mercredi 12 septembre 2012

Les Yeux sans Visage
Chirurgien de renom, le Dr. Genessier souhaite remodeler le visage de sa fille Christiane, rendue méconnaissable suite à un accident de voiture, mais pour cela il doit effectuer des greffes de peau qu'il aura prélevée sur des jeunes filles. A l'heure où le cinéma d'Horreur ne jure plus que par le Grand Guignolesque des 'Saw' et autres 'Hostel', il est parfois bon de se remémorer qu'il fut un temps où les cinéastes ne confondaient pas encore terreur extreme et simple dégout. Que ce doux frisson qui nous parcourt l'échine et nous cramponne à notre fauteuil est rarement lié au nombre de litres de sang versés à l'écran. Et surtout que manque de moyens n'est pas synonyme de manque d'idées. 'Les Yeux sans Visage' est un petit bijou d'esthétisme. De part la sauvagerie et l'atrocité du sujet, on aurait pu s'attendre à une débauche de gros plans grossiers et une ambiance putride et suintante, mais le film impressionne au contraire par la finesse et le classicisme de la mise en scène. La caméra, généralement fixe et en retrait, et le montage minimaliste ciselé au scalpel capturent avec attention chaque détail et chaque parcelle de dialogue mais sans jamais se faire trop présents. Si cet aspect quasi-documentaire rend les conversations naturelles (et parfois un peu théâtrales), il révèle tout son potentiel lors de la grande scène de chirurgie faciale. Etirant la séquence jusqu'à l'insoutenable, sans jamais détourner la caméra au moment fatidique, le réalisateur français Georges Franju crée une sensation viscérale de voyeurisme qui demeure bien après le générique. Il est difficile d'imaginer quel impact a eu la scène lors de la sortie du film en 1959 mais plus d'un demi siècle après elle n'a rien perdu de son efficacité. John Woo y rendra d'ailleurs hommage dans 'Volte/Face' quelques 30 ans plus tard. Le film est également une reprise élégante et habile du cinéma Gothique d'antan. On y retrouve en effet, les archétypes du genre, à commencer par le chirurgien méphistophélique, (Pierre Brasseur, machiavélique et imposant) aidé de sa fidèle assistante (Alida Valli, sourire meurtrier et accent à couper au couteau) qui pourchasse et capture de jeunes ingénues effarouchées pour ses expériences malsaines. On voit bien vite planer l'ombre des savants fous d'autrefois (Dr Moreau, Dr Mabuse, …) et autres comtes pervers et démoniaques. D'autant plus que les expériences du docteur ont servi à créer un monstre (référence évidente à Frankenstein et ses confrères) et que l'action se déroule principalement en huis clos dans un manoir éloigné de tout signe de civilisation. La scène où le docteur poursuit infatigablement la jeune fille dans les escaliers sur plusieurs étages est d'ailleurs un classique du genre. Sans oublier que visuellement, l'image est d'une beauté rare. Empruntant à la fois aux peintres surréalistes (la Mort au visage d'ange) et aux cinéma Expressionniste des années 20 (Edith Scob, ou 'les yeux les plus expressifs des Sixties' !), 'Les Yeux sans Visage' marie le macabre et le sublime avec un panache sans égal. Moins médiatisé que son contemporain britannique Hitchcock, Franju partage avec le Maitre, un goût prononcé pour un noir et blanc blafard, une mise en scène faussement dépouillée et un talent inné pour faire sursauter le public. Cependant, si Hitchcock maniait l'horreur à double tranchant, avec un plaisir certain pour l'ironie et le second degré, Franju n'offrira jamais au spectateur l'occasion de pousser un soupir de soulagement. Si les dialogues portent parfois à sourire, ce sera plus par leur aspect désuet que par une vraie volonté de distraire. Malgré le coté rocambolesque des situations, les personnages sont incroyablement vrais et humains - et non pas de vulgaires stéréotypes au service d'un gore à outrance - et le film conservera son réalisme glacial jusqu'à la dernière image. Et si le scénario en lui même n'est en soi pas révolutionnaire, Franju se délecte à nous le dévoiler au compte goutte et joue avec les non-dits pour nous laisser deviner ce qu'il ne nous montre pas. Et à ce petit jeu, il nous tient constamment à l'affut. La scène d'introduction est par ailleurs un modèle de narration muette. Bien moins connu du grand public que 'Psychose' et autres 'What Happened to Baby Jane ?', 'Les Yeux sans Visage' et la réponse gauloise au cinéma d'horreur anglo-américain psychologique des années 60. Encore aujourd'hui le film reste fascinant par son traitement sans concession d'un scénario diaboliquement pervers qui en d'autres mains aurait rapidement pu tourner à la série Z. La réalisation classique et le noir et blanc épuré accentuent le réalisme des effets spéciaux et nous plongent rapidement dans une terreur sans nom. Grace à une mise en scène minimaliste mais raffinée, Franju prend le temps de soigner chaque plan sans pour autant étouffer ses personnages, et son audace à toujours repousser les limites de la censure laisse pantois. Longtemps attaqué par la censure et aujourd'hui reconnu à sa juste valeur, 'Les Yeux sans Visage' est à classer parmi les plus grands titres du cinéma d'Horreur. Si sa réputation ne s'est faite qu'au fil des ans, son influence grandissante n'a cessé d'inspirer les plus grands cinéastes génération après génération. Si récemment Pedro Almodovar nous proposait un remake éloigné au script encore plus tordu ('The Skin I Live In'), on pourra également reconnaître les mythiques masques inanimés des tueurs de 'Halloween' et de 'Scream' comme des lointains cousins du masque d'argile emblématique du film. Note : ****

