexicains, et pour son indépendance en tant que femme.

Les personnages sont donc "bigger than life" et chacun mériterait de s'approprier le titre.
Mais les géants sont autant les personnages que leurs interprêtes...

Si Rock Hudson (Bick) joue le rôle principal avec talent, il n'arrive pas à la cheville de James Dean.
Après "A l'Est d'Eden" et "La Fureur de Vivre", Dean crève une fois de plus l'écran dans la peau de Jeff Rink. Dean est considéré comme des plus grands acteurs ayant jamais existé et la personnalité qu'il insuffle à son personnage est juste extraordinaire.
Aussi sensuel que naif dans la première heure, son personnage se changera en un erzats d'un Howard Hugues excentrique, à la limite de la folie.
On ne le découvre pas à l'écran avant une bonne demi heure de film mais une fois qu'il y est, il nous fait oublier tout ce qu'il s'est passé avant.
Comparé aux autres personnages, on ne le voit pas beaucoup mais chacune de ses apparitions est un pur moment de cinéma et malgré sa courte présence, il sera nominé à l'oscar du meilleur acteur.
Sa performance à l'écran reste au delà des mots...

Malheureusement pour ce géant du cinéma, ce sera son dernier rôle : il trouvera la mort dans un accident de voiture avant la fin du tournage .


L'actrice principale est jouée par Elizabeth Taylor, considérée à l'époque comme une
des plus belles femmes du monde.
Formidable d'authenticité à n'importe quelle époque de la vie de son personnage, elle illumine le film de sa beauté.
Ses rares scènes avec James Dean sont mémorables.

Enfin, on découvre également un tout jeune Dennis Hopper qui deviendra par la suite, comme tout le monde le sait, un géant du cinéma américain ("Apocalypse Now", "Easy Rider", "Blue Velvet", "Speed"...).


Superproduction de 14 millions de dollars, le film lui même est un monument.
Il fut le plus gros succès de l'année 1956 pour la compagnie Warner.
Le film remporta l'oscar du meilleur réalisateur et 9 autres nominations dont meilleur film, meilleure musique, meilleurs costumes, meilleurs décors et surtout plusieurs meilleurs rôles et seconds rôles.

La réalisation de George Stevens parvient sans mal à se faire intimiste (les scènes de couple), solennelle(l'enterrement) et surtout grandiose (Rick qui mesure son terrain, les scènes avec le bétail...). Les décors sans fins, filmés sous un ciel majestueux, captivent par leurs couleurs éclatantes.
Portée par une musique prestigieuse et élégamment montée, la mise en scène joue sur les lumières et les caches pour se faire délicieusement poétique.



Malgré une durée intimidante (3h15 quand même!), le film est passionnnant par son histoire avant tout puis par les thèmes qu'il aborde mais il permet surtout d'apprécier les performances légendaires d'acteurs qui ne le sont pas moins .
Géant, le film l'est assurément!

Note : ****

dimanche 26 avril 2009

Big Nothing



A l'insu de sa femme policière, un écrivain frustré et au chômage décide de prendre sa revanche sur la vie en s'associant avec un arnaqueur imprévisible et son ambitieuse ex-petite-amie dans un plan de chantage "à toute épreuve".



La comédie « classique » où plusieurs personnes préparent un plan irréprochable pour récupérer une montagne de fric mais où tout dérape.
On pensait le genre usé jusqu'à la moëlle mais « Big Nothing » nous prouve le contraire.

Pour que ce type de film tienne la route il faut impérativement deux choses : un bon casting et un bon scénario.
Assurément, ce film possède les deux!

David Schwimmer, surtout connu pour son rôle dans la série « Friends » joue Charlie, un pauvre écrivain déprimé qui ne supporte plus de faire vivre sa famille avec un salaire minable. Il trouve un travail en tant que conseiller téléphonique. où il fait la connaissance de Gus.
Schwimmer n'est pas très expressif mais il laisse justement les plus grandes crises de nerfs à Simon Pegg qui joue Gus.