vendredi 22 juin 2012

Prometheus

Carapace reptilienne faite d'acier et d'ossements, queue fourchue squelettique fouettant l'air, membres émaciés et griffus, crâne dénué de vision, doubles rangées de dents acérés comme des poignards et mâchoire interne rétractile et baveuse. Avec ses caractéristiques physiques uniques, l'Alien fait partie des icônes inoubliables de la science-fiction. Mais si sa renommée demeure, c'est plus pour son design légendaire que pour les innombrables films qui l'ont engendré. Alors que le film original de Ridley Scott et la digne suite de James Cameron continuent de marquer les esprits pour leur qualité indéniable, les volets suivants de ce qui se vaut aujourd'hui comme une Quadrilogie ne cesseront de décevoir le public et les critiques. En effet même si Alien 3 et Alien : Résurrection instaurent tous deux une ambiance poisseuse et glauque du plus bel effet, ils demeurent bien en deçà de leurs prédécesseurs. Et le coup fatal sera porté par les déplorables cross-over Aliens VS Predators, qui dans un élan d'auto-satisfaction commerciale (rendre les films accessibles aux plus jeunes en édulcorant la violence) parviendront à détruire deux des plus grandes licences du cinéma. Pourtant, les fans de la première heure demeurent et restent fidèles aux premiers films, espérant en vain une suite digne de ce nom. Mais quand les plus grands réalisateurs contemporains – Fincher et Jeunet – et les moins grands – W.S. et les Frères Strause - ne parviennent pas à renouveler la série. Peut être serait il plus sage de laisser la bête reposer en paix une bonne fois pour toute en hibernation cryogénique. Cependant, quand Ridley Scott annonce qu'il va reprendre le flambeau, l'intérêt est de taille mais les enjeux aussi. Car si le père fondateur de la saga est bien entendu le mieux placé pour développer un univers qu'il a lui même créé, s'il échoue dans sa tache, personne n'y parviendra. En revanche, si le réalisateur décide bien de reprendre l'univers d'Alien, il clame haut et fort que la créature lui même n'apparaitra pas. La déclaration fait l'effet d'une supernova, la curiosité et l'attente du film sont à leur paroxysme, d'autant que Scott ne laisse filtrer les informations sur le scénario qu'au compte goutte. On y apprend que le film sera écrit par Damon Lindloef, le créateur de Lost, pour qui mysticisme rime avec pessimisme, qu'il sera un préquel de la saga et qu'il y serait question de l'origine de l'humanité. Rien que ça. Avec un réalisateur solide, un scénariste brillant et spécialisé dans les rebondissements dramatiques, une histoire alléchante et innovante, Prometheus est rapidement devenu l'un des films les plus attendus de ces dix dernières années. Et si le célèbre xénomorphe brille par son absence, le film lui même s'annonçait comme un monstre en puissance, prêt à écharper vif ses concurrents du box office. Autant dire qu'avec des attentes aussi élevées, plus haute sera la chute. En 30 ans de carrière, Ridley Scott a bien changé. A la base réalisateur de publicités pour le petit écran, la patte du cinéaste est avant tout visuelle. Entre les couloirs étroits et enfumés d'Alien, les toits de Blade Runner, baignés par la pluie et les néons, ou encore les déserts brulants de Gladiator et Black Hawk Down, dévastés par un soleil de feu, ses meilleurs films ont tous une forte identité visuelle. Mais pour exister, le réalisateur a besoin d'espace et d'une histoire riche en mouvements. Au contraire, quand il s'essaie à des thèmes plus intimistes, comme les tribulations viticoles d'un homme d'affaire dans le Sud de la France (Une belle Année), l'histoire qu'il raconte possède autant de subtilité qu'un char d'assaut sur un périphérique. La vue y est certes impressionnante mais on fait principalement du sur-place et la liberté d'action est plutôt restreinte. Étonnamment, Prometheus regorge d'environnements grandioses et de couloirs ténébreux, propices à une grande richesse visuelle, mais l'histoire elle même aurait nécessité un doigté plus important. Et c'est là que le réalisateur se mélange les pinceaux. A ne jamais savoir s'il doit se restreindre dans les moments les plus intimes ou se lâcher complètement pour nous en mettre plein la vue, il fait dans la demi mesure et s'englue dans une identité totalement neutre et dénuée de sens artistique. Et de ce fait, aussi terrifiantes que soient les situations, l'horreur nous échappe complètement. Quand le Alien original nous cloue au siège par ses moments de terreur brusques en nous noyant dans une atmosphère étouffante et claustrophobique, Prometheus nous ennuie avec des descriptions interminables de lieux souterrains, entrecoupées de rares scènes