Simon Pegg fait partie du célèbre duo responsable des comédies parodiques « Shaun of the Dead » et « Hot Fuzz ». Il est l'un des acteurs comiques les plus importants du moment : il apporte au film toute la frénésie et le dynamisme qui le caractérisent et ses mimiques sont redoutables...

Moins connue mais néanmoins brillante est l'actrice Alice Eve, qui joue la blonde pas si écervelée que ça. Son personnage déjoue tous les stéréotypes et préjugés de ce genre de comédie et se révèle même bien plus futée que ses deux partenaires.


Au niveau du scénario, on a droit à d'excellents dialogues et à toute une série de situations innatendues. Non seulement, le film s'avère plus sombre et violent (allant parfois jusqu'au gore) que ce à quoi on pouvait s'attendre mais les scènes mélangent alègrement l'humour noir à l'absurde le plus total.
On est souvent pris au dépourvu par les retournements de situation les plus invraisemblables et le sadisme assumé de certaines séquences (le meurtre du diabétique).
Le scénario est totalement imprévisible et les faux semblants abondent.
Il faut se méfier des apparences (bien malin celui qui devinera la fin du film!).

Bien plus original que la plupart des comédies de ce type, le scénario fait intervenir pléthore de personnages secondaires, chacun bien loin de la caricature habituelle que l'on retrouve souvent.
Aucun personnage n'est unidimensionnel ; le film offre de remarquables portraits aussi variés que crédibles.


Si la mise en scène est au final assez plate elle parvient à mettre en valeur les situations saugrenues dans lesquelles s'ambarquent le trio infernal : clin d'oeil facile à « Matrix » ou plans divisés comme dans les films de « De Palma », le réalisateur multiplie les références avec enthousiasme.
Quant à la musique, les tubes pop/rock et Ramstein côtoient sans honte des choeurs latins que n'aurait pas renié « Carl Orff ».



Des dialogues décalés comme chez les frères Cohen, une violence extrême rappelant les célèbres « Very Bad Thing » et « Petits meurtres entre amis », des personnages à la fois attachants et antipathiques joués par des acteurs brillants..., le film possède de nombreux atouts qui valent le détour.
Malgré une réalisation assez convenue, « Big Nothing » tord le coup avec virulence aux stéréotypes de la comédie policière et rien que pour ça, le film mérite largement le coup d'oeil.

Note : **

Jeepers Creepers 2



Tous les 23 ans, une créature maléfique surgie des profondeurs de la Terre prend son envol et, durant 23 jours, sème la terreur et la mort. Son nom : le Creeper. Au 22ème jour de ce cycle infernal, le fermier Jack Taggart voit son jeune fils Billy se faire enlever et dévorer par le monstre.
A quelques kilomètres de là, un car scolaire transportant une équipe de basket, ses entraîneurs et ses pom-pom girls, tombe mystérieusement en panne en rase campagne. La nuit approche. Le Creeper alléché fond sur ses jeunes proies. Commence alors un combat désespéré pour la survie...




"Quel dommage!" Voilà ce qu'on se dit en voyant le film.
Si le premier « Jeepers Creepers » fait sans conteste partie des meilleurs films fantastiques de ces 10 dernières années, sa suite n'est qu'un film d'horreur pour ados tout ce qu'il y a de plus banal.


Si le premier se voulait inventif et bénéficiait de personnages charismatiques, celui ci aligne les clichés et ne propose que des stéréotypes vus mille fois à l'écran : dans le premier, on suivait l'histoire de deux personnages à la personnalité soignée alors que cette fois, le film met en scène un bus entier de clones sans saveur.
Le gros inconvénient c'est que s'il est facile de s'identifier à une ou deux personnes, c'est beaucoup plus dur de s'attacher à toute une douzaine.
Au mieux, on aurait pu en apprécier quelques uns parmi la foule mais le film ne prend même pas la peine de présenter les protagonistes. On se contente d'attraper au vol des bribes sommaires de leur tempérament pour parvenir à les distinguer.


Les dialogues étudiés et crédibles du premier opus font place à des séries de phrases grotesques que l'on a déjà du entendre des dizaines de fois et qui multiplient des « fuck » aussi gratuits que dispensables pour tenter de combler les vides dans la narration.
Pur produit pour teenagers mous du bulbe, le film met en scène une équipe de football américain accompagnée par des pom pom girls. Adieu le duo remarquablement travaillé du premier opus, place aux acteurs débutants et aux situations débiles et convenues.

Les mâles laissent plus de place aux démonstrations de virilité dus à un excès de testostèrone qu'à un semblant de raisonnement sensé, quant aux filles elles n'échappent pas non plus à la caricature : la plupart ne font que de la figuration et ce qu'on attend d'elles, à savoir : débiter des idioties sans importance avant de s'enfuir en hurlant.



L'identité du « Creeper » étant révélée dans le premier film, le réalisateur ne s'embête pas à installer une ambiance pesante, qui marchait si bien la première fois.
La créature fait rapidement son apparition et c'est là que le bas blesse : au lieu de dévoiler son apparence petit à petit, le réalisateur la plonge en pleine lumière dès ses premières apparitions.
Très vite, le « Creeper » n'est plus le monstre sanguinaire du premier film mais un simple cascadeur en costume suspendu par des cables, qui essaie tant bien que mal de nous faire peur...

En tant que suite, le film donnait l'occasion à Salva d'approfondir la mythologie de sa créature.
Malheureusement à part lancer des étoiles comme dans « Prédator » et se refaire une santé en absorbant ses victimes (cette fois on le voit à l'écran), rien de nouveau sous le soleil.


Mais ne nous cachons pas, si l'on regarde le film c'est pour espérer voir les personnages mourir de façon la plus atroce possible, non?
Avec une bonne vingtaine de victimes potentielles, l'amateur de gore avait de quoi se réjouir. Malgré tout, la violence du film se réduit à peau de chagrin. Décapitation ou pas, les scènes « choquantes » sont filmées de manière tellement risible qu'il est impossible d'être effrayé.



D'ailleurs en parlant de filmer, qu'est-il arrivé à Victor Salva pour qu'il se renie autant?
Où est passé la mise en scène soignée du premier film, que sont devenus ces effets de surprise brillants qui lui donnaient tout son cachet?
Plus de la moitié du film se déroule dans le bus, un lieu confiné où tout le monde se marche dessus et c'est à qui criera le plus fort pour qu'on l'écoute parler. C'était le moment idéal pour jouer sur la claustrophobie, faire des plans reserrés pour faire ressentir l'étroitesse du bus et créer une atmosphère étouffante.
Mais non, le réalisateur filme de la manière la plus banale possible et n'essaie même pas de se démarquer.

Fini également les sursauts dus aux scènes imprévisibles, ici tout n'est qu'effet facile.
Le son monte soudainement pour essayer de nous impressionner, le chien aboie aux moments propices et à chaque fois qu'un personnage a une réplique « importante », on peut être sûr qu'il est le prochain sur la liste.
Le film multiplie les "sursauts faciles" et s'il y avait un chat dans le bus, on ne serait pas étonné s'il bondissait vers la caméra accompagné d'un son strident...

Même la musique, de Bennet Salvay, est bien inférieure à celle du 1. En écoutant le générique, on s'aperçoit que Bennet a pourtant créé de belles compositions mais pendant le film, leur utilisation est tellement routinière qu'elles en deviennent insignifiantes.