choc, involontairement grotesques et de mauvais goût. D'une part la platitude de la mise en scène ne parvient jamais à mettre en valeur la magnitude des décors (au design primaire mais intéressant), de l'autre il tente de nous réveiller brutalement avec des moments d'une rare violence mais qui, au lieu de la patte de rhinocéros du cinéaste, auraient bénéficié d'une tension plus soutenue à la manière d'un John Carpenter. Il est d'ailleurs à noter que les deux meilleures scènes du film (l'attaque des infectés brulés au lance flamme et la séquence finale où l'héroïne se retrouve dans le vaisseau dévasté, à moité aveuglée par les câbles électriques qui grésillent autour d'elle) sont des références faciles à l'univers angoissant de Carpenter (The Thing et le jeu vidéo Dead Space, dont les monstres sont une référence directe). Enfin, s'il ne serait pas honnête de reprocher au réalisateur l'absence de l'Alien, elle se fait cruellement sentir car les monstres du film sont loin de bénéficier d'une touche artistique aussi approfondie. La patte de H.R. Giger est définitivement de l'histoire ancienne et toutes les tentacules en images de synthèse du monde ne sauraient faire oublier un design réussi. Plus important encore, la rareté de leurs apparitions est d'autant plus marquante que ces créatures ne représentent pas une réelle menace pour les protagonistes, car dénuées de but concret. Les héros se contentent généralement de fuir sans savoir exactement ce qu'il se passe. De même si le scénario cherche réellement à être intelligent, il prend trop de temps à attirer les premiers rebondissements pour nous tenir captivés et s'embourbe rapidement dans un fourre-tout artistique où la moitié de l'histoire demeure inexplorée et sans résolution. De plus si le film développe effectivement un lien intéressant avec la saga originelle, les connections se font aléatoires et de manière paresseuse. Là où la plupart des références sont des indices essentiels pour comprendre l'origine mythologique de la série, les autres sont de simple clins d'oeil pour les fans, sans véritable intérêt scénaristique. Il est également dommage que pour un film qui traite du sujet crucial de la naissance de notre espèce, autant de questions demeurent sans réponse et que les scénaristes se contentent de nous ressortir les grosses ficelles du blockbuster américain bas de plafond lorsqu'ils se retrouvent dans une impasse. Lindloef nous apporte la boîte de Pandore dans un écrin d'argent, prend tous les soins du monde à l'ouvrir délicatement et donne ensuite un grand coup de pied dedans pour en déverser le contenu. Et ce n'est pas le casting qui sauvera le film. Malgré la présence de nombreuses têtes d'affiche, les personnages n'ont aucun charisme, alignent des dialogues emplis de clichés, et les acteurs qui les incarnent sont totalement en roue libre. Michael Fassbender fait un androïde au gestes mesurés et au regard inquiétant mais le potentiel de son personnage est bien en deçà de ses compétences d'acteur, Charlize Théron joue une femme indépendante et autoritaire sans pour autant parvenir à lui donner un peu d'humanité (à l'inverse de ses rôles dans Monster ou Snow White and the Huntsman) et meme Guy Pearce sous une tonne de maquillage n'arrive pas à faire mieux que du Guy Pearce sous une tonne de maquillage. Malgré leurs capacités, les acteurs ne parviennent jamais à s'effacer derrière leur personnage ce qui nous empêchent de s'attacher à eux. Du coup, les protagonistes tombent comme des mouches sans pour autant nous faire verser la moindre larme. Leur sacrifice nous laisse de marbre. L'ambiance du film en est vite réduite à peau de chagrin. Et bien que Noomi Rapace a subjugué les foules dans la peau de la punkette hackeuse de la trilogie The Girl With the Dragon Tattoo, prouvant qu'elle sait jouer les femmes fortes et volontaires, elle ne pourra jamais faire oublier la performance de Sigourney Weaver, qui reste au même titre que la créature, l'égérie de la saga. Si Prometheus cherche à révolutionner l'origine de l'humanité, il ne révolutionne certainement pas le genre de la SF. Filmé dans un style outrancier alors qu'il aurait mérité plus de finesse, écrit de manière pompeuse à défaut d'intelligente, joué sans vraie conviction par des acteurs de renom, Prometheus manque à la fois d'intérêt, d'ambiance et de rythme. Le film soulèvent de multiples interrogations mais se contente de les laisser trainer jusqu'à une fin ouverte d'une platitude affligeante. En voulant créer une origine à la saga qu'il a lui même débuté, Ridley Scott rejoint son confrère George Lucas dans le club des « c'était mieux avant ». Espérons qu'il ne décide pas d'en faire une trilogie. Note : *