Si le scénario du premier faisait preuve d'inventivité, celui là est l'exemple parfait du « film d'horreur pour les nuls ».
Une route déserte, un bus. Un méchant monstre rode ...PAF! un pneu éclate.
Voilà, le film peut commencer...
Les adultes qui interprètent le chauffeur et les accompagnateurs jouaient assez bien, enfin « bien » c'est un grand mot, mais comparés aux autres acteurs, ils paraissaient plus crédibles.
Problème : ils ne tiennent pas 5 minutes face au « Creeper ».
Nous voilà désormais plongés en compagnie d'un paquet de demeurés balourds et stupides, joués par des photos de mode insipides et le tout pendant plus d'une heure. Il va falloir s'accrocher!

Et ce n'est pas l'intervention de ce père, parti dans une croisade vengeresse contre le mal, qui tient plus du deus ex machina que d'autre chose qui fait remonter le niveau.


Pourtant Salva tourne quasiment avec la même équipe technique du premier « Jeepers Creepers » alors il est dfficile de savoir ce qui a mal tourné. Peut-être que les producteurs ne lui ont pas lâché la bride, peut-être qu'il était tenu de faire le film le plus accessible possible?
Dans tous les cas, on ne remarque plus sa patte que dans de très rares séquences.
L'intervention de Justin Long (l'un des acteurs du premier film) est réellement marquante, quelques cascades de voitures méritent le coup d'oeil et certains plans du « Creeper » sont magnifiques. A ces moments on retrouve le Victor Salva des grands jours!
J'ai même failli mettre * pour la séquence du grappin tant elle est réussie (comparée au reste du film).
Malheureusement ces instants de qualité sont de courte durée et l'ennui reprend vite le dessus.



« Tu sais quand, dans un film d'horreur, les gens se mettent à faire des choses vraiment débiles et qu'on les déteste pour ça? ». Cette réplique tirée du premier film résume parfaitement la situation dans laquelle on se trouve face à ce beau navet.

Une suite qui n'a aucune raison d'être si ce n'est de ramasser le maximum d'argent sur le dos de la franchise. Les amateurs du genre pas trop regardants sur la qualité apprécieront sûrement, pour les autres il ne reste plus qu'à se repasser le 1...
En deux film, Victor Salva a créé et détruit un mythe.

Note : 0

Jeepers Creepers



Les vacances d'été sont enfin arrivées et, comme chaque année, Trish et Darry, deux étudiants, frère et soeur, prennent la route pour rendre visite à leurs parents. Sur le chemin, un routier agressif emboutit l'arrière de leur voiture sans raison apparente.
Quelques kilomètres plus loin, Trish et Darry revoient le même camion, à côté d'une église abandonnée. Ils aperçoivent le conducteur, entièrement vêtu de loques, qui jette un corps dans une canalisation. Malgré les protestations de Trish, Darry veut en avoir le coeur net. Dès que la voie est libre, il va voir et s'engage dans le conduit. Il va y faire une découverte terrifiante...



Après avoir vu « Peaceful Warriors » je me suis enfin décidé à voir les « Jeepers Creepers » du même Victor Salva.

Le film commence de façon très classique : un couple d'adolescents roule sur une route de campagne perdue au milieu de nulle part.
La première bonne surprise c'est qu'ils sont frères et soeurs, on évite donc l'éternel cliché des deux tourteraux qui partent à l'aventure.
La seconde c'est que leur personnalité est particulièrement fouillée. On sent tout de suite une vraie complicité entre eux et ils se révèlent aussi attachants que crédibles.

Le frère Darry est joué par Justin Long qu'on a pu voir (et apprécier) dans « Admis à tout pris », « Dodgeball » ou encore « Die Hard 4 ». Un excellent comédien bien au dessus de la masse qui peuple les films pour ados.
Darry est un simple étudiant et n'a rien du macho sportif et beau gosse habituel pour un premier rôle.

Quant à sa soeur, interprétée par Gina Phillips, elle échappe à l'étiquette « blonde écervelée » pour devenir une jeune adolescente au caractère bien trempé.
Pas de machisme mal placé ici, non seulement elle ne passe pas son temps à pousser des cris stridents face à la caméra mais elle est de surcroît forte et pleine de ressources.