lundi 4 juin 2012

Snow White and the Huntsman

Dis maman, tu me racontes une histoire? Ce qu'il y a de bien avec les contes pour enfants, c'est leur portée universelle. C'est le fait que chacun puisse se laisse guider par son imagination fertile pour visualiser et mettre en scène une histoire racontée selon son propre ressenti. Il est d'autant plus intéressant que notre perception de ces mythes et légendes de nos enfances se distord avec le temps. L'âge aidant, les contes de fées perdent peu à peu leur innocence et on se rend compte alors que le pays merveilleux de Lewis Carrol tient moins des rêves apportés par le marchand de sable que des trips au LSD, et que des auteurs tels que les Frères Grimm nous entrainent dans un univers bien plus noir et glauque que Disney le laisse entendre. Prenez Blanche Neige par exemple. En dehors d'une jouvencelle naïve et mièvre, allergique à la pectine qui chante avec les oiseaux et d'une demi douzaine de petits barbus asexués, pour qui crever de sueur en martelant des murs avec une pioche de l'aube au coucher du soleil est aussi plaisant que d'aller à la pêche, on y parle quand même d'une vieille mégère suffisamment jalouse pour demander qu'on lui rapporte le cœur de sa rivale tout chaud sur un plateau. Aujourd'hui, on la mettrait dans la cellule voisine d'un type qui déguste le foie de ses congénères avec un excellent chianti. En d'autres termes, si l'on occulte la version dessin animé de notre enfance, le potentiel horrifique du conte de Blanche Neige nous saute tout de suite au visage. Et les cinéastes n'ont pas attendu la mode actuelle des héros « dark » et gothiques pour s'approprier l'histoire de la pauvre cruche et de la pomme empoisonnée et en tirer une version plus adulte. Certains se souviendront peut-être du film «Snow White, a tale of terror » avec une Sigourney Weaver machiavélique dans le rôle de la reine cannibale. Si le film reste décevant à bien des égards, il offrait une atmosphère sordide et poisseuse qui contrastait assurément avec la version commerciale que tout le monde connait. On pourrait également citer une autre version pour adultes, mais passons... Côté Hollywood, on assiste actuellement à un manque flagrant de nouveauté au niveau des sorties. Plutôt que de risquer quelques billets verts dans des histoires inédites, les gros producteurs se jettent sur toutes les adaptations possibles pour les porter sur grand écran avant leurs concurrents. Comic books, séries de romans à succès, jeux vidéo, remakes et suites interminables s'enchainent sans répit depuis déjà quelques années car il est toujours plus aisé d'attirer un grand public qui baigne déjà dans un récit qu'il connait que de lui demander de sauter le pas vers l'inconnu. Après le carton au box office de la version d'« Alice au pays des Merveilles » de Tim Burton, apprêtez vous donc à voir débarquer des contes de fée next gen comme s'il en pleuvait. Comble du ridicule, ce n'est pas une mais deux adaptations de Blanche Neige qui prennent d'assaut les écrans, et ce le même mois. Ce qui montre bien à quel point le 7ème art commence vraiment à tourner en rond. Cependant, si les deux films mettent bien en scène les mêmes personnages, leur réalisateur respectif démontre une approche qui leur est propre et qui ne saurait être plus opposée. Quand le « Mirror, Mirror » de Tarsem s'englue dans l'humour bon enfant et les couleurs pastels et se destine à un public enfantin, « Snow white and the Huntsman » propose une relecture du conte bien plus violente et ancrée dans une ambiance d'héroic fantasy à la Seigneur des Anneaux. Avec son parti pris plus réaliste, « Snow white and the Huntsman » aurait pu donner naissance à une œuvre tragique et sanglante à la maturité assumée. Mais le film étant avant tout un produit de consommation calibré pour adolescents (qui se rueront en masse pour voir la nouvelle aventure de l'héroine de Twilight), les dialogues sont loin de briller par leur intérêt. Cependant, on pourra noter une absence d'humour assez inhabituelle pour le genre. Si le film se force parfois à nous faire esquisser un sourire, il demeure empreint d'une tension et d'un sérieux assez rafraichissants. Mais malgré tout l'histoire elle même demeure au final assez conventionnelle. Les grandes lignes sont respectées et laissent peu de place à la surprise : fuite de Blanche Neige dans la foret, découverte des nains, pomme, baiser mortuaire (bande de nécrophiles!) et restauration de la paix dans le royaume. Tout comme la pomme, rien de bien nouveau donc à se mettre sous la dent. C'est d'ailleurs là le point faible du film. A connaître la fin de l'histoire avant même que le film ne démarre, on n'accorde que peu d'attention aux menaces potentielles qu'affronte l'héroïne car on la sait sans danger. Et à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. D'autant que si les personnages sont nombreux, leur développement personnel laisse parfois à désirer. Si la reine à droit à un flash back touchant dévoilant l'origine tragique de ses pouvoirs maléfiques, les nains auraient sans doute mérité plus que quelques gros plans et une poignée de lignes de dialogues chacun pour permettre de mieux les différencier. Néanmoins, en dehors de certains passages poussifs, la narration se déroule sans à coup et l'on se prend rapidement à suivre les péripéties de nos héros. Surtout que le casting, lui, est de qualité. Si Kristen Stewart peine à nous faire ressentir ses émotions, elle démontre une certaine assurance qui lui donne du charme. Chris Hemsworth, bourru mais charismatique, confirme tout le bien que l'on pense de lui depuis « Thor » et ne se contente pas de simplement troquer son marteau contre une hache. Si l'on ressent fortement le manque de présence des nains, c'est qu'ils sont tous joués par des acteurs de renom (Bob Hoskins, Ray Winstone, Toby Jones, Nick Frost...) et on apprécie vraiment leur compagnie. Mais on retiendra surtout la performance à la fois sauvage et glaciale de Charlize Théron. Sa reine démoniaque et sadique, obsédée par son désir de beauté éternelle tient autant de la belle mère impérieuse de Disney que de la comptesse Bathory. Une vraie sorcière de cauchemar. Pourtant l'actrice réussit à saisir parfaitement les nuances du personnage et parvient même à nous faire éprouver de l'empathie pour cette femme rendue folle (le fameux miroir au mur n'est qu'un fragment de son esprit dérangé) par sa poursuite éperdue vers une jeunesse qui ne cesse de l'abandonner. Mais plus que pour l'histoire elle même, c'est par son aspect purement visuel que le film impressionne réellement. On pourrait reprocher au réalisateur d'accumuler des références évidentes aux plus grands titres de la Fantasy moderne. C'est bien simple on commence avec une charge héroïque dans le brouillard (« Gladiator »), on continue avec une poursuite en foret entre Blanche Neige sur son cheval blanc et des cavaliers noirs («  La Communauté de l'Anneau ») qui se termine quand le cheval s'enfonce dans les marécages (« L'histoire sans Fin »), on découvre ensuite le monde caché des êtres de la foret - dont un cerf majestueux (« Princesse Mononoké ») et on finit en chevauchant à bride abattue sur la plage sous les volées de flèches et d'artillerie lourde (« Robin Hood »). Sans oublier des armures étincelantes pour les héros empruntées à « Excalibur » et les costumes d'ébène de l'armée de la reine sortis tout droit de « Willow ». Mais si « Snow white and the Huntsman » ne ressemble pas à un patchwork sans âme qui se contente de compiler les meilleurs moments d'autres films, c'est parce que le cinéaste s'est entouré d'une équipe artistique remarquable qui gratifie le film d'un design exceptionnel. Le réalisateur parvient à créer un monde à la fois lumineux et empli de ténèbres, réaliste et féérique où l'on y croise les créatures les plus enchanteresses et les plus terrifiantes. Sans oublier de nous plonger au coeur de batailles saisissantes. En effet, le mot action n'est généralement pas le mot qui nous vient à l'esprit lorsque l'on pense à l'histoire de Blanche Neige, mais ici elle est partie intégrante du scénario. Les affrontements subissent malheureusement le phénomène de la caméra parkinsonienne, mais le film offre de sacrés moments de bravoure. Et si le sang coule peu (jeune public oblige), les combats n'en restent pas moins brutaux et spectaculaires. Quant à la musique, à défaut de bénéficier d'une approche artistique aussi originale que le travail visuel, elle accompagne efficacement l'action et les moments les plus intimistes. « Snow white and the Huntsman » est une agréable surprise. Porté par un casting de haute volée et une approche plus dramatique que d'accoutumée, le film brille surtout par une direction artistique inquiétante et envoutante. En dépit de quelques défauts flagrants, il possède un souffle épique indéniable et, pour une relecture modernisée du genre, pourrait bien s'avérer comme la plus fascinante adaptation du célèbre conte des Frères Grimm. Et surtout, personne ne chante. Note : ***

vendredi 18 mai 2012

The Raid

The Raid
Membre d'une unité de policiers d'élite, Rama débarque au pied d'un immeuble délabré. Sa mission : capturer le baron de la drogue dans son QG. « Aargh! », « Ough! », « Ow!», « Gnnn! » ; ambiance sonore classique d'un film d'action. Fait étrange, cette fois ce ne sont pas les acteurs du films qui poussent des grognements de douleur, mais les spectateurs de la salle de cinéma. C'est que dans le film les combats font mal. Très mal. Assez mal pour que, assis confortablement dans les fauteuils de la salle obscure, on puisse ressentir la douleur des comédiens à travers nos propres muscles et os. « The Raid », le film qui vous apprend l'empathie. Vers le début du nouveau millénaire, et après le succès colossal de Matrix et de ses chorégraphies câblées d'inspiration clairement liée au cinéma asiatique, les artistes de l'Orient, bercés dans les arts martiaux depuis leur naissance, ont alors connu un essor et une renommée qui étaient alors réservés à une élite américaine. Jackie Chan et Jet Li, associant avec une maitrise rare leurs connaissances martiales et des acrobaties rendues possibles par la technique moderne, ont alors déboulé sur le marché occidental. Mais sans mettre en faute leurs talents respectifs, les deux stars n'ont que rarement su offrir des films d'action digne de leur valeur. Et si Jet Li est passé maitre dans les affrontements en saut à l'élastique sur fond d'écran vert, Jackie Chan s'est singularisé dans la comédie burlesque où les coups portés relèvent plus du film muet à la Charlie Chaplin que du combat de rue à la Bruce Lee. Difficile donc de s'identifier à de telles personnes, qui évoluent dans un univers qui leur est propre et bien loin de notre quotidien. En 2003, le monde du film d'action se tourne brusquement vers la Thaïlande et « Ong Bak », qui font de Tony Jaa la nouvelle star incontestée de la castagne sur grand écran. Cette fois fini les câbles, les grosses explosions en images de synthèse et les écrans verts. En mettant en valeur de manière spectaculaire un art martial traditionnel local et en n'utilisant jamais de doublure, Tony Jaa nous offre des affrontements fracassants et brutaux où les os craquent et les muscles se déchirent pour de vrai (le générique final dénombre plus de cascadeurs que d'acteurs). Un ultra-réalisme saisissant qui met un grand coup de pied retourné dans la fourmilière. Cependant en raison de son anglais limité, Tony Jaa ne fait pas carrière aux USA comme ses prédécesseurs. Et son succès s'arrête là. Mais l'idée est lancée : le salut viendra de l'Est. C'est ce qu'a du se dire le réalisateur britannique Gareth Evans quand il a rencontré Iko Uwais en Indonésie. Et après « The Raid » nul doute que l'acteur va faire parler de lui. Presque 10 ans après Tony Jaa, Evans a finalement trouvé la relève. Non content de faire preuve d'une panoplie d'attaques à faire pâlir un personnage de jeu vidéo, Uwais s'avère aussi à l'aise que pour le combat à mains nues, à l'arme blanche ou à feu. Et surtout il déploie une ingéniosité surprenante quand, entouré d'adversaires, il n'hésite pas à utiliser mobilier et accessoires divers pour se débarrasser de ses agresseurs. Il transforme rapidement chaque pièce de l'immeuble en véritable arène de combat, où non seulement tous les coups sont permis mais sont encouragés. Bien loin de la vulgaire chair à canon anonyme qui ne fait généralement que ralentir la progression du héros avant le bad guy final, chaque ennemi est une menace sans appel qu'il faut éradiquer sans perdre un instant. Les combats sont donc expéditifs sans pour autant être brefs. Non seulement les combattants démontrent une férocité fulgurante, mais les coups portés sont d'un réalisme choquant à vous faire déchirer les accoudoirs en serrant les poings. Mais c'est l'effet de surprise qui l'emporte et réjouit le plus. Du coup, décrire les combats du film reviendrait à en gâcher la valeur. La baston est donc le gros point fort du film. Mais l'esthétique n'est pas en reste. Alors que la plupart des sorties récentes se ressemblent et se rassemblent, privilégiant des combats filmés avec une caméra parkinsonienne et un montage frénétique sans âme, on appréciera d'autant plus le choix du réalisateur de sublimer l'action par des plans séquence de qualité et une bande son au synthe rythmée et imposante. Il ne laisse ainsi échapper aucun détail, aussi sadique et douloureux soit-il, et les affrontements dévoilent une énergie communicatrice qui vous tient aux tripes jusqu'à la fin du générique. Une pure injection d'adrénaline. Toujours en matière d'esthétique, on saluera également les influences du réalisateur. Couleurs blafardes ou glacées, environnements restreints et exigus, contre plongées anguleuses, ombres inquiétantes et ambiance sonore étouffante, Evans renoue avec élégance avec le cinéma de John Carpenter, figure phare du cinéma fantastique des années 70, avec un plaisir non dissimulé. A plusieurs reprises, le film dénote d'ailleurs de fortes ressemblances avec l'univers visuel de « Nid de Guêpes » du français Florent Emilio Siri, remake avoué de « Assaut » de ledit Carpenter. C'est justement ce qui frappe le plus dans le film. A des années lumières du cinéma d'action factice Hollywoodien moderne et de l'exubérance graphique des productions asiatiques, le film se déroule dans une atmosphère à la fois froide et sobre, qui tient davantage d'une esthétique européenne (Evans est Gallois), dont Carpenter - bien qu'Américain - se revendiquait d'utiliser. Et lorsque l'action survient, l'impact en est d'autant plus redoutable que les scènes se déroulent dans un environnement crédible et palpable. Nombreux et variés, les combats ont néanmoins la bonne idée de ne pas s'éterniser – à une exception près. Et lors des moments plus calmes, on profite alors d'un jeu d'acteur plus que crédible pour le genre. Et si les dialogues surprennent moins que l'action, ils ont le mérite de faire avancer une intrigue assez riche en rebondissement et de développer les personnages, bien moins stéréotypés que ce genre de production offre généralement. Si vous êtes lassés des films d'action Hollywoodiens sans saveur et des combats câblés matrixiens, ne passez surtout pas à coté de ce pur concentré de violence à la fois réaliste et décomplexée. En offrant des sensations et des sueurs froides à vous faire remonter votre déjeuner, « The Raid » entre directement au panthéon des plus grands films d'action, tous continents confondus. Note : ****

vendredi 25 mars 2011

Paul



Depuis 60 ans, Paul, un extraterrestre, vit sur terre et collabore avec le gouvernement américain. Il se cache à l'abri des regards dans une base militaire ultra secrète... Hélas pour lui, maintenant que le gouvernement américain lui a soutiré toutes les informations intéressantes sur la vie extraterrestre, il décide de se débarrasser de lui. Paul réussit alors à s'échapper et tombe nez à nez avec deux adolescents attardés fans de science-fiction qui sillonnent les États-Unis en camping car. Paul les convainc de l'emmener avec eux et de l'aider à quitter la terre.


Après une astucieuse relecture des films de zombies (« Shaun of the Dead ») et un film d'action invraisemblable - mais vrai - (« Hot Fuzz »), les joyeux drilles du cinéma geek Simon Pegg et Nick Frost reviennent chambouler vos zygomatiques, en s'attaquant cette fois à la science fiction avec « Paul ». Si certains peinent encore à croire à l'existence de la vie sur une autre planète, on peut affirmer que les extraterrestres ont déjà colonisé le cinéma, sous des formes diverses et variées, depuis bien des lustres. Les poilus, les baveux, les grands, les petits, tout, tout, tout vous saurez tout sur les E.T. Depuis le temps qu'ils se ramènent sur nos écrans, on pourrait croire que le genre peine à se renouveler et que le public ait fini par se lasser mais avec la véritable invasion qui nous attend cette année (« Battle Los Angeles », « I am number 4 », pour ne citer qu'eux), il semblerait que la (sou)coupe soit loin d'être pleine.