En tant que frère et soeur, ils se chamaillent, se racontent des blagues, prennent soin l'un de l'autre...on est immédiatement convaincu des liens qui les unissent et on s'identifie à eux dès les premières secondes.


En apparence, rien ne distingue le film des autres slasher movies qui peuplent les écrans pourtant on se rend vite compte que l'on n'a pas affaire à un film ordinaire.
Le réalisateur prend le temps d'installer ses personnages dans un suspense implacable avant de distiller des pointes de frayeur quand on s'y attend le moins.
On aime les deux personnages parce qu'ils n'essaient jamais de faire des choses déraisonnées.
Les situations n'en sont que plus convaincantes et c'est justement parce qu'on se dit qu'on se comporterait pareil dans le même cas que l'horreur devient si choquante.


Salva est passé maître dans l'art de nous maintenir sous pression.
Le film assimile les moments d'angoisse à de véritables références cinéphiliques à tel point qu'on ne peut jamais prévoir ni la forme, ni le motif de l'agresseur.
Il commence à leur rentrer dedans avec son camion (« Duel » de Spielberg), puis on découvre qu'il s'agit d'un sadique qui se terre dans un coin abandonné ("Massacre à la Tronçonneuse") et qui se se sert de cadavres pour refaire sa tapisserie (les murs recouverts de corps gluants font penser à « Alien ») .
Par la suite, il s'amuse à trancher les têtes à coup de hache (« Sleepy Hollow » de Burton) avant d'en faire son repas.


On a d'abord le sentiment d'avoir à faire à un fou du volant puis à un serial killer expert en redécoration de bâtiment avant d'opter pour « psychopathe cannibale à tendance nécrophile ».
Et pourtant, on a tort. D'apparence humaine, le « Creeper » est bien plus que ça...


Dans les grandes lignes, le scénario est très classique mais la patte de Salva fait toute la différence.
Non content d'installer une ambiance terrifiante qui nous prend les tripes dès la première confrontation, il construit une mise en scène aux petits oignons surprenante à bien des égards.
La véritable apparence du tueur ne sera dévoilée que dans le dernier quart du film ce qui oblige Salva à le garder dans l'obscurité pour le reste du temps.
Ce qui marchait à merveille pour « Alien » est aussi efficace ici : en ne nous laissant percevoir que le strict nécessaire, Salva nous tient constamment en haleine avec un budget réduit.
Il démontre avec talent qu'une mise en scène appliquée vaut tous les effets spéciaux du monde!


Mais le génie de Salva est de ne pas se reposer sur les acquis et d'innover sans cesse. Ce n'est pas parce qu'on ne voit pas le « Creeper » que l'on n'en prend pas plein les mirettes. Têtes tranchées, coeur arraché, corps cousus ensemble...si le film y va progressif dans l'horreur, une fois que Salva en a décidé, il ne nous lâche plus.

De plus, il joue à merveille sur les effets de surprise. Il évite la facilité et plutôt que de faire claquer les portes pour un rien, il préfère couper le courant pour plonger une pièce dans le noir le plus total.
Il surprend aussi en utilisant la profondeur de champ de façon innatendue.
Au lieu de filmer bêtement les attaques du « Creeper » en une série de plans rapprochés, il le fait intervenir en arrière plan.

Quant à la bande son, elle ne se contente pas de soutenir l'action. Si la musique de Bennet Salvay est assez classique et va crescendo laissant deviner quand le « Creeper » va frapper, les vieilles chansons qui passent à la radio ou sur un tourne disque apportent un côté décalé au film et un humour bienvenu.
Certaines scènes sont d'ailleurs empreintes d'un humour très noir qui ne laisse pas indifférent et c'est une bonne chose qu'en dépit des situations cauchemardesques, le film ne se prenne pas trop au sérieux.