Si la plupart du temps, les films présentent des aliens belliqueux, prétexte à des scènes de destruction à grand spectacle, il arrive parfois que ces derniers fassent moins de dégâts et soient plus affables et drôles, comme le mythique E.T du film éponyme. De même, avec « Paul », Pegg et Frost s'aventurent moins dans le registre du film catastrophe que dans la comédie bon enfant. Quand on est de grands enfants. Car si « E.T » est un adorable compagnon de jeux pour nos chers bambins, Paul serait plus proche du coloc qui passe son temps à roupiller sur le canapé en se grattant le derrière, et à fumer un joint au réveil. Autant dire que le film s'adresse à un tout autre public que celui de Spielberg.

En effet malgré une apparence classique (petit, gris, grand yeux), Paul n'a rien d'un alien conventionnel. Il s'est d'ailleurs particulièrement bien intégré à la société moderne et ne refuse jamais une cigarette ou un beignet. C'est bien simple, on jurerait Seth Rogen dans « Pineapple Express » et « En cloque mode d'emploi ». Rien d'étonnant puisque c'est justement l'acteur qui lui prête sa voix, reconnaissable entre mille. Le comportement du personnage est d'ailleurs tellement proche de celui de Rogen qu'en écoutant Paul parler on a parfois l'impression de voir l'acteur à l'écran. L'un à la voix, l'autre le physique, ensemble ils forment un personnage charismatique et attachant qui risque bien de devenir un incontournable de la SF aux côtés de E.T. Pour des raisons différentes, bien entendu.

Mais Paul n'est pas la seule star du film. Les inséparables geeks Pegg et Nick forment un couple... d'inséparables geeks. On sent qu'ils sont totalement à l'aise dans leur univers et qu'ils s'amusent comme des petits fous. Un plaisir communicatif. Mais la vraie surprise du film vient des rôles secondaires. Entre un vieux fanatique qui ne cesse de citer la Bible, sa fille qui s'initie à un langage moins... châtié, des agents du gouvernement complètement timbrés, des rednecks homophobes ou encore une vieille femme retirée à la campagne qui cultive son « herbe » , le film rassemble une vraie bande de gais lurons farfelus mais attachants avant de les lancer à la poursuite des uns des autres dans une ambiance délirante de road movie à l'ancienne.

Assez surprenant pour ce genre de film, la qualité de l'écriture surprend constamment. Les dialogues sont hilarants et les bonnes répliques fusent. Hormis les -rares- moments dramatiques, l'humour est toujours au rendez vous et promet de franches tranches de rigolade. Entre Paul au comportement très (trop?) humain et Clive et Gramme qui ont l'impression de s'être perdus sur une autre planète, la définition d'"alien" prend un tout autre sens. Et malgré le nombre impressionnant de protagonistes impliqués dans l'affaire et une volonté farouche de constamment placer des références aux grands titres du cinéma de SF, le film ne semble jamais s'égarer en chemin et reste concentré sur le script. En ce qui concerne les références elles mêmes, le danger aurait été d'en faire l'intérêt majeur du film et de construire l'intrigue autour, à la matière d'un « Scary Movie ». Ici, elles sont généralement subtiles (ce qui est encore plus valorisant quand on les reconnaît) et parfaitement intégrées à un scénario qui se déroule sans temps mort. Les clins d'oeil intelligents abondent et on appréciera surtout les caméos de deux légendes du cinéma de SF qui prennent un malin plaisir à démolir leur propre image...



Pour leur troisième film en commun, les deux compères Pegg et Frost n'ont rien perdu de verve jubilatoire. Joussif de bout en bout, « Paul » est à la fois un superbe hommage à la culture geek, une belle et touchante histoire d'amitié, et un road movie frappadingue. Seth Rogen excelle dans la composition vocale de Paul et une floppée de seconds rôles bien gratinés assurent de passer un très bon moment. Pour peu que vous soyez réceptif à ce genre d'humour. Un film de geeks, fait par des geeks, avec des geeks, pour des geeks. Mais pas que.

Note : ***

jeudi 10 février 2011

The Fighter


Micky Ward est un jeune boxeur dont la carrière stagne. Il va rencontrer Charlene, une femme au caractère bien trempé, qui va l'aider à s'affranchir de l'influence négative de sa mère, qui gère maladroitement sa carrière, et de ses sœurs.


C'est moi ou les films sur la boxe sont de véritables appâts à Oscars? Que ce soit les grands classiques comme « Rocky » ou « Raging Bull », le plus récent « Million Dollar Baby » ou encore le méconnu « De l'ombre à la lumière », tous ces films ont, au moins, été nominés pour une flopée de récompenses. Et avec une impressionnante collection de nominations aux Oscars à la clé (7!), c'est exactement le même parcours qu'attend « The Fighter ».

Mais pourquoi ce noble sport qu'est la boxe attire autant l'attention du public et de la critique au détriment des autres sports? En effet Michael Jordan n'a jamais rien obtenu pour sa prestation dans « Space Jam ». Mauvais exemple, admettons. Mais la question reste ouverte. C'est peut être que sur le ring comme dans la rue, la vie d'un boxeur est un combat de tous les instants, ce qui rend les personnages si complexes et leur histoire si passionnante. Sans oublier que la plupart viennent d'un milieu difficile et que c'est à la sueur des poings et la forcr de leur front (ou l'inverse) qu'ils doivent se battre pour gravir les échelons. L'histoire intemporelle du pauvre gars défavorisé qui réussit grâce à son seul talent et à sa détermination. Le rêve américain en somme. « From rags to riches » comme on dit là bas.

« The Fighter » ne faillit pas à la règle d'or et présente donc le personnage principal, le jeune Micky Ward (Mark Wahlberg), durant les différentes étapes de son ascension. Pour le rôle, Wahlberg s'est forgé un vrai physique de combattant d'arène et arbore une musculature de statue grecque. En revanche, grand habitué du film d'action sans prétention (« The Shooter », « Max Payne », « Braquage à l'Italienne »), il a rarement fait parler de lui pour son jeu de comédien. On le voyait donc mal donner de la profondeur à son personnage. Mais c'est oublier que Walhberg a également brillé dans « Boogie Nights » et qu'il a été nominé aux Oscars pour sa prestation de flic sarcastique et dur à cuire dans « The Departed », damant au passage le pion à des comédiens de renom tels que Jack Nicholson et Martin Sheen... Tout ça pour dire que Wahlberg est loin d'être un simple acteur de série B et il le prouve avec élégance et retenue dans « The Fighter ». Malgré sa carrure de dieu vivant (qui l'impose d'emblée sur le ring) c'est en effet son jeu lui même qui retient l'attention. Loin de jouer les gros bras (si j'ose dire), Wahlberg apporte une douceur et un calme inattendu pour ce genre de rôle, faisant de Micky Ward un personnage touchant plus proche du Rocky de Stallone que de De Niro dans « Raging Bull ». Certainement l'un des meilleurs rôles de sa carrière.