En terme d'innovation, il faut saluer le design du « Creeper ».
Vêtu d'un ample manteau, hache à la main, il rappelle le « marin vengeur » de « Souviens toi l'été dernier ». A ceci près que « Souviens toi » n'est qu'une daube opportuniste surfant sur le succès de « Scream »...
Mais alors que la plupart des serial killers sont d'une lenteur presque inconcevable, le « Creeper » est d'une agilité surprenante malgré sa taille imposante et il redouble de vivacité quand il s'agit de tuer. Il entre ainsi au panthéon des « méchants » du cinéma les plus charismatique du genre.



Salva ne fait pas dans la demi mesure. Une fois le décor posé, le film ne nous laissera pas reprendre notre souffle avant le générique de fin. Le réalisateur laisse au vestiaire stéréotypes, politicalement correct et happy end et le plan final risque de hanter les plus sensibles pendant longtemps...



Avec « Jeepers Creepers », Victor Salva réinvente le fantastique, rien de moins.
Il nous offre un modèle de peur et de sadisme qui va faire date.
Imprévisible, intelligent et innovant à la fois, « Jeepers Creepers » est une vrai claque dans la figure pour tous les amoureux des films d'horreur.

Note : ***

Peaceful Warriors




Le succès sourit à Dan Millman, un athlète talentueux, riche et courtisé par la gente féminine. Mais cette année, le challenge est de taille, Dan compte bien remporter la médaille Olympique. Un jour, il rencontre un étranger à une station service qui dit avoir le pouvoir de le rendre plus fort physiquement. Est-ce réellement une chance pour notre athlète ?


Victor Salva est le réalisateur adulé de « Jeepers Creepers », le film qui a réinventé le genre du fantastique.
Son premier film, « Clownhouse » était assez inégal mais montrait déjà la capacité du cinéaste à créer de belles images.
Il le prouve une fois de plus dans son dernier film, qui multiplie des ralentis magnifiques et soignés.




Le film est basé sur le roman autobiographique de Dan Millman, un athlète confirmé qui rêve de concourir pour le niveau olymique.
Millman est interprété par le jeune Scott Mechlovicz qui se révèle particulièrement convaincant, autant par son jeu d'acteur que par ses prouessses physiques.
A ses côtés, le vétéran du cinéma Nick Nolte joue un pompiste plutôt mystérieux qui va lui enseigner « la voie du guerrier ». Qui est-il vraiment?
Nous ne le saurons jamais mais cet homme va changer la vie de Millman.

La plus grande partie du film se compose essentiellement des face à face entre les deux acteurs. L'alchimie entre eux prend tout de suite et s'il n'ont rien en commun, les caractères opposés de leurs personnages les rend complémentaires : Dan est un jeune fonceur, fougeux et impatient (il aime l'alcool, la vitesse et les jolies filles) alors que Nolte joue le vieux sage taciturne qui en sait bien plus qu'il ne le laisse entendre.


« Peaceful Warriors » est autant l'histoire vraie d'un étudiant qui réalise ses rêves qu'une fable sur la vie et le dépassement de soi.
Mais loin d'être banale, la mise en scène de Salva emprunte autant au fantastique (le dédoublement de personnalité, les séquences oniriques et les événements inexpliqués) qu'aux films d'arts martiaux.
L'excellente musique de Bennet Salvay tend d'ailleurs vers cette seconde catégorie en imposant à la fois un thème paisible et serein qui illustre la concentration des grands maîtres martiaux et l'énergie physique des disciplines de la gymnastique.


Malgré ses qualités indéniables, le film aurait gagné à être un peu moins long.
Si la première partie regorge de moments passionnants et installe une tension captivante, la seconde se noie parfois dans des dialogues philosophiques de bas étage et se fait un peu longuette.
Heureusement, la fin rattrape le niveau et la musique apporte un second souffle bienvenu lors de la séquence finale.


Un beau film porté par une mise en scène inspirée et une musique grandiose mais qui souffre de quelques passages à vide. Une belle occasion de découvrir le talent de Victor Salva.

Note : **