Mais comme ses prédécesseurs, « The Fighter » ne démontre pas le talent d'un seul acteur mais bien de tout un pan de casting. Et le succès du film doit énormément à une palette de rôles secondaires, étoffés et convaincants. Plus que l'histoire d'un seul homme, « The Fighter » dépeint, avec justesse et force de sentiment, une famille entière, en conflit et réconciliation permanents. En effet, ce qui caractérise le film c'est la relation qu'entretient Micky avec son frère aîné, ancien boxeur un peu simplet et shooté au crack, incarné à l'écran par Christian Bale. De même que pour Wahlberg, Bale était un choix de casting aussi risqué qu'audacieux car l'acteur est surtout mondialement connu pour son interprétation monolithique du justicier masqué de Gotham, ce qui ne sied guère au rôle qui lui est attitré ici. Mais comme Wahlberg, Bale possède deux facettes bien distinctes. Quand il ne joue pas les soldats inexpressifs (« Terminator : Renaissance », « Equilibrium »), Bale sait surtout se glisser dans la peau de personnages bizarres, aussi illuminés que charismatiques (« American Psycho », « Rescue Dawn »). Dans « The Fighter », il se cache derrière son personnage d'huluberlu avec aisance, perdant plus de 20 kilos pour le rôle et arborant un sourire niais et des yeux hagards tout au long du film.

Faire l'idiot au cinéma, tout le monde peut le faire. Mais jouer les idiots demande en réalité une grande intelligence de la part du comédien pour éviter de sombrer dans la caricature et le grotesque. Il faut parvenir à faire rire de soi sans pour autant se ridiculiser ce qui n'est pas le plus évident. La preuve en est que les plus grands idiots du 7ème art, Jim Carrey (« Ace Ventura »), Jeff Bridges « The Big Lebowski », ou encore Jacques Villeret (« Le dîner de cons ») pour rester dans nos contrées francophones, sont tous de grands comédiens maintes fois récompensés pour leur talent. Christian Bale est désormais à compter parmi eux. Malgré l'exubérance de son personnage, l'acteur parvient à conserver toute son humanité et sa crédibilité. Mieux encore, il reéussit à rendre attachant un junkie qui ne se rend pas compte qu'en plus de détruire sa vie, il entraîne toute sa famille avec lui. Une performance surprenante qui lui a déjà valu le Golden Globe du meilleur second rôle.

Aux côtés de ces deux superbes prestations masculines s'ajoutent celles de deux actrices, toutes deux dignes d'une nomination pour la statuette. En mère acariâtre et blasée autoproclamée entraineuse de boxe, Melissa Leo impressionne à la fois par l'amour pour ses enfants qui l'anime et la rage intérieure qui la consume. De par sa force de caractère, elle n'a aucun mal à nous convaincre qu'elle a élevé une dizaine d'enfants à elle seule. Dans un registre totalement différent, Amy Adams campe la petite amie de Micky, bien moins niaise et stupide que les bimbos habituelles dans ce genre de rôle. Le genre de fille qui sait gérer sa vie sans l'aide de personne et à qui on la raconte pas. Autant dire que quand les deux femmes se rencontrent, les étincelles fusent et les hommes entament un repli stratégique bien senti...

Les louanges des acteurs mis à part, le film en lui même reste remarquable en tout point. La réalisation de David O. Russel est précise et efficace. L'histoire se déroule sans temps mort ni scène d'exposition inutile. Au lieu de présenter longuement chaque personnages, Russel préfère les laisser évoluer librement pour mieux appuyer leurs qualités et leurs défauts. Car dans ce monde de lutte incessante, personne n'est parfait. Et dans ce portrait de famille dysfonctionnelle, on retrouve presque la patte de Sam Mendes (« American Beauty ») en ce sens où le réalisateur se contente de mettre en scène ses personnages sans porter de jugement sur leur façon d'agir. Le film évite ainsi toute moralisation malvenue.

En ce qui concerne la narration elle même, la mise en scène de Russel lorgne plus du côté de Paul Thomas Anderson (« Boogie Nights », « There Will be Blood »). Non seulement pour ses transitions abruptes et sa chronologie aléatoire mais aussi pour le soin apporté à la musique. Sans oublier une capacité indécente à toujours rester sur le fil du rasoir entre drame et comédie. Enfin en ce qui concerne les matchs de boxe, des effets sonores percutants et un montage acéré (nominé aux Oscars) nous plongent au cœur du ring et nous laissent sur le carreau comme après un coup à l'estomac. Du grand art.



Plus qu'un excellent film de boxe, la réalisation sans faille et un casting de haut niveau font de « The Fighter » un excellent film tout court. Christian Bale a rarement été meilleur. De nombreux critiques considèrent « The Fighter » comme le « Rocky de la nouvelle génération ». Néanmoins, contrairement à son modèle et en dépit de nombreux moments forts, le film de David O. Russel ne possède aucune scène d'anthologie, ce qui l'empêche de prétendre à la ceinture de champion. Il n'en reste pas moins un sacré poids lourd dans sa catégorie.

Note : ****

mardi 8 février 2011

Black Swan



Rivalités dans la troupe du New York City Ballet. Nina est prête à tout pour obtenir le rôle principal du Lac des cygnes que dirige l’ambigu Thomas. Mais elle se trouve bientôt confrontée à la belle et sensuelle nouvelle recrue, Lily...


Si je vous dis de penser au Lac des cygnes, il est très vraisemblable que vous aller voir défiler devant vos yeux des jeunes filles en fleur à la légèreté peu commune, des tutus affriolés difficile à porter dans la rue et des soupirants bondissants aux costumes un peu trop étriqués au niveau de la ceinture. En revanche, peu d’entre vous songeraient à associer de classique de la danse qui ne l’est pas moins à des thèmes moins recommandables tels que la schizophrénie, la bisexualité, l’abandon de soi à travers la consommation de drogues, ou encore l’onanisme féminin. Tout le contraire du réalisateur Darren Aronofski qui s’en donne à cœur joie en abordant sans retenue les sujets précédemment cités…

Méconnu du grand public, Aronofski n’en reste pas moins une figure de proue du cinéma indépendant. Difficile en effet d’oublier le cultissime « Requiem for a Dream », ses personnages pris dans une spirale infernale et sa musique obsédante. Après un passage à vide de quelques années suite à l’échec commercial de « The Fountain », le cinéaste est revenu sur le devant de la scène avec l’émouvant « The Wrestler » prouvant à ses détracteurs qu’il en avait encore dans le ventre.

Et dans « Black Swan » en avoir dans le ventre, c'est que l'on demande au spectateur pour supporter ce qu'il voit à l'écran. Car si l’univers du ballet et du catch n’ont à priori rien en commun, le film partage de nombreuses similitudes avec son prédécesseur, et spécialement dans la démonstration des capacités physiques intenses des comédiens. En s’approchant au plus près des danseuses, Aronofski nous dévoile la dure réalité des répétitions. Ici les côtes fêlées et les os broyés des lutteurs sont simplement remplacés au pied levé (c’est le cas de le dire) par les tendons étirés à l’extrême, les ongles écrasés et autres déchirures musculaires assez désagréables et peu ragoûtantes. Cette plongée dans les coulisses de la danse nous dévoile un univers finalement peu connu où la vie n'est certainement pas aussi rose que sur les planches. Les danseuses doivent s'entrainer sans relâche, souvent au détriment (voire au mépris) de leur propre corps, pour à la fin atteindre la perfection dans leurs gestes les plus infimes.

Et c'est bien à cette perfection que tend Nina, jeune danseuse mal dans sa peau et psychologiquement instable, interprétée – à la perfection pour sûr – par Natalie Portman. Révélée à 11 ans (!) aux côtés de Jean Reno dans « Léon », l'actrice n'a depuis cessé de prouver son talent, jonglant sans peine entre blockbusters commerciaux (la nouvelle trilogie Star Wars) et films au budget plus intimistes, entre drame (« Brothers ») et comédie (« Garden State »).

Sa carrière, courte mais prolifique, lui vaut l'admiration des critiques comme du grand public et l'affirme comme l'une des comédiennes les plus talentueuses de sa génération. Grâce à sa prestation dans « Black Swan », elle a déjà remporté le Golden Globe de la meilleure actrice et il est possible que la fameuse statuette tant convoitée lui soit enfin accordée. C'est que pour jouer Nina, Portman s'est physiquement métamorphosée afin d'effectuer elle même les nombreux pas de danse demandés dans le film. Mais plus que dans le jeté et les pas de deux, c'est bien dans son jeu que l'actrice se révèle la plus surprenante. Maitrisant à merveille la dualité de son personnage, elle se fait d'abord vulnérable et prude avant de nous dévoiler un côté cruel insoupçonné et une sensualité exacerbée.

Tantôt fragile, tantôt effrayante, l'actrice ne recule devant aucun tabou et déploie une palette d'émotion impressionnante mais toujours juste. Nina est sans conteste le plus grand rôle de l'actrice à ce jour. Et si Portman est de tous les plans, on retiendra également les interprétations superbes de Mila Kunis (sexuelle et libérée), Barbara Hershey (mère sur-protectrice et désespérée à mi chemin entre « Requiem for a Dream » et « Carrie ») et de Vincent Cassel (suintant de virilité). Sans oublier la courte apparition de Winona Ryder dans une scène qui marquera les esprits.

Mais autant que les comédiens, « Black Swan » ne serait rien sans les talents derrière la caméra. Loin des mondes féériques et enchanteurs que décrit la danse classique, le film nous plonge dans un univers malsain et glauque où sexe et perversion sont rois. En privilégiant des couleurs criardes, des images crues et un grain photoréaliste, Aronofski instaure un malaise constant qui n'est pas sans rappeler l'univers poisseux de Gaspard Noé (« Irréversible »). Caméra à l'épaule, il adopte un style quasi documentaire qui renforce l'impression de faire partie intégrante de la scène. La caméra ne quitte jamais les acteurs des yeux, nous dévoilant tout de leur intimité. Le spectateur devient alors voyeur et le mal être n'en est que plus intense. Mal être accentué par la musique incessante et obsessionelle du compositeur attitré du réalisateur, Clint Mansell.

On pourra reprocher au scénario de « Black Swan » d'être un peu trop simpliste. Mais ce n'est qu'une apparence. Alors qu'il s'agit aux premiers abords d'une vulgaire relecture du Lac des cygnes, « Black Swan » joue entièrement sur la dichotomie cygne noir/cygne blanc, et de ce fait sur les deux personnalités de l'héroine. Mais là encore, difficile d'y voir clair. Abusant d'un ingénieux jeu de miroir, d'hallucinations terrifiantes et d'un maquillage outrancier (plusieurs clin d'oeil au cinéma de Cronenberg), Aronofski brouille habilement les pistes dès le début à propos de ce qui est réel et de ce qui ne l'est pas. Ainsi, l'histoire basique instaurée lors du spectacle de danse se mue en un de ces labyrinthes scénaristiques vertigineux à la David Lynch où aucune sortie n'est visible. Pour ceux qui ont passé des jours à se triturer les méninges pour tenter de décrypter la fin d'« Inception » (tombera, tombera pas?), les dernières minutes de « Black Swan » vous promettent de nombreuses nuits blanches supplémentaires.




Sex, drugs et danse classique. Profondément dérangeant mais aussi terriblement excitant, « Black Swan » sonde les tréfonds de l'âme humaine dans ce qu'elle a de plus noir. Les thèmes abordés, l'univers sombre et sordide et certaines scènes à la limite de l'écœurement ne rendent définitivement pas le film abordable au tout public. D'après un des personnage du film : « le ballet n'est pas ennuyeux. C'est juste pas pour tout le monde ». On peut dire de même pour « Black Swan ». Mais passer à côté, c'est risquer de manquer l'un des meilleurs films de l'année et la performance exceptionnelle et bouleversante d'une actrice qui donne le meilleur d'elle même pour supporter un scénario d'une rare maturité.


Note: ****